Indicateurs et conjoncture

En 2018 et 2019, la Macédoine du Nord avait vu son économie retrouver le chemin de la croissance (+2,9 % en 2018 et +3,2 % en 2019), essentielle pour opérer la convergence économique vers l’UE (PIB/hab. PPA de 38 % de la moyenne de l’UE 27). La pandémie a provoqué une récession de -4,5 % en 2020 ; en 2021, la croissance devrait être de +3,8 %, selon le FMI et de +4,0 en 2022. Le taux de chômage, supérieur à 20 % jusqu’en 2018, avoisine désormais 16 %, ce chiffre ne reflétant qu’imparfaitement la situation du marché de l’emploi au regard de l’économie informelle encore très prégnante (plus d’1/3 du PIB), notamment dans l’agriculture (plus de 15 % des emplois pour 8,8 % du PIB).

1/ Un pays touché par une sévère récession

La Macédoine du Nord a enregistré une récession de -4,5 % en 2020. Les dernières prévisions de croissance pour 2021 de l’ordre de +5,5 % (FMI), puis de +4,0 % en 2022, doivent être considérées avec prudence compte tenu de l’incertitude sanitaire encore présente.

En 2020, les soutiens aux entreprises pour le maintien dans l’emploi, ainsi qu’aux ménages les plus vulnérables et le remboursement partiel des frais d’inscription universitaire ont été équivalents à 2,5% du PIB. Les moratoires fiscaux et les garanties ont, pour leur part, représenté 2 % du PIB.

Le taux de chômage de l’ordre de 16,4 % a, jusqu’à ce stade, été contenu et compensé par une légère baisse du taux d’activité, d’un bas niveau à 56,4 % de la population en âge de travailler : difficultés d’insertion des jeunes au marché du travail, faible participation des femmes. A 23 % de l’ensemble des moins de 60 ans, le pourcentage de la population sous risque de pauvreté reste plus élevé que dans l’UE (17 %), mais le ratio est identique à celui de l’UE pour les plus de 60 ans.

2/ Un pays conservant son plein accès à des conditions de financement favorables

Le FMI estime que la Macédoine du Nord ne devrait pas connaitre de difficultés de financements : le déficit budgétaire (de 8,1 % en 2020) devrait être ramené à 5,6 % en 2021 ; la dette publique, qui a augmenté de 10 points de pourcentage en 2020, devrait se stabiliser autour de 60 %[1] du PIB (y inclus les garanties aux sociétés d’Etat), et la dette externe totale autour de 85 % du PIB. Le déficit courant demeure contenu à -3,5 % du PIB en 2020 (contre -3,3 % en 2019) et se résorberait à -3,2 % en 2021.

En effet, les importantes remises de l’émigration (souvent saisonnière), où se trouvent comptabilisées les pensions perçues des caisses de retraite étrangères (nombre de retraités macédoniens ont travaillé à l’étranger, y compris sous la période titiste), ont atteint 15 % du PIB en 2020, nonobstant la crise. Ces transferts[2] permettent de quasiment compenser l’important déficit commercial (marchandises) de -17,3 % en 2020 (contre -16,2 % en 2019).

La Banque Centrale dispose de réserves de change équivalant à  5 mois d’importations : elle a défendu avec succès le régime monétaire de change de facto fixe (soft peg), auquel l’ensemble du pays (toutes populations confondues) est très attaché en raison de la stabilité qu’il apporte : le denar macédonien s’est certes légèrement déprécié par rapport à l’euro, mais dans des proportions très contenues (61, 67 DNM/EUR fin 2020, contre 61,51 fin 2019). La ligne de swap de 400 M€ accordée par la BCE s’est avérée essentielle. En mars 2021, la Macédoine du Nord a pu émettre un paquet d’euro-obligations (programmé dès la loi de finances 2020) d’un montant de 700 M€ sur 7 ans à un taux d’1,625 %.

Dans ce contexte, la Macédoine du Nord, qui dispose d’une base industrielle reposant pour l’essentiel sur les  Investissements Directs Etrangers (IDE contribuant à 80 % des exportations) devrait renouer avec un flux annuel d’IDE de l’ordre d’un peu plus de 4 % du PIB (contre 1,2 % en 2020 et 3,2 % en 2019).

3/  Importance des réformes structurelles pour la dynamisation du processus de convergence
 

Fin 2020, avec un PIB/habitant égal, en parité de pouvoir d’achat, à 38 % de la moyenne de l’UE 27 (contre 35 % en 2009), le revenu/habitant en dix ans n’avait progressé que de trois points de PIB. L’économie informelle équivaut à environ un tiers du PIB.

  • Forte de 2,1 millions d’habitants, la Macédoine du Nord connait encore une émigration conséquente, mais principalement saisonnière, et enregistre un taux de fécondité de moins 1,5 : sa population devrait diminuer de 100 000 personnes d’ici 2035. Le ratio de personnes de plus de 64 ans sur la population en âge de travailler (15-64 ans), de 21 % en 2020 (contre 32 % dans l’UE 27), devrait néanmoins demeurer largement inférieur au ratio de l’UE 27 en 2040 : 33 % en Macédoine du Nord contre 47 % dans l’UE (et 46 % en Bulgarie). Mais, la question de l’intégration des jeunes au marché du travail revêt un caractère primordial, avec une réforme prioritaire du système de formation duale (apprentissage). Dans le cadre de l’AMF, une unité dédiée à l’emploi des jeunes est créée au sein de l’agence pour l’emploi macédonienne.
  • Volet majeur des conditionnalités de l’AMF de l’UE, la gouvernance des finances publiques est en voie d’amélioration : une stratégie sur la réforme du système fiscal a été adoptée en décembre 2020, sachant que  les recettes publiques demeurent inférieures à 30 %. Le projet de loi de finances organique prévoit la création d’un Conseil budgétaire indépendant dès 2021. Un registre des taxes parafiscales, tant à l’échelon central que local, a été publié. Les budgets des entreprises publiques et des municipalités sont publiés sur le site internet public ‘Open Finances’
  • Les dépenses publiques d’investissement (d’à peine 3 % du PIB en 2019), programmées sur 5 ans, doivent désormais faire l’objet d’un pilotage central plus régulier (tous les trois mois). Les dotations affectées aux investissements et non consommées peuvent désormais faire l’objet de réallocations budgétaires.
  • Le climat des affaires demeure handicapé par la prégnance de la corruption, notamment de haut niveau[3]. A la demande du FMI et de l’UE, la loi sur les PPP et les concessions fait l’objet d’une révision. Un projet de réforme du droit des faillites est en cours de préparation. Le régime des inspections d’entreprises est désormais régi par une nouvelle loi destiné à assurer davantage de transparence. Reste attendue la publication d’un registre à jour des aides d’Etat, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Stabilisation et d’Association (ASA).

[1] Dont les ¾ sont libellés en devises

[2] Qui concourent à l’euroisation de l’économie : 50 % des dépôts et des crédits sont libellés en euros, diminuant l’effet de levier de la politique monétaire

[3] Classe 111 sur 180 pays dans le classement de la corruption 2020 de transparency international.

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