Fiche pays (juin 2020)

Avec un PIB par habitant de 390 USD, le Malawi est l’un des pays les plus pauvres au monde. L’économie du pays est très peu diversifiée, particulièrement dépendante du secteur agricole et donc très vulnérable aux chocs externes et aux effets du changement climatique – volatilité des prix, conditions météorologiques, épidémies, etc. Le pays est aussi très dépendant de l’aide internationale. La conclusion d’un nouveau programme avec le FMI en 2018 a eu des effets bénéfiques sur la stabilisation du cadre macroéconomique, malgré quelques difficultés sur le plan de l’assainissement des finances publiques et sur la mise en œuvre des réformes structurelles visant à réduire les vulnérabilités du pays et à diversifier la base productive – dans un climat politique par ailleurs très instable et peu propice à attirer des investissements.

Mise à jour Covid-19 : avec une centaine de cas détectés et quatre morts au 26 mai, le pays est à ce stade peu touché par le virus (mais avec peu de capacité pour faire des tests). Le gouvernement a déclaré l’état de catastrophe nationale dès le 14 mars – fermeture des écoles, rassemblements limités à cent personnes, mise en quatorzaine des personnes en provenance d’une zone à risque. Les frontières restent ouvertes, mais pas celles de ses voisins et le pays n’est plus desservi par aucune compagnie aérienne. Sur fond de tensions politiques, la haute cour de justice a suspendu la décision du gouvernement de mettre en œuvre un confinement strict à partir du 19 avril, suite au recours d’une ONG – toujours en attente d’un jugement.

Selon les dernières estimations du FMI, la croissance devrait atteindre 1% du PIB en 2020 (probablement surestimée), alors qu’il anticipait 5% avant la crise. La plupart des secteurs fonctionnent normalement, mais l’économie va être fortement affectée par la baisse de la demande mondiale et régionale (alors que ses principaux clients ont pris des mesures de confinement strictes – Afrique du Sud, Mozambique, Zimbabwe et Zambie ont représenté près de 25% des exportations du pays en 2019), la fermeture des frontières (tourisme) et la baisse des transferts de fonds des migrants (en provenance d’Afrique du Sud notamment).

En réponse à la crise, le gouvernement a annoncé des mesures budgétaires d’une ampleur limitée (correspondant à ce stade à environ 1% du PIB) : soutien en faveur du secteur de la santé – matériel et embauche de personnel ; augmentation des dépenses sociales – transferts directs et aide alimentaire ; remboursement d’une partie des arriérés de l’Etat. Sur le plan monétaire, la Banque centrale du Malawi (Reserve Bank of Malawi – RBM) a assoupli la réglementation prudentielle en matière de liquidité, abaissé le taux d’intérêt pour ses prêts à court terme aux banques commerciales, activé une facilité d’urgence pour l’accès des banques à la liquidité. En contrepartie, les banques commerciales se sont engagées à appliquer les mesures suivantes : moratoire sur le remboursement des échéances pour les clients en difficulté, facilitation des restructurations pour les PME, réduction des frais pour les transactions électroniques et en ligne, suspension du versement de dividendes et bonus.

Compte tenu du choc à prévoir, le Malawi a bénéficié de plusieurs financements d’urgence de la part des Institutions Financières Internationales (IFIs). Le FMI a ainsi octroyé début mai un prêt de 93 MUSD au titre de la Facilité Rapide de Crédit (RCF – Rapid Credit Facility). Le pays va aussi bénéficier du Catastrophe Containment And Relief Trust (CCRT), qui prendra en charge les échéances de remboursement dues au FMI pendant deux ans pour un montant total de 45 MUSD. Les discussions relatives à la quatrième revue du programme d’aide pluriannuel en cours (FEC – Extend Credit Facility) sont amenées à se poursuivre. La Banque Mondiale a aussi octroyé deux financements d’urgence d’un montant total de 37 MUSD (appui au secteur de la santé et réponse à la crise). Le Malawi pourrait aussi bénéficier rapidement d’un appui budgétaire de la Banque Africaine de Développement (BAfD) pour un montant allant jusqu’à 50 MUSD. Enfin, s’il en fait la demande, le pays bénéficiera du moratoire sur la dette annoncé par les créanciers bilatéraux dans le cadre du G20.

1. Situation économique et politique

1.1. Situation politique

Auparavant sous protectorat britannique, le Malawi est devenu indépendant en 1964. A partir de cette date et pendant trente ans, le pays a été dirigé de façon autoritaire par le président Hasting Banda. En 1994, le pays devient une démocratie multipartite avec l’arrivée au pouvoir du Front Démocratique – toujours à la tête du pays actuellement.

En février 2020, la cour constitutionnelle a annulé les élections présidentielles de mai 2019, entachées d’irrégularités. Elles avaient permis la réélection, par une courte avance, de Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014. Une nouvelle élection est normalement prévue le 23 juin, mais le climat est tendu entre le président sortant, qui entend se représenter, l’autorité judiciaire et les partis d’opposition.

1.2. Éléments structurels relatifs à l’économie

Avec 18 M habitants, le Malawi est un marché de taille moyenne – équivalent à la Zambie et plus grand que le Zimbabwe. En revanche, le PIB du pays ne s’élève qu’à 7 Mds USD. Il s’agit d’une des économies les plus pauvres du monde, juste devant le Burundi et la Somalie – PIB par habitant de 390 USD. Enfin le pays est classé à la 172ième position sur 198 pays en termes d’Indice de Développement Humain (IDH), avec un taux de pauvreté (moins de 1,9 USD par jour) de plus 70%. Le territoire du Malawi est enclavé entre le Mozambique, la Zambie et la Tanzanie.

L’économie du Malawi est très peu diversifiée, particulièrement dépendante du secteur agricole (qui représente près de 30% du PIB en moyenne ces dernières années et plus de 70% des emplois) et donc très vulnérable aux chocs externes – volatilité des prix, conditions météorologiques, épidémies, etc. L’agriculture est dominée par la production de tabac (65% des recettes d’exportation) et de thé (10%). L’économie malawite repose également sur le secteur du tourisme (l’hébergement et la restauration représente près de 20% du PIB) et dans une moindre mesure sur la distribution (environ 15%). Enfin, la base productive du pays est très faible – l’industrie manufacturière ne représente que 10% du PIB.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1. Conjoncture économique

En 2019, la croissance du PIB a rebondi à 4,5%, après des résultats mitigés les années précédentes (3,2% en 2018) et cela malgré le passage du cyclone Idaï au mois de mars. Les importants dégâts occasionnés, notamment au secteur agricole dans le sud du pays, ont été largement compensés par les bonnes récoltes dans le nord. Par ailleurs, si la croissance a été affectée par les incertitudes liées aux échéances électorales (présidentielles en mai) et par les pénuries d’électricité, elle a été particulièrement dynamique au dernier trimestre grâce aux efforts de reconstruction du pays.

Avant le déclenchement de la crise du Covid-19, le FMI prévoyait une croissance de près de 5% en 2020, soutenue par le rebond de la production agricole, une meilleure production d’électricité et l’investissement public (reconstruction, investissement dans l’atténuation aux effets du changement climatique) – largement financé par l’apport des bailleurs. Il table désormais sur +1%, une prévision réalisée avant la mise en place des mesures de confinement dans les principaux partenaires économiques du pays, qui paraît aujourd’hui largement surestimée. Pour améliorer la croissance potentielle, le FMI conseille au gouvernement de miser sur les réformes suivantes : continuer à investir dans la résilience face aux chocs climatiques, soutenir la diversification de l’économie, renforcer le secteur agricole (irrigation et diversification), améliorer l’accès et l’efficacité des services clefs (secteur financier, énergie, télécommunications).

Du côté des prix, l’inflation reste importante (9,4% en moyenne sur 2019), contraignant la RBM à maintenir son taux directeur à un niveau élevé (à 13,5% depuis mai 2019). Elle s’explique principalement par l’augmentation des prix alimentaires. Avant la pandémie, le FMI prévoyait une stabilisation de l’inflation aux alentours de 10% en 2020.

2.2. Situation des finances publiques

La situation budgétaire du Malawi s’est très nettement détériorée après l’épisode du cashgate en 2013 (détournement d’aide publique par plusieurs membres du gouvernement), avec des déficits budgétaires atteignant -6,4% du PIB en moyenne sur la période 2013-2017, conséquence notamment de la baisse de l’aide financière internationale. La conclusion d’un nouveau programme avec le FMI en 2018 a incité le gouvernement à prendre des mesures d’assainissement budgétaire (gel des embauches dans la fonction publique, réforme des entreprises publiques, réallocation des dépenses non-prioritaires) et à améliorer la gestion des finances publiques. Le déficit budgétaire s’est modestement réduit à 5,1% du PIB en 2018 avant de repartir à la hausse à 6,4% du PIB en 2019 – diminution des recettes douanières et difficultés de l’administration fiscale à collecter les taxes, notamment.

Du fait de l’accumulation d’importants déficits budgétaires, la dette publique a augmenté rapidement ces dernières années, passant de 30% du PIB en 2011 à près de 65% en 2019. Mi-2019, la dette externe représentait environ 46% de la dette publique totale, mais contractée principalement auprès des bailleurs à des conditions très avantageuses. Depuis 2018, le pays est classé en risque élevé de surendettement (high level of debt distress) par le FMI, qui juge la dette particulièrement vulnérable vis-à-vis de plusieurs chocs externes : risques liés à la nature des exportations, de change et face au changement climatique. 

3. Relations avec la communauté financière internationale

Le Malawi est classé dans la catégorie des pays « à faibles revenus » par la Banque Mondiale. A ce titre, il est éligible aux financements les plus concessionnels du guichet de l’Association Internationale du Développement (AID), qui est aussi le principal créancier externe du pays avec près de 45% de l’encours. Alors que le nombre de projets engagés avait fortement diminué entre 2013 et 2015, suite au scandale du « cashgate », l’activité de la Banque Mondiale a progressivement repris un rythme normal à partir de 2016. Elle a actuellement vingt-cinq projets en cours, pour un montant supérieur à 1,7 Md USD, dans tous les domaines. En 2019, la Banque Mondiale a engagé cinq nouveaux projets, pour un montant total de 450 MUSD – aide d’urgence, aide sociale, éducation, énergie.

La BAfD est le second créancier externe du Malawi avec plus de 15% de l’encours. Le portefeuille de la Banque s’élève à environ 170 MUSD, pour une dizaine de projets actifs – dont un seul engagé en 2019 pour un montant inférieur à 10 MUSD, dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture.

Le FMI est le quatrième créancier externe du pays (10% de l’encours – après la Chine). Le Malawi a engagé en avril 2018 un programme dit de « Facilité Elargie de Crédit » (FEC – Extend Credit Facility), pour un montant d’environ 190 MUSD, sur une période de trois ans. Ce programme poursuit trois objectifs principaux : le renforcement de la stabilité macroéconomique, le comblement des besoins de financement externe du pays et le soutien du gouvernement pour la mise en œuvre de réformes structurelles. Si le calendrier a été légèrement décalé à cause d’une revue non-conclusive, les résultats du programme sont globalement positifs, permettant en particulier de stabiliser le cadre macroéconomique. Excepté un léger dérapage du déficit budgétaire, le gouvernement a bien tenu ses engagements puisque tous les autres critères quantitatifs ont été respectés (plancher relatif aux réserves de changes, absence de financement monétaire du déficit, absence de nouveaux arriérés, absence de nouveaux engagements financiers non-concessionnels). De même, la plupart des repères structurels ont été respectés (même si certains l’ont été avec retard) – ils portaient en particulier sur l’amélioration de la gestion et de la transparence des finances publiques (système fiscal, arriérés et gestion de trésorerie, décision et exécution des projets d’investissement, etc.). Lors de la troisième revue, fin 2019, le gouvernement a obtenu une augmentation du quota de 20% (environ 30 MUSD) afin de financer la reconstruction après le passage du cyclone. En décembre 2019, avant le déclenchement de la crise, tous les critères quantitatifs étaient respectés. Les discussions relatives à la quatrième revue du programme sont amenées à se poursuivre une fois les perspectives stabilisées – mise à jour des cibles et des critères.

4. Aide publique au développement de la France

Entre 2016 et 2018 (dernières données disponibles), le Malawi a reçu en moyenne 750 MUSD de versements bruts d’Aide Publique au Développement (APD) par an de la part des bailleurs bilatéraux. La grande majorité de cette somme provenait des Etats-Unis (56%), du Royaume-Uni (16%) et dans une moindre mesure de l’Allemagne et de Norvège (8% chacun). La contribution de la France à l’APD bilatérale en faveur du Malawi est infinitésimale – environ 200 000 USD par an. L’AFD est peu présente au Malawi – financement d’un projet multi-pays dans le secteur agricole porté par des ONG locale et française.

5. Relations économiques avec la France

5.1. Échanges commerciaux avec la France

En 2019, le commerce bilatéral entre la France et le Malawi s’est élevé à 12 MEUR, en baisse de près de 50% par rapport à 2018. Cette évolution s’explique principalement par la chute de nos importations en provenance du pays : -70% pour atteindre 3 MEUR, du fait de la chute des ventes de produits issus de l’industrie agroalimentaire. Avec les produits agricoles, ce poste a représenté 96% de nos importations en moyenne sur les cinq dernières années – tabac et café. Cette évolution s’explique également, mais dans une moindre mesure, par la baisse de plus de 30% de nos exportations pour atteindre 8,5 MEUR – forte baisse des ventes de produits informatiques (-78%). A noter que les équipements mécaniques, électriques et informatiques représentent notre premier poste d’exportations (56% en moyenne sur cinq ans), suivi par les produits pharmaceutiques (27% sur cinq ans). L’excédent bilatéral a atteint 5,5 MEUR en 2019 (+170% – 109e excédent commercial de la France). Un niveau qui reste nettement en-deçà des excédents enregistrés avant 2015 (entre 30 et 40 MEUR), alors soutenus par les ventes de produits pharmaceutiques.

5.2. IDE et présence française

En 2018, le stock d’Investissements Directs Etrangers (IDE) français au Malawi a atteint près de 20 MEUR (après 15,2 MEUR en 2017), principalement dans le secteur de la distribution. La présence française au Malawi est très limitée et se réduit à six entreprises ou grands groupes : Bolloré Logistics, AGS Frasers et CMA-CGM (deux agences à Lilongwe et Blantyre) dans le transport et la logistique ; Total Malawi, qui dispose d’un réseau de distribution d‘une soixantaine de stations-services ; le groupe Castel dans les biens de consommation et le groupe JC Decaux dans les services publicitaires.

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