Indicateurs et conjoncture

Situation de l’économie mexicaine

Février 2019

 

Alors que l’économie mexicaine avait une fois encore montré sa résilience au 3ème trimestre 2018, elle connaît un ralentissement de son activité au 4ème trimestre, dans un contexte à nouveau marqué par l’incertitude, cette fois-ci postélectorale : annulation du projet d’aéroport de la ville de Mexico, initiatives – demeurées sans suite – d’interdire les commissions bancaires et de nationaliser les fonds de pension... L’investissement devrait marquer le pas en 2019 et la situation de l’économie mondiale (ralentissement de la croissance étatsunienne, protectionnisme, normalisation des politiques monétaires) devrait également limiter la croissance de l’économie mexicaine. Dans ce contexte, l’ensemble des analystes revoit à la baisse leur prévision de croissance pour l’économie mexicaine, à en moyenne 1,6 % du PIB, loin de l’objectif affiché du nouveau Président de la République mexicaine.

 

1. Alors que l’élection d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et la conclusion des renégociations de l’ALENA avaient entraîné un regain de confiance, la conjoncture semble désormais moins favorable.

a.        L’élection d’AMLO et la conclusion des renégociations de l’ALENA ont provoqué un regain de confiance sur le marché mexicain.

La croissance de l’économie a été forte au T3 2018, à 2,6% g.a (soit son niveau le plus élevé depuis le T2 2017), dans un contexte de baisse des tensions politiques (élections sans heurt ; transition ordonnée) et d’avancée des renégociations de l’ALENA.

L’indice des consommateurs est en forte hausse depuis l’élection d’AMLO (+ 18,5 pts en g.a. en juillet 2018, à 105 points), tendance qui s’est poursuivie (+22,7 pts en g.a. en décembre). L’indice de confiance du producteur a également crû suite à l’élection d’AMLO, mais de manière plus modérée (+2,9 pts g.a. en juillet).

Même si la volatilité financière a été importante sur la période, le taux de change s’est globalement apprécié de 4,9% depuis l’élection d’AMLO. Les valeurs boursières ont, elles, perdu 6,5%. Après avoir connu une forte dépréciation entre le 16 octobre et le 5 décembre 2018 (- 9,6%), le peso mexicain s’est ensuite apprécié de 7%, aidé par le contexte de dévaluation globale de l’USD.

Les transferts de fonds des migrants (remesas) ont continué de croître fortement en 2018, contribuant au dynamisme de l’économie mexicaine (35,6 Mds USD entre décembre 2017 et novembre 2018, soit +10,3% g.a), de même que les entrées de capitaux. Au T3, les flux de capitaux sont retournés en terrain positif, à 2,17 Mds USD, après avoir enregistré 4 trimestres de sorties nettes.

b.        Les chiffres pour la fin de l’année 2018 et les prévisions 2019 font état d’un ralentissement.

Les données du 4ème trimestre 2018 font état d’un ralentissement, avec une croissance interannuelle à seulement 1,7 % (croissance de 0,2% g.t.). L’indicateur mensuel d’activité économique a connu trois mois de baisse de sa croissance, et est nul en g.a. au T4. Le T4 2018 s’est également vu marqué par un effritement de la confiance du secteur privé envers le Président élu, notamment après la décision d’annulation du projet de Nouvel Aéroport International de Mexico (NAIM) le 29 octobre.

L’emploi montre des signes de faiblesse, dans un  contexte de suppression de postes dans le secteur public : les créations nettes d’emploi (660 190 emplois en 2018, soit -17,5%) connaissent un fort ralentissement depuis le début du 2nd semestre 2018 et les destructions de postes ont été plus importantes que les années passées ; le taux de chômage atteint 3,6% fin 2018, soit son niveau le plus élevé en deux ans[1].

Les importations de produits non-pétroliers ont continué de croître (8,2% g.a. en décembre) mais le taux de croissance a connu sa 1ère baisse significative en 12 mois, signe d’un affaiblissement de la demande.

Pour le mois de janvier, les économistes prévoient un ralentissement de la croissance du fait de la pénurie de carburant lié à la lutte contre les vols (« Huachicoleo ») dans les oléoducs de Pemex, ayant bloqué la chaîne d’approvisionnement de plusieurs régions stratégiques pour l’économie du pays. Citibanamex et Banorte prévoient un coût de 0,1% et 0,3% du PIB respectivement.

En conséquence, l’ensemble des analystes revoit à la baisse les prévisions de croissance pour le Mexique pour l’année 2019. Le FMI prévoit désormais 2,1% de croissance (-0,4 pdp vs. octobre 2018) ; 2% pour la Banque Mondiale (-0,5pdp). Dans le secteur privé, le consensus se situe autour de 1,6%, à l’exception de Bank of America, plus pessimiste, qui estime désormais la croissance à seulement 1% (‑1 pdp) pour 2019. La Banque centrale du Mexique a abaissé de 0,6 pdp ses prévisions de croissance, désormais estimée entre 1,1% et 2,1%. 

c.         L’économie mexicaine fait face à des risques croissants à la fois internes et externes.

Au niveau interne, les principaux risques portent :

  • Sur l’investissement public comme privé : côté investissement public, le programme d’infrastructures du Gouvernement ne devrait générer que peu de dépenses publiques supplémentaires dès 2019, compte-tenu du temps de préparation des projets ; la 1ère année de mandat des nouveaux Présidents est traditionnellement marquée par une sous‑exécution des finances publiques, tendance qui pourrait être renforcée, compte-tenu des licenciements intervenus dans l’administration publique. Les investissements privés devraient quant à eux ralentir dans un contexte d’incertitude (après l’annulation du NAIM, et en l’absence de clarté concernant certains secteurs, énergétique notamment). ScotiaBank prévoit une baisse de 3% de l’investissement total (public et privé) en 2019 ;
  • Sur la capacité du Gouvernement à respecter l’équilibre des finances publiques et sur la situation de PEMEX (cf. infra) ;
  • La consommation devrait continuer à tirer la croissance, alimentée par les transferts sociaux mis en place par le Gouvernement, même si les pressions inflationnistes pourraient repartir à la hausse (cf. infra).

Des risques externes devraient peser également sur l’économie mexicaine :

  • L’économie étatsunienne montre d’ores et déjà des signes de ralentissement (baisse de la croissance au T3 2018 ; inversion de la courbe des taux longs), or la conjoncture mexicaine reste très dépendante de l’économie étatsunienne (80% des exportations ; plus de 30 Mds USD de remesas reçues en 2018) ;

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine pourraient affecter la croissance mondiale. Banxico identifie l’intensification des tensions commerciales internationales comme un facteur de risque, même si certains analystes estiment que les pays tiers (Union européenne, Mexique…) pourraient connaître un surcroît d’exportations du fait de la réduction des exportations chinoises.

2. Les finances publiques ont poursuivi leur assainissement en 2018, trajectoire qui devrait être maintenue pour 2019, même si des doutes existent quant à la capacité du Gouvernement d’atteindre ses objectifs, notamment au vu de la situation de l’entreprise publique Pemex.

a.        L’année 2018 et le budget 2019 maintiennent la trajectoire d’assainissement des finances publiques, mais des doutes pèsent sur la capacité du Gouvernement à exécuter un budget en équilibre.

Les finances publiques ont enregistré un excédent primaire de 0,6% du PIB en 2018, signe de la poursuite de l’assainissement des finances publiques depuis 2017. L’excédent est toutefois inférieur à l’estimation initiale (0,8%). Le déficit des comptes publics a atteint 2,3% du PIB, inférieur au déficit approuvé par l’assemblée mexicaine (2,5% du PIB). La dette publique termine l’année 2018 à 44,8% du PIB, en réduction d’1 pdp par rapport à fin 2017. 

Le budget voté pour 2019 maintient cette trajectoire et fixe comme objectif un excédent primaire de 1% et une stabilisation du ratio dette sur PIB. La présentation du budget a rassuré les marchés ; dans ce contexte, les autorités mexicaines ont pu émettre avec succès 2 Mds USD de titres de dette souveraine le 16 janvier (avec une demande 4 fois supérieure au montant de l’émission) ; la détention de créances en peso par des non-résidents atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis avril 2017.

Des doutes pèsent toutefois sur la capacité du Gouvernement à respecter ses engagements pour les finances publiques : côté recettes, une surévaluation de recettes fiscales et une sous-évaluation de l’impact budgétaire des baisses d’impôt dans le nord du pays sont pointées par les experts ; côté dépenses, certains programmes sociaux pourraient avoir été sous-budgétés (à titre d’exemple, s’agissant du versement de la pension universelle) ; d’autres dépenses ont été annoncées (programmes sociaux pour les victimes du « huachicoleo ») sans avoir été inscrites au budget. Enfin, les conditions du financement du Gouvernement se renchérissent[2], suite à l’annulation du NAIM puis à la dégradation de la notation de PEMEX. Dans ce contexte, BNP Paribas estime que les finances publiques connaîtront un déficit primaire de 0,5% du PIB ; J.P. Morgan et ScotiaBank anticipent quant à elles un excédent primaire, mais moins important que prévu (de l’ordre de 0,5% du PIB).

b.        La situation financière dégradée de PEMEX pourrait avoir un impact négatif sur les finances publiques mexicaines.

L’entreprise publique pétrolière PEMEX est dans une situation préoccupante. Entreprise pétrolière la plus endettée du monde (83,9 Mds USD de dette ; besoins de financement de 10,3 Mds pour 2019), PEMEX fait face depuis des années à des sous-investissements et à la multiplication des actes de mauvais gestion/corruption. La production de pétrole brut est en baisse depuis 14 ans et les raffineries existantes fonctionnent à 40% de leur capacité. En conséquence, le déficit de la balance pétrolière s’est accru : celui-ci a atteint 23,1 Mds USD en 2018, soit un niveau 26% supérieur à 2017 et 82% supérieur à 2016, expliquant l’aggravation du déficit commercial.

Dans ce contexte, Fitch a dégradé de deux crans (BBB+ à BBB-) la note créditrice de l’entreprise le 29 janvier. Étant donné l’importance de PEMEX dans les finances publiques mexicaines, un abaissement de la note de PEMEX augmente la probabilité d’une dégradation de la note souveraine mexicaine.

Alors que le précédent Gouvernement avait fait de la fin du monopole pétrolier et de l’ouverture aux investissements étrangers la clé de la réforme de PEMEX, les nouvelles autorités ont annoncé le sauvetage de l’entreprise publique en parallèle du gel des enchères de champs pétroliers. Le sauvetage de PEMEX prévoit l’octroi de 5,3 Mds USD notamment pour la recapitalisation et l’augmentation de l’investissement de l’entreprise, la définition d’un nouveau régime fiscal dans le but d’alléger la charge fiscale de l’entreprise et renforcer sa situation financière. Les autorités prévoient également la construction d’une nouvelle raffinerie et la rénovation des 4 raffineries existantes.

Les investisseurs se sont montrés très critiques vis-à-vis du plan de soutien annoncé par le Gouvernement, les mesures étant jugées insuffisantes.

3. Les marges de manœuvre monétaires de la Banque centrale sont limitées, dans un contexte de recrudescence des pressions inflationnistes.

La Banque centrale mexicaine (Banxico) est confrontée, depuis la libéralisation des prix du carburant en janvier 2017, à une inflation supérieure à son intervalle cible (3% ± 1%), en dépit de l’augmentation significative de son taux directeur. Banxico a augmenté 9 fois ses taux depuis janvier 2017, pour atteindre 8,25 % depuis le 20 décembre 2018. L’inflation qui avait baissé au 1er semestre 2018 a enregistré de nouvelles hausses en fin d’année (à 4,83% g.a en décembre, 4,72% g.a. en novembre). Elle est toutefois à la baisse en janvier (4,37% g.a.) et la première quinzaine de février la place à 3,89% g.a, soit une inflation dans l’intervalle cible de Banxico.

Plusieurs mesures mises en œuvre ou annoncées par le nouveau Gouvernement pourraient stimuler l’inflation : augmentation de 16,2% du salaire minimum (et un doublement de ce dernier à la frontière) au 1er janvier ; doublement des pensions de retraites ; mise en place de prix garantis sur certains produits agricoles. Dans ce contexte, et face à une potentielle poursuite de la politique de normalisation monétaire de la FED, les économistes anticipent une (voire deux) nouvelle(s) hausse(s) des taux directeurs en 2019[3].

Les réserves internationales de Banxico restent adéquates (175 Mds USD en janvier 2019, soit 4,2 mois d’importations de biens et services). Entre le 2 janvier 2018 et le 18 janvier 2019, les réserves internationales mexicaines ont crû de 2,12 Mds USD (+1,2%). Une initiative législative présentée fin 2018 par le Parti du Travail (allié de la majorité présidentielle) proposait l’utilisation des réserves internationales pour le financement de l’investissement productif et la lutte contre la pauvreté. L’hypothèse a néanmoins rapidement été écartée par l’équipe d’AMLO.


[1] Même si cette donnée doit être relativisée compte tenu du poids de l’emploi informel (57 % des emplois).

[2] Hausse du taux de rendement des CETES de 0,96 pdp entre le 4 janvier et le 27 décembre 2018, à 8,17% pour les CETES à 28 jours.

[3] BNP Paribas, Citibanamex notamment.

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