Le secteur des hydrocarbures en Oman

Contribuant directement à près de 30 % du PIB, 61 % des exportations et 75 % des recettes budgétaires (56,7 % pour le pétrole et 18,7 % pour le gaz), le secteur des hydrocarbures reste au cœur du modèle de croissance d’Oman tel que mis en place au début des années 1970 au lendemain de l’accession au pouvoir du Sultan Qaboos. En dépit du processus de diversification économique initié à la fin des années 1990, l’économie omanaise demeure largement tributaire de la production d’hydrocarbures. La chute des prix à partir de la mi-2014 a lourdement impacté l’économie, se traduisant par un net recul du PIB par habitant et l’apparition de déficits jumeaux à des seuils jamais atteints dans l’histoire du pays. En dépit de la remontée des cours depuis la fin 2016, la tendance reste fragile, contraignant les opérateurs du secteur, principalement des entreprises publiques, à s’adapter en rationalisant leurs coûts et en diversifiant en parallèle leurs activités. Ce contexte n’empêche pas les autorités de maintenir des objectifs d’investissement ambitieux, notamment dans le cadre du programme d’accélération de la diversification économique (TANFEEDH) et du programme In-Country Value. L’élargissement et l’approfondissement des activités en amont et aval du secteur devraient aider sur la durée le Sultanat à renforcer son autonomie énergétique (en particulier en gaz) et son expertise dans l’extraction et l’exploitation des hydrocarbures.

Comptant pour près de 30 % du PIB mais surtout 75 % des recettes budgétaires, le secteur des hydrocarbures est au cœur de l’économie omanaise

Alors qu’il contribuait encore à 47 % du PIB en 2014, le secteur des hydrocarbures représentait 27 % du PIB en 2016, conséquence de la forte baisse du prix du baril de pétrole. Le secteur reste toutefois prépondérant dans l’économie, dans la mesure où il représentait, en 2017, 61 % des exportations et 75 % des recettes publiques. Le rebond des cours n’a pas permis de résorber les déficits jumeaux, qui restent particulièrement élevés. Alors que le prix d’équilibre budgétaire omanais atteindrait 77,1 USD selon le FMI -l’un des plus élevés de la région- le déficit public, qui a atteint un niveau record de -21,6 % du PIB en 2016, s’est élevé l’an passé à -11,4 % du PIB.

Les réserves prouvées de pétrole en Oman s’élevaient fin 2016 à 5,4 Mds de barils (0,3 % des réserves mondiales), correspondant à un peu moins de 15 années de production. Le Sultanat, qui ne fait pas partie des pays membres de l’OPEP, affiche ainsi le 2ème niveau de réserves prouvées le plus bas des pays du CCG, après Bahreïn. Alors que la production de pétrole brut s’était élevée à 1 004 300 b/j en 2016, faisant du Sultanat le 20ème pays producteur avec 1,1 % de la production mondiale, elle s’est contractée de -3,4 % à 970 600 b/j en 2017, conséquence des engagements pris à Vienne en novembre 2016. Sur longue période, la hausse continue de la production ces 10 dernières années (+3,2 % en moyenne annuelle) a résulté d’investissements lourds et continus dans les techniques de récupération assistée du pétrole (Enhanced Oil Recovery). Le Sultanat est exportateur net de pétrole, avec 806 100 b/j exportés en 2017, dont 70 % à destination de la Chine. Conscient de sa dépendance, le Sultanat a cherché à diversifier ses débouchés commerciaux, en atteste la croissance exponentielle des ventes à destinations de l’Inde en 2017, représentant 10 % des exportations totales contre 1 % en 2016.

Les réserves prouvées de gaz naturel en Oman s’élevaient fin 2016 à 700 Mds m3, correspondant à près de 20 années de production et 0,4 % des réserves mondiales. En 2017, Oman a produit 35,5 Mds m3 (97 M m3/j) de gaz naturel, le classant à la 26ème place des pays producteurs avec 1 % de la production mondiale. Afin de répondre à ses besoins énergétiques, le Sultanat a lancé plusieurs projets dans le domaine gazier. Le principal est le champ de Khazzan, d’un investissement global de 16 Mds USD. Entré en production en septembre 2017 et exploité conjointement par Oman Oil et BP, il devrait fournir 28,3 M de m3/j de gaz naturel dès 2018 (soit 29 % de la production 2016) et 42,5 M m3/j d’ici à 2020. Le Sultanat est en outre engagé depuis 2013 dans des discussions avec l’Iran en vue d’importer du gaz naturel via un projet de gazoduc de 200 km de long acheminant jusqu’à 50 M m3/j vers le Sultanat. La découverte d’importantes réserves de gaz par PDO en mars 2018, de l’ordre de 113 Mds m3 (16 % des réserves connues en 2016), pourrait néanmoins rendre ce projet moins pertinent, en particulier compte tenu des tensions géopolitiques régionales. Le Sultanat est exportateur net avec 8,5 M de tonnes métriques annuelles (mtpa) de GNL exportées en 2016 (3,2 % des exportations mondiales), principalement vers la Corée du Sud (Kogas, 4,1 mtpa). A court terme, le Sultanat bénéficie depuis début 2018 d’un surplus de gaz, qu’il destine à l’export, comme en témoigne la signature du contrat d’Oman LNG avec BP Singapore pour la fourniture de 1,1 mtpa de GNL et avec Petrobangla pour la fourniture de 1 mtpa de GNL.

Le secteur des hydrocarbures est régi par un cadre légal favorisant le développement des compagnies pétrolières, principalement publiques, en amont et aval

Les activités en amont (« upstream »), qui correspondent à l’exploration et de la production (E&P), est dominé par Petroleum Development Oman (PDO), responsable de 60 % de la production de brut omanais en 2016. PDO opère le bloc 6, le plus étendu du Sultanat (91 000 km²), qui contient 75 % des réserves de pétrole connues. Contribuant à environ 14 % du PIB omanais, PDO est détenu à 60 % par le Sultanat, le reste des parts se répartissant entre Shell, le partenaire technique (34 %), Total (4 %) et Partex (2 %). Outre PDO, certaines multinationales sont parvenues à développer leurs activités E&P en Oman. On en dénombre près de 15, dont les principales sont l’Américain Occidental (Oxy), le Sino-Omanais Daleel et le Libanais CC Energy Development. La remontée des cours du pétrole en 2017 a sensiblement relancé l’intérêt des investisseurs dans l’E&P. En juin 2017, l’Italien ENI a fait son entrée sur le marché en se voyant attribuer la licence d’exploitation du bloc 52, situé en offshore. En novembre, Qatar Petroleum s’est associé au projet, acquérant une participation de 30 % dans la joint-venture. A noter que, depuis 2013, le gouvernement promeut activement l’application de son programme In-Country Value (ICV), qui synthétise sa stratégie sectorielle en matière de croissance inclusive. L’ICV se traduit par un respect strict des règles d’omanisation et un recours accru aux sous-traitants omanais et a fortiori locaux. Plusieurs centaines de PME omanaises se sont ainsi développées ces dernières années à travers des contrats de sous-traitance signés avec les grandes entreprises du secteur.

Le secteur pétrolier aval (« downstream ») est essentiellement porté par l'entreprise publique ORPIC opérant les deux raffineries du Sultanat, une usine de polypropylène et une usine d’aromatiques de paraxylène et de benzène. ORPIC développe par ailleurs l’un des projets phares du Sultanat, le Liwa Plastics Industries Complex, d’un coût total estimé à 6,5 Mds USD. Situé à proximité de la raffinerie de Sohar, l’usine transformera, dès 2020, les produits raffinés en polymères grâce notamment à un vapocraqueur et des unités de polyéthylène. Dans l’optique d’augmenter sa production de produits raffinés, le gouvernement a en parallèle lancé la construction d’une 3ème raffinerie, située à Duqm et d’un coût total estimé entre 6 et 7 Mds USD. Joint-venture entre OOC et Koweït Petroleum International, qui détient 50 % du capital, elle devrait produire 230 000 b/j dès 2021. A noter qu’un projet de 4ème raffinerie, toujours à Duqm, est annoncé pour 2020/21. La filière avale reste donc plus que jamais au cœur de la stratégie de diversification économique du Sultanat. Le programme national d’accélération de la diversification (TANFEEDH) a identifié la filière pétrochimique comme un sous-secteur prioritaire parmi les activités manufacturières et ne prévoit pas moins de 4 projets dans la pétrochimie : l’acheminement de 50 000 m3/j de gaz supplémentaire à l’entreprise de PET omanaise OCTAL, la construction d’une usine de polytéréphtalate d'éthylène dans la zone économique spéciale de Salalah, d’une usine d’engrais à base d’ammonium, ainsi que d’une usine de membranes d'étanchéité bitumineuse au port de Sohar.

Les activités d’extraction gazière sont dominées par PDO, Oxy ainsi que BP, depuis l’entrée en production du champ gazier de Khazzan en septembre 2017, détenu à 60 % par BP et à 40 % par OOCEP. Par ailleurs, Total a signé en mai 2018 un protocole d’accord pour un projet de gaz naturel intégré couplant l’exploration-production (25% des parts, 75 % pour Shell, qui sera l’opérateur) au développement d’un projet de liquéfaction à Sohar pour produire du carburant propre pour les super tankers. En aval de la filière gazière, l’entreprise publique Oman LNG est en charge des activités de liquéfaction, de transport et de vente avec une usine d’une capacité totale de 10,4 mtpa. Oman LNG prévoit un taux d’utilisation de 100 % de son usine dès 2018 et jusqu’en 2025, date d’expiration des principaux contrats d’export.

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