Indicateurs et conjoncture

Nicaragua : Le gouvernement peine à envisager une sortie à la crise économique face à l’instabilité politique et à la pandémie du COVID-19

 

L’économie nicaraguayenne qui était déjà entrée en récession au printemps 2018 doit désormais affronter une seconde crise économique résultant de la pandémie de COVID-19. Dans ce contexte, le gouvernement a fait le choix de donner la priorité à la continuité économique.

La pandémie aggrave la crise économique préexistante

Avant même l’apparition de la pandémie de COVID-19, le pays était déjà en proie à une crise économique sévère suite à la crise politique et sociale entamée en avril 2018. Le PIB nicaraguayen s’est contracté de 4% en 2018 et de 3,9% en 2019. Cette crise a initialement éclaté en avril 2018 suite au déclenchement de manifestations contre un projet de réforme de la sécurité sociale. Sur le plan économique, elle a provoqué une détérioration du climat de confiance se traduisant par une baisse de l’investissement privé et de la demande intérieure.

L’épidémie de COVID-19  va encore aggraver la situation économique : le FMI prévoit désormais une récession de 5,5% en 2020, contre 2,1% avant la crise sanitaire. Si le pays n’a pas mis en œuvre des mesures restrictives de confinement, il a été affecté indirectement par les récessions économiques de ses principaux partenaires commerciaux, les Etats-Unis et les pays de la région Amérique centrale. Aussi, les exportations ont diminué de 9,2% en raison du COVID tandis que les revenus issus du tourisme ont chuté de 54% et les transferts de fonds de migrants de 20%. Ces derniers représentent 11% du PIB. L’assèchement des entrées de devises a réduit le surplus de la balance courante (pour 2020 : 63 M USD vs. 140 M USD  pré COVID). En parallèle, les flux d’IDE ont également chuté significativement (-47,5% depuis le début de la crise politique en 2018) et devait atteindre 405 M USD selon les prévisions en début d’année, avant la pandémie. Aussi, la balance des payements présente un déficit de financements de l’ordre de 332 M USD, soit environ 2,8% du PIB en 2020.

En 2020, la situation fiscale du pays devrait se détériorer de 3,5 points pour atteindre un déficit budgétaire de 4,2% du PIB. Les autorités ont introduit des mesures fiscales à hauteur de 1,6% du PIB pour prendre en charge les dépenses de santé supplémentaires (1,3% du PIB) et une assistance sociale temporaire (0,3% du PIB) en raison de la diminution des revenus collectés avec la crise (26% du PIB en 2020, soit -1,1 point par rapport à la période pré COVID), et de l’augmentation des dépenses publiques en parallèle. Ceci devrait entrainer une augmentation de la dette publique de 42% à 50,3% du PIB entre 2019 et 2021 selon le FMI. Néanmoins, le taux d’inflation devrait diminuer en 2020 et 2021 à 4,4% et 4% respectivement (contre 5,4% en 2019) du fait de la crise économique et de l’impact négatif de celle-ci sur la demande agrégée[1].

Une reprise qui pourrait tarder à se matérialiser

La profondeur de la crise économique, qui dure déjà depuis plus de deux ans, risque de rendre la reprise d’autant plus compliquée : le FMI anticipe une nouvelle contraction, de 0,5% du PIB, pour le Nicaragua en 2021. En effet, le tissu économique, déjà fragilisé, risque d’être durablement affecté. Ainsi, le nombre d’emplois formels perdus est estimé à 800 000 et le PIB/habitant du pays est passé de 2 170 USD en 2017 à 1 920 USD pour 2019 (-11,5% par rapport à 2017).

En outre, du fait d’une saison des ouragans très active en 2020, le Nicaragua a été frappé par deux ouragans de catégorie 4 (Eta et Iota) en l’espace de 2 semaines : ces ouragans ont endommagé des lignes électriques, renversé des tours de télécommunications (Iota a privé 33 municipalités nicaraguayennes de service téléphonique et de connexion internet) et près de 63 000 personnes évacuées. L’impact des ouragans pourrait de même compliquer la situation face au COVID-19 du fait de la dégradation des infrastructures et de la saturation des abris d’urgence. Les catastrophes naturelles qui touchent le pays devraient encore alourdir le déficit budgétaire pour 2020.



[1] FMI WEO octobre 2020

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