Indicateurs et conjoncture

 

Perspectives macroéconomiques à Madagascar en 2020

La crise du Covid 19 a eu des impacts fortement négatifs sur l’économie malgache en 2020. Le FMI table sur une récession de 1% contre une croissance de 5,5% en LFI. Les impacts de la crise se font fortement ressentir sur le niveau d’activité des entreprises et de l’emploi, y compris dans le secteur informel.
 Une économie en récession et un creusement du déficit budgétaire attendus en 2020

La croissance devrait être durement touchée en 2020 : le FMI table sur un scénario de récession de 1% (contre une prévision initiale d’une croissance de 5,5% en LFI). Néanmoins, le gouvernement a conservé une hypothèse de croissance dans la loi de finances rectificative approuvée par le Parlement le 2 juillet (+0,8%), rendue caduque depuis la mise en œuvre d’un deuxième confinement début juillet.

L’inflation devrait rester élevée (de l’ordre de 7,2%), en raison de tensions sur les prix à l’importation et des difficultés d’acheminement des biens à l’intérieur du pays (confinement des régions).

Les factures d’eau et d’électricité de la compagnie publique Jirama n’ont pas connu de modification en 2020, comme en 2019. Dans le cadre de la réponse à la crise du Covid 19, le gouvernement s’est limité à la possibilité de report du paiement des factures d'eau et électricité de la JIRAMA pour les mois de mars à juin 2020, via le rééchelonnement du paiement sur 5 à 10 mensualités.

La baisse du prix des hydrocarbures a été différée en raison des contrats à terme passés par les compagnies pétrolières et la consommation baisserait de 20 à 40% en raison du confinement. Pour l’instant, la baisse du cours international du baril n’a pas été répercutée sur le prix à la pompe, permettant au gouvernement d’éponger une partie de ses arriérés envers les distributeurs de carburants. La reprise des cours devrait se faire ressentir à partir de septembre sur les prix d’achat, mais il n’est pas encore envisagé de hausse des prix à la pompe.

En 2019, le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) avait augmenté de 168 k MGA à 200 k MGA (de 42 à 50 EUR[2]) soit une hausse de 19% par rapport à 2018. Aucune augmentation du SMIG n’a pour le moment été programmée pour l’année 2020.

La loi de finances rectificative adoptée par le Parlement le 2 juillet est caractérisée par le creusement du déficit budgétaire à 6,3% du PIB, contre 2,8% en LFI. Ce creusement s’explique par le double effet d’une baisse des recettes fiscales et douanières (le taux de pression fiscale baissera de 11,5% du PIB à 8,9%) et de l’engagement de dépenses imprévues.

L’analyse de soutenabilité de la dette du FMI de juillet 2020, qui inclut en scénario Covid, élève le pays en risque « modéré » (il était faible en mars 2020) pour la dette externe et demeure « modéré » pour la dette publique.

 

Un maintien des équilibres externes, mais un commerce extérieur en grande difficulté   

Le FMI table sur un creusement du déficit de la balance courante qui devrait être compensé par l’excédent de la balance financière (afflux des financements internationaux), permettant de dégager un excédent de la balance des paiements et un accroissement des réserves des devises, à hauteur de 4,8 mois de couverture des importations fin 2020, contre 4,2 mois fin 2019.

La devise locale s’est fortement dépréciée depuis le début de l’année, entrainant une baisse du pouvoir d’achat de Madagascar. L’ariary n’avait perdu que 0,7% face à l’euro entre le 2 janvier et le 19 mars (date du début du confinement). Cette tendance s’est accélérée depuis le début de la crise à travers une dépréciation de 8,9% face à l’euro entre le 19 mars et le 30 juillet, passant de 1€ = 4089 MGA à 1€ = 4551 MGA.

La crise a un impact négatif sur le commerce extérieur qui a fortement diminué en raison du ralentissement des échanges avec l’extérieur. On observe une forte diminution des exportations en 2020 notamment les produits miniers  – Ambatovy, plus grand projet minier du pays est suspendu depuis avril –, la vanille et les produits de l’industrie textile. La suspension des activités touristiques a également fortement ralenti les rentrées de devises. Les importations ont fortement diminué en raison de la forte contraction de la demande aux impacts plus élevés dans le cadre d’une balance commerciale structurellement déficitaire.

 

Un niveau d’activité en forte baisse dans le secteur privé

Les fédérations professionnelles confirment l’impact sur le niveau d’activité, l’emploi et le chiffres d’affaires pour l’ensemble des secteurs économiques et traduisent les fortes attentes vis-à-vis du gouvernement en matière de soutien au secteur privé, qui ne sont que partiellement satisfaites dans le plan de soutien annoncé par le gouvernement, le Plan multisectoriel d’urgence (PMU). L’ensemble du secteur privé craint une crise sociale liée à la mise en place progressive du chômage technique : le confinement a de nouveau été appliqué dans la capitale début juillet alors que la demande externe avait redémarré.

  Le 6 juillet, le gouvernement a dévoilé le Plan Multisectoriel d’Urgence (PMDU) d’un montant total de 722 M€ visant à lutter contre la pandémie du Covid 19 et relancer l’économie. Celui-ci tourne autour de trois axes: (i) l’amélioration de la gouvernance de la lutte contre la pandémie (7 M€) (ii) le renforcement des mesures de protection sociale (247 M€) et (iii) le soutien à la relance économique (468 M€) dont un Programme d’infrastructures pour la résilience (254 M€) et des mesures transversales d’appui au secteur privé (soutien au capital humain, accès des TPE/PME/PMI aux financements) pour 177 M€. Le financement proviendra des ressources propres de l’Etat (387 M€), des appuis existants des partenaires techniques et financiers (111 M€), tandis que 224 M€ restent à identifie.

 

[1] Une hausse des factures d’eau et électricité a été constatée durant le mois de mai par une partie des consommateurs. Celle-ci correspondait à des malversations de la part d’une partie du personnel, qui ont été licenciés suite à des investigations, et donneront lieu à des remboursements de la part de la Jirama.

[2] Suivant le décret n°2019-927 du 3 mai 2019 fixant salaire minimum d’embauche mensuel. http://www.cnaps.mg/FR/actus_cnaps.php?id_actu=3306

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