Situation économique et financière en 2026

 

Après plusieurs années de forte croissance, l'économie mauricienne est entrée dans une phase de ralentissement. L'activité pâtit d'un environnement international moins porteur, tandis que le conflit au Moyen-Orient accentue les pressions inflationnistes et fait peser des risques sur le tourisme, principal moteur de croissance. Dans ce contexte, les autorités ont engagé une stratégie de stabilisation macroéconomique reposant sur une consolidation budgétaire et un resserrement progressif de la politique monétaire. Ces efforts interviennent toutefois alors que les finances publiques sont fragilisées : le déficit budgétaire et la dette publique restent élevés, le FMI classant Maurice en situation de risque élevé de surendettement, tandis que le déficit courant demeure important malgré un niveau de réserves de change confortable. À moyen terme, les principaux défis pesant sur la croissance sont désormais d'ordre structurel, en particulier le vieillissement démographique, la disponibilité de la main d’œuvre, la faible progression de la productivité et les importants besoins d'investissement dans les infrastructures et l'adaptation au changement climatique.

1. Le ralentissement de l'activité s'accentue dans un contexte géopolitique défavorable

L'économie mauricienne demeure résiliente mais évolue désormais dans un environnement nettement moins favorable. Après une croissance de +4,9 % en 2024, soutenue par le tourisme, la construction, les services financiers et une politique budgétaire expansionniste, l’activité a diminué à +3,2 % en 2025. Si le secteur des services a continué de soutenir la croissance, le ralentissement de la construction, conséquence du resserrement budgétaire engagé par les nouvelles autorités, issues des élections de 2025, a pesé sur l'activité. Le tourisme est toutefois resté dynamique avec un nouveau record de fréquentation (1,4 million de visiteurs, +3,9 %).

Après plusieurs années d'inflation modérée, des tensions inflationnistes se matérialisent progressivement. Après un pic à +4,5 % en glissement annuel en décembre 2025 sous l'effet des hausses de taxes indirectes et des ajustements de prix administrés, l'inflation était retombée à +2,7 % en mars 2026 avant de repartir à la hausse (+3,6 % en avril), principalement en raison du renchérissement des produits énergétiques et alimentaires lié au conflit au Moyen-Orient. Les prix des carburants ont ainsi augmenté de +10 % pour l'essence et de +21 % pour le diesel entre le début du conflit et le mois de mai. Le FMI prévoit une inflation de +6,4 % à fin 2026 avant un retour progressif dans la cible de la Banque de Maurice (BoM) [+2,0 % ; +5,0 %]. Dans ce contexte, la Banque de Maurice poursuit un resserrement graduel de sa politique monétaire. Après une première hausse de +50 points de base en février 2025, elle a relevé son taux directeur de +25 points de base en mai 2026, à 4,75 %.

Le système financier demeure globalement solide. La croissance du crédit au secteur privé s'est accélérée autour de +9 % en 2025 tandis que les prêts non performants ont reculé à 3,5 % en décembre 2025 (contre 4,1 % en juin 2025). Les banques affichent des niveaux élevés de liquidité et de capitalisation et les tests de résistance réalisés par la BoM confirment leur capacité à absorber des chocs macroéconomiques importants. Dans le dernier article IV (juin 2026), le FMI appelle néanmoins à une vigilance accrue concernant le marché immobilier, les Global Business Companies (secteur offshore), les flux financiers transfrontaliers et le développement des actifs virtuels qui pourraient accroître les risques de contagion financière et de blanchiment de capitaux. Le développement du secteur financier devrait cependant se poursuivre, avec des ambitions de se positionner comme un hub pour les investissements étrangers vers le continent africain.

À court terme, les perspectives demeurent orientées à la baisse. Le FMI anticipe une nouvelle baisse de la croissance à +2,8 % en 2026 sous l'effet du conflit au Moyen-Orient, qui devrait affecter les recettes touristiques et renchérir les coûts de l'énergie et des importations. Concernant les arrivées touristiques, l’impact s’avère cependant être plutôt limité à ce stade, celles-ci s’affichant en croissance (+1,5 % en g.a) sur la période janvier - juin 2026. Quant aux recettes touristiques, elles ont bondi de + 22,6 % en g.a sur la période janvier-avril 2026. À moyen terme, la croissance devrait progressivement se redresser autour de +3,2 %, soutenue par l'investissement privé, mais resterait contrainte par le vieillissement démographique, la faible progression de la productivité et les importants besoins d'investissement dans les infrastructures et l'adaptation climatique. En outre, le manque de main d’œuvre pourrait continuer à peser sur le dynamisme de l’économie.

2. Les autorités ont entamé des efforts de consolidation des finances publiques, mais les vulnérabilités budgétaires et extérieures demeurent importantes

Les finances publiques se sont fortement dégradées en FY2024/25, avant l'engagement d'une consolidation budgétaire par les nouvelles autorités. Après un important relâchement budgétaire, marqué par une forte progression des dépenses courantes – notamment des pensions et des transferts vers les fonds extrabudgétaires –, le déficit public s'est creusé à -10,6 % du PIB (après -6,1 % en FY2023/24). Le déficit primaire (hors dons) a atteint -6,5 % du PIB, très au-delà de l'objectif budgétaire (-1,3 %), malgré une bonne tenue des recettes.

Les autorités ont engagé un ajustement budgétaire à partir de FY2025/26. Le déficit primaire devrait être ramené à -3,5 % du PIB, grâce à une meilleure maîtrise des dépenses, reposant notamment sur la rationalisation de certains dispositifs de soutien social, la poursuite de la réforme des retraites et la mise en œuvre progressive des mesures salariales dans la fonction publique. Lors de la présentation du budget 2026/27, le Premier ministre a annoncé l’instauration d’un nouveau système de retraite à partir du 1er janvier 2027, dénommée State Age Pension (SAP). Parmi les principaux points : rétablissement de l’âge d’éligibilité à 60 ans, possibilité de partir à la retraite entre 60 et 70 ans, instauration d’une variation de la pension en fonction de l’âge de départ. Les modalités de la réforme, encore en cours de discussion, pourraient nénamoins évoluer.  L’amélioration du déficit devrait toutefois être plus limité qu'anticipé dans le budget, en raison de recettes fiscales moins dynamiques qu'attendu et de l'absence, dans le scénario retenu, des recettes exceptionnelles attendues de l'accord conclu avec le Royaume-Uni sur les îles Chagos (dont la finalisation est incertaine à court terme). Le déficit public reviendrait ainsi à -6,7 % du PIB en FY2026/27, puis à -5,4 % en FY2027/28,en baisse par rapport à 2025/26 (-7,1 %).

La dette publique demeure la principale vulnérabilité macroéconomique du pays. Elle atteignait 86 % du PIB à la fin de FY2024/25 et devrait rester comprise entre 87 % et 88 % du PIB au cours des prochaines années en l'absence de mesures supplémentaires dépassant ainsi le plafond légal d’endettement[1] fixé à 80 %, rétabli en juin 2023. La dette est majoritairement libellée en monnaie locale et détenue par des investisseurs domestiques, ce qui limite les risques de change, mais son coût de financement augmente progressivement dans un contexte de remontée des rendements obligataires et de besoins de refinancement élevés. Le FMI classe Maurice en situation de risque élevé de surendettement, en raison du poids de la dette, des passifs contingents – notamment liés aux entreprises publiques et aux fonds extrabudgétaires – ainsi que des pressions budgétaires croissantes liées au vieillissement démographique.

La position extérieure s'est également légèrement dégradée. Le déficit courant s'est creusé à -7,1 % du PIB en 2025 (après -6,6 % en 2024), principalement sous l'effet d'une baisse des exportations et du paiement exceptionnel d'impôts sur les plus-values par les Global Business Companies à l'étranger. En 2026, le déficit courant devrait encore s'élargir à -7,4 % du PIB sous l'effet de la hausse des prix du pétrole et des produits alimentaires importés, avant de se réduire progressivement autour de 3,5 % du PIB à moyen terme grâce au dynamisme du tourisme et au ralentissement des importations lié à l'ajustement budgétaire. Malgré cette détérioration, les réserves en devises demeurent confortables et atteignaient 9,6 mois d'importations en 2025 (contre 8,5 mois en 2024), offrant un important matelas de sécurité face aux chocs extérieurs.

[1] Celui-ci inclut toutefois des clauses de flexibilité permettant des dérogations en cas de circonstances exceptionnelles - catastrophe naturelle, projet d’investissement d’envergure ou ralentissement économique.

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