Fiche pays Namibie

La croissance de l’économie namibienne a ralenti pour la troisième année consécutive en 2025 (+1,7 %), illustrant les fragilités structurelles auxquelles elle est confrontée, ainsi que l’essoufflement de la reprise post-Covid. L’activité a notamment pâti du faible dynamisme du secteur minier (en lien avec les difficultés rencontrées par le secteur du diamant) et du secteur agricole (affecté par les conséquences de la sécheresse historique de 2024). En 2026, la croissance devrait rester modérée (+2,1 %, selon le FMI), reflétant la persistance des difficultés dans le secteur du diamant, le déclin de la production aurifère ainsi que la reprise encore incomplète des activités d’élevage. Si cette dynamique demeurera contrainte par une conjoncture extérieure incertaine et une exposition accrue aux aléas climatiques, ces performances témoignent toutefois d’une certaine résilience au regard de la faible dynamique de l’économie sud-africaine (croissance de +1,1 % en 2025), dont la Namibie demeure fortement dépendante. Le défi pour les autorités est aujourd’hui triple : (i) accélérer les réformes structurelles identifiées de longue date ; (ii) poursuivre l’ajustement budgétaire ; (iii) accompagner le développement attendu du secteur des hydrocarbures, ainsi que, dans une moindre mesure, celui de la logistique, des transports et de l’hydrogène vert, autant de relais de croissance susceptibles de transformer l’économie à moyen terme.

1. Situation économique et politique

1.1 Situation politique

Le régime politique namibien se caractérise par une grande stabilité. Après le décès brutal, le 4 février 2024, du Président Hage Geingob, qui avait passé près de dix ans à la tête du pays, son vice-président Nangolo Mbumba lui a succédé le jour même, occupant le poste jusqu’au 21 mars 2025. Netumbo Nandi-Ndaitwah, anciennement vice-première ministre et ministre des relations internationales et de la coopération, est quant à elle devenue sa vice-présidente, avant de remporter les élections présidentielles de novembre 2024, en tant que candidate désignée de la South West Africa People's Organization (SWAPO), parti au pouvoir depuis l’indépendance de 1990. Les scores électoraux obtenus par la SWAPO se sont toutefois inscrits en net déclin (53% des voix, contre 65% en 2019 et 87% en 2014), dans un contexte marqué par plusieurs affaires de corruption et un désaveu de la jeunesse urbaine largement désoeuvrée. Entre 2015 et 2025, la Namibie a perdu douze places au classement Transparency International, où elle figure à la 65ème place (sur 182 pays). Si la tendance inquiète, le pays fait toutefois figure de bon élève d’Afrique sub-saharienne, en sixième place derrière les Seychelles, le Botswana, le Cap Vert, le Rwanda et Maurice.

1.2 Éléments structurels relatifs à l’économie

Avec un PIB de 14,8 Mds USD en 2024 et une population d’environ 3,05 millions d’habitants, la Namibie demeure une petite économie ouverte, affichant un PIB par habitant proche de 4 800 USD, correspondant à un niveau de revenu intermédiaire. Sur le plan social, la croissance moyenne de 4,3 % enregistrée entre 1990 et 2015 a permis des progrès significatifs, notamment une réduction marquée du taux de pauvreté, passé de 47,6 % en 2003 à 22,9 % en 2015 (seuil international de pauvreté). L’affaiblissement de la dynamique économique à partir de 2016, sous l’effet de chocs successifs (sécheresse, recul de l’investissement, pandémie de COVID-19), a toutefois entraîné une hausse du taux de pauvreté, qui a atteint 28,3 % en 2025. Dans ce contexte de croissance atone, combiné à une dynamique démographique plus soutenue qu’anticipé (+15 % par rapport aux projections du recensement 2023), la Namibie a été reclassée en 2025 dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Les défis structurels du pays demeurent importants, avec un chômage élevé (36,9 %) et un taux d’inégalités élevé (indice de Gini de 59,1). En 2023, le pays se situait au 9ème rang en Afrique subsaharienne selon l’indice de développement humain, et au 136ème rang mondial sur 191 pays.

Malgré la taille réduite de son marché, l’économie namibienne dispose d’atouts non négligeables : un régime politique stable, des institutions solides, un secteur financier sophistiqué (largement adossé aux capitaux sud-africains et à leurs grandes banques), ainsi qu’un potentiel important dans les services (logistique et numérique notamment). Le pays bénéficie également de ressources naturelles (uranium, diamants) et halieutiques abondantes. Cependant, l’économie reste peu diversifiée et fortement dépendante de ces ressources : en 2025, le secteur minier représentait environ 14 % du PIB et plus de 50 % des recettes d’exportations, et la pêche près de 18 % des exportations. Cette concentration sectorielle accroît la vulnérabilité aux chocs externes, d’autant que la Namibie importe 60 à 70 % de ses besoins en électricité et environ deux tiers de sa consommation céréalière. Le secteur public, largement financé par la rente minière, conserve par ailleurs un poids significatif (8 % du PIB). L’économie namibienne demeure enfin très dépendante de l’Afrique du Sud, qui est son premier débouché (22 % de ses exportations en 2025) et son principal fournisseur (40 % des importations). Les transferts en provenance de la Southern African Customs Union (SACU), représentant 7,7 % du PIB en 2025/26, renforcent encore cette dépendance structurelle vis-à-vis de son voisin sud-africain.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1  Conjoncture économique

La croissance de l’économie namibienne a ralenti pour la troisième année consécutive en 2025 (+1,7 %, contre +3,8 % en 2024, +4,3 % en 2023 et +5,4% en 2022), illustrant les fragilités structurelles auxquelles elle est confrontée, ainsi que l’essoufflement de la reprise post-Covid. Elle s’est révélée nettement inférieure aux attentes, alors que le gouvernement tablait sur une croissance de +4,5 % sur l’année lors de la présentation du budget initial pour l’exercice 2025/26, et que la Bank of Namibia anticipait encore une croissance de +3,8 % à la mi-année (prévision de juin 2025). Elle a notamment pâti du faible dynamisme du secteur minier, les difficultés du sous-secteur du diamant (contribution négative de 1,2 point à la croissance) n’ayant été que partiellement compensées par la bonne tenue de la production d’uranium (contribution de +0,6 point). La reconstitution du cheptel après les pertes importantes liées à la sécheresse sévère de 2023-2024 a aussi temporairement freiné l’activité (-0,5 point), dans un contexte de volatilité climatique accrue. L’économie a toutefois bénéficié du reflux de l’inflation, ramenée à 3,5 % en moyenne en 2025 (contre 4,2 % en 2024), en raison d’une baisse des prix alimentaires mondiaux et de l’apaisement progressif des tensions sur les prix des carburants.

En 2026, la croissance devrait rester modérée (prévision de +2,1 % selon le FMI), un niveau inférieur au potentiel de long terme estimé à 3 %, et bien en-deçà de l’objectif de croissance présenté dans le sixième plan de développement du pays (NDP6), lancé en juillet 2025 (+7 % par an sur la période 2025/26 – 2029-30). Cette trajectoire reflète la persistance des difficultés dans le secteur du diamant, le déclin de la production aurifère, ainsi que la reprise encore incomplète du secteur de l’élevage. L’activité pourrait également être affectée par les effets indirects du conflit au Moyen-Orient. La croissance devrait néanmoins être soutenue par les services et la construction, notamment à travers le développement de projets en partenariat public-privé (PPP) et certains investissements miniers. L’inflation devrait remonter à 3,9 % en 2026, sous l’effet de la hausse des prix des carburants et des pressions importées depuis l’Afrique du Sud. Le début de l’année 2026 confirme cette tendance, avec une inflation passée de 2,9 % en janvier à 4,4 % en juin. Dans ce contexte, la Banque centrale a relevé son taux directeur à 6,75 % (+25 pdb) en juin 2026.

Si le pays affiche des perspectives de croissance modérées à moyen-terme (3 %), la Namibie dispose d’opportunités majeures de transformation et de diversification. Le développement des hydrocarbures dans le bassin de l’Orange, dont les réserves sont estimées à 11 milliards de barils, pourrait positionner le pays parmi les producteurs pétroliers majeurs du continent. En parallèle, la Namibie ambitionne de devenir un acteur de référence dans l’hydrogène vert, avec plusieurs mégaprojets en cours d’étude (dont le projet Hyphen estimé à 10 Mds USD, porté par le groupe allemand Enertrag), bien que leur faisabilité reste à démontrer. La réalisation de ce potentiel dépendra toutefois de la mise en œuvre effective de réformes structurelles approfondies, visant notamment l’amélioration du climat des affaires, la réforme des entreprises publiques, le renforcement des infrastructures clés (énergie, transport) et la mise en place de cadres réglementaires adaptés. Les autorités ont amorcé ces efforts, notamment avec la création en mai 2022 du fonds souverain Welwitschia, destiné à assurer une gestion prudente et transparente des futures recettes pétrolières et à limiter les risques de « maladie hollandaise ». Début 2026, les actifs du fonds ont atteint 479 millions NAD (contre 262 millions NAD en 2022), selon les données officielles. Les autorités prévoient par ailleurs de soumettre au Parlement des amendements au State Finance Act et au Welwitschia Fund Act afin de renforcer la gestion des finances publiques et encadrer l’utilisation future des revenus pétroliers.

2.2 Situation des finances publiques

La situation des finances publiques s’est fortement dégradée au cours de la décennie 2010 (qui a enregistré un déficit moyen d’environ 6 % du PIB par an). Elle s’est ensuite temporairement aggravée sous l’effet de la pandémie de Covid-19 (déficits budgétaires de respectivement 8,1 % et 8,7 % en 2020/21 et 2021/22), poussant les agences Moody’s et Fitch à dégrader la notation souveraine du pays en avril et juin 2022 (respectivement à B1 et BB-, soit trois et quatre crans en catégorie spéculative). Après une phase d’amélioration apparente, avec des déficits ramenés à 5,7 % du PIB en 2022/23 puis 2,4 % en 2023/24, la situation s’est de nouveau dégradée en 2024/25 et 2025/26, avec des déficits respectifs de 4,2 % et 6,4 % du PIB.

En 2025/26, le déficit s’est ainsi creusé à 6,4 % du PIB, dans un contexte de baisse des recettes publiques, passées à 32 % du PIB contre 35,1 % un an plus tôt. Cette évolution s’explique principalement par la faiblesse des recettes douanières issues de la Southern African Customs Union (SACU), en recul à 7,7 % du PIB (contre 11,0 % du PIB l’année précédente), ainsi que par la faiblesse persistante du marché du diamant. Les dépenses, quant à elles, se sont légèrement repliées, restant toutefois à un niveau élevé (38,4 % du PIB, contre 39,4 % en 2024/25). Malgré certaines mesures de maîtrise salariale mises en œuvre entre 2021/22 et 2023/24 (gel des salaires et des recrutements), la masse salariale atteignait toujours 13,4 % du PIB en 2025/26. Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, les charges d’intérêts de la dette (environ 5,2 % du PIB) ont désormais dépassé les dépenses d’investissement (3,8 % du PIB), réduisant significativement les marges de manœuvre budgétaires et les capacités d’investissement public.

Pour l’exercice 2026/27, le déficit devrait légèrement se réduire à 5,5 % du PIB selon le gouvernement et le FMI. Cette amélioration reposerait principalement sur une maîtrise des dépenses, attendues à 36,4 % du PIB (contre 38,4 % l’année précédente), tandis que les recettes reculeraient à 30,9 % du PIB (contre 32,0 % du PIB en 2025/26). Les recettes de la SACU resteraient stables à 7,7 % du PIB, mais les revenus issus des diamants et des redevances minières continueraient de diminuer (1,8 % du PIB contre 2,4 %). L’ajustement budgétaire serait porté par une réduction des dépenses en biens et services (-0,4 point de PIB), des subventions et transferts (-0,5 point) ainsi que de l’investissement public (-0,9 point). La masse salariale resterait globalement stable en part de PIB, reflétant des hausses de salaires et des recrutements ciblés dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la justice et de la sécurité.

À moyen terme, le FMI anticipe une stabilisation progressive du déficit budgétaire autour de 4,9 % du PIB en 2027/28, puis 4,8 % en 2030/31, accompagnée de la génération d’excédents primaires atteignant environ 0,7 % du PIB à l’horizon 2030. Toutefois, cette trajectoire demeure fortement dépendante des transferts de la SACU et de la mise en œuvre de mesures fiscales complémentaires. Le FMI recommande ainsi un effort additionnel de consolidation budgétaire d’environ 0,5 point de PIB par an sur trois ans, principalement via une maîtrise des dépenses (masse salariale, subventions), les recettes étant déjà relativement élevées. Des réformes structurelles visant à améliorer l’efficacité de la dépense publique apparaissent également essentielles afin de préserver les services sociaux et l’investissement tout en reconstituant des marges budgétaires.

Les phases d’expansion budgétaire entre 2013/14 et 2016/17, combinées à l’impact de la crise de la Covid-19, ont entraîné une forte augmentation de la dette publique, passée d’environ 25 % du PIB en 2013/14 à 67,1 % en 2024/25. Après une hausse continue sur la décennie 2010 (de 16 % du PIB en 2009/10 à 67,5 % en 2022/23), la dette s’est légèrement stabilisée sur les derniers exercices, à 66,1 % du PIB en 2025/26, grâce au retour des excédents primaires. La dette demeure majoritairement domestique (88,2 % en 2025), un ratio qui s’est accru notamment avec l’échéance, en octobre 2025, d’un Eurobond de 750 MUSD. Selon le FMI, qui considère le risque de surendettement comme « modéré », la dette publique devrait toutefois reprendre une trajectoire ascendante pour atteindre 70,7 % du PIB d’ici 2031.

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