Les relations économiques bilatérales France – Nicaragua en 2020

Résumé : Malgré une crise politique et sociale qui touche le pays depuis 2018, le commerce bilatéral a connu une croissance de 11% g.a. en 2019. La crise sanitaire est venue contrarier cette dynamique, le commerce entre les deux pays diminuant de 38% sur l’année 2020. Notre présence économique dans le pays, bien que modeste, fait preuve d’une forte résilience pour se maintenir et se développer.
Des échanges en bernes, marqués par l’instabilité de nos importations agroalimentaires

La France, historiquement déficitaire dans ses échanges avec le Nicaragua, voit son commerce bilatéral diminuer en 2020 de 38% à 41 MEUR. Alors que les échanges avaient augmenté de 11% en 2019, ignorant la crise politique et sociale qui touche le pays depuis 2018, la crise sanitaire et économique a fortement impacté nos importations, creusant de fait le solde déficitaire à son niveau le plus bas depuis 2014.

Cette situation est principalement imputable à la baisse de nos importations, selon les douanes françaises, nos achats en provenance du Nicaragua ont atteint 33 MEUR en 2020, en baisse de 42% g.a. Les préparations et conserves à base de produits de la pêche, qui représentent 61% de nos importations, se sont notamment effondrées de 47% à 20 MEUR. Dans le détail, cette forte baisse est notamment due à la crevette dont la France est le premier importateur européen et qui représente la moitié de nos importations (-24% à 17 MEUR) et aux langoustes (-77% à 2,7 MEUR). Les produits de la culture et de l’élevage, représentant 28% des importations et notre deuxième poste, ont eux aussi fortement diminué, de 40% en 2020 pour atteindre 9,3 MEUR. Cette chute des importations de produits agroalimentaires est la conséquence de la crise commerciale mondiale mais aussi de la suspension d’autorisations phytosanitaires par l’UE (notamment sur les crevettes).

Selon les statistiques miroirs de la Banque centrale du Nicaragua (qui n’incluent pas les zones franches), les exportations du pays à destination de la France ont chuté de 74% pour atteindre 6,4 MUSD[1]. Cette baisse nous place 10ème partenaire européen (derrière la Finlande) et illustre en partie la baisse de nos échanges halieutiques. Les Etats-Unis, principal client du pays, représentent 50% des exportations nicaraguayennes. L’Europe est le troisième client du Nicaragua derrière les Etats-Unis et le reste de l’Amérique centrale, regroupant 9,4% des exportations du pays. En Europe, la Belgique est la première destination des produits nicaraguayens avec 2,1% des exportations. A noter que malgré la baisse de nos échanges, la France est le troisième pays de destination des produits de la pêche issus des zones franches avec 15% de part de marché derrière Taiwan et l’Espagne.

Nos exportations ont quant à elles diminué de 12% en 2020 pour atteindre 8,4 MEUR, leur plus bas niveau depuis plus de dix ans. En détail, notre premier poste d’exportation devient les Matériels électriques pour 1,2 MEUR (+31%), suivi des produits pharmaceutiques pour 0,9 MEUR (+29%) et les Machines diverses d’usages spécifiques pour 0,8 MEUR (-29%). A l’inverse, les Produits de l’édition et logiciels qui représentaient notre premier poste d’exportation en 2019 pour 2,2 MEUR se sont effondrés de 98% illustrant le caractère ponctuel de nos postes d’exportations vers le pays.

Selon les statistiques miroirs du Nicaragua, les importations du pays en provenance de France ont reculé de 9,4% en 2020, à 22,2 MUSD[2]. Notre part de marché se maintient à 0,5%, alors que les importations nicaraguayennes ont légèrement augmenté de +1,9%. Nos principaux concurrents européens ont connu une hausse de leurs exportations ver le pays : l’Allemagne de 15,5% (à 81 MUSD), l’Espagne de 3,8% (à 71 MUSD et les Pays-Bas 7,6% (à 22 MUSD). Seul l’Italie a vu ses exportations diminuer de 13% (à 26 MUSD). Les Etats-Unis restent le principal fournisseur du pays, comptant pour 22% des importations, en baisse cependant de 14%. 

En comparaison régionale, le Nicaragua représentait 8% de nos exportations vers le CA-4 en 2020 (contre 7% un an plus tôt) et 15% de nos importations (contre 25% en 2019).

La tendance baissière se poursuit sur les trois premiers trimestres 2021

Notre relation commerciale avec le Nicaragua poursuit sa tendance baissière sur les trois premiers trimestres 2021 dans la lignée de 2020 et de la crise sanitaire, atteignant 31,6 MEUR (-1,5% g.a.) soit 12% de nos échanges avec la zone CA-4. Notre solde commercial avec le Nicaragua est déficitaire de 18 MEUR sur la période.

Nos exportations vers le Nicaragua atteignent 6,8 MEUR sur les neuf premiers mois de l’année 2021 en hausse de 6,7 % g.a. Les exportations de bois, papiers et cartons (+324% à 1,1 MEUR) et produits chimiques, parfums et cosmétiques (+68% à 1 MEUR) sont les principaux contributeurs à la hausse. A l’inverse, les exportations d’équipements électriques et ménagers (-41% à 615 000 EUR) et de machines industrielles et agricoles (-55% à 527 000EUR) ont fortement baissé.

Nos importations en provenance du Nicaragua ont atteint 24,9 MEUR sur la période en baisse de 3,6% g.a. L’appareil exportateur nicaraguayen vers la France se compose principalement de produits des industries agroalimentaires qui comptent pour 60% des exportations nicaraguayennes en baisse de 10% pour atteindre 14,9 MEUR. Les produits de la culture et de l’élevage comptent quant à eux pour 35% de nos importations en provenance du pays, en hausse de 31% pour atteindre 8,8 MEUR. Les exportations de textiles et d’habillements atteignent 1 MEUR en hausse de 35%.

Des relations bilatérales modestes mais résilientes

Depuis 2018, l’accumulation de facteurs politiques et sociaux négatifs a fortement freiné la dynamique commerciale extérieure du pays. Localement, la présence française relève surtout de bureaux de représentation et entreprises de droit local créées par des entrepreneurs français. A l’image des entreprises locales, les acteurs économiques français dans le pays doivent s’adapter à un contexte règlementaire mouvant, susceptible de limiter les perspectives de nouveaux entrants.


[1] L’écart avec les données des douanes françaises tient notamment à la prééminence des ports d’Anvers et de Hambourg dans le transit des exportations nicaraguayennes vers la France, aboutissant à comptabiliser, dans les statistiques nicaraguayennes, vers la Belgique ou l’Allemagne des exportations en réalité destinées à notre pays.

[2] L’écart avec les statistiques des douanes françaises pouvant être dû notamment à des centres de distributions régionaux basés au Costa Rica ou Panama, approvisionnant le Nicaragua depuis ces pays, mais étant enregistrés comme des exportations vers le Costa Rica ou le Panama dans les statistiques des douanes françaises.

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