Situation économique et financière

 

La Macédoine du Nord a été durement touchée au niveau macro-financier par les crises sanitaire et énergétique. La reprise de l’activité en 2024 après une année 2023 mitigée est déjà menacée par le contexte international (fin du cycle automobile allemand, tensions commerciales), la Macédoine étant très dépendante de son secteur externe. Le déficit courant (2,3 % du PIB) est entièrement financé par des IDE affluents (7 % du PIB). Le déficit public était supérieur à 4 % du PIB en 2024. Le profil de la dette publique (62 % du PIB) est très externalisé, mais soutenable, malgré la hausse des besoins de financement (15 % du PIB).

L’activité a repris en 2024 mais reste fragile

L’activité rebondit après une année 2023 encore terne. Les crises sanitaire et énergétique ont durablement affecté l’économie macédonienne[i], dont la reprise a été plus lente et moins vigoureuse que pour ses voisins. Le pays renoue avec une trajectoire expansive en 2024 (croissance à 2,8 %, contre 1-2 % en 2023[ii]), portée par une augmentation des investissements, dont la contribution avait été négative en 2023 (- 4 points), et par la consommation publique. Ceci reflète une reprise des dépenses pour les grands projets d’infrastructure (corridors routiers et ferroviaires) mais également des hausses dans les dépenses courantes (salaires, pensions). La demande domestique reste timide malgré la croissance des salaires réels, les ménages préférant épargner (croissance des dépôts de 10 %). Le ralentissement des partenaires européens a pénalisé le secteur exportateur (contribution nette de - 2,2 points). Le FMI et la Banque mondiale envisagent une stabilisation de la croissance en 2025, autour de 2,6 %, tandis que le ministère des Finances se montre beaucoup plus optimiste (3,7 %).

L’inflation a repris depuis le T3 2024, remontant de 2,2 % en août jusqu’à 5 % en janvier et février 2025, avant de ralentir en mars (2,7 %). Le denar macédonien est ancré de facto sur l’euro (currency peg), ce qui le rend très dépendant des cours internationaux : le pic d’inflation en octobre 2022 (20 %) était le plus élevé des Balkans occidentaux (B.O). Sur l’ensemble de l’année 2024 l’inflation s’est établie en moyenne à 3,5 %, et devrait légèrement baisser en 2025 (2,8 %). La Banque centrale a entamé la normalisation de sa politique monétaire en août, abaissant quatre fois son principal taux directeur, de 6,3 % jusqu’à 5,35 % en janvier 2025. Dans le contexte inflationniste actuel (4,5 % en juin 2025 en g.a.), une réduction supplémentaire du taux directeur est peu probable.

Les déséquilibres externes persistent

La balance courante redescend en territoire négatif (-2,4 % du PIB en 2024), après l’excédent de 2023 (0,4 % du PIB). Ce retournement s’explique essentiellement par une réduction de 2,5 points de PIB dans les transferts courants (de 19,7 % du PIB à 17,2 % du PIB). Le déficit commercial pour les marchandises est resté élevé, sans s’alourdir pour autant (20 % du PIB) : les exportations de biens ont reculé de 7 % et les importations ont quasi-stagné. Parallèlement, l’excédent dans les services s’est renforcé (de 5 % du PIB à 6,8 % du PIB). Le déficit courant est entièrement financé par des IDE en net progrès (7 % du PIB contre 3,3 % du PIB en 2023). Les réserves ont augmenté à 5 Md EUR fin 2024.

L’endettement public externe est important (60 % de la dette publique). La Macédoine progresse depuis cinq ans dans le rééqulibrage de sa dette vers son marché domestique (67 % externe en 2020) mais elle continue a être très dépendante de créanciers extérieurs. Environ 60 % de sa dette externe est détenue sous forme d’euro-obligations (dernière émission de 500 M EUR en 2023) et 1/3 par des IFIs, tandis que le recours à des prêts bilatéraux s’est intensifié, notamment avec l’emprunt de 1 Md EUR à la Hongrie (1 tranche de 500 M EUR en octobre 2024 et l’autre en janvier 2025). Une moitié a servi à l’amortissement de l’Eurobond arrivant a maturité en janvier (500 M EUR). L’autre moitié a été utilisée pour soutenir l’investissement : 250 M EUR de subventions de crédit aux entreprises, et 250 M EUR d’investissements dans les municipalités. La part de la dette publique libellée en EUR est de 61 %, celle en MKD est de 33 % (le reste en DTS). Le FMI anticipe un bond dans les besoins de financement dès cette année (autour de 15 % du PIB en 2026 et 2027), alors que des échéances de remboursement approchent (Eurobonds : 700 M EUR en 2026 et 500 M EUR en 2027).

Les progrès en matière de discipline budgétaire se font attendre

La situation budgétaire reste précaire malgré un déficit moindre que prévu en 2024. Le budget 2024 a été exécuté à 96 %, pour les recettes, et 95 %, pour les dépenses. Le déficit réalisé est ainsi plus faible que prévu à 4,4 % du PIB au lieu des 4,9 % inscrits au budget révisé. Aucun effort substantiel de consolidation n’est prévu dans le budget 2025, la baisse du déficit à 4 % n’étant obtenu qu’à travers une croissance plus rapide des recettes que des dépenses. Le gouvernement issu des élections de juin 2024 ne parvient pas à tenir les règles budgétaires maastrichtiennes (déficit maximum 3 % du PIB et plafond de dette à 60 %) inscrites dans la loi organique de 2022. Leur application prévue pour 2025 a été reportée à 2027. 

La dette publique devrait augmenter autour de 64 % du PIB en 2025. La Macédoine du Nord, avec le Monténégro, sont les seuls pays de la région à ne pas réduire leur ratio de dette publique. Malgré une exposition externe, elle ne présente pas de risque de défaut selon le FMI. Pour l’instant, la demande externe et domestique pour les titres souverains macédoniens satisfait les émissions, et le pays est soutenu par les bailleurs multilatéraux. L’administration bénéficie d’une ligne de précaution et de liquidité du FMI (approuvée en 2022) de laquelle elle a retranché 147 M EUR début 2024. Toutefois, le versement de 50 M EUR par l’UE au titre de l’AMF prévu en 2024 a été repoussé.



[i] Selon le FMI (article IV, mai 2025), la production (real output) aurait perdu environ 7 % de son potentiel (en comparaison avec la tendance 2010-2019).

[ii] Les premières estimations de la croissance réelle en 2023 l’annonçaient à 1 % (Banque mondiale et FMI en automne 2024), elle a finalement été réévaluée à 2,1 % dans leurs publications de printemps, en raison d’ajustements importants dans les comptes nationaux en fin d’année.

 

 

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