Situation économique et financière au printemps 2026

 

La guerre en Iran provoque un choc majeur sur l’économie maldivienne, en pesant sur le tourisme et en faisant bondir la facture énergétique, ce qui devrait ramener la croissance au mieux à 1 % en 2026 et creuser le déficit courant à 17,6 % du PIB. La dégradation de la position extérieure accentue la pénurie de dollars, qui pénalise les entreprises importatrices. Si les Maldives ont réussi à éviter le défaut financier en 2026, la dette reste insoutenable et les autorités doivent multiplier les expédients pour couvrir leurs besoins de financement.

Les conséquences de la guerre en Iran accentuent les déséquilibres macroéconomiques

Les Maldives sont une des économies les plus vulnérables en Asie aux conséquences de la guerre en Iran. D’abord à cause de leur dépendance au tourisme, qui représente 30% du PIB en valeur directe et plus de la moitié avec ses retombées indirectes, ainsi que le tiers au moins des recettes budgétaires. Si la chute des arrivées aux premiers mois de la guerre s’est partiellement résorbée à partir du printemps, on enregistre entre le 1er mars et le 31 août une baisse de 10,1% des arrivées[i] en glissement annuel. La guerre affecte ensuite l’économie maldivienne par le canal énergétique, compte tenu de la dépendance presque complète de l’archipel aux hydrocarbures importés pour la production d’électricité et les transports. Selon les dernières données disponibles, entre le 1er mars et le 31 août, la facture pétrolière a augmenté de 99,4%, soit un surcoût de 333 MUSD (environ 4% du PIB).

Un fort ralentissement de la croissance est attendu en 2026. Après avoir atteint 5,4% en 2025, elle devrait se limiter à 1% cette année, selon l’estimation la plus optimiste qui repose sur l’hypothèse d’un rebond des arrivées touristiques au dernier trimestre 2026. La dégradation du secteur de la pêche[ii], avec une baisse de 49,7 % des exportations en glissement annuel, pèse aussi sur l’activité. L’inflation devrait accélérer à au moins 4 % en 2026, sous l’effet de l’inflation importée, mais devrait être contenue par la hausse massive des subventions[iii], notamment sur l’électricité. La hausse des subventions devrait creuser le déficit primaire à 10,9% du PIB et le déficit budgétaire à 13,4% en 2026. L’Etat avait affiché une consolidation budgétaire relative en 2025, permettant d’obtenir un excédent primaire de 0,4% du PIB et un déficit budgétaire réduit à 3,6% du PIB, résultant essentiellement d’artifices comptables[iv]. En plus de ces opérations hors-bilan, la baisse apparente des dépenses publiques en 2025 masquait des arriérés envers les contractants[v], qui continuent de s’accumuler en 2026. L’État cherche à accroître les recettes fiscales tirées du tourisme, notamment en taxant les marges des agences de voyages étrangères commercialisant des séjours aux Maldives, un dispositif extraterritorial dont l’entrée en vigueur a été reportée à avril 2027 sous la pression des professionnels du secteur.

Les conséquences de la guerre en Iran ont nettement dégradé la position extérieure des Maldives. Le FMI prévoit un creusement du déficit courant à 17,6% du PIB en 2026, pour 6,1% en 2025, à cause du renchérissement des importations d’hydrocarbures et de la baisse des recettes touristiques. Ce déficit, auquel s’ajoute le remboursement de plusieurs échéances de la dette extérieure, a réduit les réserves nettes à 200,6 MUSD fin août soit environ deux semaines d’importations, alors qu’elles s’étaient redressées à 409 MUSD en mars 2026. En conséquence, la capacité de la Maldives Monetary Authority (MMA) et la Bank of Maldives à approvisionner l’économie en dollars par les canaux officiels s’est réduite, alors même que la demande de devises pour les importations augmentait[vi], portant le taux de change sur le marché parallèle à 22 MVR pour 1 USD en août, soit près de 50 % au-dessus du taux officiel. Pour réduire cet écart et préserver la crédibilité de l’ancrage de la rufiyaa au dollar, les autorités ont intensifié la lutte contre le marché parallèle[vii], parvenant à stabiliser la devise locale. En parallèle la MMA a porté de 20% à 40 % la part des recettes mensuelles en devises que les complexes touristiques doivent convertir en rufiyaa auprès des banques commerciales[viii] à compter du 1er septembre, afin d’atténuer la pénurie de dollars[ix].

Le franchissement du pic d’échéances de 2026 ne rétablit pas la soutenabilité de la dette maldivienne

Les Maldives ont évité le défaut, face au pic historique d’1,6 Md USD de service de la dette extérieure en 2026. Une partie des échéances a été remboursée en prélevant sur les réserves officielles et le fonds souverain : le sukuk de 500 MUSD arrivé à échéance en avril a été remboursé intégralement et un prêt de 100 MUSD a été remboursé à Cargill Finance en mars. A cela s’ajoute le remboursement en deux tranches de 50 MUSD, en mai puis en septembre, de bons du Trésor souscrits par la State Bank of India, qui étaient comptabilisés dans la dette intérieure, bien que libellés en dollars américains. Une partie des échéances de 2026 a été reportée : les Maldives ont obtenu un report de 5 ans d’une obligation de 100 MUSD détenue par un fonds d’Abu Dhabi, des reports de dette chinoise dont les montants n’ont pas été précisés et un remplacement de la ligne de swap indienne de 400 MUSD, réglée à son échéance en mai et remplacée par une ligne de swap de 30 Mds INR (environ 319 MUSD), réduisant le soutien disponible de 81 MUSD et le rendant moins liquide car libellé en roupies indiennes.

La dette reste insoutenable. Le taux d’endettement public devrait remonter[x] à 132,2% du PIB en 2026, malgré les remboursements de dette extérieure. La baisse de moitié des réserves nettes par rapport à mars dernier, liée à ces échéances, limite encore la capacité d’absorption de nouveaux chocs sur la croissance, les taux d’intérêt ou les finances publiques.

Les difficultés de financement s’accentuent, contraignant les autorités à recourir à des solutions de court-terme. Si le service de la dette devrait baisser à 450 MUSD en 2027, le FMI identifie un besoin de financement extérieur de 632 MUSD restant à couvrir sur la période 2026-2028. Or, les options de financement sont de plus en plus limitées : les marchés financiers internationaux sont quasi-fermés, comme en témoigne la perspective, rapportée par la presse, d’un emprunt international à un taux de 14 ou 15% auprès de Cargill Finance; la mise en concurrence des bailleurs chinois et indien[xi] permet d’obtenir des reports d’échéances, mais plus des nouveaux soutiens financiers ; le système bancaire local a atteint un niveau élevé d’exposition au risque souverain, le portefeuille de titre publics des banques commerciales dépassant 36% des actifs. Le gouvernement est ainsi contraint à rechercher des solutions de financement alternatives. La Banque mondiale et la BAsD ont chacune annoncé un financement d’urgence de 50 MUSD pour couvrir les besoins d’importations d’hydrocarbures[xii]. Un accord de principe avec la Malaisie a été annoncé en septembre, pour mettre en place une ligne de swap de devises de 100 MUSD. Des représentants de Bank of Maldives ont aussi démarché des investisseurs institutionnels à Hong-Kong et à Londres en avril dernier afin d’émettre un nouveau sukuk de 300 MUSD. Enfin, une opération obligataire impliquant le Pension Office a été menée en juillet dernier.

Les Maldives misent sur un nouveau projet d’envergure pour développer l’économie. Le gouvernement a confié en septembre le développement du vaste projet de remblaiement de Ras Malé au promoteur immobilier émirati Eagle Hills. Annoncé par phases à partir de 2027, il prévoit la création d’un nouveau pôle urbain et touristique de 500 ha, comprenant notamment des logements, des infrastructures hôtelières, commerciales et de loisirs ainsi qu’une marina. Le promoteur préfinancerait 5 000 logements destinés aux Maldiviens, que l’État rachèterait ensuite grâce aux revenus générés par le projet[xiii]. Les perspectives de ce projet apparaissent plus crédibles que celles de la zone franche financière de 8,8 Mds USD qui semble aujourd’hui au point mort, notamment en raison de l’implication d’un promoteur international expérimenté. Au-delà des projections spectaculaires (12 à 20 Mds USD d’IDE, soit 1,5 à 2,6 fois le PIB des Maldives), qui restent à ce stade théoriques, l’enjeu sera de mesurer la valeur effectivement captée par l’économie maldivienne, compte tenu de sa forte dépendance aux importations et à la main-d’œuvre étrangère, susceptibles de limiter les retombées locales du projet.

 

 



[i] La désorganisation des hubs aériens du Golfe a fait chuter les arrivées de touristes européens et américains dont les dépenses sont les plus élevées en moyenne.

[ii] Selon certains observateurs, la baisse des captures résulte notamment du détournement par les pêcheurs du diesel subventionné vers la revente, au détriment de son utilisation pour la pêche.

[iii] Les dépenses de subventions ont atteint 4,2 Mds MVR au 1er octobre, dépassant de 45 % l'enveloppe budgétaire de 2,9 Mds MVR prévue pour l'ensemble de 2026.

[iv] La baisse des dépenses en capital en 2025 avait été obtenue par le transfert d’une partie des investissements vers des entreprises publiques sous forme d’injection en capital, hors-bilan.

[v] Le montant de ces arriérés n’est pas public. Ils dépasseraient 1 Md USD, auxquels s’ajouteraient 610 MUSD de retards envers la Housing Development Corporation. De nombreuses remontées d’informations d’entreprises (y compris étrangères) font état du poids de ces arriérés sur leur trésorerie.

[vi] La Bank of Maldives indique avoir vendu 653 MUSD de devises au cours des huit premiers mois de 2026, soit une moyenne de 81,6 MUSD par mois, en hausse de 33,3 % par rapport à la même période de 2025.

[vii] Le marché parallèle était jusqu’à présent, bien qu’illégal, toléré dans les faits, car il permettait de contourner le rationnement des devises au taux officiel. Depuis août dernier, la vente, la tentative de vente ou la publicité d’un cours supérieur à celui fixé par la MMA ont été érigés en infraction pénale. Les autorités ont également procédé à plusieurs arrestations médiatisées de changeurs illégaux.

[viii] Les banques commerciales sont elles-mêmes tenues de céder 90% des devises ainsi obtenues dans le cadre des conversions obligatoires à la MMA.

[ix] Depuis plusieurs semaines, les entreprises et les particuliers signalent une quasi-impossibilité de se procurer des dollars, tant sur le marché parallèle que par les canaux officiels, ce qui pénalise les entreprises importatrices.

[x] Le taux d’endettement public avait diminué de 133,3% du PIB en 2024 à 129,3% fin 2025, principalement sous l’effet de la hausse du PIB nominal, qui accroît le dénominateur du ratio.

[xi] L’Inde est le premier créancier des Maldives et détient environ 37% de sa dette extérieure et la Chine le second, avec environ 13% de sa dette extérieure.

[xii] Les 100 MUSD mobilisés par les deux prêts cumulés représentent environ un mois d’importations de pétrole.

[xiii] L’État percevrait la taxe sur les biens et services touristiques (TGST) sans exemption, ainsi que 10 % des revenus du promoteur principal et 4 % des transactions immobilières. Le ministère des Finances estime à 11 Mds USD les recettes fiscales susceptibles d’être générées au total.

 
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