Situation économique et financière du Mozambique (Mai 2021)

Situation économique et budgétaire du Mozambique en 2021                                                                                                                    

Après trente années de croissance ininterrompue, le Mozambique a enregistré sa première baisse (-1,5%) en 2020 sous l’effet de la pandémie et entrevoit une reprise modeste pour 2021 (+1,5%). Pour autant, le PIB/hab. stagne sous l’effet notamment d’une démographie dynamique (+2,9%) maintenant le pays parmi les plus pauvres du monde. Malgré des atouts exceptionnels (géographie, mines, gaz, agriculture, littoral de 2.500 km, etc.) le Mozambique se trouve exposé à de fortes contraintes structurelles et conjoncturelles : couloir cyclonique, endettement de 124% du PIB, attaques djihadistes au Cabo Delgado.

 

1. Malgré un long cycle de croissance et des atouts exceptionnels, le Mozambique a stagné au plan du développement.

- Malgré trente années consécutives de croissance, seulement interrompues par la pandémie (-1,5% en 2020), le Mozambique demeure un PMA de 32 millions d’habitants dont le PIB par tête stagne autour de 450 USD, notamment en raison d’une croissance démographique de +2,9% ;

- A court terme, le principal défi est d’ordre sanitaire pour accélérer la campagne de vaccination. Cette campagne repose essentiellement sur la facilité Covax qui sera insuffisante pour atteindre l’immunité collective de 60%. La pandémie aurait précipité près d’1,4 million de personnes dans la pauvreté soit un taux de pauvreté de 55%, et a fait perdre une année de scolarité à la plupart des élèves. Le Mozambique figure au 181ème rang pour l’IDHI avec une espérance de vie de 58 ans et de fortes inégalités ;

- Le Mozambique se trouve également exposé à de fortes contraintes structurelles. Situé sur un couloir cyclonique (Idai, Kenneth en 2019, Eloise en 2021), le pays doit combattre depuis 2017 une nouvelle insurrection au Cabo Delgado d’inspiration djihadiste et dont les attaques ont entraîné la suspension du projet gazier de Total. Enfin, le Mozambique continue de subir les conséquences du scandale des dettes cachées révélé en 2016, qui lui ferme l’accès aux prêts souverains et obère considérablement sa marge de manœuvre budgétaire ;

- La gouvernance ne s'est pas véritablement améliorée au fil des dernières années, si bien qu’en 2020 le Mozambique se classait au 138ème rang (sur 190 pays) au Doing Business et au 161ème rang (sur 183 pays) selon l’indice de corruption de Transparency International ;

- Néanmoins, le Mozambique dispose d’atouts considérables qui pourraient réenclencher une dynamique de croissance à long terme, dont un emplacement idéal au cœur du triangle Chine-Inde-Afrique et une interaction forte avec la puissance sud-africaine voisine. Son littoral de 2 500 km lui permet de proposer trois couloirs logistiques aux pays enclavés (Zimbabwe, Zambie, Malawi) et à l’Afrique du Sud. Ce territoire de 801 590 km2 regorge de ressources dont les plus connues sont le gaz (9ème réserve mondiale), le charbon, le graphite, le rubis (premier producteur mondial), l’ilménite (etc.), en plus d’un immense potentiel agricole et aquacole. La présence d’eau a permis au pays d’abriter le plus important barrage d’Afrique australe, à Cahora Bassa, et d’être un fournisseur régional d’électricité.

 

2. La pandémie a dégradé les comptes publics et aggravé une situation en ‘détresse de dette’.

- En 2020, le recul du PIB s’est limité à -1,5% grâce à (i) une excellente récolte agricole, (ii) l’activité générée par la construction des grands projets gaziers de Total, Eni, Sasol, (iii) un surcroît d’activité généré par le vaste plan d’électrification destiné à atteindre un taux de raccordement universel d’ici à 2030 (en partant d’un taux de 32% aujourd’hui) ;

- Toujours en 2020, les financements externes ont ramené in extremis le déficit à -5,2%. Les recettes ont chuté (-24,5%), conduisant à un déficit record (-11,6%) malgré une réduction de moitié de l’investissement public (-53%). Le Mozambique a reçu 6,6 pts de PIB sous forme d’aide (945 MUSD) à répartir sur plusieurs années dont les principales composantes étaient : (i) un prêt Fmi de 309 MUSD (FCR) et un allègement de dette de 53 MUSD (CCRT), (ii) un don de 170 MUSD de la BM, (iii) la DSSI du Club de Paris/G20 soit environ 173 MUSD de report, (iv) un don de l’UE de 110 MEUR ;

- Le compte courant apparaît structurellement déficitaire (-26,7% du PIB) principalement en raison des importations massives d’équipements et de services pour construire les grands projets miniers (charbon, rubis, ilménite, graphite..) et gaziers. En 2020, le solde s’est encore dégradé avec l’arrêt quasi complet du secteur du tourisme. Cependant, les réserves de la Banque centrale sont maintenues à un niveau confortable de 6,8 mois d’importations ;

- Classé en ‘détresse de dette’, l’endettement total du Mozambique s’est creusé en 2020 pour atteindre 124,7% dont 88% de dette externe. La suspension du projet gazier de Total pour 'force majeure' (Mars 2021) en raison des attaques djihadistes fragilise les finances publiques dont le retour à l'équilibre était attendu à compter de 2025 et reposait en grande partie sur les futures recettes gazières. Il restera néanmoins les recettes du projet gazier d’Eni (investissement d'environ 10 Mds USD) dont la production devrait démarrer en fin 2022.

 

3. Prochaines étapes ?

- En 2021, le besoin de financement externe du Mozambique devrait être équivalent à 2020 sur la base d’une hypothèse de reprise faible (+1,5%). Le déficit budgétaire attendu autour de -4,1% après les dons (-9,1% sans les dons) pourrait davantage se creuser avec les dépenses exceptionnelles pour lutter contre les groupes terroristes au Cabo Delgado. Le dérapage de l’inflation (+6%) qui a suivi la dépréciation de la monnaie en 2020 a été contenu par un rehaussement exceptionnel de 300 pts du taux directeur (Jan. 21) ;

- Le Mozambique a bénéficié de la DSSI en 2020 et a signé une extension de cette DSSI jusqu’à fin juin 2021. Il est probable qu’une nouvelle extension à fin 2021, si cela était envisageable, sera nécessaire pour dégager davantage d’espace fiscal ;

- La prochaine analyse de la soutenabilité de la dette par le Fmi est prévue en fin mai 2021. Ce sera l'occasion d'analyser la situation économique et financière au regard de l'évolution de la situation écuritaire au Cabo Delgado, et de d'évaluer les éventuels besoins du pays.

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