Situation économique et financière

1. Une croissance solide, dont la diversification reste le défi central 

Avec un PIB nominal de 109,5 Mds USD en 2025 et une population de 5,3 M d’habitants, dont 43% d’expatriés principalement originaires du sous-continent indien, le Sultanat d’Oman fait partie des « pays à revenus élevés » selon la Banque mondiale (PIB par habitant de 20 660 USD, le plus bas du CCEAG). Le développement de l’économie omanaise a reposé à l’origine presque intégralement sur l’exploitation des hydrocarbures - secteur qui reste aujourd’hui au cœur du modèle de croissance. Le pétrole et le gaz représentaient ainsi 30% du PIB, 60% des exportations et deux tiers des recettes budgétaires à la fin de 2025. Dans le cadre de la stratégie « Oman Vision 2040 », les autorités omanaises ont décidé de mettre en œuvre un plan de diversification visant, grâce au secteur privé, à favoriser la croissance hors-pétrole (industrie manufacturière, tourisme, logistique, pêche, minier) et à créer de l’emploi. Le 11ᵉ Plan quinquennal de développement pour la période 2026-2030 a été officiellement adopté début 2026. Le plan met l’accent sur trois axes principaux : le développement des infrastructures stratégiques et des zones économiques spéciales, le soutien à l’essor du secteur privé et des industries non pétrolières, et l’optimisation de la gouvernance publique et de la gestion budgétaire.

Traditionnellement, le secteur public représente un amortisseur important du chômage, en employant près de 50% de la population omanaise active. Cette question du chômage reste préoccupante en particulier chez les jeunes - comme en a témoigné le mouvement de contestation sociale de mai 2021. Accentuée ces dernières années, la politique d’omanisation des emplois, en imposant des quotas d’employés omanais dans le secteur privé, n’offre pour sa part qu’une solution partielle au défi de la création d’emplois tout en étant un frein à l’attractivité du pays. Les lois « travail et protection sociale », adoptées en juillet 2023 pour flexibiliser le marché de l’emploi tout en introduisant un certain nombre d’améliorations pour les droits des travailleurs, constituent des progrès notables.

La croissance du PIB réel s’est établie à +2,4 % en 2025, après une progression de +1,7 % en 2024 (FMI). Cette augmentation est essentiellement due au secteur hors hydrocarbures (+3,1 %) tandis que le PIB du secteur hydrocarbures a progressé de 0,6 %. La dépendance à l'égard des hydrocarbures demeure structurelle : depuis 2017, Oman participe aux accords OPEP+ de réduction de production, et reste en temps normal fortement exposé à la demande chinoise, qui absorbe habituellement près des trois quarts de sa production de brut. Toutefois, la cotation via le Gulf Mercantile Exchange (GME) confère à Oman une flexibilité commerciale réelle : lors de la fermeture du détroit d'Ormuz en 2025, la chute brutale des achats chinois a pu être compensée rapidement par l'Inde, Taiwan et l'Europe, à des prix historiquement élevés. Pour 2026, le FMI anticipe une croissance (+3,5 %), soit légèrement inférieure à celle prévue fin 2025 (+ 3,8 %) avant le conflit régional.

2. Une discipline fiscale robuste et saluée par les marchés 

Dans la continuité des efforts d’assainissement des comptes publics, le budget général d’Oman pour l'exercice fiscal 2025 a enregistré un déficit de 1,25 Md USD (soit 1,1 % du PIB), plus modeste que celui initialement anticipé à 1,36 Md USD. Alors que le solde budgétaire dégageait traditionnellement un surplus abondant, l’effondrement des cours du pétrole en 2015 s’est soldé l’apparition de déficits publics récurrents. Confrontées à une nouvelle dégradation des comptes publics pendant la crise sanitaire, les autorités ont mis en œuvre un certain nombre de mesures d’austérité (réduction des dépenses des entités publiques, suspension de projets d’investissement, mise à la retraite de fonctionnaires) et dévoilé un plan de consolidation budgétaire à horizon 2024. Avec l’appui de ces mesures, le budget omanais est passé d’un déficit de -16,1% du PIB en 2020, à - 3,2% du PIB en 2021, à la suite du rebond des revenus pétroliers et à l’introduction d’une TVA à 5%. 

Etabli sur la base d'un prix du baril à 60 USD, le budget 2026 anticipait un déficit de -1,3% du PIB (530 M OMR, soit 1,4 Md USD), en réduction de 14,5% par rapport au déficit inscrit au budget 2025. En 2025, cette hypothèse conservatrice s’est vue invalidée – Oman ayant vendu son pétrole à un prix moyen de 71 USD/baril –, ce qui a permis de contenir le déficit en deçà des projections initiales. Le conflit régional de 2026 a depuis lors profondément reconfiguré les perspectives budgétaires : le FMI projette désormais un excédent du compte courant de 7,5% du PIB et une dette publique en recul à environ 33% du PIB. L’augmentation du des prix des hydrocarbures venant mécaniquement transformer le déficit budgétaire anticipé en excédent. Le déficit primaire hors hydrocarbures reste néanmoins structurellement élevé, bien qu'il se soit réduit en 2025 grâce à la maîtrise des dépenses et à l'amélioration des recettes non-pétrolières. Toutefois, la dynamique inflationniste induite par le conflit (notamment sur les prix alimentaires et les biens importés) pourrait contraindre le gouvernement à renforcer ses mécanismes de soutien aux ménages, partiellement réformés ces dernières années, pesant en retour sur la trajectoire de consolidation budgétaire.

Cette nette amélioration de la situation des finances publiques a été mise à profit par les autorités pour désendetter significativement le pays et a incité les grandes agences de notation à réviser à la hausse la note souveraine d’Oman, y compris dans le contexte de la crise régionale. Via notamment le rachat d’obligations souveraines et le remboursement d’emprunts avant leur date d’échéance, l’administration omanaise a entériné son objectif à long terme d’orthodoxie budgétaire – qui s’est matérialisé en 2023 par la création d’un comité de gestion de la dette. Le niveau de la dette publique, passé de seulement 5% du PIB en 2014 à 70% en 2020 (recours massif au marché international de la dette obligataire, prêt de 3,6 Md USD de banques publiques chinoises en 2017), a été ramené à 38% du PIB en 2023 et à 35% en 2025 selon le FMI. Les marchés ont salué cette solide performance : S&P a relevé la note souveraine du pays de BB+ à BBB- en octobre 2024 (une décision confirmée en mars 2026 malgré la guerre), tandis que Moody’s a rehaussé sa notation de Ba1 à Baa3 avec perspective stable en juillet 2025. Enfin, Fitch a aussi réhaussé sa notation en décembre 2025 à BBB-. Le « spread » d’Oman est par ailleurs passé de 400 points de base en décembre 2021 à 120 points de base en mai 2025, traduisant une amélioration notable de la perception des actifs omanais par les investisseurs, avoisinant le niveau moyen de ses voisins du CCEAG. Cette confiance du marché devrait se consolider par la récente introduction d’un impôt sur le revenu des personnes physiques (le 1er du CCG), qui devrait entrer en vigueur en 2028.

3. Une stabilité globalement préservée des comptes extérieurs et de l’inflation, malgré des à-coups conjoncturels

La balance des paiements a enregistré en 2025 un déficit du compte courant de -1,1 % du PIB selon le FMI, après un excédent en 2023 et 2024 (+2,8% et + 2,4% respectivement), principalement sous l’effet d'une modération des prix pétroliers. Ce tableau a été profondément reconfiguré par le conflit régional de 2026 : le FMI projette désormais un excédent du compte courant de +7,5% du PIB pour 2026, porté par la forte hausse des recettes d'exportation d'hydrocarbures et des entrées soutenues de liquidités étrangères.

Le stock d’IDE s’élève à 80 Md USD à fin 2025, soit +16,2% en glissement annuel. Ce stock représente environ 65% du PIB et continue de se concentrer dans le secteur des hydrocarbures. Le Royaume-Uni contrôle la moitié du stock IDE, via Shell et BP notamment, devant les États-Unis, le Koweït, la Chine et les Emirats arabes unis.

L’inflation s’est maintenue à un niveau faible en 2025 de 0,9 % (0,6 % en 2024), porté par l’ancrage du rial au dollar, objectif prioritaire de la Banque centrale, qui a contribué à contenir les pressions inflationnistes au cours de la dernière décennie. Les réserves de changes, estimées à 19,3 Mds USD fin 2025 selon le FMI, assurent une couverture suffisante pour cet arrimage (4 mois d’importations). Le déclenchement du conflit régional a rompu cette tendance : l'inflation a atteint 2% en février 2026, tirée par l'alimentation (+2,8%) et les biens de consommation courante, portant la moyenne des deux premiers mois à 1,7%. La prévision initiale du FMI de 1,2% pour 2026 aura donc sans doute vocation à être révisée.

4. Le secteur bancaire a tenu le choc malgré un recul général de la solvabilité des emprunteurs

Le secteur bancaire omanais, principalement tourné vers les activités de prêt aux entreprises et aux particuliers (ratio actifs/PIB de 120% en combinant les banques conventionnelles et islamiques), apparaît relativement solide, soutenu par des actifs de qualité, des ratios de capitalisation et de liquidité confortables, ainsi qu’une rentabilité soutenue. Le ratio de fonds propres s'établit à 18,8% (plus du double du minimum réglementaire de Bâle III) et les créances douteuses (NPL) restent contenues à 4,5% du total des prêts, conférant une capacité à absorber des scénarios de stress sévères. Les banques conservent une position extérieure nette positive et la croissance du crédit au secteur privé reste soutenue, favorisée par l’expansion continue des dépôts. Le spread entre taux de crédit (5,4%) et taux de dépôt (2,5%) demeure confortable, ce qui soutient la profitabilité du secteur : selon le FMI, le Return on Equity s'établit autour de 12% et le Return on Assets autour de 1,3%. Le secteur bancaire reste relativement concentré, les cinq principales banques - Bank Muscat, Bank Dhofar, Sohar International, National Bank of Oman et Oman Arab Bank - représentent près des trois quarts des actifs bancaires.

Le segment islamique poursuit son expansion et représente désormais environ 19% des actifs bancaires totaux. La base de dépôts, bien qu'encore partiellement adossée aux entités publiques, s'élargit progressivement vers le secteur privé, réduisant la dépendance structurelle au financement public. Le FMI juge le profil de financement du secteur stable et les risques de liquidité contenus.

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