Indicateurs et conjoncture

  • Description de la structure de l’économie

Avec un PIB de 79,6 Mds USD en 2017 et un PIB par habitant de 1 451 USD en 2017, la Birmanie se range parmi les Pays à Revenu Intermédiaire de la Tranche inférieure, même s’il elle continue de bénéficier d’un statut de PMA (en mars dernier, la Birmanie a rempli pour la première fois le critère d’éligibilité pour une sortie de la catégorie des PMA, catégorie dont elle devrait sortir définitivement en 2024). Le secteur agricole reste encore structurant (28% du PIB et 70% de la population active) mais la part du secteur des services tend à augmenter.

La Birmanie dispose d’atouts clairs : (i) une population estimée à 54,9 millions d’habitants, relativement jeune (27,6% des birmans ont moins de 14 ans), (ii) représentant un réservoir de main-d’œuvre bon marché (bien que peu qualifiée) et un marché intérieur, (iii) un territoire vaste (2ème pays de l’ASEAN par sa superficie – 676 600 km²), (iv) doté de ressources naturelles abondantes (agricoles, minérales, gazières, hydroélectriques, solaires…) encore sous exploitées, (v) une situation géographique favorable au croisement des trois marchés dynamiques que sont l’Inde, la Chine et l’ASEAN.

 

  • Eléments d’analyse conjoncturelle

La Birmanie a entamé un parcours de rattrapage depuis 2011. Le rythme de croissance du PIB birman a rebondi à 6,8% en 2017/18, contre 5,9% en 2016/17 après avoir connu un pic à plus de 8% en 2014. Ce rebond s’explique notamment par la bonne tenue du secteur des services, la poursuite des flux d’IDE en Birmanie et le dynamisme du secteur agricole (après un net fléchissement en 2016/17). Ce rythme de croissance est toutefois généralement jugé insuffisant étant donné le stade de développement du pays. La Banque mondiale s’attend à un ralentissement de la croissance à 6,2% pour l’année 2018/19 suite notamment aux fortes inondations qu’a connues le pays cet été (120 000 déplacés) et au ralentissement des engagements d’Investissements Directs Etrangers. La comparaison interannuelle est par ailleurs compliquée cette année par le changement d’année fiscale. La nouvelle année fiscale birmane débute le 1er octobre 2018 pour s’achever le 30 septembre 2019 (précédemment 1er avril-31 mars) dans l’optique de faire coïncider le commencement de l’année fiscale avec la fin de la saison des pluies – et ainsi, faciliter théoriquement la programmation des investissements et la budgétisation des dépenses gouvernementales.

La situation macroéconomique d’ensemble, jugée saine l’année dernière s’est significativement détériorée :

  • (i) le kyat s’est déprécié de 14% par rapport au dollar de janvier à octobre 2018 en dépit de la libéralisation en août du marché des changes et des interventions limitées de la Banque Centrale. La Birmanie est particulièrement vulnérable aux chocs externes, vu son faible niveau des réserves de change (inférieur à 3 mois d’importation). Cette dépréciation soulève notamment la question de la soutenabilité de l’endettement de certains grands groupes birmans endettés en devises étrangères.
  • (ii) l’inflation devrait accélérer à près de 8,5% au cours de l’année fiscale 2018/19 selon la Banque mondiale (contre 5,6% en 2017/18). L’effet d’entraînement de la dépréciation du kyat sur l’inflation est déjà sensible en particulier sur les biens importés comme les produits pétroliers raffinés ou les produits pharmaceutiques. La monétisation partielle du déficit budgétaire par la Banque Centrale reste par ailleurs un enjeu structurel.
  • (iii) En 2017, le déficit commercial birman s’est creusé (5,4 Mds USD, +23%) : le solde extérieur birman a fortement bénéficié de la croissance des exportations (+19% en 2017) soutenue d’une part par la remontée des prix du gaz naturel, premier poste d’exportation (24% du total), et par la croissance continue du secteur de la confection qui représente désormais 20% des exportations. Les importations birmanes (+23%) sont tirées notamment par les biens de consommation (téléphones mobiles en particulier).
  • (iii) La Banque s’attend à une dégradation pour 2018/19 du déficit courant à 4,9% du PIB (contre 4,7% en 2017/18).

Le déficit budgétaire devrait rester contenu, du fait du problème d’exécution budgétaire des dépenses d’investissement. La dette extérieure est soutenable, le pays ayant bénéficié d’une annulation de dette en 2013. Les conséquences économiques directes de la crise dans le Rakhine sont encore à ce stade limitées : sanctions européennes ciblées et embargo sur les exportations d’équipements à « double usage », pouvant être utilisés à des fins tant civiles que militaires, suspension des négociations de l’accord de protection des investissements avec l’UE, report des aides budgétaires internationales, baisse du tourisme occidental et redimensionnement des projets d’investissement occidentaux. L’économie birmane reste par ailleurs particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs (fluctuation des prix des matières premières, ralentissement éventuel de la demande chinoise, catastrophe climatique).

 

  • Politique économique et mouvement des réformes engagées

Nombre d’incertitudes pèsent actuellement sur la conjoncture birmane, du fait de la difficulté de l’administration à définir et mettre en œuvre ses priorités économiques et des éventuelles répercussions internationales de la crise dans le Rakhine. L’environnement institutionnel et réglementaire reste un point de fragilité pour l’attractivité du pays : le rapport Doing Business 2018 de la Banque mondiale accorde ainsi au pays la 171ème place.

Le processus de réformes a ralenti depuis la prise de pouvoir du nouveau gouvernement en avril 2016, avec à ce stade seulement deux réformes économiques clés. Une nouvelle loi sur les investissements votée fin 2016 (Myanmar Investment Law) met théoriquement sur un pied d’égalité les investisseurs étrangers et locaux.. Le Parlement a approuvé par ailleurs le Myanmar Companies Act en novembre 2017. Cette réforme du droit des entreprises, entrée en application le 1er août 2018, permet la participation d’investisseurs étrangers au capital jusqu’à 35% sans modifier la nationalité de l’entreprise, ouvrant à la concurrence étrangère des secteurs jusqu’ici fermés (distribution, import/export, ressources naturelles, secteur financier…) ainsi que l’accès à la Bourse de Rangoun. Une réforme ambitieuse de la propriété intellectuelle est à l’examen actuel du Parlement birman avec l’espoir d’un vote d’ici la fin 2018.

En matière de finance publique, le pays doit s’attacher à améliorer rapidement le niveau de ses ressources budgétaires. Le ratio d’imposition par rapport au PIB est le moins élevé de l’ASEAN (environ 7,5% contre 3% en 2011). Le financement des besoins d’investissement est pourtant considérable dans le pays (30 Mds USD uniquement pour l’électricité à l’horizon 2030).

La grande fragilité du secteur bancaire birman inquiète les observateurs qui gardent à l’esprit la crise bancaire de 2003. Les réformes en cours prévoient un alignement progressif sur les standards internationaux en matière de normes prudentielles (objectif d’atteindre les normes de Bâle I à moyen-terme). Cependant, la publication en juillet 2017 de 4 décrets d’application de la nouvelle loi sur les Institutions Financières a révélé l’immaturité du secteur.

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