Situation économique et financière de Madagascar en 2026

 

L'économie malgache a nettement ralenti en 2025 sous l'effet de l'instabilité politique, des aléas climatiques et d'un environnement international moins favorable. Un léger rebond est attendu en 2026 grâce à la reprise des investissements et aux travaux de reconstruction après les cyclones de janvier et février 2026, mais les perspectives demeurent contraintes par des fragilités structurelles persistantes. Si les grands équilibres macroéconomiques restent globalement préservés grâce au soutien des partenaires techniques et financiers, la faiblesse des recettes fiscales, les difficultés de gouvernance, la lenteur de mise en œuvre des réformes et les risques budgétaires liés à l’opérateur d’eau et électricité JIRAMA, continuent de limiter les marges de manœuvre des autorités. La suspension attendue du programme appuyé par le FMI, en raison du non-rétablissement du mécanisme automatique d'ajustement des prix des carburants, condition préalable à l'approbation des 3e et 4e revues du programme FEC, illustre les difficultés persistantes des autorités à mettre en œuvre les réformes convenues .

 

1. Le ralentissement de l'activité devrait laisser place à une reprise progressive, dans un contexte toujours fragile

La conjoncture s'est nettement dégradée en 2025, principalement sous l'effet des troubles politiques, des chocs climatiques et de la faiblesse persistante de certains secteurs exportateurs. La croissance a ainsi atteint +3,1 % (après +4,3 % en 2024), pénalisée par les troubles sociaux de septembre 2025, la destitution subséquente du président Rajoelina et son remplacement par un Conseil Présidentiel de la Refondation de la République, qui ont entraîné un recul des arrivées touristiques, un ralentissement des investissements publics et privés, situation aggravée par les contre-performances de l'agriculture affectée par la sécheresse, et de la filière du nickel, confrontée à la faiblesse persistante des cours internationaux. Ces difficultés ont été partiellement compensées par la bonne tenue des télécommunications, de la construction et l’activité générée  par l'organisation de plusieurs événements internationaux, notamment le Sommet de la Commission de l'océan Indien.

En 2026, la croissance devrait rebondir à +3,8 %, portée par les travaux de reconstruction engagés après les cyclones Gezani et Fytia (janvier et février 2026), qui ont touché plus de 600 000 personnes et provoqué des dommages estimés à près de 11 % du PIB, ainsi que par la reprise progressive des investissements suspendus en 2025. À moyen terme, la croissance pourrait progressivement retrouver un rythme proche de 5 %, soutenue par les investissements privés, la modernisation de l'agriculture et les projets d'infrastructures. Ce rythme resterait toutefois insuffisant pour réduire durablement la pauvreté compte tenu d'une croissance démographique supérieure à 2,5 % par an.

L'inflation demeure élevée. Après avoir diminué à +7,2 % en glissement annuel fin 2025 grâce au resserrement monétaire et à la modération des prix alimentaires, elle est repartie à la hausse au début de 2026 (+7,9 % en avril) sous l'effet des conséquences des cyclones sur les prix des denrées alimentaires et des matériaux de construction. Le conflit au Moyen-Orient constitue désormais le principal risque inflationniste à court terme en raison du renchérissement des prix de l'énergie et des importations. Dans ce contexte, la Banque centrale maintient une politique monétaire prudente, avec un taux directeur inchangé à 12 % depuis mai 2025.

Le secteur bancaire demeure globalement solide, liquide et bien capitalisé. Les établissements restent rentables et continuent de respecter les exigences prudentielles, même si les créances douteuses ont légèrement augmenté (9,5 % fin 2025 contre 9,0 % un an plus tôt). Les banques soulignent toutefois une baisse de la demande de crédit des entreprises, davantage liée à l'attentisme des investisseurs qu'à des contraintes d'offre de financement.

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2. Les équilibres macroéconomiques restent préservés, mais les fragilités budgétaires demeurent importantes

Les finances publiques se sont améliorées en 2025, mais cette évolution repose principalement sur une forte compression des dépenses plutôt que sur un renforcement durable des recettes. Le déficit primaire a été limité à 1,4 % du PIB en 2025 grâce à un net resserement des dépenses en fin d'exercice. Cette amélioration résulte toutefois davantage du report de nombreux projets d'investissement et d'une stricte régulation budgétaire que d'un renforcement durable des finances publiques. Les recettes fiscales sont restées nettement inférieures aux objectifs (9,8 % du PIB contre 10,7 % attendus), en raison du report de plusieurs mesures fiscales, des difficultés persistantes de l'administration douanière, des retards dans le déploiement du système intégré d'administration fiscale (SAFI) et d'une activité économique moins dynamique qu'anticipé.

En 2026, les principaux enjeux demeurent la mobilisation des recettes intérieures et l'amélioration de la qualité de la dépense publique. Les autorités ont temporairement suspendu le mécanisme automatique d'ajustement des prix des carburants afin de limiter les effets de la flambée des cours du pétrole sur les ménages. Cette décision accroît toutefois le coût budgétaire des subventions implicites aux carburants. La restructuration de l’opérateur d’électricité et de l’eau JIRAMA demeure également une priorité, les transferts budgétaires à l'entreprise continuant de peser lourdement sur les finances publiques.

La dette publique demeure soutenable malgré une marge de manœuvre limitée. Elle est estimée à 47,7 % du PIB fin 2025, un niveau inférieur aux anticipations grâce à un déficit budgétaire plus faible que prévu et à l'appréciation de l'ariary, qui a réduit mécaniquement le poids de la dette extérieure. Celle-ci représente environ 76 % de l'encours total et reste principalement concessionnelle et détenue par des créanciers multilatéraux. À moyen terme, le ratio de dette devrait se stabiliser légèrement en dessous de 50 % du PIB, mais demeure vulnérable à une nouvelle hausse durable des prix du pétrole, à la multiplication des chocs climatiques ou à un ralentissement prolongé de la croissance. Les entreprises publiques, en particulier la JIRAMA, continuent par ailleurs de constituer la principale source de risque budgétaire.

La position extérieure demeure globalement résiliente mais devrait se dégrader temporairement en 2026. Le déficit courant s'est établi à 6,0 % du PIB en 2025, principalement sous l'effet du recul des exportations de nickel et de vanille. Les réserves internationales ont toutefois continué de progresser pour atteindre 6,9 mois d'importations, soutenues par les importants décaissements des partenaires techniques et financiers. Après une appréciation marquée de l'ariary au premier trimestre 2026, la devise fait désormais face à des pressions liées au renchérissement des importations énergétiques. Le déficit courant devrait ainsi se creuser à 8,5 % du PIB en 2026, sous l'effet combiné de la hausse des prix du pétrole, des importations nécessaires à la reconstruction après les cyclones, du redémarrage des investissements publics et des perturbations temporaires des exportations minières.

 

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