SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DE LA NAMIBIE - Avril 2018

  • Une situation politique stable.

Le président Hage Geingob, élu démocratiquement, est au pouvoir depuis mars 2015. Il est membre du principal parti (la SWAPO), au pouvoir depuis l’indépendance. Le président Geingob s’est rendu en France en visite officielle en 2016.

 

  • Un pays très dépendant du secteur minier et de la situation économique de l’Afrique du Sud.

La Namibie est la 7ème économie d’Afrique australe en termes de PIB (13 Mds USD en 2017) et la 3ème en termes de PIB/tête (5358 USD en 2017 avec 2,3 M d’habitants). Comme l’ensemble de ses voisins, la Namibie fait face à d’importants défis sociaux (Indice de Développement Humain de 0,64 – 125ème rang sur 188 pays) en raison de la proéminence des inégalités (indice de Gini de 0,6), du taux de chômage (25,5 % de la population active) et de la pauvreté (22,6 % de la population vivant avec moins 1,9 USD/jour et 31,2 % avec moins de 3,1 USD/jour en 2015).

En dépit d’atouts non négligeables (richesses minières, potentiel touristique, infrastructure de transport, stabilité politique), l’économie demeure très vulnérable aux conditions météorologiques (déclaration de l’état d’urgence en juin 2016 en réponse à l’importante sécheresse qui a affecté le pays pendant 3 ans) et est dépendante du secteur minier et de la situation économique de l’Afrique du Sud (commerce, politique monétaire, recettes douanières).

 

  • Une croissance dégradée qui impacte négativement la situation sociale.

Si la Namibie a enregistré des taux de croissance supérieurs à 5 % entre 2010 et 2015 (l’activité durant ces années a été soutenue par une politique budgétaire expansionniste, la progression rapide du crédit dans un contexte de taux d’intérêt faibles et le lancement de plusieurs projets de construction dans les secteurs miniers et immobiliers), le pays a subi en 2016 un net ralentissement, avec une croissance de 1,1 %, dû au niveau bas des cours de plusieurs produits miniers exportés (dont l’uranium qui compte pour 11 % des exportations totales et le cuivre pour 8 % des ventes totales) ainsi qu’à l’atonie de la croissance de l’Afrique du Sud, principal partenaire commercial du pays.

Cette contraction s’est poursuivie sur 2017 où l’économie est entrée en récession (-0,8%), du fait du ralentissement du secteur de la construction, d’une reprise très moyenne de l’activité minière et d’une demande angolaise peu dynamique (une bonne part des exportations sud-africaines vers l’Angola transite par la Namibie). Un léger rebond est attendu par les experts du Fonds Monétaire International en 2018 (prévisions à +1,2%) du fait de la mise en production de plusieurs exploitations minières (or et cuivre notamment) ainsi qu’à de meilleures performances des secteurs de la construction et de l’agriculture (conditions climatiques plus favorables). Par ailleurs, la Banque Africaine de Développement prévoit une reprise du secteur minier (augmentation de la demande mondiale en uranium et en diamants) et de l’agriculture et envisage, pour 2018, une croissance économique en hausse, à +2,6%.

Après avoir atteint 7,3% en 2016 (du fait principalement de la sécheresse qui avait induit des tensions sur les prix agricoles), l’inflation s’est réduite à 5,2 % en 2017. De meilleures conditions climatiques ainsi que la réduction des tensions inflationnistes en Afrique du Sud expliquent cette performance.

 

  • Une balance courante qui se redresse en 2017 mais qui devrait à nouveau se dégrader en 2018.

Les comptes externes se sont sensiblement détériorés en 2016 : alors que le pays affichait un excédent au début des années 2010, le solde courant a enregistré un déficit de -14,1 % du PIB en 2016. A la faiblesse des cours des produits miniers s’est ajouté un haut niveau d’importations (dont une bonne part de biens de consommations peu susceptibles de soutenir la croissance du secteur productif). En 2017, la balance courante s’est redressée à -1,5% du PIB du fait d’une forte contraction des importations (notamment due à l’atonie de la demande interne) et à une hausse temporaire et purement conjoncturelle des transferts de la SACU (Southern Africa Customs Union). Pour 2018, le déficit courant devrait à nouveau se creuser sur la base d’une réduction attendue des recettes de la SACU (due à la politique de baisse progressive des droits de douanes instaurée par l’union douanière).

A 4,1 mois d’importations à fin décembre 2017 (contre 3,7 mois à fin décembre 2016), les réserves sont en deçà du seuil recommandé par le Fonds (5 mois). Or, les risques qui pèsent sur la balance courante restent élevés, notamment vu la sensibilité de la Namibie aux cours mondiaux des minerais et au niveau des transferts de la SACU.

Au plan monétaire, la Banque Centrale poursuit comme objectif principal l’ancrage du dollar namibien au rand. A ce titre, les autorités monétaires tendent à s’aligner sur l’évolution du taux directeur de la South African Reserve Bank. Le FMI estime qu’aujourd’hui cette parité n’est pas menacée et contribue à la stabilisation du cadre macro-économique de la Namibie (notamment compte tenu de l’importance des liens financiers et commerciaux avec l’Afrique du Sud). En août 2017, la Banque centrale a décidé d’abaisser son taux directeur de 25 pdb à 6,75 % (en ligne avec le taux sud-africain) afin de soutenir l’activité économique.

 

  • Des finances publiques qui se dégradent.

Sur le plan des finances publiques, la Namibie a poursuivi ces dernières années une politique budgétaire expansionniste qui n’est aujourd’hui plus soutenable compte tenu de la contraction de la croissance. Après avoir affiché un déficit de -8,7 % du PIB en 2015/16, le solde budgétaire est attendu en baisse à +4,5% en 2017. Selon les recommandations du FMI, la Namibie devrait réduire ses dépenses publiques, en particulier courantes, en hausse continue depuis plusieurs années. Il recommande par ailleurs une meilleure gestion de la masse salariale de l’Etat (la part des traitements des agents publics atteint 14% du budget) et des subventions et transferts aux entreprises d’Etat (10,6 % du budget). Il pointe toutefois la nécessité de sanctuariser la dépense sociale (la Namibie reste un pays très inégalitaire où les niveaux de pauvreté sont élevés) et d’améliorer son efficacité, suggérant notamment une réforme du système public de redistribution en faveur des populations les plus pauvres. S’agissant des recettes, il recommande une réduction progressive des exemptions fiscales ainsi qu’une gestion plus efficace de la collecte de l’impôt sur le revenu. Cependant, la Namibie a été inscrite sur la liste européenne des pays non coopératifs en matière fiscale en raison de l’existence d’un système de taxes préférentielles et du refus de ratification de la convention de l’OCDE. Enfin, l’apparition d’un stock d’arriérés se montant à 2,4% du PIB fin décembre 2017 est préoccupante.

La dette publique a sensiblement augmenté, passant de 16 % du PIB en 2010 à 46,5% en 2017. Cette forte progression est due à la détérioration du solde public, à l’impact des émissions d’obligations souveraines en devises visant en partie à remonter le niveau des réserves de changes, et à l’état financier très dégradé des entreprises d’Etat. Le FMI prévoit, pour 2018, une nouvelle hausse de l’endettement public (51,4% du PIB) fondée essentiellement sur un essor de la dette interne. Dans ce contexte, la marge de manœuvre des autorités, en particulier en matière de financement des infrastructures, parait extrêmement étroite. Face à la fragilisation des finances publiques et les faibles perspectives de croissance pour 2017 et 2018, les agences de notation Moody’s et Fitch ont dégradé en catégorie spéculative la notation de la dette namibienne en devises.

 

  • Un secteur bancaire  toujours solide mais vulnérable aux chocs externes

Le secteur bancaire est dominé par quatre établissements qui contrôlent 90 % des actifs, dont trois filiales de groupes financiers sud-africains (Standard Bank, NedBank et FNB) et une banque locale Bank Windhoek. Le secteur est profitable et bien capitalisé. Des risques de fragilisation du secteur bancaire sont apparus ces dernières années. Plus spécifiquement, la croissance du crédit s’est accompagné d’une accélération du niveau d’endettement des ménages (85 % du revenu disponible) et d’une nette hausse des prêts peu ou pas productifs, dont une partie substantielle de prêts à la consommation en hausse de +20,9 % sur le 1er semestre 2017. Face à ce constat, le FMI recommande de renforcer la supervision du secteur financier dans son ensemble (y compris sur le non-bancaire) et d’introduire de nouvelles mesures prudentielles.

 

  • Perspectives et réformes structurelles

Si la Namibie bénéficie d’un niveau de corruption plus faible que dans la plupart des autres pays d’Afrique sub-saharienne (53ème rang sur 176 pays au classement Transparency International), le pays présente certaines lacunes s’agissant de son attractivité (84ème sur 138 au classement du World Economic Forum) et de l’environnement des affaires (108ème sur 189 au classement Doing Business de la Banque mondiale). Pour autant, face au besoin de diversification de la base productive nationale, les autorités entendent développer l’intérêt du pays pour des investisseurs étrangers non actifs dans le secteur des industries extractives. L'économie reste fortement tributaire de l'exploitation minière, tandis que la demande limitée de main-d'œuvre non qualifiée entraîne une concentration du travail dans l'agriculture de subsistance. Enfin, la mise en place de la réglementation NEEEF, ayant pour objectif une meilleure redistribution des ressources au sein de la population namibienne, pourrait attirer de nouveaux investisseurs étrangers.

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