Situation économique et financière

 

Après une forte récession en 2020 (-14,5 %), l’économie mauricienne a rebondi et n’a retrouvé son niveau prépandémique qu’en 2023. Le redressement du tourisme, l’essor des projets d’infrastructures et la vigueur de la demande intérieure ont soutenu la croissance (+4,7 % en 2024, après +7,0 % en 2023). Néanmoins, le ralentissement devrait toutefois se poursuivre en 2025 (+3,0 % selon le FMI, à un rythme légèrement inférieur au niveau prépandémique), en raison d’une consolidation budgétaire, du fléchissement de l’investissement public et d’un environnement économique mondial moins favorable. Dans un contexte électoral en novembre dernier, la situation budgétaire s’est dégradée en 2024 : le déficit public a atteint -6,4 % du PIB. La dette publique est élevée (82,9 % du PIB en 2024) et exposée à des risques structurels (vieillissement démographique, vulnérabilité climatique).

1. Eléments structurels de l'économie en 2024

Après une forte récession en 2020 liée à la pandémie de covid-19, l’économie mauricienne n’a retrouvé son niveau prépandémique qu’en 2023. Si la croissance a été forte depuis la crise covid-19 (+5,7 % en moyenne par an), elle est à nuancer par l’ampleur du choc en 2020 (-14,5 %). Ce rebond s’explique en particulier par une reprise progressive de l’activité touristique, qui n’a toujours pas retrouvé son niveau prépandémique (1,382 million d’arrivées en 2024, contre 1,383 en 2019). Les recettes issues du tourisme ont représenté l’équivalent de 13,5 % du PIB en 2024. La croissance en 2024 a été nettement plus faible qu’anticipé initialement (+4,7 %, soit -1,4 point par rapport aux prévisions du FMI en octobre 2024), et ce malgré une politique budgétaire expansionniste à l’œuvre depuis 2023, permettant la poursuite des projets d’infrastructures. La demande intérieure reste néanmoins robuste, favorisée par la baisse de l’inflation et le maintien d’importants transferts sociaux.

L’inflation est en forte baisse (+3,6 % en 2024, après un pic à +10,8 % en 2022) et se situe dans la cible fixée par la Banque de Maurice (BoM) [+2,0 % ; +5,0 %], notamment grâce au ralentissement de la hausse mondiale des prix des matières premières. Elle devrait rester stable en 2025, les tensions haussières liées à la sécheresse devraient être compensées par le relèvement du taux directeur de la BoM en février 2025 (cf. infra), et par un affaiblissement de la demande extérieure.

Le policy-mix, expansionniste en 2024, devrait se rééquilibrer en 2025. En 2024, les autorités ont suivi une politique budgétaire expansionniste, dans un contexte électoral (élections législatives en novembre 2024) marqué par une hausse significative des dépenses ainsi qu’une diminution des recettes, en lien avec des baisses d’impôts sur le revenu et des réductions des droits d’accise. En conséquence, le déficit primaire s’est nettement creusé (-3,6 % du PIB, après -1,7 %). Il devrait fortement se réduire en 2025 (-0,7 % du PIB), grâce au programme de consolidation budgétaire annoncé par le nouveau gouvernement (cf. infra). Sur le plan monétaire, face au reflux de l’inflation, la BoM a d’abord, en septembre 2024, assoupli sa politique, abaissant - pour la première fois depuis 2020 - son taux directeur (-50 pdb à 4,0 %). Face à la dépréciation de la roupie mauricienne fin 2024, le BoM a de nouveau relevé son taux directeur à 4,5 % en février 2025, avant de la maintenir stable en mai.

Le système bancaire mauricien demeure solide, bien capitalisé et rentable. Le ratio de prêts non performants a diminué en 2024 (à 4,2 %, après 5,3 % en 2023). Le crédit au secteur privé a progressé de +8,3 % en 2024 par rapport à 2023, avec un ralentissement des prêts immobiliers malgré une hausse continue des prix. Le ratio de liquidité à court terme a atteint 299 %, bien au-dessus du seuil réglementaire de 100 %.

 

2. Perspectives et finances publiques

2.1. Perspectives pour 2025

L’activité devrait poursuivre son ralentissement (+3,0 % en 2025 selon le FMI), un niveau en deçà du potentiel de l’économie et du niveau prépandémique (+3,8 % en moyenne par an sur 2010-2019). Ce repli reflète une conjonction de facteurs défavorables. Sur le plan interne, les premiers effets des mesures d’assainissement budgétaire devraient commencer à peser sur la consommation des ménages ainsi que sur l’investissement public. S’ajoutent à cela des facteurs externes défavorables, notamment l’affaiblissement de la demande mondiale, la potentielle modération de l’activité touristique, ainsi que l’intensification des tensions commerciales dans le sillage de la politique tarifaire américaine - Maurice étant visée par des droits de douane de 15%, alors que les États-Unis représentaient encore 10,3 % de ses exportations en 2023. Enfin, des conditions climatiques difficiles, marquées par une sécheresse exceptionnellement forte début 2025, fragiliseraient la production agricole et accentueraient les déséquilibres de la balance commerciale. A moyen terme, la croissance devrait se maintenir à un rythme modéré (+3,0 % selon le FMI), portée par l’atténuation progressive des chocs extérieurs, le développement des services financiers – notamment via la fintech – ainsi que par de nouveaux projets dans les énergies renouvelables. Cette dynamique resterait toutefois freinée par des contraintes démographiques, notamment le vieillissement, et par la poursuite de l’assainissement budgétaire.

Sur le plan externe, le déficit courant s’est détérioré en 2024 (-6,5 % du PIB, après -5,1 % en 2023), principalement en raison de la hausse des importations de biens d’équipement et de fret, malgré la dépréciation du MUR face au USD (-6,7 % entre 2023 et 2024). Une amélioration est néanmoins attendue en 2025, avec un déficit ramené à -4,8 % selon le FMI, grâce à la baisse des cours du pétrole et à une modération des importations, dans un contexte de demande intérieure affaiblie, malgré l’impact des droits de douane américains sur les exportations de Maurice (cf. supra).

2.2. Point sur la situation budgétaire

Le déficit public s’est fortement creusé en 2024 (-6,4 % du PIB, après -4,2 % en 2023), sous l’effet de l’expansion budgétaire (cf. supra). Toutefois, celui-ci devrait fortement diminuer en 2025 (-3,4 % du PIB selon le FMI), à la faveur d’un programme d’assainissement budgétaire annoncé par le nouveau gouvernement en avril. Ce programme repose sur plusieurs leviers : (i) une mobilisation accrue des recettes (notamment via l’élargissement de l’assiette fiscale et une réforme de l’impôt sur le revenu), (ii) des réformes sectorielles ciblées (notamment dans l’immobilier et les véhicules électriques), ainsi qu’une (iii) rationalisation progressive des subventions. Il prévoit également une amélioration de l’efficacité des dépenses sociales, par un meilleur ciblage des aides en faveur des populations vulnérables, ainsi que la suppression d’avantages fiscaux jugés inefficaces. À moyen terme, le déficit public devrait continuer à se résorber, soutenu par les efforts d’assainissement budgétaire, pour atteindre -0,7 % du PIB en 2029 selon le FMI.

La dette publique mauricienne est élevée et a nettement augmenté en 2024 (82,9 % du PIB, après 76,4 % en 2023). Le FMI classe Maurice à un risque élevé de surendettement. Le service de la dette a ainsi représenté 12,7 % du PIB en 2024. À moyen terme, les perspectives démographiques – marquées par un vieillissement et une baisse de la population – constituent un défi croissant pour la soutenabilité budgétaire.

Publié le