Mexique : Note de situation économique et financière 2025-2026

L'activité mexicaine a continué à ralentir en 2025 (0,8 % après 1,1 % en 2024 et 3,1 % en 2023) en lien avec la consolidation budgétaire menée par le gouvernement et les incertitudes politiques et commerciales internationales. Dans ce contexte, la Banque centrale a accéléré son cycle d’assouplissement monétaire en début d’année, avant de le ralentir au second semestre sous l’effet des pressions inflationnistes persistantes. Le peso mexicain s’est renforcé face à l’affaiblissement du dollar, tandis que le commerce extérieur et les IDE ont fait preuve d’un dynamisme important malgré le contexte international adverse. La reprise prévue pour 2026 dépendra de la levée des incertitudes aussi bien sur le plan international (révision du T-MEC, tensions géopolitiques) que national (stabilité du cadre fiscal, législatif et sécuritaire).

Activité économique | Une croissance en berne en 2025 mais qui devrait rebondir en 2026

Croissance en 2025 | L’économie mexicaine a continué à ralentir en 2025, enregistrant une croissance de 0,8 %. La performance de l’économie mexicaine a dépassé les attentes du marché (0,4 %) et du FMI (0,6 %), grâce à un rebond au dernier trimestre. Après s’être modérée au T3 2025, l’économie a enregistré au T4 son plus fort taux de croissance sur l’année (+0,9 % g.t.). En 2025, l’activité a été principalement soutenue par le secteur des services tandis que le secteur industriel s’est contracté dans un contexte de fortes incertitudes. Du côté de la demande, la progression de l’activité économique a été stimulée par les exportations, tandis que l’investissement – privé et public – s’est contracté et que la consommation privée est restée peu dynamique.

Prévisions pour 2026 | Une reprise de l’activité économique est prévue pour 2026, dans un contexte d’atténuation progressive des incertitudes. La levée des incertitudes, aussi bien externes (révision du T-MEC) qu’internes (impact des réformes judiciaire, électorale et douanière), sera en effet indispensable pour stimuler l’investissement privé et redynamiser la croissance. Le Mexique démarre d’ores et déjà l’année 2026 avec un élan (« acquis de croissance ») de 0,8 % grâce aux bons résultats du T4 2025. Les prévisions de croissance pour 2026 de la Banque centrale (1,6 %), du FMI (1,5 %) et du consensus de marché (1,4 %) sont globalement alignées. Le ministère des Finances est en revanche nettement plus optimiste, avec une prévision pour 2026 datant de fin 2025 comprise entre 1,8 et 2,8 %.

Taux de chômage | Le taux de chômage a clôturé l’année 2025 à 2,4 %, son niveau le plus bas depuis deux décennies. Alors que le salaire minimum a continué à augmenter (+125 % en termes réels entre 2018 et 2025), le chômage est resté à un niveau historiquement bas en 2025. L’informalité a cependant progressé, atteignant 54,6 % fin 2025 (contre 53,7 % fin 2024), ce qui traduit une détérioration de la qualité des emplois.

 
Croissance
 
 

PIB

 

Finances publiques | Une année 2025 sous le signe de la consolidation budgétaire

Finances publiques en 2025 | Le déficit public a clôturé l’année à 4,3 % du PIB et la dette publique à 52,6 % du PIB, atteignant un niveau historique. Le déficit a atteint 4,3 %, conformément à la cible du budget 2026 révisée à la hausse (cible initiale de 3,9 % du PIB dans le budget 2025). En 2025, les recettes ont progressé de 2,5 % g.a. en termes réels, à un rythme inférieur à celui prévu par le budget 2025 (+5,4 %). Le dynamisme des recettes fiscales (notamment sur les importations) a compensé la faiblesse des recettes pétrolières qui ont continué à décroître. La réduction des dépenses (-1,8 % en termes réels), en ligne avec le budget 2025, a conduit à d’importantes modérations dans les secteurs des infrastructures mais également de la santé et de l’éducation, compensant la hausse du coût financier de la dette.

Publique

Politique budgétaire | Le budget 2026 prévoit une deuxième année de consolidation budgétaire avec une réduction du déficit à 4,1 % du PIB en 2026. L’objectif de ramener la dette à 52,3 % du PIB en 2026 semble compromis étant donné la hausse plus forte que prévue enregistrée en 2025 (52,6 % réalisé, contre 52,3 % prévu). Le gouvernement prévoit un nouvel ajustement budgétaire en 2026, bien que limité. Les dépenses sociales prioritaires sont en hausse, tout comme le soutien apporté à l’entreprise pétrolière publique Pemex. La charge de la dette continuera par ailleurs de peser sur les finances publiques. La légère amélioration du déficit en 2026 devrait reposer sur un durcissement de la collecte fiscale, couplé à quelques hausses d’impôts. Au-delà d’une réforme concernant les droits de douane, aucune réforme fiscale d’envergure n’est à l’ordre du jour : une telle réforme semble toutefois nécessaire pour garantir un niveau adéquat de dépenses d’investissement (seulement 2,5 % du PIB dans le budget 2026).

Inflation | La politique monétaire s’est rapprochée du terrain neutre fin 2025, malgré les pressions inflationnistes

 
 Inflation
Inflation | Décembre 2025 – inflation globale : +3,69 % g.a. | L’inflation a clôturé l’année dans la fourchette cible de la Banque centrale (3 % ± 1), mais les pressions inflationnistes demeurent persistantes et pourraient se renforcer. L’inflation globale a réintégré en janvier 2025 la fourchette cible de Banxico, s’établissant alors à 3,59 % g.a., mais n’a pas enregistré de tendance à la baisse au cours de l’année, dépassant à deux reprises la borne supérieure de la fourchette cible (4 %). L’inflation sous-jacente, qui élimine de son calcul les biens et services dont les prix sont les plus volatils (notamment l’énergie), a atteint en novembre 2025 son plus haut niveau (4,43 % g.a.) depuis mars 2024. À l’inverse, l’inflation non sous-jacente a enregistré une nette diminution en 2025, s’établissant à 1,61 % g.a. fin décembre (contre 3,34 % g.a. en janvier), sous l’effet d’une baisse du prix des fruits et légumes et d’une progression contenue des prix de l’énergie. Suite au conflit au Moyen-Orient et aux hausses des prix du pétrole et du gaz, l’inflation non sous-jacente pourrait augmenter dans les prochaines semaines. Les pressions inflationnistes appellent ainsi au maintien d’une posture monétaire prudente.
 
Politique monétaire | Décembre 2025 – taux directeur : 7,0 % | Banxico a intensifié ses baisses de taux au cours de l’année, ramenant le taux directeur de 10 % fin 2024 à 7 % fin 2025. Banxico a procédé à 8 baisses de taux sur l’année (4 baisses de 50 pdb au S1 et 4 baisses de 25 pdb au S2), rapprochant la politique monétaire, qui était jusque-là restrictive, du terrain neutre en fin d’année. Dans un contexte de ralentissement de la croissance, Banxico a assoupli de manière continue sa politique monétaire malgré les pressions inflationnistes, mais a toutefois réduit l’ampleur de ses baisses de taux à partir de la deuxième moitié de l’année. La reprise du cycle d’assouplissement monétaire par la Fed en septembre 2025 après plusieurs mois de pause a par ailleurs offert une marge supplémentaire à Banxico pour continuer à abaisser ses taux. Le différentiel de taux a clôturé l’année à 325 pdb (contre 550 pdb fin 2024), marquant une diminution de l’attractivité des taux mexicains. Le consensus de marché prévoit un ralentissement de l’assouplissement monétaire en 2026, tablant sur deux baisses de taux seulement, qui porteraient le taux directeur à 6,50 % à la fin de l’année.
 
Taux de change | Le peso s’est apprécié de près de 14 % face au dollar en 2025, regagnant une partie de sa valeur. Après une dépréciation d’environ 22 % face au dollar en 2024, la monnaie mexicaine a affiché une résilience notable en 2025. Le peso s’est renforcé face à l’affaiblissement du dollar américain, clôturant l’année à près de 18 MXN/USD (plus de 20 MXN/USD fin 2024). Le marché s’accordait jusqu’à présent sur le maintien d’un peso fort en 2026, mais le conflit au Moyen-Orient et ses conséquences sur les marchés de l’énergie pourraient renforcer le dollar.
 
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Commerce extérieur | Des exportations particulièrement dynamiques malgré le contexte international incertain


Total des échanges commerciaux | Les exportations de marchandises ont augmenté de 7,6 % g.a. en 2025, atteignant un record de près de 665 Md USD.  Le dynamisme des exportations a été stimulé par un phénomène d’anticipation des tarifs douaniers au S1 (front-loading) et par le secteur technologique tout au long de l’année. Les exportations de produits manufacturiers ont augmenté de 9,8 % : la baisse sur le segment automobile (-4,2 %) a été compensée par la hausse des exportations d’équipements électroniques et d’appareils mécaniques. Les importations ont augmenté à un rythme moindre (+4,4 %) ce qui a permis au pays de consolider un excédent commercial de près de 0,8 Md USD (contre un déficit de -8,2 Md enregistré en 2024).

Relation bilatérale Mexique-Etats-Unis | Le Mexique a augmenté ses exportations vers les Etats-Unis en 2025 (+7,7 % g.a.), conservant sa position de premier fournisseur du marché américain (15,7 % du total) et creusant son excédent commercial. Alors que des droits de douane sectoriels et sur les produits non conformes au T-MEC ont été imposés par les Etats-Unis au S1 2025, les exportations mexicaines vers les Etats-Unis se sont montrées particulièrement dynamiques et ont atteint 552 Md USD en 2025 (83 % du total des exportations). Fin 2025, environ 85 % des exportations mexicaines à destination des États-Unis profitaient des préférences du T-MEC (contre moins de 50 % en début d’année), avec de fortes disparités sectorielles : 80–100 % pour l’automobile et l’alimentaire, mais moins de 20 % pour l’électronique et la mécanique.
 
 

Investissements directs étrangers | Des IDE dynamiques dans un contexte de redéfinition du nearshoring

Flux d’IDE | Les flux d’IDE ont enregistré un nouveau record en 2025, mais une chute notable a été observée dans les flux à destination du secteur manufacturier.La croissance des IDE a augmenté par rapport aux années précédentes (40,9 Md USD, +10,8 % g.a.), et ce malgré les incertitudes internationales accrues. Une réorientation sectorielle des flux d’IDE est observée, se traduisant par une baisse des flux d’IDE à destination du secteur manufacturier. Les Etats-Unis demeurent les premiers investisseurs étrangers, représentant 39 % du total (en baisse cependant par rapport à 2024 avec 45 % du total), suivis par l’Espagne (11 %), le Canada (8 %) et les Pays-Bas (6 %).
 
Nearshoring | La dynamique de nearshoring, qui représente une opportunité majeure pour le Mexique, pourrait s’essouffler dès 2026. La part des nouveaux investissements (18 % du total) a presque doublé cette année mais reste nettement inférieure aux niveaux observés en 2021 et 2022 (environ 50 %). Ce dynamisme s’expliquerait par la matérialisation des annonces records de 2023. Dans un contexte d’incertitudes accrues, en lien notamment avec l’issue de la révision du T-MEC prévue mi-2026, les annonces d’investissement auraient par contre fortement ralenti en 2025, ce qui risquerait de se refléter dans les IDE en 2026 et 2027. Les IDE liés au nearshoring auraient par ailleurs enregistré une tendance à la réorientation vers l’industrie technologique, avec des projets dans les services du cloud, les centres de données et les pôles d’ingénierie logicielle.
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