Indicateurs et conjoncture

Les données présentées ici sont antérieures à avril 2020 et ne prennent pas en compte l’ensemble des mesures et impacts économiques engendrés par la pandémie de Covid-19.

La Macédoine du Nord comptait en 2019, 2,1 millions d’habitants pour un PIB nominal de 11,1 Mds EUR. Après avoir enregistré un rythme moyen de croissance de +3,3 % entre 2013 et 2016, le pays a connu une stagnation en 2017 en raison de la crise politique de 2015 à 2017. Mais dès 2018, la croissance s’est relevée à +2,7 %, pour s’établir à +3,2 % en 2019, portée par l’investissement et la consommation privée. En 2020 la croissance du PIB devrait atteindre +3,4 % selon les prévisions du FMI (avant pandémie Covid-19 et de -4,0 % selon ses prévisions d’avril 2020), avec une inflation estimée à +1,7 % et un taux de chômage en baisse à 16,9 % (contre 29 % en 2013), en dépit de la présence d’une économie informelle toujours très présente (près d’1/3 du PIB).

1/ Une accélération de la croissance, vulnérable aux chocs exogènes

  • Un redressement de la croissance

La crise politique qui a touché le pays de 2015 à 2017 a fortement pesé sur la croissance en 2017 en freinant la formation brute de capital fixe et la consommation finale des administrations publiques. Le redressement de la croissance observée depuis 2018 semble toutefois s’ancrer dans une dynamique durable[1] : elle aurait été de +3,4 % en 2020 avant la pandémie de Covid-19, après +3,2 % en 2019, et se stabiliserait à +3,5 % à moyen terme, selon les prévisions du FMI, sous des flux d’IDE ‑eux-mêmes portés par les perspectives d’adhésion à l’UE - renforçant les capacités exportatrices du pays. Le 26 mars 2020, le Conseil européen a donné son aval à l’ouverture des négociations d’accession de la Macédoine du Nord à l’Union européenne.

  • Un déficit courant modéré, un déficit commercial substantiel

En 2019, le solde de la balance courante s’est établi à -1,0 % du PIB, après -0,1 % en 2018. Le déficit commercial des biens demeure très important (-16,0 % en 2019), nonobstant une hausse significative des exportations (de 33,6 % du PIB en 2015 à 48,4 % en 2019. Ce déficit est compensé par l’excédent du solde des revenus secondaires à +16,3 %, incluant les revenus de la diaspora et les dons internationaux. La base productive demeure encore relativement étroite, malgré une réelle diversification industrielle liée aux IDE[2]. 80 % des exportations[3] sont destinées à l’UE, dont proviennent 60 % des importations.

  • Des IDE en hausse

Les flux d’IDE (3,0% du PIB en 2019) couvrent le déficit du compte courant. Les autorités ont créé des zones franches avec des exonérations d’impôts sur dix ans. Les flux d’IDE ont nettement augmenté entre 2012 et 2016, suivis d’une baisse en 2017 pour s’accroître à nouveau en 2018 (5,6 % du PIB).

  • Une dette extérieure importante

La dette extérieure équivaut à 76,0 % du PIB en 2019 (FMI), dont 1/4 de prêts intragroupe. Plus de la moitié de la dette extérieure est privée. Le niveau de l’ensemble des engagements publics n’est pas alarmant à  47,6 % du PIB en 2019 ; la maturité de la dette est passée en moyenne d’1 an en 2011 à plus de 5 ans en 2018, mais demeure courte ; sur la période 2020-2023, avec l’arrivée à maturité des Eurobonds, le besoin de refinancement équivaudra à 15% du PIB. Or près de ¾ de la dette (contre ¼ en 2008) est libellée en devises, rendant le pays sensible à toute éventuelle dépréciation de son niveau de change, risque contenu par le maintien d’un régime de change administré.

2/ Un besoin de rééquilibrage du policy mix

  • Une politique monétaire prudente, désormais plus accomodante

La Banque centrale pratique une politique monétaire accommodante : elle a, depuis 2018, réduit le taux directeur à six reprises (de 3,25% à 1,75% en mars 2020). La BC absorbe le surplus de liquidités du secteur bancaire par une politique d’open market et une facilité de dépôt à 7 jours à faible taux (0,3 %), largement utilisée par les banques qui bénéficient ainsi d’un taux effectif inférieur au taux directeur, favorable à la dynamique du crédit (crédits aux ménages +10,6 % et aux entreprises +3,2 % en glissement annuel à fin janvier 2020). L’euroïsation de l’économie reste relativement élevée, avec 41,6 % des crédits et 39,6 % des dépôts libellés en devise, ce qui a amené la Banque centrale à mettre en place une stratégie de dinarisation de son économie. Le taux des prêts non performants du secteur bancaire (5,4 % en 2019) se situe à un niveau très bas comparé à ceux des pays de la région.

  • Une consolidation budgétaire nécessaire

Si le niveau de l’ensemble des engagements publics n’est pas alarmant à  47,6 % du PIB en 2019 (39,8 % de dette publique et 7,8 % de garanties pour les entreprises publiques), il a toutefois presque doublé au cours des 10 dernières années. Le faible déficit observé en 2019 de 1,8 % du PIB a été réalisé en raison d’une sous-exécution des dépenses en capital de l’ordre d’1 pp de PIB, les recettes publiques sont très faibles (moins de 30 % du PIB), nonobstant une augmentation des droits d’accise sur les tabacs et le gazole : elles restent obérées par l’économie informelle (estimée par le FMI à 38 % du PIB), la faiblesse de la collecte fiscale (trop faiblement digitalisée) et le bas taux d’IS (10%). La Loi de Finances Initiale 2020 prévoit (avant pandémie) un déficit de -2,5% ; elle a notamment reporté à 2023 la réforme de l’IR vers plus de progressivité, et augmenté les prestations de retraites en lien, non seulement avec l’inflation, mais aussi avec l’accroissement de la masse salariale.

  • Une nécessaire amélioration de la gouvernance publique

Un certain nombre réformes doivent être mises en œuvre pour améliorer la performance de l’économie du pays et accélérer la convergence réelle (le PIB/hab. PPA se situe à 38 % de la moyenne de l’UE28), notamment la poursuite des réformes visant à améliorer la gouvernance publique (y compris des entreprises publiques (1/3 du total des arriérés publics). L’inventaire des aides d’Etat -exigé par l’accord de Stabilisation et d’Association avec l’UE, à son article 69- devrait être mis à jour. Selon la Banque Mondiale, 13 % d’économies budgétaires pourraient être dégagées en améliorant l’efficacité des dépenses publiques.

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[1] Sous réserve des effets de la pandémie.  

[2] De grands groupes internationaux se sont implantés, tels que Johnson Matthey, (chimie, UK), Draexlmaier (industrie automobile, DE), Van Hool (transport : production de bus, BE), ou le groupe pharmaceutique russe Protek.

[3] Les pays du CEFTA absorbent 11,4 % de ses exportations et 9,2 % de ses importations

 


 

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