Fiche pays (juin 2020)

Après avoir connu une période de forte croissance, soutenue par une politique budgétaire et monétaire expansionniste et le lancement d’importants projets dans le secteur minier, l’économie namibienne a marqué un violent coup d’arrêt en 2016. Sans réellement y parvenir, le gouvernement a alors tenté de stabiliser une dette publique grandissante, ce qui a pesé un peu plus sur l’économie qui peine toujours à repartir en l’absence de réformes structurelles d’ampleur. Bien que le ratio d’endettement soit relativement faible, la trajectoire de la dette publique doit être un point d’attention, de même que l’arrivée à maturité de deux Eurobonds en 2021 et 2025 pour un montant de 1,25 Md USD, ce qui pourrait être source de tensions.

Mise à jour Covid-19 : Avec vingt-cinq cas confirmés et aucun décès au 3 juin, le pays est à ce stade très peu touché par l’épidémie. Toutefois, le gouvernement a mis en place des mesures strictes de confinement dès le 27 mars, qui ont par la suite été élargies et durcies – arrêt des activités non-essentielles, limitation des déplacements, fermeture des frontières, etc. Le pays a commencé à sortir du confinement le 5 mai (régime encore assoupli le 1er juin) : les déplacements dans le pays sont de nouveau autorisés, la plupart des secteurs de l’économie reprennent progressivement, certains lieux de rassemblements ont rouvert (lieux de culte), mais les frontières restent fermées pour les ressortissants étrangers non-résidents. Suite à l’apparition de plusieurs cas, le gouvernement a cependant décidé de refermer provisoirement la région côtière du pays (Walvis Bay) début juin. Les conséquences de la crise sont économiques avant s’être sanitaires – notamment parce que la crise et les mesures de confinement prises pour s’en prémunir, ont et vont continuer de fortement affecter les trois secteurs qui contribuent le plus au PIB et à l’emploi du pays : les mines, le tourisme, l’agriculture et la pêche. Selon les dernières prévisions de la Banque centrale (Bank of Namibia – BoN), le PIB devrait se contracter de 7% en 2020 (probablement sous-estimée).

Début avril, Le gouvernement a annoncé un plan budgétaire de soutien économique et social de 8,1 Mds NAD (500 MEUR), représentant environ 4% du PIB. Cette enveloppe comprend deux volets : (i) Un premier paquet destiné aux entreprises (subvention sur les bas salaires dans les secteurs les plus affectés par la crise, remboursement anticipé des crédits de TVA et des arriérés de paiements du gouvernement, dispositif de prêts garantis et concessionnels pour le secteur agricole et les PME) ; (ii) Un second paquet destiné aux ménages : transfert unique de 750 NAD en faveur des personnes affectées par la crise ; système de prêts remboursables par l’impôt futur pour les ménages et les entreprises individuelles ; distribution de nourriture. Le 27 mai, le ministre des Finances a présenté le budget pour l’année fiscale 2020/2021, avec près de deux mois de retard en raison de la crise. Le gouvernement a construit ce budget sur la base d’une contraction du PIB de 6,6% pour 2020. Il prévoit une forte augmentation du déficit qui devrait atteindre 12,5% du PIB et la dette publique près de 70% du PIB (+15 points).

En parallèle, la Banque centrale namibienne a pris un certain nombre de mesures visant à améliorer les conditions de financement pour les agents domestiques, à assurer un niveau suffisant de liquidité, à inciter les banques commerciales à continuer à jouer leur rôle de financeur de l’économie – baisse de deux points du taux directeur en un mois et assouplissement des exigences macro-prudentielles.

A ce stade, le gouvernement n’a pas sollicité de financement d’urgence auprès du FMI (Rapid Financing Instrument, jusqu’à 240 MUSD) ou de la Banque Mondiale. La Namibie pourrait toutefois bénéficier rapidement d’une aide budgétaire de 115 MEUR de la part de la Banque Africaine de Développement.

1. Situation économique et politique

1.1. Situation politique

Hage Geingob a accédé à la présidence de la République en mars 2015. Il a été réélu pour un second mandat suite aux élections générales de novembre 2019. M. Geingob a été élu avec l’étiquette de la South West Africa People's Organization (SWAPO), au pouvoir depuis l’indépendance – dont il faut rappeler qu’elle a été une des plus tardives du continent, en 1990 – auparavant le pays était sous protectorat sud-africain. Si elles ont confirmé le président en place, les élections générales de novembre ont aussi traduit le déclin de la SWAPO (56% des suffrages, contre 87% lors des élections de 2014) – à qui il est notamment reproché des scandales de corruption.

1.2. Éléments structurels relatifs à l’économie

Avec un PIB de 14 Mds USD et une population de 2,5 M habitants en 2018, la Namibie est une petite économie – devant le Malawi, l’eSwatini et le Lesotho dans la région australe. Comme ses voisins, la Namibie fait face à des défis sociaux majeurs, elle se classe en particulier parmi les trois pays les plus inégalitaires au monde – avec l’Afrique du Sud et le Botswana. En revanche, le taux de chômage est relativement modéré (23% de la population active) et le taux de pauvreté a nettement reculé ces dernières années – passant de 22% en 2008 à 13% en 2018 (seuil de 1,9 USD par jour). Le PIB par tête s’élève à 5 900 USD en 2018 – dans le top 10 d’Afrique sub-saharienne. Enfin, le pays se classe au 130ième rang sur 190 pays en termes d’Indice de Développement Humain – IDH.

Malgré la petite taille de son marché, l’économie namibienne dispose d’atouts non négligeables : stabilité politique, robustesse et sophistication du secteur bancaire (majoritairement sud-africain), potentiel important dans les services – logistique et numérique, notamment. Cependant, elle est peu diversifiée, reposant en grande partie sur les industries extractives (uranium et diamant principalement, environ 12% du PIB et plus de 60% des recettes d’exportation) et le tourisme (10% des revenus d’exportations de biens et services et 11% des emplois formels en ne comptant que l’hôtellerie et la restauration). Le secteur public représente un poids disproportionné dans le PIB (près du quart du PIB en moyenne depuis 2015), en grande partie financé par la rente.

L’économie namibienne est aussi très dépendante de la situation économique en Afrique du Sud (distribution, immobilier, recettes douanières et commerce extérieur – premier débouché du pays avec 17% des exportations en moyenne ces cinq dernières années) et dans une moindre mesure en Angola.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1. Conjoncture économique

Entre 2010 et 2015, la Namibie a enregistré des taux de croissance supérieurs à 5%, soutenus par (i) Une politique budgétaire expansionniste ; (ii) La progression rapide du crédit dans un contexte de taux d’intérêt faibles ; et (iii) Le lancement de plusieurs projets d’ampleur dans le secteur minier – alors que les prix des matières premières étaient orientés à la hausse.

Après avoir marqué un coup d’arrêt en 2016, suite notamment à la fin du super-cycle des matières premières, l’économie namibienne est entrée en récession l’année suivante. D’une part, le gouvernement a engagé un effort soutenu d’assainissement budgétaire, qui a eu un fort impact sur l’activité compte tenu du poids du secteur public. D’autre part, l’investissement des entreprises privées a été freiné par l’atonie de la demande domestique et étrangère (principalement d’Afrique du Sud et d’Angola) et par la mauvaise orientation des prix des matières premières à l’origine d’une chute de la production.

Alors que le pays souffre de problèmes de productivité et que les pouvoirs publics ne peuvent plus stimuler l’économie par le canal budgétaire ou monétaire (ancrage de la monnaie au rand – dans un contexte de ralentissement du crédit au secteur privé du fait d’un niveau d’endettement élevé), l’économie namibienne peine à sortir de la récession. Le PIB namibien s’est ainsi contracté au cours de trois des quatre dernières années. Pour 2019, la croissance a atteint -1,1% en 2019 (après +0,7% en 2018) : la fermeture de plusieurs mines diamantaires, la sècheresse et le ralentissement du secteur immobilier s’ajoutent à une demande domestique toujours déprimée, ce qui empêche une reprise de la croissance malgré l’amélioration de l’activité manufacturière. Suite à sa dernière visite dans le pays en février 2020, le FMI indique qu’en l’absence de réformes structurelles, la croissance potentielle du pays restera faible – amélioration du climat des affaires, réformes des entreprises publiques et des services clefs (énergie et transport notamment) en vue d’améliorer la compétitivité du secteur privé, renforcement de l’offre de main d’œuvre qualifiée.

Après avoir atteint un pic à 7,3% en 2016, l’inflation s’est réduite progressivement pour atteindre 2,5% sur un an en février 2020, reflétant la faiblesse de la demande interne. Toutefois, ces évolutions affectent peu la politique monétaire de la BoN, qui est principalement attachée à maintenir la parité avec le rand sud-africain dans le cadre de la zone monétaire commune (Common Monetary Area).

2.2. Situation des finances publiques

Le pays a enregistré des déficits importants au cours de toute la décennie 2010 – près de 6% du PIB en moyenne. A partir de 2016, la forte réduction des dépenses publiques – de 43% du PIB en 2015 à 32% en 2019 – a affecté la croissance de manière significative et à leur tour les rentrées fiscales, limitant ainsi la capacité du gouvernement à stabiliser la dette publique. En parallèle, la Namibie a fait face à une réduction des recettes douanières issues de la Southern African Custom Union (SACU), qui ont chuté de plusieurs points de PIB, mais qui continuent à représenter plus d’un tiers de revenus de l’Etat. Du côté des dépenses, la situation budgétaire est grevée par l’augmentation substantielle du poids du service de la dette (de 5% des revenus pour l’exercice 2015-2016 à près de 12% depuis 2018-2019) et par les difficultés financières de certaines entreprises publiques (en particulier Air Namibia) que l’Etat doit aider financièrement. La baisse du budget de fonctionnement en termes réels, lui a permis de dégager des marges de manœuvre pour l’investissement, ce qui est de nature à soutenir l’économie. Toutefois, des efforts restent à faire en ce qui concerne la masse salariale de la fonction publique. Le FMI plaide ainsi pour un meilleur alignement de la dynamique d’augmentation des salaires avec celle de la productivité. Pour l’exercice 2019-2020, le gouvernement tablait sur une réduction du déficit budgétaire à 4,5% du PIB – après 5,2% en 2018-2019.

L’accumulation de déficits publics a entrainé une augmentation rapide de la dette, passée de 16% du PIB en 2010 à plus de 49% en 2019. Bien que le rythme d’augmentation de la dette publique ralentisse grâce aux efforts de consolidation du gouvernement, cette dernière devrait continuer à augmenter dans les prochaines années. Si la dette est jugée soutenable par le FMI selon la dernière évaluation réalisée à l’été 2019, les agences de notation placent le risque souverain namibien au second niveau de la catégorie spéculative. D’une part, une partie substantielle de la dette publique namibienne est libellée en devises (environ un tiers), ce qui la rend vulnérable au risque de change. D’autre part, le gouvernement va devoir faire face au remboursement de deux Eurobonds à dix ans émis en 2011 et 2015, pour un montant total de 1,25 Md USD (55% de la dette en devises). Le principal de la première obligation est donc dû dès 2021 – sans toutefois que ni les officiels, ni les professionnels ne soient inquiets sur la capacité du gouvernement à rembourser cet emprunt. Le reste de la dette publique externe est composé de prêts concessionnels auprès des bailleurs multilatéraux (25%), d’obligations émises à la bourse de Johannesburg (10%) et sous la forme de prêts bilatéraux (10%) – auprès de la KfW principalement.

3. Relations avec la communauté financière internationale

La Namibie est classée dans la catégorie des pays à « revenus intermédiaires de la tranche supérieure » par la Banque Mondiale. A ce titre, le pays est éligible aux financements de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD).

D’un point de vue général, à l’instar du voisin sud-africain, les autorités namibiennes ont pour stratégie de limiter leur endettement vis-à-vis des bailleurs multilatéraux et bilatéraux, préférant se tourner vers les marchés financiers (domestiques ou internationaux) pour assurer le financement des principaux projets d’infrastructures et des déficits. Le gouvernement est particulièrement prudent lorsqu’il s’agit d’emprunter auprès de la Banque Mondiale et du FMI, pour des raisons idéologique et historique. Ainsi, la Banque Mondiale n’a aucun projet en cours dans le pays – dernier projet engagé en 2008. Le portefeuille de la Banque Africaine de Développement est plus conséquent, avec une dizaine de prêts souverains en cours pour un montant total de 790 MUSD – principalement dans le domaine des transports, de l’agriculture, de l’éducation et du développement économique.

4. Aide publique au développement de la France

Entre 2016 et 2018 (dernières données disponibles), la Namibie a reçu en moyenne 150 MUSD de versement brut d’Aide Publique au Développement (APD) par an de la part des bailleurs bilatéraux. La grande majorité de cette somme provenait de l’Allemagne (45%) et des Etats-Unis (environ 40%). La France était le troisième contributeur bilatéral, avec environ 12 MUSD de versement brut par an, soit près de 10% du total – correspondant au décaissement de plusieurs prêts en 2017, en faveur du secteur privé pour le développement des énergies renouvelables. Ces dernières années, l’AFD a principalement engagé des ressources pour (i) financer de l’expertise technique – partenariats publics-privés, développement logistique ; (ii) soutenir le développement d’une finance verte (agriculture durable, efficacité énergétique, énergies renouvelables) et inclusive (microfinance) à travers des lignes de crédit concessionnelles ; (iii) et encourager le développement de nouveaux modèles de protection de la biodiversité.

5. Relations économiques avec la France

5.1. Échanges commerciaux avec la France

En 2019, le commerce bilatéral total entre la France et la Namibie a progressé de 9%, pour atteindre 61 MEUR. Cette évolution résulte en grande partie de la hausse de nos importations (+7% à 52 MEUR), liée essentiellement au rebond des achats d’uranium. Celles-ci restent toutefois nettement inférieures au niveau des dernières années (103 MEUR en moyenne sur cinq ans). Nos exportations ont également progressé (+23%), soutenues par les ventes de produits pharmaceutiques. Avec 9 MEUR, leur niveau demeure toutefois très faible – 175e débouché à l’exportation de la France au niveau mondial. Alors qu’il se réduisait depuis 2015, avec la baisse des importations d’uranium, le déficit commercial qu’enregistre structurellement la France vis-à-vis de la Namibie s’est creusé de 4% en 2019, atteignant 43 MEUR. La Namibie est un partenaire commercial modeste pour la France compte tenu de l’étroitesse du marché.

5.2. IDE et présence française

Une quinzaine d’entreprises françaises sont implantées en Namibie, employant plus de 300 personnes. Il s’agit principalement de grandes entreprises opérant dans les secteurs minier (Orano, mine d’uranium de Trekkopje), énergétique (Total et Innosun, qui exploite notamment les parcs solaire d’Omburu et éolien d’Ombepo) et du transport et de la logistique (Bolloré et CMA-CGM). Les autres secteurs représentés sont : l’eau et l’assainissement avec Veolia (traitement des eaux usées de Windhoek) et Altereo (études d’ingénierie) ; les gaz industriels et médicaux (Air Liquide) ; la construction automobile (avec une petite unité d’assemblage, Peugeot Opel Assembly Namibia, co-entreprise possédée à 51 % par PSA) ; le BTP (Colas avec une usine d’émulsion et de bitume et Freyssinet) ; l’agroalimentaire (Pernod-Ricard) ; les services (JCDecaux, Bureau Veritas et BNP-Paribas via sa filiale RCS – crédit à la consommation).

 

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