Indicateurs et conjoncture

Situation Economique et Financière du Nicaragua

Description de la structure de l’économie

Taille de l’économie :

Le Nicaragua est la plus petite économie d’Amérique Centrale à l’exception du Belize (PIB de près de 13,26 Mds USD en 2018[1]). Il dispose d’un marché intérieur de 6,4 M habitants. Selon la Banque Mondiale, la croissance démographique du Nicaragua était de 1,26% en 2018.

Degré d’ouverture :

Le Nicaragua est un pays relativement ouvert aux flux commerciaux et  aux flux de capitaux. Les importations ont représenté 5,2 Mds USD en 2018 (soit 39,2% du PIB) et les exportations 2,5 Mds USD (soit 18,8% du PIB).

Le Nicaragua a signé plusieurs accords commerciaux, notamment : le CAFTA-DR avec les Etats-Unis, l’accord d’association UE-AC (le Nicaragua est le 1er pays d’Amérique Centrale à l’avoir ratifié en octobre 2012 et l’accord est entré en vigueur au 1er août 2013).

Le Nicaragua a ratifié en 2018 l’accord de libre-échange avec la Corée du Sud.

Niveau de développement :

Le Nicaragua accuse d’importants retards en termes de développement social et humain. D’après l’ONU, 6,2% de la population vit avec moins de 1,90 dollars PPA par jour. Selon la Fondation Nicaraguayenne pour le Développement Economique et Social (FUNIDES), 23,8% de la population est en situation de pauvreté en 2018.

Le PIB par habitant (2 108 USD en 2018) en fait le pays le plus pauvre d’Amérique centrale et l’un des pays les plus pauvres du continent.

Avec un indice de développement humain de 0,645 en 2017, le Nicaragua se situait en 2016 au 124ème rang sur 188 pays (selon le rapport du PNUD).

Avantages comparatifs et structure de l’économie :

Le PIB 2018 du Nicaragua est produit à 17% par le secteur primaire, 34% par le secondaire et 49% par le tertiaire. Les secteurs qui participent le plus au PIB du Nicaragua sont en 2018 : l’industrie manufacturière (15%), le commerce (11%), les autres services (9%), l’agriculture (8%), les droits de logements (6%) et le bétail (6%).

Performances sur le long terme :

Sur la période 2010-2017, le taux de croissance annuel moyen enregistré est de 5,2%, soit une croissance supérieure à celle des autres pays d’Amérique centrale (hors Panama). Mais l’économie nicaraguayenne s’est contractée de 3,8% en 2018 et la formation brute de capitale fixe de 23,6% suite à la crise politique (des manifestations ont débuté en avril 2018 pour protester contre la réforme des retraites qui ont fait 325 morts).

La Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) ainsi que le Fonds Monétaire International (FMI) prévoient pour 2019 une croissance de -5% et FUNIDES une inflation entre 6,4% et 7,9% pour 2019.

Place du secteur privé :

L’investissement fixe privé est passé de 18,0% du PIB au T4 2017 à 14,5% du PIB au T4 2018 soit une baisse de 23,6% g.a.

L’investissement fixe public est lui passé de 8,6% du PIB à 7,8% du PIB entre le T4 2017 et le T4 2018 soit une baisse de 13,3% g.a.

Eléments d’analyse conjoncturelle

Performance récente de la croissance :

La crise que traverse le pays depuis 2018 a eu de lourdes conséquences sur l’activité économique du pays : La croissance en 2018 a été de -3,8% ; l’indice mensuel d’activité économique est à la baisse pour les premiers mois de 2019 (-7,5% g.a en février). Les principales baisses (chiffres de février 2019) concernent les hôtels et restaurant (-24,7% g.a), la pêche et l’aquaculture (-22,5% ), les intermédiaires financiers (-21,1%), la construction (-18,7%) et le commerce (-16,3%). Les secteurs en hausse sont l’énergie et l’eau (+10,8%), l’agriculture (+7%), la sylviculture et la production de bois (+3,3%), la santé (+2,6%) et l’éducation (+2,3%).

La CEPAL et le FMI prévoit une croissance de -5% pour 2019. Avant la crise, la CEPAL avait placé le Nicaragua parmi les cinq économies latino-américaines affichant la plus forte croissance du PIB.

Le taux de chômage en 2018 est de 5,4 %, supérieur aux 3,7% de 2017.

Le nombre d’emplois formels a baissé de 7,2% en mai 2018 (g.a).

Moteurs de la croissance (consommation, formation brut de capital fixe, commerce extérieur) :

En 2018, la consommation privée a chuté de 4,8 %, la consommation publique de 2,8 %, la formation de capital brute du secteur a baissé de 19,7% g.a (-21,4% pour le secteur privé, -15,4% pour le secteur public). Les exportations (sans inclure celle des zones franches) se sont contractées de 1,2% et les importations de 13,7% en 2018. Les remesas sont, elles, à la hausse : +10% g.a au premier semestre 2019.

Situation du commerce extérieur :

En 2018, la balance commerciale du Nicaragua a été excédentaire de 83 M USD soit 0,6% du PIB, alors qu’elle était déficitaire de 1,7 Mds USD en 2017 (14,19% du PIB). Cet excédent s’explique principalement par la chute de la demande intérieure et donc des importations.

Les exportations de marchandises (sans inclure les opérations des zones franches) ont baissé de 1,2% en 2018 alors qu’elles avaient augmenté de 14,5% en 2017. Elles ont augmenté de 3,8% en volume mais cette hausse a été contrecarrée par celle des prix internationaux. Sur les deux premiers mois de 2019, le taux de croissance interannuel des exportations a baissé de 4%. Les principaux produits d’exportations (en juillet 2019) sont le café (23%), la viande (16%), l’or (14%) et le sucre (9%).

Les importations (sans inclure celles des zones franches) ont chuté de 13,7% en 2018 (contre une croissance de 4% en 2017). Si on inclut les zones franches la chute est de 8,8% en 2018 et si on exclut la facture pétrolière qui a cru de 12,7%, les importations ont chuté de 18,3%. Au premier trimestre 2019 les importations ont baissé de 21,8% g.a.

Le principal partenaire commercial du Nicaragua reste les Etats-Unis, qui représentent 42,3% des exportations du Nicaragua en 2018. Les pays d’Amérique Centrale suivent : 9,6% de ses exportations sont à destination du Salvador, 5,1% vers le Costa Rica et 3,8% pour le Guatemala, ainsi que Taiwan (3,9%). Ces 5 pays représentent 64,5% des exportations contre 60,5% en 2018.

Flux d’IDE :

Les IDE ont chuté de 53,7% g.a en 2018 passant de 772 M USD à 359 M USD, soit de 5,6% du PIB à 2,7% du PIB. 2018 est ainsi  la 4ème année consécutive de baisse des IDE : les IDE représentaient 7,4% du PIB en 2015, 6,8% en 2016 et 5,6% 2017 puis 2,7% en 2018. Le pays se classe ainsi 15ème/17 pays d’Amérique Latine et Caraïbe (seuls la Bolivie et le Venezuela sont derrière) en terme d’accueil d’IDE.

Les secteurs les plus affectés par la baisse sont l’industrie manufacturière (de 324 M USD à -19 M USD d’IDE) et les télécommunications (-48% g.a). Le tourisme est également très touché.

Dépendance aux financements externes :

Le pays fait toujours partie de l’initiative « pays pauvre très endetté » (PPTE, Club de Paris). Il bénéficie de financements externes concessionnels afin de ramener sa dette extérieure à un niveau viable.

Les financements externes ont représenté 7,9% du PIB en 2018 (1,04 Mds USD) contre 990,7 M USD en 2017. En 2018, la majorité du financement externe était destiné au secteur public : 63,2% (soit 5% du PIB) contre 36,8% (2,9% du PIB) pour le secteur privé. Les sources de financement sont majoritairement multilatérales (73,8% soit 768,4 M USD et -0,7% par rapport à 2017) contre 22% de sources bilatérales (272,9 M USD, +25,2% par rapport à 2017).

Les montants de la coopération vénézuélienne diminuent drastiquement depuis 2012, où 729,3 M USD ont été versés par le Venezuela au Nicaragua (sous forme de prêts, dons et IDE), tandis qu’en 2018 la coopération vénézuélienne s’est élevée à 27,2 M USD.

Le NICA Act (Nicaragua Investment Conditionality) a été approuvé par le Congrès étatsunien et signé par le Président Trump le 20 décembre 2018. Cette loi conditionne l’accès du Nicaragua aux prêts des institutions internationales du Nicaragua (FMI, Banque Mondiale, BID…) à l’adhésion aux principes démocratiques.

En 2018, le Nicaragua aurait perdu plus de 74,4 M USD d’aide internationale pour violation des droits de l'Homme. Le Canada, les Pays-Bas et le Luxembourg ont notamment pris des mesures coercitives. Certaines ONG internationales ont aussi suspendu leurs financements dans le pays. Le Parlement européen étudie une éventuelle exclusion du Nicaragua de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Amérique centrale via l’activation de la clause démocratique de cet accord (ce qui aurait pour effet d’exclure le Nicaragua de l’accord).

Selon la Banque centrale du Nicaragua (BCN), les remesas progressent de 10 % (g.a) au premier semestre 2019 et atteignent 797 M USD. 55,3 % (environ 441 M USD) des envois de fonds des migrants proviennent des États-Unis, 18,4 % du Costa Rica, 12,7 % d’Espagne et 13,6 % d’autres pays (dont le Salvador et Panama). Selon les prévisions de la BCH, le Nicaragua pourrait recevoir plus de 1,7 Md USD de remesas d’ici la fin de l’année 2019, soit 200 M USD de plus qu’en 2018. Ces transferts de fonds des migrants représentent environ 10,7 % du PIB du Nicaragua.

Politique économique

Policy mix :

Les politiques mises en œuvre par les autorités ont permis au pays de maintenir sa stabilité macroéconomique. Toutefois, le manque de transparence de la politique économique et des statistiques économiques crée des risques de volatilité des flux de capitaux.

L’entrée de devises a été plus faible en 2018 dû à la baisse des exportations, des IDE,  des revenus du tourisme, des financements externes et des prêts. Seules les remesas ont continué à croître.

Pro ou contra cyclicité de la politique budgétaire :

La politique budgétaire est prudente et a permis de maîtriser l’endettement public, malgré une tendance au creusement du déficit depuis 2013. Le déficit du gouvernement central avant les prêts est passé de 1,5% en 2017 à 2,6% en 2018. 

Le déficit du secteur public non financier a augmenté en 2018 à 4% du PIB après deux années proches de 2%. Cela est dû au comptes déficitaires d’institutions et entreprises étatiques (INSS, Entreprise Nicaraguayenne des aqueducs et sanitaires, Entreprise Nicaraguayenne du Pétrole, Institut Nicaraguayens des Postes et Télécommunications)

Inflation et politique monétaire/ de change :

Les principaux objectifs de la politique monétaire ont été atteints : convertibilité de la monnaie nationale au taux de change préétabli par la politique de change, maintien d’un niveau de liquidité adéquat sur le marché monétaire, couverture adéquate des réserves internationales brutes respectivement à la base monétaire et aux importations de marchandises (les réserves internationales brutes ont couvert 2,4 fois la base monétaire et 5,2 mois d’importations fin 2018, contre 2,6 fois et 5,4 mois en 2017).

L’inflation interannuelle a diminué de 1,79 point en 2018 par rapport à 2017 pour atteindre 3,89% après le chiffre record de 2017 (5,68%). L’inflation retrouve ainsi un niveau proche de celui de 2016 (3,13%).

La volatilité des prix des hydrocarbures est un facteur de vulnérabilité. La facture pétrolière s’est élevée à 992 M USD en 2018, soit une hausse de 12,7%% par rapport à 2017.

Au cours des quatre premiers mois de l’année 2019, le volume des opérations du marché de change a totalisé 3,87 Mds USD, soit 19% de moins que celui enregistré au cours de la même période en 2018.

Au premier trimestre 2019 la banque centrale a vendu pour 96 millions de dollars aux banques financières et au gouvernement central (1,1 M USD au T1 2018), répondant au besoin de liquidité du secteur financier. Le volume de devise que les banques financières ont vendu et acheté au public a fortement baissé entre le T4 2018 et le T1 2019 (-3,4% en achat et -13,1% en vente).

Dette externe/publique :

D’après la Banque centrale du Nicaragua (BCN), la dette extérieure au premier semestre atteint 6,1 Mds USD, soit 107,4 M USD de plus qu’en décembre 2018. Cette hausse s’explique notamment par le décaissement de 203,3 M USD de prêts en juin, principalement auprès d'institutions multilatérales (166,5 M USD).

La dette externe du gouvernement central est passée de 29,0% du PIB en 2017 à 32,6% du PIB en 2018. La dette publique est de 52,5% du PIB en décembre 2018.

Le Nicaragua est noté B- avec perspective négative par Fitch, B2 avec perspective négative par Moody’s et B- avec perspective négative par Standars and Poor’s, contre respectivement B+ stable, B2 positif et B+ stable en mars 2018.

Secteur bancaire                                                                                                                                          

Taille du secteur et structure :

Le secteur bancaire est l’un des moins développés d’Amérique centrale. D’après la Banque centrale du Nicaragua, le portefeuille de crédits des banques du pays a atteint 4 Mds USD au premier semestre 2019, soit une chute de 20% par rapport à la même période en 2018 alors qu’il avait augmenté de 10,7% en 2017. Avec plus de 2,2 Mds USD (- 23,4% en g.a), les crédits au secteur privé représentent 57% du total. Suivent ensuite les crédits à la consommation (1 Md USD ; -22,5% ; 26,1%) et les prêts immobiliers (664,6 MUSD ; -2,8% ; 16,9%).

La proportion des liquidités des banques par rapport au total de leurs dépôts est passée de 31,76% en mars 2018 à 46,73% en mai 2019. Cette baisse révèle la détérioration de la confiance depuis le début de la crise, qui provoque notamment une baisse importante des crédits.

L’indice de morosité des crédits s’est fortement détérioré suite à la crise politique passant de 2,3% en moyenne en 2017, pour atteindre 10,2% en juin 2019. Le ratio crédit à risque sur crédit brut a suivi la même trajectoire, étant proche de 1% en 2017 et début 2018 et atteignant 3,4% en juin 2019.                                                                                                                                                             

Dollarisation et évolution des crédits (volume et taux) :

Le système bancaire est fortement dollarisé (le plus dollarisé d’Amérique centrale hors économies dollarisées au Salvador et au Panama).

Le crédit bancaire a diminué de 9% (g.a.) en 2018, atteignant 4,5 Mds USD. Le crédit aux particulier a chuté de 14,4% en 2018 et celui à l’industrie de 13,6%, alors qu’ils avaient cru de 12,1% et 22,8% respectivement en 2017. Les prêts commerciaux ont baissé de 10,7%.

Entre décembre 2017 et mars de cette année, le nombre de prêts a diminué de près de 400 000, passant de 1,79 million à 1,41 million (-21%).                                                                                                      

Mesures de soutien et réformes en matière de supervision :

Le secteur bancaire est exposé à l’appréciation du dollar (étant donnée la forte dollarisation du système financier). Cela pourrait impacter la qualité des actifs bancaires (risques de non-remboursement de crédits accordés par les banques). La dollarisation représente une barrière pour trouver des relais internes de financement de l’investissement, car investir en cordobas avec une créance en dollars est très coûteux et difficile à mettre en œuvre. De plus, le secteur bancaire nicaraguayen souffre d’une importante concentration (8 banques se partagent le marché), qui accentue les risques systémiques.

Perspectives et réformes structurelles

Stratégie et modèle de croissance :

Le pays cherche à développer ses infrastructures publiques dans le secteur de l’énergie et des transports. Le Président du Nicaragua Daniel Ortega a relancé le débat sur le projet de canal interocéanique, initié en 2013, lors d’un discours pour le 39ème anniversaire des Forces Navales. Le projet prévoyait la construction de deux ports, un aéroport, deux lacs artificiels, deux écluses, une zone franche et des complexes touristiques. Son coût était estimé à 50 Mds USD.

Le pays cherche à diminuer son endettement. Pour cela, l'Assemblée nationale du Nicaragua, a approuvé une réforme fiscale en mars, très contestée par les milieux d’affaires. La réforme prévoit une augmentation de 1% à 3% de l'impôt sur le revenu des grandes sociétés et une hausse de 1% à 2% de l'impôt sur le revenu des entreprises de taille moyenne. D’après le gouvernement, cette réforme permettra à l’Etat de recueillir plus de 300 M USD. Selon les projections de la FUNIDES, cette réforme permettra d’obtenir un déficit plus faible pour le gouvernement en 2019 (entre -143 USD et -133 USD contre un déficit entre -247 et -225 M USD sans réforme)

Le salaire minimum a été gelé dans 9 secteurs de l’économie entre mars et août 2019, avec une prolongation possible. L’INSS (Institut National de Sécurité Sociale) a également été réformé en février 2019. La réforme vise à atteindre un niveau de cotisation équivalent à 2,3 % du PIB en 2019, avec des augmentations progressives pour atteindre 3 % du PIB en 2021 et 2022. Cette réforme a eu pour effet une diminution du nombre de cotisants et donc une augmentation du secteur informel. Cependant selon les projections de la FUNIDES cette réforme permettra tout de même de diminuer le déficit de l’INSS en 2019.

Climat des affaires :

Le Nicaragua se classe 131ème au classement Doing Business 2018 de la Banque mondiale, et perd 4 places par rapport au classement 2017. Il est notamment très mal classé en ce qui concerne l’obtention de permis de construction, le paiement des taxes et la protection des petits investisseurs. Le fonctionnement de l’Etat et les circuits de décision sont complexes et souvent centralisés au niveau de la Présidence, ce qui peut aboutir à un blocage des initiatives.

Forces et faiblesses structurelles (R&D, marché du travail, concurrence, corruption, éducation…) :

Le Nicaragua est soumis aux risques de catastrophes naturelles (ouragans, tremblements de terres, inondations…)

Comme pour les autres pays de la région, les investissements publics en R&D demeurent extrêmement faibles (< 0,05% du PIB), et le poids du secteur informel est évalué à 80% de l’emploi total.

Le Nicaragua possède un indice de démocratie libérale de 5,8 sur 100 en 2018, ce qui en fait l’un des pires du continent américain.



[1] FMI

 

Publié le