Situation économique et financière

1. La crise actuelle met en exergue les limites du modèle économique omanais

Avec un PIB attendu à 64 Md USD en 2020 et 4,4 millions d’habitants, dont 39% d’expatriés principalement originaires du sous-continent indien, le Sultanat d’Oman figure dans la catégorie des pays à revenus élevés de la Banque mondiale (PIB par habitant de 14 000 USD). Le développement de l’économie a reposé à l’origine quasi intégralement sur l’exploitation des hydrocarbures, secteur qui reste aujourd’hui au cœur du modèle de croissance. En 2019, le pétrole et le gaz représentaient ainsi 36% du PIB, 68% des exportations et 76% des recettes budgétaires, en dépit de la mise en œuvre d’un plan de diversification visant à favoriser la croissance hors-pétrole – notamment industrie manufacturière, tourisme, logistique, pêche et minier – et à créer de l’emploi pour les nationaux (« omanisation »).

Conséquence, Oman, qui enregistrait une progression de son PIB de 5 % en moyenne entre 2008 et 2016, a vu sa croissance nettement fléchir depuis 2017 dans le sillage de la baisse de sa production pétrolière – le Sultanat participe en effet aux efforts de réduction de la production mis en œuvre dans le cadre des accords OPEP+. Pire, la chute des cours du pétrole observée début 2020, ainsi que le ralentissement de l’activité économique mondiale – notamment en Chine, 1er partenaire commercial d’Oman, qui absorbe près de 70% de sa production pétrolière – et les mesures de confinement suite à la crise du Covid-19, se sont traduits par une forte contraction du PIB du Sultanat en 2020, estimée à -10% par le FMI. Plus inquiétant encore, les institutions financières internationales ne prévoient pas de rebond de l’économie omanaise en 2021 (-0,5% pour le FMI, +0,5% pour la BM).

Face à cette dégradation de la situation économique, les autorités omanaises n’ont pas mis en place de grand plan – coûteux – de soutien et de relance, se concentrant principalement sur des mesures destinées à soutenir la liquidité bancaire (voir infra), à alléger partiellement la fiscalité (exemptions de taxes touristiques et municipales, etc.), à assouplir le droit du travail dans le secteur privé (recours aux congés, baisses de salaires, etc.) et à accompagner socialement la population omanaise (report des loyers et des remboursements de prêts).

 

2. Une forte dégradation des comptes publics malgré les mesures d’austérité

Alors que le solde budgétaire dégageait traditionnellement un surplus abondant le fonds souverain – désormais Oman Investment Authority suite à la fusion en juin 2020 des fonds SGRFOIF et des actifs du ministère des Finances – , la chute des cours du pétrole s’est soldée par l’apparition dès 2015 d’un déficit public jamais observé auparavant. Le prix d’équilibre budgétaire est de fait l’un des plus élevés de la région (87 USD le baril en 2020 contre 26 USD au début des années 2000), résultat de la hausse continue des dépenses publiques, en partie liée à l’embauche de fonctionnaires – la question du chômage des jeunes demeure malgré tout très préoccupante.

Confrontées à une forte baisse des recettes publiques en 2020, les autorités omanaises ont mis en œuvre un certain nombre de mesures d’austérité budgétaire (réduction de 10% des dépenses des entités publiques, suspension des nouveaux projets d’investissement, mise à la retraite de fonctionnaires) et dévoilé un – très optimiste – plan de consolidation fiscal à horizon 2024. Malgré ces efforts, le déficit public atteindrait 17% du PIB en 2020 selon les résultats préliminaires. Etabli sur la base d’un cours moyen du baril de 45 USD, le budget 2021 prévoit pour sa part un déficit abaissé à 8% du PIB grace à une forte réduction des dépenses – permise en grande partie par le transfert de la charge des investissements en lien avec la production d’hydrocarbures de l’Etat à la nouvelle holding publique EDO – et à la hausse des revenus hors pétrole (introduction d’une TVA à 5% en avril 2021 notamment).

Ces déficits successifs ont logiquement contribué à aggraver l’endettement public du Sultanat, passé de seulement 5% du PIB fin 2014 à près de 82% du PIB fin 2020. De fait, les autorités ont fortement sollicité les marchés internationaux de la dette au cours des dernières années (env. 25 Md USD depuis juin 2016) et contracté en juillet 2017 un prêt à 5 ans de 3,6 Md USD auprès de banques publiques chinoises. Conséquence, Oman fait désormais face à d’importantes échéances de remboursement à court et moyen terme (4,5 Md USD en 2021 ; 6,5 Md USD en 2022) alors même que les taux proposés sur les marchés et l’appétit des financeurs interrogent, ce qui pourrait pousser les autorités à solliciter un soutien extérieur, notamment de la part des pays voisins.

 

3. Des comptes externes fragilisés, une politique monétaire contrainte

Sur le plan externe, le pays enregistre depuis 2016 des déficits courants significatifs (-14,6% du PIB en 2020 selon le FMI, après -4,6% du PIB en 2019) en raison du poids important des remises de fonds (9 Md USD en 2019) et de la charge croissante de la dette, et ce, en dépit d’un solde de sa balance commerciale structurellement excédentaire.

Après une année 2018 record, les flux entrants d’IDE, en grande partie dirigés vers le secteur des hydrocarbures, se sont établis à 3,1 Md USD en 2019 (-25% en g.a.), portant le stock d’IDE à 31,3 Md USD, soit environ 41% du PIB – le Royaume-Uni contrôle la moitié de ces investissements, via Shell et BP notamment. Dans le sillage de l’Etat omanais, les entreprises publiques et les banques ont fortement sollicité les marchés obligataires internationaux dans la période récente, portant la dette extérieure totale du pays à 92% du PIB fin 2019 selon le FMI (contre 28% du PIB fin 2014).

Parallèlement à cette dégradation des comptes externes, les réserves de la Banque centrale se sont réduites, passant de 20,2 Md USD fin décembre 2016 à 17,5 Md USD en octobre 2020, soit un montant équivalant à environ 10 mois d’importations de biens et de services. A noter que cette baisse des réserves, si elle devait s’accentuer significativement au regard des besoins de financement du déficit public, pourrait renforcer les craintes déjà exprimées par les marchés concernant l’ancrage du rial omanais au dollar, objectif prioritaire de la Banque centrale.

Cet ancrage du rial a permis de contenir le taux d’inflation (+1,3% en moyenne sur la période 2009-2018). Malgré l’abandon en cours de plusieurs subventions (électricité, eau) et l’introduction de droits d’accise sur l’alcool, le tabac et les boissons sucrées en 2019, l’inflation est entrée en territoire négatif en début d’année 2020 (-0,8% sur les onze premiers mois de l’année, après +0,1% en 2019) sous l’effet d’une baisse des prix des transports et du logement.

 

4. Un secteur bancaire préservé mais exposé à un recul général de la solvabilité

Le secteur bancaire apparaît relativement solide, affichant un ratio de solvabilité (CAR) de 18,3% en juin 2020 selon la Banque centrale pour un seuil minimal fixé à 11%. Avec un ROE de 10,6% et un ROA de 1,6% fin 2018 (dernières données disponibles), la profitabilité du secteur apparait satisfaisante, reflet en grande partie du degré élevé de concentration – les cinq principales banques du Sultanat contrôlent à elles seules les trois-quarts des actifs totaux.

Dans un contexte marqué par un endettement élevé des ménages et une forte exposition à un secteur immobilier en difficulté (env. 30% du portefeuille de prêts), le taux de créances douteuses progresse, à 4% fin septembre 2020 (contre 3,4% fin 2019 et 2,7% fin 2018). La fin possible des mesures ordonnées par les autorités d’ajournement temporaire des remboursements de prêts devrait amplifier cette tendance en 2021.

La liquidité bancaire demeure pour sa part fortement dépendante des dépôts gouvernementaux, qui représentent environ 30% des dépôts totaux. La Banque centrale a dévoilé en 2020 un ensemble de mesures – abaissement des exigences de fonds propres, augmentation du ratio prêt-valeur, réduction du coût de financement des banques, etc. – destinées à libérer jusqu’à 8 Md OMR (env. 21 Md USD) de liquidités bancaires supplémentaires à destination finale des entreprises affectées par le ralentissement économique. Les retombées de ces mesures ont toutefois semblé relativement limitées jusqu’à présent.

Publié le