Situation économique et financière du Mexique – Décembre 2019

Structure de l’économie réelle et croissance économique.

Le Mexique est une république fédérale composée de 32 États. L’État fédéral est dirigé par le président de la république, élu démocratiquement pour 6 ans. Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a été élu président le 1er juillet 2018 et a pris ses fonctions le 1er décembre 2018. Le parti du président – MORENA – a la majorité absolue dans les 2 chambres législatives.

2ème économie d’Amérique Latine et 15ème économie mondiale, le Mexique est une économie de marché et un défenseur du libre-échange et de l’intégration commerciale. Son PIB atteint ainsi 1 220 Mds USD en 2018 et le pays dispose d’un vaste marché intérieur de près de 127,6 M d’habitants (10ème  rang mondial). Le pays est ouvert à l’international : le taux d’ouverture de l’économie atteint 36 % du PIB en 2018 et le pays est lié via 12 accords de libre-échange incluant 46 pays, notamment avec les USA et le Canada via l’ALENA et prochainement le T‑MEC[1].

Les services représentent 66,5 % du PIB au T3 2019. L’industrie reste très présente – 30 %, notamment l’industrie manufacturière (17 %). L’agriculture contribue au PIB à hauteur de 3,5 %. La consommation est le premier contributeur au PIB au T2 2019, représentant 37 %. Suivent les exportations (23 %) et l’investissement privé (10,3 %). L’investissement public représente 1,6 % du PIB, tandis que la consommation publique atteint 6,5 % du PIB – le secteur public représente ainsi 8,1 % du PIB. Également riche en ressources naturelles (notamment en minerais et en produits agricoles), le Mexique est le 1er producteur d’argent et le 11ème producteur de pétrole au monde en 2018.

Faible pour un pays émergent mais stable, la croissance mexicaine s’établit en moyenne à 2,2 % entre 2012 et 2017. Elle atteint 2 % en 2018, portée par les exportations et la consommation, ses moteurs traditionnels. Le Mexique maintient une relation économique et commerciale singulière avec les États-Unis stimulant ses exportations. Par ailleurs, les transferts de fonds des migrants (remesas) émis depuis les USA soutiennent la consommation.

Le consensus des économistes prévoit désormais une croissance nulle à fin 2019. Si les premières années de mandats présidentiels sont traditionnellement marquées par un ralentissement de l’activité économique, l’absence de politique économique claire et la remise en cause de grands projets sont mis en avant par les économistes pour expliquer l’absence de croissance. La baisse des investissements (‑5,2 %) est la principale cause de la décélération de la croissance en lien avec l’attentisme des investisseurs. L’industrie enregistre par ailleurs un déclin significatif (‑5,1 % g.a.). Enfin,  la consommation ne soutient que partiellement la croissance, à +1 % g.a. en novembre dernier.

Le Mexique accuse un retard de développement significatif. Le PIB par habitant à 9 800 EUR en 2018, cache d’importantes disparités : ainsi, 44 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, et 12 % sous le seuil d’extrême pauvreté. Le pays est classé 74ème à l’indice de développement humain et fait partie des 4 pays les plus inégalitaires d’Amérique latine[2]. Les inégalités régionales sont particulièrement importantes : les États du sud ont des niveaux de développement assimilables aux pays d’Amérique centrale là où les États du nord sont comparables à des pays d’Europe de l’est. 

Enfin, le Mexique est classé 2ème en Amérique latine pour la compétitivité de son économie et la facilité à y faire des affaires, selon les classements internationaux. La capacité à entreprendre est classée 60ème par la Banque mondiale (2ème en Amérique latine derrière le Chili), perdant 6 places en 1 an. La compétitivité est classée 48ème par le forum économique mondial, également 2ème en Amérique latine derrière le Chili.

Equilibres externes.

Économie industrielle et émergente, la balance courante du Mexique est structurellement déficitaire. Cette dernière s’est toutefois retrouvée excédentaire pour le second trimestre consécutif au T3 2019 (+2,0 Mds USD, 0,7 % du PIB). Si cet excédent est moins important qu’au T2 2019 (+1,4 % du PIB), il contraste avec le déficit de 1,9 % au T3 2018.

Le Mexique est une économie structurellement exportatrice : le pays enregistre un excédent de 2 Mds USD de sa balance commerciale entre janvier et octobre 2019. Hors pétrole, la balance commerciale mexicaine est excédentaire de 20,1 Mds USD sur la période. Pour mémoire, le déficit atteignait 13,1 Mds USD sur la même période en 2019. Les exportations (385 Mds USD sur la période) ont ainsi augmenté de 2,8 % sur la période, cachant une baisse de 16,2 % des exportations pétrolières et une augmentation de 4,2 % des exportations non-pétrolières. Les importations (383 Mds USD sur la période) baissent de 1,2 % : si les importations pétrolières baissent de 11 %, les importations non‑pétrolières stagnent (+0,1 %), notamment affectées par la baisse des importations d’équipement productif (-9,5 %), signe de la baisse de l’investissement et de l’atonie de l’économie.

Le Mexique est un récepteur net d’IDE, qui financent habituellement le déficit de sa balance courante. Le pays a ainsi reçu 33,6 Mds USD d’IDE (2,7 % du PIB) sur l’année 2018. Si les entrées de capitaux ont augmenté au T3 2019, à 7,3 Mds USD contre 5 Mds USD au T3 2018, les sorties sont également significatives, à 4,1 Mds USD. Les investissements de portefeuille sont également faibles, à seulement 2,6 Mds USD. Enfin, les entrées de remesas atteignent des records : avec 43 mois de croissance ininterrompue, elles atteignent 30,7 Mds USD entre janvier et octobre 2019 (+8,5 % g.a.), et devraient atteindre 36,3 Mds USD (3 % du PIB) si elles maintiennent ce rythme de croissance sur les deux derniers mois de 2019.

La Banque centrale (Banxico) a entamé un assouplissement de sa politique monétaire au T3 2019 et a abaissé à trois reprises consécutives son taux directeur pour le ramener à 7,5 %. Pour mémoire, une baisse de cette ampleur n’avait pas été observée depuis 2009. Le peso mexicain (MXN) a fait par ailleurs preuve d’une relative stabilité sur le trimestre, n’enregistrant qu’une légère dépréciation de 3,7 %, à 19,82 USD/MXN en fin de trimestre. Banxico a acquis une grande crédibilité ces 20 dernières années : son mandat et son indépendance sont respectés, et le MXN est la 15ème devise (2ème émergente) la plus utilisée en 2019. Le président AMLO s’est engagé à respecter l’autonomie de Banxico.

Politique budgétaire.

La dette publique mexicaine atteint 46,9 % du PIB fin 2019, soit un niveau jugé soutenable pour l’économie mexicaine. Cette dette est externe à hauteur de 17 % du PIB (36 % de la dette). Pour mémoire, elle a quasiment doublé sur le mandat d’Enrique Peña Nieto (2012-18), atteignant 33,8 % du PIB fin 2012. Le ratio de la dette sur le PIB s’est toutefois stabilité en 2017 et 2018.

Le président AMLO s’est montré soucieux de poursuivre cette trajectoire de consolidation budgétaire, et prône une orthodoxie budgétaire rigoureuse via des mesures d’austérité. Il souhaite ainsi maintenir un excédent primaire de 1 % du PIB en 2019 et de 0,7 % du PIB en 2020, permettant une relative stabilisation du ratio d’endettement. Cette stabilité des finances publiques se fait toutefois au détriment de la dépense publique, notamment dans les infrastructures : les dépenses baissent de 2,2 % entre janvier et octobre 2019, et de 13,5 % en infrastructures. Ce sous-exercice est dû aux fortes réorganisations de dépenses et aux retards de mise en place des projets et politiques liés à l’alternance politique et en l’absence d’une fonction publique de carrière. Enfin, l’absence de la croissance en 2019 et la faiblesse de celle-ci en 2020 affectent les recettes liées à la TVA qui baissent de ‑3,2 %, tandis que les recettes fiscales sur les revenus des personnes physiques et morales baissent de -1,2 %.

Enfin, le pays souffre de la faiblesse structurelle de ses recettes fiscales. Autours de 16 % du PIB, elles sont les plus faibles des pays de l’OCDE (en moyenne de 34 %) et parmi les plus faibles des pays d’Amérique latine (23 % en moyenne)[3]. Pour mémoire, la réforme fiscale de 2012 avait permis d’accroître de 4,8 pts% le taux de collecte fiscale et de limiter la dépendance du budget vis-à-vis des hydrocarbures (3,5 % en 2018 vs. 5,6 % en 2012). Le président s’est engagé à ne pas modifier la fiscalité sur la 1ère partie de son mandat.

Équilibres financiers internes et secteur bancaire.

Après avoir atteint un pic à 6,8 % g.a. en décembre 2017 (+4,7 pts% en 2 ans), l’inflation est retournée dans l’intervalle cible de Banxico (3 % ± 1 %) depuis juin dernier. Elle atteint 3 % g.a. en novembre. Si le durcissement de la politique monétaire (+3 pts% entre décembre 2016 et août 2019) a contribué à ramener l’inflation dans la cible, la baisse du prix des hydrocarbures et la faiblesse de la croissance mexicaine en sont également des facteurs.

Les actifs du secteur bancaire commercial mexicain atteignent 518 Mds USD et leur portefeuille de crédits atteint 277 Mds USD en octobre 2019, en croissance de 4,5 % réels mais en ralentissement en raison de l’absence de croissance. Le secteur est composé de 51 banques commerciales[4] et 6 banques de développement. Une nouvelle banque de développement destinée à l’agriculture devrait être prochainement créée. Le secteur bancaire se caractérise par sa concentration importante : les 7 premières banques[5] représentent ainsi 79 % des actifs et 77 % du total des crédits en 2018, et sont significativement exposées au blanchiment d’argent.

Le secteur bancaire mexicain est sain, solvable, correctement capitalisé et supervisé, mais souffre d’une faible intégration financière Les taux de rentabilité sont bons (ROE à 16 %, ROA à 1,7 %), et l’indice de capitalisation atteint 15,9 %. Le taux de créances douteuses est l’un des plus bas des pays émergents (2,3 % en octobre 2019, couvertes à 145 %). Le Mexique fait par ailleurs partie des premiers pays à avoir mis en œuvre les normes Bâle III (début 2013). Toutefois, le ratio des crédits au secteur privé est faible, à 34,5 % en 2018 (contre 54 % en moyenne pour l’Amérique Latine et Caraïbe). Ainsi, 32 % de la population mexicaine entre 18 et 70 ans n’a accès à aucun produit financier, et les régions du centre et du sud du pays accusent un retard de 10 pts%. Les mesures mises en place par le gouvernement (plateforme de transferts et paiements électroniques par smartphone sans commission ; distribution des programme sociaux sur les comptes en banques) pourraient stimuler l’inclusion bancaire.

Perspectives et principaux risques.  

L’insécurité et les violences liées au crime organisé ainsi que la corruption limitent significativement la capacité à faire des affaires au Mexique. Le coût de la violence est évalué à 21 % du PIB[6] et est une source importante de préoccupation pour le secteur privé. La tendance est inquiétante : le nombre d’homicides a atteint un record au S1 2019, avec 20 600 homicides sur le semestre. Les homicides ont ainsi augmenté de 73,5 % depuis le S1 2015. Le coût de la corruption est par ailleurs estimé à 10 % du PIB (moyenne mondiale à 2%) et le Mexique se classe à la 138ème place sur 180 pays en 2018 dans le classement de perception de la corruption de Transparency International[7]. Les classements mettent également en avant la faiblesse des institutions (98ème), le marché du travail et les compétences sur ce dernier (96ème et 89ème), l’accès au crédit bancaire (94ème), et le paiement de l’impôt (86ème) comme des aspects contraignants pour faire des affaires au Mexique.



[1] Le protocole modifiant le futur Traité Commercial d’Amérique du Nord (USMCA) a été signé le 10 décembre dernier à Mexico par les représentants des 3 pays. Cet accord ouvre la voie à une ratification très prochaine par les 3 pays. L’accord, initialement été signé en novembre 2018, avait fait l’objet de controverse politique aux États-Unis, imposant une renégociation avant ratification.

[2] Son Gini est ainsi supérieur à 50 pts avec le Brésil, l’Équateur et le Paraguay.

[3] Seuls 5 pays font moins bien que le Mexique Guatemala (12,4 %), Paraguay (13,8 %), République dominicaine (13,9 %), Panama (14,7 %) et Pérou (15,3 %).

[4] Trois banques commerciales sont entrées sur le marché en 2018 et 2019 : deux sud-coréennes et une espagnole.

[5] BBVA Bancomer (ESP), Banorte (MEX), Santander (ESP), Banamex (USA), Scotiabank (CAN), HSBC (UK), Inbursa (MEX).

[6] Selon l’ « Indice de Paix » 2018 pour le Mexique, élaboré par l’ONG Institut pour l’Economie et la Paix.

[7] Seuls le Guatemala, le Nicaragua, Haïti et le Venezuela font pire dans la zone

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