Indicateurs et conjoncture

 

Un pays parmi les plus pauvres du monde marqué par une forte instabilité politique

Avec un PIB par habitant de 448 USD pour 2017 et 90 % de sa population vivant avec moins de 2 USD par jour, Madagascar se situe parmi les pays les plus pauvres du monde. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement classent toutes deux Madagascar parmi les Etats fragiles. Depuis l’indépendance chaque cycle de croissance économique a été neutralisé par une crise politique, comme en 1972, 1991, 2002 et 2009. Les dernières crises de 2002 et 2009 ont entraîné une paralysie du pays et une forte contraction du PIB : -12,4 % en 2002 et -4,7 % en 2009. La crise politique de 2009 s’est de sur­croît installée dans la durée jusqu’en 2013 (période dite de « transition »). L’arrivée au pouvoir d’un régime non élu et non reconnu par la communauté internationale – la Haute Autorité de Tra­n­sition – a eu pour conséquence un isolement diplomatique de la Grande île, un retrait quasi-total des bailleurs de fonds et plus généralement une déliquescence de l’Etat. Le taux de croissance annuel moyen du PIB a atteint 0,6 % entre 2009 et 2013 – un rythme insuffisant pour absorber une croissance démographique proche de 2,5 % par an.

Madagascar a retrouvé une relative stabilité politique avec l’arrivée au pouvoir en 2014 du Président Rajaonarimampianina, dont l’élection a été reconnue par la communauté internationale et a marqué un retour à l’ordre constitution­nel. Engagé dans un programme FEC du FMI depuis juillet 2016, le pays est appuyé par les bailleurs de fonds dont les engagements montent en puissance à la suite de la Conférence des Bailleurs et des Investisseurs (CBI) à Paris, en décembre 2016. Les résultats macroéconomiques obtenus dans le cadre du programme sont jugés globalement satisfaisants par le FMI. Pour autant, la situation politique malgache demeure très incertaine à l’approche d’une nouvelle élection présidentielle prévue pour fin 2018.

 

Eléments structurels de l’économie

La pauvreté de la population est une source importante de fragilité, alimentée par la récurrence des crises politiques. Madagascar se place ainsi à la 151e position internationale au classement des pays selon l’indice de développement humain. L’économie souffre d’un sous-investissement, que l’Etat tente aujourd’hui de résorber. La précarité de la gouvernance, outre qu’elle s’est traduite par l’absence de programmation en matière d’investissement public, a obéré les investissements privés. Le Plan National de Développement (PND) qui couvre la période 2015-2019, vise à briser le cycle de faible croissance, en accélérant l’investissement public et les réformes structurelles. Les dépenses d’investissement devraient ainsi doubler sur la durée du PND, passant de 5,3 % en 2016 à 10,5 % du PIB en 2019 ; ce programme serait essen­tiellement financé par les bailleurs de fonds, puisque les recettes domestiques de l’Etat sont très faibles.

 

Conjoncture économique

L’activité accélère depuis 2013 et la fin de la crise. Toutefois, en 2017, la croissance pourrait avoir marqué le pas : 4,3 % après 4,2 % en 2016. A court terme, les perspectives restent globalement positives, sous réserve que la situation politique ne se détériore pas. Selon le FMI, l’activité bénéficierait en 2018 de la croissance des investissements publics, du dynamisme des entreprises installées dans les zones franches et de l’accélération de la production agro-industrielle. La croissance devrait ainsi s’élever à 5,0 % en 2018. L’inflation, qui s’est établie à 7,8 % en 2017, portée par la hausse des prix alimentaires imputable à la sécheresse et au choc positif du prix de la vanille, devrait refluer à 6,8 % en 2018. Afin de faire face à la poussée inflationniste début 2017, la Banque centrale a procédé au resserrement de la liquidité bancaire et a relevé son taux directeur.

 

Finances publiques

Le gouvernement est contraint par un faible niveau de prélèvements, alors qu’il prévoit une hausse des investissements à terme, ce qui devrait conduire à une hausse du déficit. Celui-ci se serait légèrement creusé en 2017 : 3,5 % du PIB après 3,2 % en 2016. Le gouvernement dispose de capacités financières faibles et l’un des enjeux du programme du FMI est d’augmenter les recettes fiscales (cible de 12% du PIB en 2019 contre 11,6 % en 2017). Sur le volet des dépenses, l’Etat, qui a progressivement apuré de nombreux arriérés, ne parvient pas à réduire les dépenses courantes, qui seraient passées de 10,8 % à 12,2 % du PIB entre 2016 et 2017. De leur côté, les dépenses d’investissement auraient atteint 6,3 % du PIB – contre 8,3 % prévu dans le budget – après 5,2 % en 2016.

 

Endettement

La dette publique n’a pas augmenté de manière significative durant la période de transition et la hausse actuelle est alimentée par des prêts concessionnels. Le risque de surendettement est modéré selon le FMI. La dette publique est passée de 32,7 % du PIB en 2007 à 38,4 % en 2016. La dette domestique représentait 11,7 % du PIB en 2016 et la dette externe 26,7 %. Depuis 2014, le pays est soutenu par les bailleurs et emprunte à des taux concessionnels, ce qui devrait conduire à une hausse progressive de la dette externe attendue à 29,6 % du PIB en 2017.

 

Balance des paiements

Sur le plan externe, le déficit commercial malgache, structurel, est une source de vulnérabilité ; en 2017, il se serait nettement aggravé, passant de 6,7 % du PIB en 2016 à 12,3 % du PIB. Aucune amélioration n’est prévue en 2018. D’après les estimations du FMI, les importations ont progressé en 2017, passant de 28,1 % du PIB en 2016 à 34,6 % du PIB en 2017, alimentées par le programme d’investissement public et les importations alimentaires dues au cyclone Enawo. Par ailleurs, les contraintes structurelles – climat des affaires difficile, infrastructures limitées – ont continué à brider la capacité du pays à exporter en 2017, bien que le maintien du prix élevé de la vanille ait permis une légère augmentation des exportations, passées de 21,4 % en 2016 à 22,3 % du PIB en 2017. Ainsi, le déficit commercial a quasiment doublé en 2017 pour s’établir à 12,3 % du PIB. Conséquence de cette détérioration, le solde courant entrerait en territoire négatif en 2017, avec -4,3 % du PIB contre un excédent de 0,7 % en 2016.

Malgré l’aggravation du déficit courant en 2017, le niveau des réserves s’est maintenu, s’établissant à 3,7 mois d’importations fin 2017 contre 3,9 fin 2016, grâce à plusieurs facteurs conjoncturels. Les réserves ont en effet été alimentées par le déblocage de la deuxième tranche du programme d’accompagnement du FMI, les prêts de la Deutsche Bank ainsi que par les achats de la Banque centrale sur le marché interbancaire de devises. Ces achats sont intervenus en réponse à l’assèchement des liquidités des banques, conséquence du choc positif sur les prix de la vanille observé depuis 2015, qui a entraîné un accroissement des dollars en circulation, monnaie utilisée par les acheteurs pour régler les petits producteurs. Fin  2017, le niveau des réserves s’élevait à 1,4 Md USD soit 3,7 mois d’importations contre 1,2 Mds USD soit 3,9 mois d’importations fin 2016.

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