Fiche pays Namibie (Avril 2019)

  • Un des pays les plus jeunes d’Afrique et une situation politique stable

Le président Hage Geingob a été élu démocratiquement en mars 2015 – avant cela il avait été Premier ministre de 1990 à 2002 et de 2012 à 2015. M. Geingob a été élu avec l’étiquette de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (la SWAPO), au pouvoir depuis l’indépendance – dont il faut rappeler qu’elle a été une des plus tardives du continent, en 1990, auparavant, le pays était sous la tutelle de l’Afrique du Sud. Des élections générales se tiendront en novembre 2019. A noter que la stabilité politique du pays est souvent citée comme un atout important du pays.

  • Un pays très dépendant du secteur minier et de la situation économique de ses deux grands voisins

Avec un PIB de 14 Mds USD et une population de 2,4 M habitants en 2018, la Namibie est une petite économie et un petit marché – dans la région australe, devant le Malawi, l’Eswatini et le Lesotho. Comme ses voisins, la Namibie fait face à des défis sociaux majeurs (le pays se classe au 129ième rang sur 190 pays en termes d’Indice de Développement Humain – IDH), en raison de l’importance des inégalités (il s’agit d’un des trois pays les plus inégalitaires au monde selon les classements), du chômage (25,5% de la population active) et de la pauvreté (22,6% de la population vivait avec moins de 1,9 USD par jour en 2017). Avec un PIB par tête de 5 727 USD en 2018, la Namibie se classe toutefois dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la classe supérieure selon la Banque Mondiale – soulignant encore l’importance des inégalités.

L’économie namibienne dispose d’atouts non négligeables : stabilité politique, robustesse du secteur bancaire, potentiel important dans les services – logistique, numérique, tourisme). Cependant, elle est peu diversifiée, reposant en grande partie sur les industries extractives (environ 17% du PIB ces dernières années et 45% des recettes d’exportations). Elle est aussi très dépendante de la situation économique en Afrique du Sud (distribution, immobilier, recettes douanières et commerce extérieur – l’Afrique du Sud a absorbé 19% des exportations namibiennes en moyenne ces cinq dernières années) et dans une moindre mesure en Angola.

  • L’économie namibienne est en récession depuis 2016

Sur la période 2010-2015, la Namibie a enregistré des taux de croissance supérieurs à 5%, mais peu soutenables sur le long terme car portés par la dépense publique financée par du déficit, et par la consommation et l’investissement privés (immobilier) financés à crédit.

Depuis 2016, le pays traverse une période de récession, la plus importante depuis son indépendance – au quatrième trimestre 2018, le PIB s’est contracté pour le dixième trimestre consécutif. Pour 2018, alors que la plupart des prévisions tablaient sur un retour de la croissance, la Namibie va enregistrer une contraction de son PIB pour la seconde année consécutive – à -0,1% après -0,9% en 2017. Ces contreperformances s’expliquent principalement par : (i) Une baisse importante de l’activité dans le secteur de la construction, alors qu’il avait fortement contribué à la croissance de l’économie depuis le début des années 2010 – en particulier, du fait de l’achèvement de plusieurs projets miniers et de la réduction du budget d’investissement du gouvernement ; (ii) Le début d’un mouvement d’assainissement des finances publiques qui a fortement pesé sur la croissance ; (iii) Les mauvaises performances de l’Afrique du Sud et de l’Angola – pays frontaliers de la Namibie qui représentent plus de 80% du PIB de l’Afrique australe. Pour l’année 2019, les prévisions oscillent entre une croissance atone (0,5% selon Standard Bank) et une réelle reprise de l’activité (1,4% pour le FMI).

Après avoir atteint 6,7% en moyenne en 2016 (du fait principalement de la sécheresse qui avait entrainé des tensions sur les prix agricoles), l’inflation s’est progressivement réduite à 6,2% en 2017 et 4,4% en 2018. L’inflation apparait désormais comme maitrisée et pour 2019, le FMI anticipe un taux d’inflation annuel moyen de 4,3%. Sur le plan monétaire, la Banque centrale poursuit comme objectif principal l’ancrage du dollar namibien au rand sud-africain, dans le cadre de la zone monétaire commune (Common Monetary Area – avec les monnaies du Lesotho et de l’eSwatini). A ce titre, les autorités monétaires tendent à s’aligner sur l’évolution du taux directeur de la South African Reserve Bank. Le FMI estime qu’aujourd’hui cette parité n’est pas menacée et qu’elle contribue à la stabilisation de l’inflation et plus généralement du cadre macro-économique du pays. Toutefois, la Namibie souffre de la forte volatilité du rand qui est une monnaie spéculative – ce qui affecte l’attractivité du pays vis-à-vis des investisseurs.

  • Redressement du déficit de la balance courante

Après avoir enregistré des déficits supérieurs à 10% du PIB en 2015 et 2016, la balance des transactions courantes a retrouvé des niveaux plus conformes à son historique, aux alentours de -3% du PIB, en lien avec la baisse des dépenses publiques et de la consommation privée, l’augmentation des exportations de matières premières et une augmentation des transferts issus de la Southern African Custom Union (SACU). Fin janvier 2019, les réserves de change du pays s’élevaient à 31 Mds NAD (1,9 Md EUR), correspondant à une couverture de 4,2 mois d’importations, un niveau jugé satisfaisant par la Banque centrale et les agences de notation, en particulier pour permettre de soutenir la parité avec le rand.

  • Des comptes publics fragiles malgré un effort de réduction du déficit

Alors que le pays affichait un excédent au début des années 2010, la période d’expansion budgétaire qui a suivi a engendré un creusement du déficit public pour atteindre jusqu’à 8% du PIB en 2015. A partir de 2016, la réduction des dépenses publiques a affecté la croissance de manière significative, et donc les rentrées fiscales : contrairement à l’effet recherché, le déficit a continué à se creuser. En parallèle, la Namibie a dû faire face à une forte réduction des transferts (recettes douanières) issus de la Southern African Custom Union (SACU) – alors qu’ils avaient pu représenter jusqu’à 40% des revenus totaux du pays au début des années 2010, ces transferts ont chuté en 2016 (-20%) et en 2018 (-15%). Ce mouvement s’explique (i) Par une décision de libéraliser une partie du commerce de la SACU vis-à-vis des pays tiers, qui s’est traduite par une diminution des droits de douane ; et (ii) Par une diminution du commerce sud-africain dont sont très dépendants les revenus totaux de la SACU. La situation budgétaire est encore grevée par les difficultés financières de certaines entreprises publiques (en particulier, Air Namibia, Namibian Broadcasting Corporation) que l’Etat doit aider financièrement. La situation des fonds extrabudgétaires, très déficitaires doit aussi être un point d’attention renforcé – car s’ils n’affectent pas la situation budgétaire, leur déficit alimente la dette publique. Pour 2019, le gouvernement table sur une baisse du déficit budgétaire à 4,1% du PIB – après 4,4% en 2018. La baisse du budget de fonctionnement (en particulier de la masse salariale) en terme réel, lui permet de dégager des marges de manœuvre pour l’investissement, ce qui est de nature à contrer l’impact récessif que l’on a observé les années précédentes.

L’accumulation de déficits publics importants a entrainé une augmentation rapide de la dette qui est passée de 15% du PIB en 2010 à près de 50% en 2018 – si cette dernière est jugée soutenable par le FMI, et si la situation de la Namibie est moins dégradée que d’autres pays de la zone, cette question n’en est pas moins une inquiétude, pointée par les agences de notation qui placent le risque souverain namibien dans la catégorie spéculative. Fin 2018, une partie substantielle de la dette publique namibienne était libellée en devises étrangères (environ 35%), ce qui la rend vulnérable au risque de change. Par ailleurs, la plus grande partie (environ les deux-tiers) de la dette en devises a été émise sous la forme de deux obligations souveraines à dix ans pour un montant total de 1,25 Md USD. Le principal de la première obligation est donc dû dès 2021 – sans que ni les officiels (ministère des Finances et Banque centrale), ni les professionnels (banques commerciales) ne soient inquiets sur la capacité du gouvernement à rembourser cet emprunt – avec différentes options possibles, qu’il s’agisse pour le gouvernement d’abonder un fonds d’amortissement ou de refinancer l’obligation sur le marché – avec des spread de taux qui sont restés stables depuis les émissions. Par ailleurs, le reste de la dette publique externe est composé de prêts concessionnels auprès des bailleurs multilatéraux (20%), d’obligations « régionales » émises à la bourse de Johannesburg (10%) et sous la forme de prêts bilatéraux – principalement auprès de la banque de développement allemande KfW et 2% auprès de la Chine.

  • Un secteur bancaire  toujours solide avec quelques imperfections

Le secteur bancaire est toujours dominé par quatre établissements qui contrôlent 90 % des actifs, dont trois filiales de groupes financiers sud-africains (Standard Bank, NedBank et FNB) et une banque locale, la Bank Windhoek. Le secteur est considéré comme profitable et bien capitalisé. Des risques de fragilisation du secteur bancaire sont apparus ces dernières années. Plus spécifiquement, la croissance du crédit s’est accompagné d’une accélération du niveau d’endettement des ménages (85 % du revenu disponible) et d’une nette hausse des prêts peu ou pas productifs. Face à ce constat, le FMI recommande de renforcer la supervision du secteur financier dans son ensemble (y compris sur le non-bancaire) et d’introduire de nouvelles mesures prudentielles.

  • De nombreux défis pour relancer l’économie

Afin de relancer l’économie, en berne depuis trois ans, le gouvernement doit créer les conditions et appuyer le développement du secteur privé. De ce point de vue, il doit améliorer le climat des affaires qui est jugé peu propice. Si la Namibie bénéficie d’un niveau de corruption plus faible que la plupart des autres pays d’Afrique sub-saharienne (53ème rang sur 180 pays au classement Transparency International), le pays est mal classé en matière d’attractivité (100ème sur 140 au classement du World Economic Forum 2018) et d’environnement des affaires (106ème sur 190 au classement Doing Business de la Banque mondiale). Le gouvernement doit notamment œuvrer en faveur de la stabilisation du cadre réglementaire des investissements, notamment en prenant une décision relative au New Equitable Economic Empowerment Framework (NEEEF – système de discrimination positive similaire à celui du BEE en Afrique du Sud) qui génère de fortes incertitudes pour les investisseurs et qui retarde leurs décisions – sans toutefois remettre en cause la nécessité de lutter contre les inégalités. Le gouvernement doit aussi finaliser un certain nombre de lois et réglementations qui sont annoncées de longue date mais bloquées à différents stades du processus législatif : loi sur investissements, loi sur les Partenariats Publics-Privés, loi sur les marchés publics, réforme des entreprises publiques, etc. Comme cela a été annoncé il y a plusieurs années, le gouvernement doit également prendre une décision quant à la privatisation d’un certain nombre d’entreprises publiques – dans les secteurs des télécommunications, portuaire et de l’énergie.

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