Indicateurs et conjoncture

 

1. Situation macroéconomique

Maurice est une économie à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Avec un PIB par habitant de plus de 10 000 USD, Maurice a un profil socio-économique plus proche de celui d’un pays développé que de la majorité des pays subsahariens. Les indicateurs sociodémographiques révèlent ainsi un taux de fertilité de 1,4 enfant par femme et une espérance de vie de 77,5 ans en 2017. Selon la Banque mondiale, le taux brut d’enrôlement scolaire secondaire est de 97,9 % : la population est donc d’un niveau d’éducation nettement plus élevé que la moyenne du continent.

Depuis le début des années 2010, les secteurs traditionnels peinent à tirer la croissance mauricienne : la croissance a faibli par rapport à la décennie précédente. Maurice a bâti sa stratégie de croissance sur le développement des secteurs liés au sucre, au textile, au tourisme, au secteur financier off-shore et aux TIC. Toutefois, la concurrence internationale a entraîné l’essoufflement de plusieurs de ces moteurs, et plus particulièrement ceux liés aux secteurs du sucre et du textile, ce qui a induit une relative décélération de l’activité depuis 2010 : l’économie mauricienne a crû depuis le début de la décennie à un rythme moyen de 3,8 % entre 2010 et 2018 contre 4,4 % au cours des dix années précédentes. En perspective, la croissance devrait être soutenue par une politique budgétaire relativement expansionniste, dans le cadre de l’ambitieuse stratégie nationale de développement (Vision 2030) visant la diversification de l’économie, la montée en gamme des services financiers, la modernisation des infrastructures et l’élargissement de la base industrielle. Une fois la crise passée, le FMI table sur une croissance moyenne d’environ 5,5 % d’ici à 2025.

Après une croissance de 3 % en 2019, le PIB plongerait de 14,2 % en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire mondiale, soit la première récession depuis 25 ans. Le secteur du tourisme, qui représente 13 % du PIB Mauricien, est extrêmement touché par les mesures de confinement à travers le monde et la suspension des vols internationaux. De surcroît, on constate un fort ralentissement des flux de capitaux à travers des reports et annulations de projets d’investissement des Global Business Companies (GBC) domiciliées sur le territoire. L’inflation atteindrait 2,5 % en 2020, contre 0,5 % en 2019, principalement alimentée par les produits alimentaires, dont l’approvisionnement a subit des perturbations.

2. Finances publiques

Structurellement, la principale fragilité du cadre des dépenses publiques mauriciennes est l’importance des dépenses courantes, constituant entre 90 et 95 % de la dépense publique. Plus d’un quart des dépenses courantes de l’Etat seraient destiné aux traitements des fonctionnaires alors que les transferts aux entreprises publiques et les subventions représenteraient près de 5 % du PIB.

Sous le double effet d’une hausse des dépenses et d’une baisse des recettes, le déficit budgétaire se creuserait à -10,3 % du PIB en 2019/20 et - 11,7 % en 2020/21, contre - 2,2 % en 2018/19[1]. Les dépenses publiques se maintiennent à un niveau élevé en 2020 à 32,2% du PIB, contre 32 % en 2019, sous l’effet des mesures mises en place pour soutenir le secteur privé et ceux dans le besoin (Plan de soutien, programme d’aide et de soutien salarial et Fonds de solidarité). Les recettes ont été impactées par le confinement et la baisse des recettes du tourisme. Elles diminueraient à 20,5% du PIB en 2020, contre 21,7 % en 2019.

La crise alimenterait la hausse de la dette publique qui exploserait cette année. Sous l’effet cumulé de la contraction du PIB et de la hausse des dépenses (le solde primaire devient déficitaire à -7,4 % du PIB en 2019/20 et -8,8 % en 2020/21), la dette publique qui s’établissait à 66,2 % en 2019 s’établirait à 83 % en 2020 et atteindrait 86 % en 2021. En 2019, le Fonds soulignait les efforts entrepris par les autorités pour allonger les maturités, ramenant la part de l’endettement à court terme à 5,6 % du PIB en 2019. La dette externe publique, évaluée alors à 17,0 % du PIB, est entièrement concessionnelle et ne constitue qu’une faible proportion de la dette extérieure, estimée à 78,5 % du PIB. Le FMI soulignait que la dette extérieure était vulnérable à des risques liés aux taux de change (qui se sont matérialisés en 2020) et à la position extérieure du pays. Il concluait qu’elle n’était sujette qu’à un faible risque de non-soutenabilité. En mai 2020, le FMI, avec qui Maurice négociait pour un RFI de 100 MUSD, a suspendu ses négociations en raison de l’octroi de financements, par création monétaire, de la Banque de Maurice au Trésor, pour 1,5 Md USD (12 % du PIB).

3. Situation extérieure

Sous l’effet d’une chute des recettes touristiques, le déficit courant s’établirait à 13,3 % du PIB en 2020, contre 5,4 % en 2019. L’effet cumulé de la baisse du prix des hydrocarbures et de la diminution des importations ne compenserait pas celui de la diminution des recettes d’exportations de services, en particulier celles liés au tourisme qui, d’après la Banque de Maurice, s’effondrerait à 40,7 M€ en 2ème trimestre 2020 contre 308 M€ au trimestre équivalant de 2019. Le volume des exportations de biens et services diminuerait de 35,8 % en 2020.

Durant le premier semestre 2020, les flux d’IDE, qui financent historiquement le déficit courant, s’effondreraient de 45,3 % par rapport au premier semestre 2019. Les entrées nettes de capitaux vers Maurice, au premier rang desquels les IDE, représentaient 5 % du PIB en 2020 et constituent le premier poste de financement du compte courant. En 2018, le stock d’IDE avait atteint 5,3 Mds USD, soit 37,2 % du PIB. Au premier semestre 2020, les entrées nettes d’IDE s’établiraient à 152 MUSD contre 278 MUSD durant la même période de 2019.

Selon l’évaluation du FMI de 2019, la dette externe, majoritairement privée, n’était pas une source d’inquiétudes, avec un risque de surendettement considéré comme faible. Dans la mesure où les engagements externes du secteur bancaire mauricien sont couverts à 204 % par les avoirs des banques mauriciennes à l’étranger, le FMI ne prend pas en compte la dette externe du secteur bancaire qui s’élevait à 63,4 % du PIB en 2018, et évaluait uniquement le risque de surendettement lié à la dette externe publique et privée, hors secteur bancaire. Cette dernière était estimée à 15,1 % du PIB.

Les réserves de change restent stables et à un niveau très confortables. Celles-ci sont passées de 7,2 Mds USD en août 2019 à 7,3 Mds USD en août 2020, passant ainsi de 11,8 mois de couverture des importations à 13,2 mois (en particulier sous l’effet de la diminution des importations).

Les fluctuations de la roupie sont plus dépendantes des flux financiers que des flux commerciaux. De ce fait, les évolutions du taux de change sont à mettre en parallèle des évolutions des flux financiers des entreprises multinationales mauriciennes et des investissements étrangers à Maurice. L’attractivité du climat des affaires mauricien s’étant dégradé et les opportunités d’investissement moins nombreuses, le risque d’une crise de change a augmenté. A fin septembre 2020, la roupie mauricienne s’est dépréciée de 8 % face au dollar et de 13,1 % face à l’euro, par rapport au 1er janvier.

4. Secteur bancaire et environnement des affaires

La stratégie du gouvernement de développement du secteur bancaire et financier se trouve contrariée par l’inscription du pays sur la liste grise du GAFI. L’attractivité de Maurice contribue à l’installation d’importantes multinationales et institutions financières : les actifs bancaires mauriciens représentaient 110,4 % du PIB fin 2018 selon le FMI. Le secteur bancaire est cependant segmenté, avec une distinction selon les opérations domestiques et internationales. En 2018, la croissance des actifs bancaires, évaluée à 3,5 %, a été alimentée par celle des actifs domestiques (25,5 % en un an) alors que les filiales étrangères ont vu leurs actifs reculer de 3,7 %. Si l’essentiel du crédit est encore domestique, un nombre croissant de banques locales mène également des opérations à l’étranger, notamment en Afrique de l’est, ce qui accroit l’exposition du secteur bancaire mauricien domestique à l’environnement financier international. Si le secteur n’est pas considéré comme fragile, il devient donc de plus en plus exposé aux évolutions réglementaires internationales. En cas de choc extérieur, les banques qui ont une exposition à l’étranger pourraient restreindre le crédit domestique. En février, le secteur s’est trouvé menacé par l’inscription de Maurice à la liste grise du GAFI. Face à ces risques, les autorités mauriciennes se montrent volontaires. De nombreux progrès ont étés relevés, mais des manques demeurent pour l’identification des bénéficiaires des avoirs, les confiscations et les statistiques pour la supervision.

Le développement du crédit bancaire au secteur privé a ralenti au 1er trimestre 2020, le secteur bancaire reste liquide et bien capitalisé. La croissance annuelle du crédit bancaire s’est modérée, passant de 9,5 % en juin 2019 à 7 % en mars 2020 et représente ainsi 71,6 % du PIB. Le ratio d’adéquation du capital (CAR) s’établit à 18,2 % en mars 2020 et celui d’adéquation des fonds propre de catégorie 1 (CET1) à 16,4 %. De surcroît, le taux de prêt non-performant a diminué à 4,5 % contre 6,4 % en septembre 2019. Le secteur bancaire est sur-liquide, avec un liquidity coverage ratio de 237,4 %.

L’environnement des affaires à Maurice reste attractif. Il constitue un des points forts du pays, 13ème du classement Doing Business 2020 de la Banque mondiale, soit sept places de mieux qu’en 2019. Maurice maintient son premier rang africain, devant des pays comme le Rwanda ou le Maroc. Le pays est particulièrement attractif pour le paiement des taxes et impôts (5ème place), l’obtention d’un permis de construire (8ème place) et la protection des investisseurs minoritaires.

5. Contexte géopolitique et gouvernance

L’environnement politique mauricien est extrêmement stable. Les élections respectent les règles démocratiques et les alternances sont paisibles entre coalitions mouvantes sans grandes différences de programme économique. Le Parlement a désigné Pravind Jugnauth comme nouveau Premier ministre en 2017, succédant à son père A. Jugnauth, leader du parti majoritaire Lepep depuis trente ans, Premier ministre à plusieurs reprises, puis Président de la République. Après la victoire de sa coalition aux élections législatives du 7 novembre 2019, P. Jugnauth a été reconduit comme Premier ministre.

Maurice domine le classement Mo Ibrahim des pays africains en matière de gouvernance depuis sa création en 2007. Toutefois, une dégradation récente est constatée sur certains aspects, notamment sur la sécurité des personnes. La note de Maurice passe de 81,4 en 2016 à 79,5 sur 100 en 2018, mais demeure à un niveau bien supérieur à la moyenne africaine (49,9). Par ailleurs, si Maurice est l’un des pays les moins corrompus d’Afrique selon Transparency International (56ème place en 2020), plusieurs scandales ont éclaboussé la classe politique depuis 2017.

La compartimentation communautariste inscrite dans la Constitution est à la source de nombreuses tensions sur l’île. La Constitution reconnaît quatre communautés : hindoue, musulmane, sino-mauricienne et celle « formée par le reste de la population » (notamment constituée de la population créole, d’origine africaine, et de la population d’origine française). Le défaut de reconnaissance constitutionnelle de cette population fait l’objet de vives critiques.



[1] Le WEO octobre donne ces chiffres pour les années calendaires, compte tenu du déficit annoncé pour 2019 et de l’année fiscale mauricienne portant sur la période juillet/juin, nous supposons que les chiffres annoncés portent sur les années fiscales.

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