Fiche pays Malawi

 Avec un PIB par habitant estimé à 625 USD en 2025, le Malawi demeure l’un des pays les plus pauvres au monde. L’économie, fortement dépendante du secteur agricole, a subi les conséquences de la sécheresse exceptionnelle de 2024, liée au phénomène El Niño. La croissance n’a ainsi atteint que 2,1 % en 2025, et les perspectives futures restent fragiles : le FMI prévoit une croissance de 2,2 % en 2026 et d’environ 3,0 % à moyen terme, un rythme inférieur à la croissance démographique (2,6 % par an). La conclusion, par le gouvernement mis en place en 2025, d’un nouveau programme de financement avec le FMI, associée à la restructuration de la dette domestique et à l’achèvement de la restructuration de la dette extérieure, pourrait contribuer à restaurer la stabilité macroéconomique et soutenir la reprise.

1. Situation économique et politique

1.1 Situation politique

Ancien protectorat britannique, le Malawi a accédé à l’indépendance en 1964. Le pays a ensuite été dirigé de façon autoritaire, pendant près de trente ans, par le président Hastings Banda, avant de devenir une démocratie multipartite en 1994. Après l’annulation de l’élection présidentielle de 2019 pour fraude, Lazarus Chakwera a remporté le scrutin organisé en 2020, suscitant d’importants espoirs de changement rapidement tempérés par la persistance de difficultés économiques, une gouvernance défaillante et une corruption endémique. La situation politique s’est encore fragilisée à la suite du décès du vice-président Saulos Chilima en 2024, qui a privé la coalition au pouvoir de sa majorité parlementaire. Dans ce contexte, les élections générales de septembre 2025 ont marqué le retour au pouvoir de l’ancien président Peter Mutharika (2014-2020), élu dès le premier tour avec 57 % des suffrages face au président sortant. Bien que le scrutin se soit déroulé dans un climat globalement apaisé, le nouveau président gouverne sans majorité absolue au Parlement, son parti (DPP) ne disposant que de 99 sièges sur 229 et devant s’appuyer sur des alliances ponctuelles avec des députés indépendants. La corruption, favorisée par la lourdeur administrative et le manque d’efficacité de l’appareil public, reste omniprésente : après une amélioration en 2021 (+19 places), l’indice de perception de la corruption s’est à nouveau dégradé et le pays occupait la 109ème place sur 180 dans le classement de Transparency International en 2025. La fragmentation du paysage politique, le recul des partis traditionnels au profit des indépendants, ainsi que la dégradation persistante de la situation économique continuent de fragiliser le pays.

1.2 Éléments structurels sur l’économie

Malgré sa petite taille, le Malawi est un marché de taille moyenne : il compte 24,06 M d’habitants, soit plus que la Zambie (21,9 M) et le Zimbabwe (17,3 M). Son PIB ne s’élève en revanche qu’à 15,05 Mds USD, ce qui en fait l’une des économies les plus pauvres au monde (PIB par habitant de 625 USD). Plus de 76% de la population se situe en-deçà du seuil de pauvreté (au seuil de 3 USD par jour, applicable aux pays les moins avancés), et le pays se classe à la 172ème position sur 198 pays sur l’indice de développement humain (IDH). La transition démographique reste un défi majeur pour le Malawi (taux de croissance de la population de près de 2,6% par an).

L’économie du Malawi est peu diversifiée, très dépendante de l’agriculture (plus de 22% du PIB et 80% des emplois). Le secteur est caractérisé par une forte dichotomie : d’une part, un petit nombre d’exploitations commerciales, générant 80% des exportations du pays (tabac et thé) ; d’autre part, une agriculture vivrière et pluviale, très peu productive. La production agricole, qui croît moins vite que la population, reste fortement vulnérable aux chocs climatiques : le pays a ainsi été fortement affecté par la sécheresse historique de 2024, phénomène qui devrait se produire de nouveau en 2026 avec le retour attendu du phénomène El Niño. L’agriculture est dominée par la production de tabac (près de 53 % des recettes d’exportations sur la période 2020-2025, particulièrement sensible aux variations des cours internationaux), de légumes secs (5%), de thé (8%) et de noix (3%). L’économie du Malawi repose également sur les secteurs de la distribution (11,3% du PIB) et de l’industrie manufacturière (11,5%). Le secteur du tourisme représenterait environ 5,4% du PIB, mais reste contraint par l’enclavement du pays et le manque d’infrastructures de qualité. 

Le développement du secteur privé reste entravé par de fortes contraintes structurelles : un climat des affaires dégradé, marqué par une intervention importante de l’État (notamment dans le secteur agricole) et une faible prévisibilité réglementaire ; des difficultés persistantes d’accès à l’électricité, aux services numériques et aux infrastructures de transport ; un système financier peu développé, largement orienté vers le financement du secteur public ; ainsi qu’un régime de change déséquilibré, caractérisé par une pénurie chronique de devises, un écart significatif entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle, qui entraîne une perte de compétitivité pour les exportateurs. Ces fragilités contribuent à maintenir un niveau d’investissement privé particulièrement faible et limitent la transformation productive de l’économie.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1 Conjoncture économique

Le Malawi continue de subir les effets cumulés de plusieurs chocs externes successifs : i) la survenue régulière d’événements climatiques extrêmes (cyclones Anna et Gombe en 2022, cyclone Freddy en 2023, et grave sécheresse en 2024) ; ii) la diminution de l’aide publique au développement. Après une année 2024 relativement atone sur le plan économique (croissance de +1,7 %, après +1,9 % en 2023), en lien avec l’importante sécheresse qui avait frappé le pays, la croissance s’est légèrement redressée en 2025 (+2,1 % selon le FMI), soutenue par les mesures publiques prises en soutien du secteur agricole, notamment par la mise en œuvre de l’Affordable Inputs Programme (AIP), ainsi que par des conditions climatiques plus favorables, qui ont permis une légère reprise de l’agriculture (+0,3 %).

Les perspectives pour 2026 demeurent toutefois incertaines, dans un contexte où les déséquilibres macroéconomiques persistants sont aggravés par les tensions internationales, notamment la crise au Moyen-Orient, qui accentue les pressions sur les prix énergétiques et alimentaires. Alors que le budget pour l’exercice 2026/27 a été construit sur l’hypothèse d’une croissance de 4,1 %, plusieurs institutions financières internationales ont récemmentrevu à la baisse leurs prévisions de croissance, désormais comprises entre 2,2 % (FMI) et 2,3 % (Banque africaine de développement et Banque mondiale). La Reserve Bank of Malawi (RBM) a de son côté abaissé ses prévisions de croissance à 2,8 % en 2026, contre 3,8 % auparavant. À moyen terme, la reprise devrait rester progressive et limitée, le FMI anticipant une croissance de 2,4 % en 2027 et 2,7 % en 2028, un rythme insuffisant pour compenser les pertes accumulées et réduire significativement les écarts de développement. Le redressement économique dépendra de la capacité du pays à renforcer ses réserves extérieures, à attirer des investissements dans les secteurs porteurs de l’agriculture, du tourisme et des mines, et à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour restaurer la stabilité macroéconomique.

Le cadre macroéconomique reste en effet fortement fragilisé par un déséquilibre structurel de la balance des paiements. Le déficit courant, qui reflète notamment la faible diversification des exportations et la forte dépendance aux importations, n’est que partiellement compensé par les entrées de capitaux, principalement sous forme de financements extérieurs des bailleurs multilatéraux et bilatéraux ainsi que par les transferts de la diaspora, tandis que les investissements directs étrangers restent très limités. Dans ce contexte, les réserves de change demeurent extrêmement faibles, à un niveau inférieur à un mois d’importations, accentuant la vulnérabilité du pays aux chocs externes. L’économie reste également confrontée à une inflation élevée, qui s’est établie à 28,4 % en 2025 et devrait atteindre 22,0 % en 2026, bien au-dessus de la fourchette cible de la Reserve Bank of Malawi (3-7 %). Si la banque centrale a abaissé son taux directeur en mars 2026 (-200 points de base), celui-ci atteint toutefois toujours un niveau particulièrement élevé (24 %). Sur le marché des changes, malgré une stabilisation officielle du kwacha autour de 1 750 MWK/USD depuis mai 2024, l’écart avec le marché parallèle demeure considérable, avec une prime de change supérieure à 140 % (taux compris entre 3 800 et 5 000 MWK/USD), révélant des tensions persistantes sur la monnaie. Le FMI recommande ainsi la mise en place d’un taux de change unifié reflétant davantage les conditions de marché, afin de réduire les distorsions, restaurer la confiance et soutenir une reprise économique durable.

2.2 Situation des finances publiques

La politique budgétaire expansionniste menée ces dernières années par le Malawi a conduit à une aggravation continue du déficit public, qui a atteint 8,4 % du PIB en moyenne entre 2020/21 et 2023/24, avant de culminer à 11,0 % du PIB en 2024/25. Les finances publiques ont notamment été affectées par les dépenses liées aux chocs climatiques, ainsi que par la réduction progressive des appuis extérieurs, et notamment le retrait des programmes de l’USAID (environ 2 % du PIB en 2024). Alors que le nouveau gouvernement a engagé un programme de réformes visant à restaurer progressivement la soutenabilité des finances publiques, affichant publiquement sa volonté de renouer les relations du pays avec le FMI, le déficit se serait réduit en 2025/26, pour atteindre 8,2 % du PIB selon la Banque mondiale (soit un niveau bien inférieur à l’objectif de 9,6 % du PIB affiché dans la loi de finances initiale pour 2025/26, et au taux de 11,9 % du PIB attendu en début d’année 2026), permettant au pays de dégager son premier excédent primaire en plus de cinq ans.

Le budget initial pour l’exercice 2026/27 prévoit un déficit budgétaire de 9,0 % du PIB, ratio qui pourrait être revu à la baisse pour prendre en compte les résultats plus favorables qu’anticipé de l’année précédente. La consolidation budgétaire prévue repose principalement sur une mobilisation accrue des recettes, notamment à travers le relèvement de la TVA de 17 % à 17,5 %, la réduction des exonérations fiscales, l’introduction de nouvelles taxes sur les revenus locatifs et les services numériques, ainsi que des ajustements de l’impôt sur le revenu. Le gouvernement a également engagé plusieurs réformes structurelles destinées à renforcer la consolidation budgétaire, notamment la réintroduction, en octobre 2025, du mécanisme automatique d’ajustement des prix des carburants (Automatic Pricing Mechanism – APM). Cette mesure a entraîné une hausse cumulée des prix de 96,2 % pour l’essence et de 80,9 % pour le diesel jusqu’en janvier 2026. Si le FMI reste prudent à ce stade, soulignant la persistance de fortes pressions budgétaires (29 % du PIB dans ses prévisions d’avril 2026) et affichant des prévisions de recettes conservatrices par rapport à celles des autorités malawites (18,6 % du PIB dans ses prévisions d’avril), le gouvernement met en avant le niveau élevé des recettes depuis le début de l’année, qui serait conforme aux prévisions du budget (+40 % en nominal par rapport à l’année précédente).

Alimentée par les déficits publics, la dette a augmenté très rapidement ces dernières années, et le pays est désormais en situation de surendettement. Fin 2025, la dette malawite atteignait 13,9 Mds USD (soit 93,2 % du PIB, contre 45,3% du PIB en 2019 et 20% du PIB en 2006), portée par la forte augmentation de la dette domestique (61 % du PIB fin 2025 contre 48 % en 2023/24). Cette hausse de la dette domestique accroît les vulnérabilités financières du pays, d’autant qu’elle est rémunérée à des taux élevés (en moyenne 20 % selon le FMI) et détenue majoritairement par les banques commerciales (42,5 %) et la banque centrale (46,8 %). Dans ce contexte, une restructuration de la dette interne est actuellement en cours de discussions, le gouvernement ayant annoncé son intention de la finaliser d’ici la fin de l’année 2026. La dette externe (4,4 Mds USD fin 2024, dernière donnée publiée par le FMI) est majoritairement détenue par les créanciers multilatéraux (3,1 Mds USD détenus par la Banque mondiale, la BAfD, le FMI, etc.), suivis par les créanciers privés (955 M USD détenus par Afrexim et TDB, dont 669 M USD d’arriérés), les créanciers bilatéraux n’en représentant qu’une minorité (362 M USD détenus par Chine, Inde, KSA et Koweït). Le gouvernement antérieur aux élections de 2020 s’était notamment endetté à des taux très élevés auprès d’Afrexim et de TBD, considérés par le FMI comme des créanciers commerciaux et donc non protégés.

Publié le