Face à la récession économique, quelle sortie de crise pour le Mexique ?

L’ensemble des indicateurs économiques manifestent la profonde récession que devrait connaître le pays en 2020. Le FMI estime que Mexique pourrait cependant limiter les effets de la crise pour la population et accélérer la reprise économique en mettant en place un plan de soutien aux acteurs économiques, qui pourrait notamment être financé par une réforme fiscale ambitieuse.

En raison de son ouverture au commerce international, le Mexique faite face à une sévère récession économique.

Le Mexique était déjà en récession en 2019 (-0,01%), en raison de la baisse des investissements dans un climat d’incertitude sur la politique économique de la nouvelle administration et d’une baisse de la dépense publique résultant de la politique d’ « austérité républicaine ». En 2020 le Mexique connaîtra une récession profonde résultant de la pandémie de COVID-19. En effet, il est le 4ème pays le plus touché par la crise sanitaire avec plus de 100 000 décès à fin novembre. Les services du FMI évaluent la récession à 9 % du PIB sur l’ensemble de l’année en raison de la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’économie mexicaine au second trimestre 2020 et de l’impact sur les chaînes de production du pays, le Mexique étant un maillon important dans les chaînes de production mondiale[1]. Cette crise économique est également une crise sociale qui touche plus particulièrement les plus défavorisés. Ainsi, dans un pays qui ne dispose pas d’amortisseurs sociaux et ou les dépenses sociales sont limitées (4,3 % du PIB en 2020), le taux de pauvreté pourrait connaître une hausse de 10 % dépassant désormais les 50 % de la population dans un pays déjà miné par les inégalités[2]. En l’absence d’une amélioration de la situation, subordonnée à la distribution d’un vaccin, les services du FMI estiment que le Mexique mettra 8 ans avant de retrouver son niveau de chômage et son taux de pauvreté d’avant la crise. Il faudra également plusieurs années avant que le Mexique ne retrouve son niveau de PIB d’avant la crise. Sur le plan de l’emploi, le taux de chômage devrait connaître une augmentation passant de 3 à 5%. Près de 12 millions de mexicains se sont retrouvés privés d’emploi au plus fort de la crise. Par ailleurs, le secteur informel qui représentait déjà avant la crise près de 60% des emplois du pays a gagné en importance.

Fin octobre 2020, l’inflation se situait à 4,09% g.a., soit en dehors de la cible de la banque centrale (3% +/- 1%). Pour 2021, l’inflation pourrait revenir dans la cible à 3,2 %. Cette hausse de l’inflation s’explique principalement par la reprise de l’activité économique de façon graduelle à partir de juin et de la baisse graduelle du taux directeur de la banque centrale. Ainsi, l’inflation a été particulièrement marquée dans le secteur des biens de consommations et des produits alimentaires en raison de la dépréciation du peso mexicain (MXN) dans un pays ou beaucoup de produits alimentaires sont importés.

Les échanges commerciaux ont enregistré une diminution de 30 % au deuxième trimestre 2020, mais ont tout de même connu un rebond dans le secteur industriel, notamment automobile, à la faveur de la réouverture des chaines de production des Etats-Unis. Les transferts de fonds de migrants, notamment ceux provenant des Etats-Unis, ont connu, contre toute attente, une hausse de 26 % sur les 7 premiers mois de l’année, favorisées par la dépréciation du MXN. De ce fait, le compte courant du pays, structurellement déficitaire, est passé de -0,3% du PIB à un excédent de 1,2% du PIB.  Toutefois, l’aversion au risque au niveau mondial a conduit à une fuite de capitaux hors du pays. Alors que les investissements directs étrangers (IDE) et les investissements de portefeuilles représentaient respectivement 50% et 41% du PIB en 2019, les IDE ont chuté de 30% sur les six premiers mois de 2020 et les investissements de portefeuille constituent une source de vulnérabilité en raison de leur volatilité. Cette fuite de capitaux est restée toutefois contenue.

Les trois agences de notation ont dégradé la note souveraine du Mexique. En moyenne celle-ci s’établit à l’équivalent de BBB. Malgré ces dégradations, le pays n’a pas rencontré de difficultés pour se financer sur les marchés internationaux et le spread a été contenu. Il semble que les marchés aient anticipé en amont ces possibles dégradations. Parallèlement, l’entreprise nationale pétrolière PEMEX a été dégradée en actif spéculatif. Là encore, les marchés avaient anticipé cette situation et l’entreprise, soutenue par l’Etat. Elle n’a aussi pas rencontré de difficultés pour restructurer sa dette et émettre de nouvelles obligations. 

Déjà entamée à partir de la seconde moitié de l’année 2019, la banque centrale s’est lancée dans une politique d’assouplissement monétaire. Ainsi et de façon progressive la banque a diminué son taux directeur de 8,25 % à 4,25 %. La banque centrale a également mis en place des mesures afin de garantir l’accès aux liquidités pour un montant total de 3,3 % du PIB. Néanmoins ces outils ont été peu utilisés par les acteurs économiques, les banques commerciales ayant été frileuses pour prêter. Sans intervenir massivement, la banque centrale a tenté d’accompagner la dépréciation du MXN pour éviter les effets d’aubaine et les spéculations. Au plus fort de la crise,  le MXN avait perdu près de 30 % de sa valeur face à l’USD et à l’EUR, faisant du peso mexicain l’une des monnaies les plus impactées par la crise du COVID-19. Cette dépréciation résulte de la forte exposition du Mexique au commerce international, à son intégration dans les chaînes de valeur mondiale et à son haut niveau d’utilisation (le MXN étant la seconde monnaie émergente la plus utilisée dans le commerce international après le renminbi chinois).

Malgré la situation, le Mexique fait le choix d’un très faible niveau de soutien à l’activité économique.

Alors que de nombreux pays dans le monde se sont lancés dans une politique budgétaire expansionniste, recourant à l’endettement pour apporter un soutien aux entreprises et aux ménages, le Mexique a fait le choix d’un très faible niveau d’intervention. Le pays dispose toutefois, selon le FMI, de marges budgétaires pour mettre en place un programme de relance et de soutien aux acteurs économiques. La mise en place de telles politiques économiques suppose de recourir à l’endettement. Or, lors de la campagne présidentielle, le candidat Lopez Obrador s’était engagé auprès des mexicains à ne pas augmenter la dette du pays alors que le niveau d’endettement avait grimpé de près de 10 % sous la précédente administration. Pour le moment, le Président reste fidèle à sa ligne politique et n’envisage qu’un recours à l’endettement en cas de détérioration plus profonde de l’économie du pays. Le pays n’a dépensé selon les estimations que 0,7 % de son PIB pour faire face à la crise.

Néanmoins, l’endettement public du pays devrait se situer autour de 65,5% à la fin du 2020 contre 53,7% fin 2019 (+12%), notamment en raison de la forte contraction du PIB et de la dépréciation du MXN. En effet, un tiers de la dette étant libellé en devises étrangères (USD et EUR), la dépréciation du MXN alourdi mécaniquement la charge de celle-ci. Le soutien financier à PEMEX fait également planer un risque systémique sur la dette du pays.

Sur le plan budgétaire, les services du FMI tablent sur un déficit budgétaire 2020 de 5,8 % contre 4,7 % du PIB prévu par les autorités mexicaines, en raison des scénarii divergents concernant le niveau de contraction de l’économie, les ressources pétrolières et l’efficacité de la collecte fiscale. Le « paquet économique » 2021 adopté par le congrès maintien l’orthodoxie budgétaire et n’accroit les dépenses budgétaires en termes réels que de 0,1%. Les priorités demeurent les mêmes que pour 2020 : financement de programmes sociaux mis en place en 2019 et dont l’efficacité à lutter contre la pauvreté n’est pas encore prouvée et financement des grands projets d’infrastructures (nouvel aéroport de Mexico sur la base militaire de Santa Lucia en remplacement du précédent chantier qui avait déjà couté 4 Mds USD, raffinerie de Dos Boas et train Maya).

Dans ce contexte, quelle sortie de crise pour le Mexique ?

Le gouvernement table sur une relance économique portée par le nouvel accord économique TMEC (USMCA en anglais), entré en vigueur en juillet 2020 et modernisant l’ALENA, mais également sur une redirection d’une partie du commerce international en sa faveur en raison de la guerre commerciale entre la Chine et les USA. Cette situation devrait encore renforcer l’interdépendance entre les Etats-Unis et le Mexique alors que déjà plus de 80 % des exportations mexicaines sont à destination des Etats-Unis. Le nouvel accord UE – Mexique conclu en avril 2020, qui n’est pas encore ratifié, pourrait également apporter de nouvelles opportunités économiques au pays.

Il semble néanmoins que le Mexique ne puisse que difficilement faire l’économie de la mise en place d’un plan de relance, dont le financement serait notamment assuré par la mise en place d’une réforme fiscale ambitieuse.

Dans le cadre de son évaluation annuelle au titre de l’article IV, le FMI a recommandé aux autorités mexicaines la mise en place d’un plan d’appui aux acteurs économiques d’un montant compris entre 2,6 et 3,5 % du PIB (incluant les 0,7% précédemment injectés). Ce stimulus budgétaire devrait être orienté vers les investissements publics à effet de levier, l’accroissement des dépenses de santé pour répondre à la crise sanitaire et la hausse des dépenses sociales afin de limiter les effets sur les populations les plus vulnérables. La mise en place d’un tel plan pourrait permettre au Mexique de gagner 4 % de PIB d’ici 2025.  Pour renforcer son efficacité ce plan devrait également prévoir des mesures à destinations des PME-ETI du pays qui représentent l’essentiel des emplois du pays.  

Afin de dégager les marges de manœuvre budgétaires nécessaires à la mise en place de ce plan économique, les autorités mexicaines ne peuvent se passer de la mise en place d’une réforme fiscale.  Le Mexique se caractérise par la faiblesse du taux de prélèvement obligatoire : il est le pays de l’OCDE dont la collecte fiscale est la plus basse, à raison de 13 % contre une moyenne de 26,2 % pour les pays de l’OCDE et de 19,4 % pour la moyenne des pays d’Amérique latine. Cette situation limite les marges de manœuvre du gouvernement en termes de dépenses publiques et de redistribution de la richesse notamment aux moyens de programmes sociaux dont les montants demeurent faibles. Cette réforme devrait venir modifier en profondeur à la fois la TVA pour la rendre plus efficace et limiter les effets de la compensation et l’impôt sur le revenu afin de le rendre plus progressif. A terme cette réforme fiscale pourrait rapporter entre 3 et 4 % du PIB.



[1] Le Mexique réalisé plus de 95 % de ses exportations dans le cadre d’accords de libre-échanges.

[2] Selon l’indice de GINI, le Mexique est le deuxième pays le plus inégalitaire d’Amérique latine après le Brésil.

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