Situation économique des Maldives

Alors que les Maldives avaient enregistré une croissance dynamique au cours des dernières années (+7% en 2019), la pandémie de COVID-19 a eu un fort impact sur l’économie de l’archipel. La grande dépendance au tourisme (deux-tiers du PIB avant la crise) l’a rendue très vulnérable aux chocs externes. Le PIB du pays s’est effondré de 32% l’an dernier, fragilisant l’ensemble de la société. Par ricochet, la reprise significative de ce secteur au dernier trimestre 2020 et sur les premiers mois de 2021 permet d’entrevoir une amélioration de la situation économique cette année. La nouvelle vague de la pandémie en cours depuis fin avril conduit néanmoins à tempérer cet optimisme. 

 

Les Maldives ont le pays PIB par habitant le plus élevé d’Asie du Sud (10 627 USD en 2019 avant la pandémie) grâce au fort développement du tourisme haut de gamme. Avant l’irruption de la pandémie de COVID-19, le tourisme comptait pour les deux-tiers du PIB et 3,2 Mds USD en recettes, soit 93 % des gains issus l’export de services en 2019. Le secteur de la pêche est quant à lui à l’origine de presque la totalité des exportations domestiques de marchandises.

I – La COVID a induit une profonde récession, illustrant la vulnérabilité de l’économie du pays

La pandémie de COVID-19 a fortement affecté l’économie maldivienne, très dépendante de la vitalité du secteur touristique. Selon le Bureau des statistiques des Maldives, le PIB s’est effondré de 32 % en 2020 (contre +7 % en 2019), soit la plus importante récession de l’histoire récente des Maldives. Le PIB en 2020 est estimé à 4 Mds USD et le PIB par tête à 7459 USD (en dollars courants) selon la Banque mondiale. Le taux de pauvreté (seuil à 5,5 USD, base 2011 en PPP) a augmenté sensiblement pour atteindre 7,2 % l’an dernier (contre 2,1 % en 2019). L’inflation a été négative en 2020 du fait de la contraction de la demande, à -1,4% contre +0,2% en 2019.

En raison de la fermeture des frontières aux arrivées, du 27 mars au 14 juillet pour contenir la pandémie de COVID-19, le secteur touristique s’est effondré. Au cours de l’année 2020, 555 494 touristes sont arrivés aux Maldives (par avion), soit une chute de -67,4 % en glissement annuel (1,7 M en 2019). Ce nombre est le plus faible depuis 2005, année qui faisait suite au tsunami de 2004.

Pour soutenir l’activité, la Banque centrale a réduit le taux de réserves obligatoires de 250 pb, a augmenté ses interventions en devises pour améliorer la liquidité et a mis en place un moratoire sur le remboursement des crédits bancaires. Ainsi, malgré la récession, les crédits au secteur privé ont augmenté de +9 % en 2020, pour atteindre un encours total de 26,8 Mds MVR (1,4 Md EUR). Les crédits ont principalement été destinés au secteur du tourisme (+19% en g.a ; 40% du total). La situation du système bancaire s’est dégradé, les profits du secteur (avant impôts) ont chuté de 39%, à 1,4 Md MVR l’an dernier. Le taux des prêts non-performants a baissé à 8 % du montant total des prêts (9 % en 2019), notamment grâce au moratoire en place en 2020.

En réponse à la crise, le gouvernement a également mis en place une allocation spéciale de 5000 MVR (322 USD) destinée aux travailleurs qui avaient perdu leur emploi ou leur revenu à cause de la pandémie de COVID-19. Le financement de celle-ci a été assuré par la Banque mondiale.

II - Fragilité accrue des finances publiques

La situation budgétaire des Maldives s’est dégradée et devrait rester difficile cette année. Cette situation s’explique à la fois par la baisse du PIB et la chute des recettes publiques (-36 % en g.a), et ce malgré une baisse des dépenses de 582 M USD en 2020. Les recettes fiscales liées à l’activité touristique ont été de 1,4 Mds USD, contre 3,2 Mds USD en 2019 (soit - 56 % en g.a).  Selon le FMI, les revenus de l’Etat devraient s’élever à 26,7 % du PIB en 2021 (26,4 % en 2020). En ce qui concerne les dépenses, celles-ci pourraient atteindre 47,8 % du PIB, soit un niveau égal à 2020. Par comparaison, les dépenses publiques étaient de 33 % du PIB en 2019 d’après la MMA. Le déficit public a atteint 21,7% du PIB en 2020 selon la MMA (6,6 % en 2019). Selon la Banque mondiale et la Banque centrale (MMA), le déficit devrait rester très élevé en 2021, à 18,5 % du PIB (d’après le FMI : 21,1 %).

D’après le rapport annuel de la MMA, la dette publique a atteint 115% du PIB en 2020, contre 63 % en 2019. La dette publique totale, incluant les garanties de l’Etat, a représenté 149 % du PIB en 2020 contre 78 % l’année antérieur. La dette externe de l’Etat central a été de 43 % du PIB en 2020 contre 25 % en 2019, soit 1,6 Md USD selon la Banque centrale. D’après la Banque mondiale, la dette publique totale (incluant la dette garantie par l’Etat) a représenté 139,3 % du PIB en 2020 et devrait se réduire à 135,2 % cette année.

III – Des comptes extérieurs structurellement déficitaires, à l’exception des services

Selon les Douanes maldiviennes, les échanges commerciaux extérieurs se sont élevés à 2,1 Mds USD en 2020, en recul de 34,4 % par rapport à 2019 (3,2 Mds USD). Ils dégagent un solde déficitaire de 1,5 Md USD en 2020 (en baisse de 942 M USD par rapport à 2019). Les exportations ont chuté de 21 % à 285,7 M USD : elles sont constituées à 57 % par les exports domestiques (+3 % en g.a ; 96 % des produits de la pêche) et pour 43 % par des réexportations. Les importations ont atteint 1,8 Md USD l’an dernier, en diminution de 36 % en g.a par rapport à l’année précédente. La chute du tourisme a négativement affecté ces dernières.

La balance des services, structurellement excédentaire du fait de l’importance du secteur touristique, a vu son surplus fondre de 1,2 Md USD, atteignant ainsi 802 M USD en 2020. En revanche, le déficit des revenus primaires s’est résorbé de 275 M€ en raison d’une baisse de sorties de dividendes des investisseurs étrangers.

Le déficit de la balance des transactions courantes a continué de se dégrader, à 30 % du PIB en 2020 contre 26% en 2019 et ce malgré une baisse en valeur à 1,1 Md USD (contre 1,5 Md USD en 2019).

Le compte financier a affiché un excédent de 1,6 Md USD. En effet, les institutions financières bilatérales et multilatérales se sont mobilisées pour le pays, leurs engagements pour le soutenir depuis le début de la crise du COVID-19 se sont élevés à 520 M USD[1], incluant notamment un achat d’obligations souveraines maldiviennes à hauteur de 250 M USD par la State Bank of India, une facilité de crédit rapide (FCR) de 28,9 M USD du FMI et un prêt 47,5 M USD de la JICA. La BEI a fourni un prêt de 20 M USD à la Bank of Maldives en vue de faciliter le financement des PME locales. Les Maldives ont bénéficié de l’ISSD du G20. Cette initiative permet une suspension temporaire, entre le 1er mai et le 1er décembre 2020, du service de la dette bilatérale. Une prolongation jusqu’au 31 décembre 2021 lui a été accordée. Enfin, deux lignes de Swap ont été accordées par la Banque centrale indienne à la MMA (150 M en avril et 250 M USD en décembre)

Au final, le montant brut des réserves internationales a atteint 985 M USD en décembre 2020 (équivalant à 6,4 mois d’importation), en hausse de 30,6 % par rapport à fin 2019.

IV – La reprise du tourisme et la vaccination devraient permettre la relance de l’économie

Avant la troisième vague, un rebond significatif de l’économie était prévu pour l’année 2021. Ainsi, la Banque centrale des Maldives prévoyait une croissance de 22 % du PIB pour 2021, prévision susceptible d’être revue à la baisse en raison des fortes incertitudes qui pèsent sur l’économie du fait de la pandémie. Quant au FMI, il prévoit une croissance du PIB réel de 18,9 % en 2021 (estimation d’avril). Ainsi, le PIB devrait retrouver son niveau pré-COVID en 2022-23.

Ces prévisions se fondaient sur la forte reprise du tourisme depuis la fin de l’année 2020, aidée par la fermeture de nombreuses destinations concurrentes, ainsi que sur la rapidité de la campagne de vaccination dans le pays. Début juin, 67 % des habitants de plus de 18 ans avaient reçu la 1ère dose d’un vaccin contre le COVID-19 et 39 % les deux doses. Toutefois, la campagne de vaccination a sensiblement ralenti en raison de la baisse des livraisons de vaccins en provenance d’Inde.

A partir de l’été 2020, la réouverture du pays a permis une reprise sensible du tourisme. Alors que seules 7 636 arrivées ont été enregistrées en août 2020 (soit -94,5 % en g.a), celles-ci ont été de 96 412 en décembre (-43,7 % en g.a). 30 % des arrivées en 2020 ont eu lieu au 4ème trimestre. Le séjour moyen des visiteurs a été de 7,2 jours en 2020 contre 6,3 l’année précédente. Au cours des 4 premiers mois (jusqu’au 3 mai) de l’année 2021, 399 320 touristes sont arrivés, soit une croissance de +4,3% par rapport à la même période en 2020. Les autorités ciblent entre 1 M et 1,5 M d’arrivées pour cette année (pour mémoire en 2019, les arrivées avaient atteint le chiffre record de 1,7 million).

Néanmoins, la nouvelle vague de la pandémie en cours depuis le mois d’avril pourrait remettre en cause ces prévisions.

Au cours des prochaines années, les priorités du gouvernement, avec le soutien des bailleurs de fonds multilatéraux, de l’Inde et du Japon, s’articuleront autour des axes suivants :

  • Diversification économique, avec la modernisation du secteur de la pêche et la promotion de l’agriculture vivrière ;
  • Développement des énergies renouvelables ;
  • Amélioration de la connectivité inter-atolls ;
  • Modernisation des infrastructures portuaires et aéroportuaires dans le cadre de PPP ;
  • Programme de privatisation des entreprises d’Etat.

Le rapprochement avec l’Inde depuis l’élection du président Solih se concrétise en projets, notamment dans le domaine des infrastructures. En août 2020, les autorités indiennes ont annoncé un soutien financier de 500 M USD pour le développement du Projet de connectivité du Grand Malé. Ce dernier vise à relier la capitale Malé avec plusieurs îles périphériques (Villingili, Thilafushi and Gulhifalhu) via des ponts et chaussées d’une longueur combinée de 6,7 km. Ce paquet financier de 500 M USD se compose d’une ligne de crédit de l’EXIM Bank indienne de 400 M USD et d’un don de 100 M USD.



[1] En date du 30 septembre 2020, source : ministère des Finances maldivien

Publié le