Situation économique et financière

 

Depuis deux ans, l’économie macédonienne est bien orientée (croissance de 3 % en 2024 et 3,5 % en 2025). La reprise des projets d’investissement et le pouvoir d’achat retrouvé des ménages ont nourri l’activité. Son secteur exportateur, pourtant pilier du modèle macédonien, est pénalisé par une demande externe peu vigoureuse et la crise du secteur automobile allemand. Le choc énergétique est facteur de risques, sachant que les difficultés connues en 2022 ont laissé des traces durables. Bien que sans risque immédiat, la situation des finances publiques reste préoccupante.

 

La Macédoine du Nord retrouve une croissance au-dessus de son potentiel (3,5 % en 2025, après 3 % en 2024). Durement touchée par les crises sanitaire et énergétique, l’économie macédonienne a connu une reprise plus tardive que dans les pays voisins. Depuis la mi-2024, l’activité est portée par les grands chantiers d’infrastructures de transport (routier et ferroviaire dans le cadre des corridors transeuropéens 8 et 10) et énergétiques (interconnexions gazières, capacités ENR) qui mobilisent l’investissement global (+ 8 %), malgré de maigres dépenses de capital (2,7 % du PIB). En parallèle, la consommation domestique bénéficie de la hausse du pouvoir d’achat (revalorisations régulières du salaire minimum, des salaires de la fonction publique et des retraites). Sur fond de normalisation de la commande publique et de la demande des ménages, et dans le nouveau contexte de guerre au Moyen Orient, un ralentissement à 3,1 % est prévu en 2026 (FMI).  

La croissance a trouvé des relais domestiques, qui compensent la faiblesse prolongée de la demande externe. La Macédoine du Nord est une petite économie très ouverte (taux d’ouverture de 51 %) et exposée au cycle européen (l’UE absorbe ¾ de ses exportations), en particulier allemand (30-40 % des exportations), dont les difficultés ont plombé le carnet de commandes des fabricants d’équipements et composants (notamment les pots d’échappement). Malgré la hausse des exportations en 2025 (+ 2,9 % ; contre -6,5 % en 2024 et +0,3 % en 2023), en partie due à un effet d’anticipation de l’application des tarifs américains au S1, la contribution du commerce extérieur à la croissance reste négative pour la 2e année consécutive. Le choc énergétique pourrait aggraver la situation, via la demande externe et le renchérissement des coûts de production.

En dépit des mesures de contrôle des prix, l’inflation remonte à 4,1 % en 2025. Après une période de désinflation (inflation moyenne de 14,2 % en 2022 à 3,5 % en 2024), les prix ont accéléré au S1 2025 jusqu’au pic de 4,8 % en juillet. Elle est portée par l’alimentaire (5,2 % sur l’année) et les services (loisirs : 6,4 % ; restauration et hôtellerie : 7,2 %). Au printemps, un contrôle des marges distributeurs a été instauré, sans impact durable sur la dynamique des prix. En réponse à la hausse du cours du pétrole, le gouvernement a décidé de réduire temporairement la TVA sur les carburants de 18 à 10 %. L’inflation, qui avait ralenti à 2,9 % en février, est remontée à 4,9 % en mars.

Le déficit courant s’est creusé de 2,2 à 4,4 % du PIB entre 2024 et 2025. Cela est dû à une réduction des transferts nets de la diaspora, qui restent importants (de 15,9 % en 2024 à 14,3 % du PIB en 2025), tandis que le déficit commercial (env. 20 % du PIB) n’augmente que légèrement, et que l’excédent des services (env. 6 % du PIB) diminue à la marge. Les rapatriements de dividendes au compte de revenus primaires pèsent sur le déficit courant (solde de -4,8 % du PIB), sans que le ratio n’augmente en 2025. Après une année record en 2024 (env. 1 Md EUR), les entrées nettes d’IDE ont chuté (de 6,6 % à 1,5 % du PIB) : les IDE bruts ont baissé de 35 % (de 960 M EUR à 620 M EUR), tandis que les IDE macédoniens à l’étranger se sont accumulés (370 M EUR en 2025) après un désinvestissement en 2024. Parallèlement, le remboursement d’un Eurobond de 500 M EUR a entraîné des sorties de capitaux (solde des investissements de portefeuille de -4,8 % du PIB), accentuées par les achats d’obligations externes par des investisseurs macédoniens. Les autres investissements enregistrent des entrées nettes (5,3 % du PIB), notamment sous forme de crédits commerciaux (3,3 %). Le déficit courant a en partie été financé par les réserves (variation de -2,2 % du PIB).

Une situation budgétaire précaire. D’après les données préliminaires, l’objectif de déficit à 4 % du PIB inscrit dans le Budget 2025 a été tenu, mais au prix d’une réallocation à mi-parcours des dépenses d’investissement (-1,4 point de PIB par rapport au Budget) et courantes (-0,4 pt) pour financer des hausses de dépenses non-budgétées (salaires, retraites, biens et services) et une collecte décevante des recettes (-1,2 pt). Il est certes moins élevé qu’en 2024 (4,4 % du PIB). Le déficit de 3,5 % du PIB voté pour 2026 a été révisé à 4,1 % fin juin.

La dette du gouvernement central atteint 53 % du PIB en 2025 (59 % en intégrant l’ensemble du secteur public et les garanties), contre 40 % en 2019. Le profil de dette ne contient pas de risque à court terme (maturité moyenne > 5 ans). La dette globale est à 55 % externe. Entre fin 2024 et début 2025, la Macédoine du Nord a bénéficié de deux prêts hongrois de 500 M EUR chacun (soit environ 10 % de la dette publique au 31 décembre 2025). Le gouvernement a levé 1 Md EUR d’Eurobonds en janvier pour financer le déficit et assurer le remboursement de 700 M EUR d’Eurobonds en juin.

Le secteur bancaire est bien capitalisé (ratio de fonds propres CET1 à 18,4 % en 2025) et liquide (les actifs liquides représentent 22,7 % des actifs totaux ; LCR à 270% fin 2025). Les indices de profitabilité progressent, de 2 % à 2,1 % pour le ROA et de 16,1 % à 17 % pour le ROE. Le ratio de prêts non performants diminue (de 6,3 % des actifs en 2016 à 2 % en 2025). Le secteur bancaire connaît une forte expansion : les crédits au secteur non-financier ont crû de 13,5 % au T4 2025. Il est exposé au marché immobilier à hauteur de 70 % des encours du secteur privé. L’euroïsation reste forte mais diminue : 40 % des dépôts des ménages sont libellés en devises (EUR essentiellement), contre 46 % en 2024.

La Banque centrale donne des gages de stabilité. Elle assure l’ancrage du denar sur l’euro, pilier de l’environnement économique macédonien. Suivant des recommandations du FMI, elle a modifié son instrument principal de politique monétaire fin 2025, elle a relevé les seuils de réserves obligatoires (notamment sur les dépôts en EUR, afin d’encourager les dépôts de long-terme en denar), et celui des coussins contracycliques à 2 % (+0,25 pt) des expositions domestiques, et a mis en œuvre des mesures ciblées sur les emprunteurs. 

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