SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DU MALAWI - Avril 2018

  • Le Malawi, un petit pays à l’économie essentiellement agricole

Le Malawi, petit pays enclavé, fait partie des pays les moins avancés (PIB de 5,5 Mds USD et PIB/tête de 327 USD, soit 1,2% du PIB d’Afrique Australe). Malgré d’importants progrès ces dernières années, sa population (19 millions d’habitants) continue de faire face à d’importants défis en matière de développement (170ème sur 188 pays au titre de l’Indice de Développement Humain du PNUD), notamment dans les zones rurales (taux d’urbanisation de 18 %) où la pauvreté affecte 88 % de la population (contre 18 % en zones urbaines).

Peu diversifiée, l’économie malawite est fortement dépendante du secteur agricole (29,5 % du PIB) ce qui la rend particulièrement vulnérable aux aléas climatiques (déclaration de l’état d’urgence par les autorités en avril 2016 - 40 % de la population placés en situation d’insécurité alimentaire). L’agriculture (dominée par le tabac avec 46 % des exportations, le sucre avec 9 % et le café avec 7 %) se caractérise par une faible productivité (quasi-absence de mécanisation, exploitations de taille réduite, manque d’infrastructures), obstacle majeur à la réduction de la pauvreté. Le secteur formel reste sous-développé, ce qui crée d’importantes distorsions sur le marché du travail, compromettant la progression de la productivité. Cette dernière est en outre contrainte par les carences persistantes du système éducatif qui participe ainsi de la reproduction des inégalités (indice de Gini de 0,46) et à la persistance d’un déficit de main d’œuvre qualifiée, dans un pays où 45 % de la population a moins de 15 ans.

 

  • Une croissance conditionnée par les performances du secteur agricole

Avec un taux de croissance du PIB de 2,7 % (en-deçà de la croissance démographique de 3,1 %), l’année 2016 avait été particulièrement difficile en raison de la sécheresse (baisse de 14 % de la production de maïs nécessitant l’importation massive de denrées). En 2017, l’activité a rebondi (5,1 % de croissance anticipé par le Fonds et la Banque centrale) grâce à de meilleures conditions climatiques et un environnement macroéconomique plus stable. En 2018, la croissance devrait ralentir autour des 4%, conditionnée par la régularité des précipitations et la propagation de  chenilles processionnaires.

Du côté des prix, après plusieurs années où l’inflation annuelle moyenne dépassait les +20 % en g.a (tirée par les prix alimentaires et l’impact de la dépréciation du kwacha sur le coût des intrants), elle s’établit +7,8% en février 2018 (après +11,6 % en moyenne en g.a en 2017) grâce au resserrement du policy-mix et à l’aide internationale.

Sur le plan externe, le pays se caractérise par un déficit courant persistant : après avoir atteint -13,5 % du PIB en 2016, le solde courant devrait partiellement s’améliorer cette année (prévision du FMI à -9,1 % du PIB) à la fois du fait de l’augmentation des exportations (hausse des productions agricoles, augmentation des prix du tabac) et de l’arrêt des importations massives de maïs qu’avait rendu nécessaire la mauvaise récolte de l’an passé. La persistance d’importants déséquilibres externes maintient une pression importante sur le kwacha. Fin juin, les réserves de change s’élevaient à 685,4 M USD en février 2018, soit 3,3 mois de couverture des importations, un seuil jugé insuffisant par le FMI au regard de la vulnérabilité persistante du pays au risque climatique, à la détérioration des termes de l’échange et à la volatilité des flux de capitaux.

 

  • Politique économique : augmentation rapide de l’endettement public et assouplissement de la politique monétaire

La soutenabilité des finances publiques s’est très nettement détériorée depuis l’épisode du cash-gate de 2013 (détournement de 45 M USD d’aide publique par plusieurs membres du gouvernement). Depuis, le pays affiche d’importants déficits budgétaires (-6,4 % du PIB en moyenne sur 2013/16), conséquence notamment de la baisse de l’aide financière internationale et des importations massives de denrées alimentaires. Dans ce contexte, les autorités ont été contraintes de mettre en place des budgets d’austérité (priorisation de la dépense vers les postes essentiels, réduction des subventions agricoles, limitation de la croissance des salaires des fonctionnaires). En 2016, le déficit budgétaire a atteint -6,8 % du PIB et devrait s’être très légèrement réduit en 2017 (-5,3 % selon le Fonds). En parallèle, la dette publique a augmenté de +25 points de PIB entre 2010 et 2016 (60,2 % du PIB). Selon le FMI, elle se serait réduite à 54,7 % du PIB en 2017.

Grâce au reflux graduel de l’inflation, la Banque Centrale a poursuivi l’assouplissement de sa politique monétaire : le taux directeur se situe aujourd’hui à 16% soit une baisse de 800 pdb depuis mars 2017 tout en maintenant le taux des réserves obligatoires imposé aux banques commerciales à 7,5 % (depuis juillet 2015). La baisse du taux directeur sera favorable à l’activité.

 

  • Augmentation rapide des créances douteuses dans le secteur bancaire

Dans son rapport de juillet 2017, le FMI indique que les difficultés auxquelles fait face le secteur financier ont augmenté en raison du ralentissement de l’activité, du resserrement monétaire et dérapages s’agissant des finances publiques. Cela a affecté la rentabilité du secteur bancaire (même si les ratios restent élevés grâce à la forte concentration du secteur - ROE de 18,4 % et ROA de 2,7 %) ainsi que le risque de crédit. Ce dernier est élevé (augmentation rapide du taux de créances douteuses de 15,7% de l’encours en février 2018 contre 10,6 % fin 2015, largement au-dessus du seuil de référence de 5 %), renforcé par d’importantes contraintes sur l’activité, par le niveau toujours élevé des taux d’intérêts et par la concentration sectorielle du crédit. Fin 2016, le secteur bancaire affichait un ratio de capitalisation Tier 1 de 16,7 % (pour un seuil minimum de 10 %) et seuls deux établissements étaient sous-capitalisés (représentant 7,7 % des actifs du secteur – établissements en cours de fusion). Le marché bancaire est marqué par une rude concurrence entre les banques (9 établissements agréés sur le territoire depuis la fusion des deux plus petits établissements bancaires du pays, New Finance Bank et Opportunity Bank) et les opérateurs télécoms offrant des services de mobile-Banking dans un pays où le taux de bancarisation est inférieur à 20 %.

 

  • Perspectives et réformes : améliorer l’environnement des affaires et la gouvernance

Après 4 années d’interruption suite à l’épisode du cash-gate, la Banque mondiale a indiqué, début mai, reprendre son aide budgétaire au Malawi au travers d’un crédit de 80 M USD aux autorités (l’aide publique au développement représente près de 40 % des recettes budgétaires). L’opération vise au soutien de l’agriculture et à la gestion des finances publiques (transparence et renforcement des contrôles). Saluant la reprise de l’aide budgétaire, le Ministre des finances Goodall Gondwe a également confirmé la volonté des autorités restaurer l’intégrité de la gestion des comptes publics et à réaliser les réformes nécessaires pour relancer l’activité. Outre la dépendance à l’égard de l’aide extérieure, le pays peine dans la gestion des dépenses et des recettes, liée notamment aux carences de l’administration. Les flux d’IDE entrants, qui restent en outre très concentrés autour de l’industrie minière, sont limités par certains problèmes structurels du pays comme la faible productivité des facteurs de production, l'instabilité de l'environnement juridique et la difficulté à mettre en place des réformes.

En ce qui concerne le climat des affaires et la qualité de la gouvernance, le Malawi se situe globalement derrière ses voisins et appelle à la mise en place d’importantes réformes structurelles. Le pays est classé 133ème sur 189 pays au classement Doing Business de la Banque Mondiale et 120ème sur 176 pays s’agissant de la perception de la corruption selon Transparency International. En outre, il pâtit d’un déficit important de compétitivité (134ème sur 138 pays au classement du World Economic Forum).

 

 

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