Indicateurs et conjoncture

 L’économie nicaraguayenne est fortement affectée par la crise sociopolitique actuelle. La répression violente et les barrages routiers paralysent l’économie. Les secteurs bancaire et touristique sont les plus impactés. Le barrage des routes mis en place par la population en signe de protestation limite les transports terrestres dans toute l’Amérique centrale. Les perspectives économiques sont revues à la baisse. En cas de poursuite de la crise, le pays pourrait même entrer en récession.

Pour l’heure, et tant qu’une sortie de crise n’est pas trouvée, il est très difficile de mesurer l’effet de la crise sur l’économie nicaraguayenne. De toute évidence le prolongement des manifestations et des troubles aura un impact négatif sur l’économie et sur la sécurité du Nicaragua. La rupture consommée entre le patronat et le gouvernement aura également à n’en pas douter des séquelles durables. La crise devrait affecter par ailleurs durablement l’image du pays à la fois auprès des touristes et des investisseurs étrangers, ce dont l’économie pourrait pâtir à moyen terme.

Même si les intérêts français sont peu nombreux (63 millions d’échanges bilatéraux en 2016, quelques entreprises implantées au Nicaragua dont Alcatel, l’Oréal et Sanofi, ainsi que des entreprises individuelles dans les secteurs du tourisme, de la restauration, et de l’agriculture notamment), ces derniers ne devraient pas échapper aux conséquences négatives de la crise.

 

Quelques données concernant l'avant-crise (avril 2018)

 

La situation macroéconomique est stable avec une croissance dynamique et des finances publiques sous contrôle, mais les déficits demeurent en termes de développement

Le Nicaragua connaît la croissance la plus élevée de la région, hors celle du Panama (4,7% en 2016 et proche de 4,5% en 2017 selon le FMI, avec depuis 2000 un taux de croissance annuel moyen de 4%. Elle est tirée par le secteur agricole. La consommation privée tire l’économie nicaraguayenne (78% du PIB en 2016 contre 8,6% pour la consommation publique). Elle est toujours tirée par des transferts de migrants (remesas) dynamiques, qui ont progressé de 10,6% (g.a.) sur la période janvier-septembre 2017.

L’économie nicaraguayenne est ouverte (importations : 57% ; exportations 39% du PIB en 2016) et bénéficie du dynamisme des exportations (notamment agroalimentaires : viande bovine, sucre, produits laitiers).

 

→Les finances publiques sont sous contrôle : Le Nicaragua fait figure de bon élève dans la région. La notation souveraine du pays est élevée  (B+ pour  S& Ps et Fitch;  B2 par Moody’s, avec perspective positive). La prudence de la politique budgétaire a permis de maîtriser l’endettement public (à 44,6% du PIB en juin 2017) et le déficit public (1,8% du PIB en 2016). La bonne gestion des finances publiques se fait néanmoins au détriment d’une politique fiscale plus expansive. Le pays fait aussi face à des défis importants en matière des ressources internationales dans un contexte de baisse de la coopération vénézuélienne et de possible adoption du « Nica Act ». 

 

→La croissance ne s’est toutefois pas traduite par une amélioration en termes d’indicateurs sociaux : Malgré la croissance élevée et les finances publiques saines, celles-ci ne bénéficient pas à l’ensemble de la population et n’a pas entraîné une amélioration des indicateurs sociaux. L’économie nicaraguayenne a connu une transition d’un modèle principalement rural à industriel, mais le salaire demeure un salaire de subsistance. Le PIB/hab s’élevait à 2 151 USD en 2016, soit le plus bas de la région. La pauvreté demeure importante, puisque 25% de la population se situe en-dessous du seuil de pauvreté et plus de 60% des nicaraguayens seraient en situation de pauvreté multidimensionnelle.

 

L’économie nicaraguayenne présente toutefois des vulnérabilités externes, en particulier dans un contexte de baisse de l’aide vénézuélienne et d’incertitude sur la relation avec les Etats-Unis

L’un des risques pour l’économie nicaraguayenne réside dans son manque de diversification des échanges commerciaux : un possible frein pour la croissance à moyen terme. Le Nicaragua est à l’image des autres pays centroaméricains, exposé à un changement de la politique commerciale et migratoire des Etats-Unis. (premier partenaire commercial :43% des exportations en 2016);

Le Nicaragua n’a pas nécessairement bénéficié de l’accord commercial UE-Amérique centrale, en vigueur depuis trois ans, pour lequel il existe une fenêtre d’opportunité pour le Nicaragua (secteur bovin et sucrier).

 

La possible adoption du « Nica Act » et les sanctions américaines pourraient avoir un impact sur les investissements étrangers : le gouvernement « sandiniste » du Président Ortega est contesté par une partie de la classe politique américaine, d’origine cubaine, à l’origine d’une initiative législative en cours, le « Nica Act ». La Chambre des Représentants des Etats-Unis a adopté un nouveau projet de loi, qui doit encore être adopté par le Sénat. Les effets du Nica Act ne se produiraient formellement pas avant 2019 . Ses conséquences pourraient être non négligeables vu la dépendance du pays aux financements externes  (en 2016,  903,5 MUSD, soit 6,8% du PIB).

 

D’autres sanctions américaines menacent le Nicaragua, à l’image du Magnitsky Act, notamment en raison de ses liens avec le Venezuela. La baisse de la coopération vénézuélienne a jusqu’ici été absorbée mais pourrait à terme peser sur les ressources de l’Etat : Le Nicaragua bénéficie depuis plusieurs années à travers l’accord Petrocaribe de la livraison annuelle d’environ 10 M barils de pétrole à des tarifs préférentiels, mais aussi de financements concessionnels à long terme.

 

Le Nicaragua bénéficie par ailleurs d’autres sources de financement : fonds multilatéraux (BID, Banque Mondiale, BCIE) qui augmentent leur portefeuille dans le pays ; la BCIE a ainsi approuvé 480 MUSD de projets en 2017, soit 100 MUSD de plus qu’en 2016. La Banque Européenne d’Investissement cherche à développer son activité (secteurs de l’électricité et des transports). De nouveaux bailleurs se positionnent également dans le pays, dont plusieurs fonds asiatiques.

La dépendance du Nicaragua aux financements externes demeure l’une de ses vulnérabilités.

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