Finances publiques

La Loi de finances rectificative de 2026

 

La loi de finances rectificative promulguée le 16 juillet, s’aligne sur les prévisions du FMI et prévoit un ralentissement de la croissance du PIB à 3,8 %, affectant les principaux secteurs (agricole, minier, hôtellerie et restauration), par ailleurs elle fait état d’une  accentuation des pressions inflationnistes (+8,1 %). Les autorités prévoient un léger creusement du déficit budgétaire (-4,8 % du PIB), qui s’expliquerait surtout par une hausse importante des dépenses (+9,8 %), tandis que le taux de pression fiscale baisserait de 0,2 point de PIB, demeurant à un niveau très faible  (11,0 % du PIB ). La LFR 2026 prévoit des recettes fiscales supplémentaires de +106,5 M€, grâce notamment au renforcement des contrôles et du recouvrement, l’augmentation des droits de visas de séjour, ainsi qu’à la retaxation de certains produits (pétrole lampant, riz de luxe et véhicules hybrides). Les dépenses de fonctionnement augmenteraient de +26,7 %, sous l’effet notamment de la hausse notable des transferts et subventions au niveau du ministère de l’énergie et des hydrocarbures dans un contexte d’étiage (+118 M€), tandis que les investissements publics sont révisés à la baisse (-6,1 %). La faiblesse du taux d’exécution budgétaire, les incertitudes sur la mobilisation des emprunts extérieurs, dont le cinquième devraient provenir des pays émergents (principalement la Chine), demeurent des points de vigilance. De même l’aboutissement des discussions en cours avec le FMI sur la conclusion des 3ème et 4ème revues des programmes FEC et FRD, voire le maintien de ces programmes, est à ce stade incertain.

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1. Un ralentissement notable de la croissance du PIB par rapport à la LFI (+3,8 % contre +4,8 %) et une hausse de l’inflation prévu en 2026 (+8,1 %)

La loi de finances initiale (LFR) pour 2026, a été promulguée le 16 juillet 2026 par le Président de la Refondation de la République, le Colonel M. Randrianirina. Elle a été votée par l’Assemblée nationale le 22 juin avec quelques amendements tels que la suppression des droits de visas des croisières, la suppression de la TVA sur la vente de viandes, ou l’exonération douanière de produits de santé publique liés à la lutte antipaludique (moustiquaires imprégnés…).

La LFR prévoit une croissance du PIB de +3,8 %, soit une importante révision à la baisse de -1 point par rapport à la LFI 2026,  qui s’aligne sur la  dernière projection du FMI pour 2026 (+3,8 %). L’évolution du PIB devrait être principalement soutenue par le secteur tertiaire dont la croissance devrait légèrement ralentir (+5,7 % contre 6,1 % en LFI). Ce ralentissement s’explique notamment par la forte révision à la baisse des performance du secteur de l’hôtellerie et restauration dont la croissance passerait de +15 % à +6,1 %. Lesecteur primaire fait également l’objet d’ une révision à la baisse estimée à +4,0 % contre +6,4 % en LFI. Cette évolution s’explique principalement par le ralentissement attendu du secteur agricole dont la croissance passerait de +7,4% à +4,1 %. La croissance du secteur secondaire serait également revue à la baisse à+1,9 % contre +3,3 % prévus en LFI, en raison des  mauvaises performances du secteur minier (+0,6 % contre +5 %).

L’inflation est révisée à la hausse à 8,1 % en 2026 (contre 7,1 % en LFI 2026). Cette révision s’inscrit dans un contexte marqué par une hausse attendue des prix internationaux des carburants, sur fond d’incertitudes persistantes liées au conflit au Moyen-Orient.

Le gouvernement prévoit sur une dégradation du déficit courant à -5,3 % du PIB contre -3,7 % en LFI. Cette détérioration devrait toutefois être compensée par un maintien d’un l’excédent de la balance financière, permettant ainsi de préserver l’équilibre de r la balance des paiements. Les réserves de change devraient ser envforcer pour couvrir 6,5 mois d’importations en fin 2026 contre 5,7 mois prévus dans la LFI. 

2. Un creusement du déficit budgétaire de 4,8% du PIB, quasi exclusivement financé par l’extérieur

La LFR 2026 est caractérisée par un creusement du déficité budgétaire de - 0,6 point par rapport à la LFI, portant celui-ci à -4,8 % du PIB. Ces projections s’alignent avec celles du FMI pour 2026 (-4,8 % du PIB). Le financement de ce déficit reposerait quasi exclusivement sur des ressources extérieures, à hauteur de 92 %, soit 891 M€, (dont les divers prêts projet/programmes, moins les amortissements). Les 3ème et 4ème revues des programmes du FMI relatifs à la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), n’ayant pas été conclues et soumises au conseil d’administration du Fonds comme initialement prévu le 17 juillet dernier, en raison, principalement, de la suspension du dispositif d’ajustement automatique des prix à la pompe, le gouvernement n’a pas inscrit de décaissement à ce titre en LFR. Seuls 8 % seront financés au niveau interne soit 75 M€, sous forme d’émission de bons du Trésor.

La dette publique malgache rapportée au PIB devrait être légèrement révisée à la baisse de -0,6 pt à 35,6 % du PIB par rapport à la LFI (36,2 %). Elle reste majoritairement externe (28,6 % du PIB) et cette tendance s’accentue par rapport à 2025 (+1,3 pt). Les dernières projections du FMI évaluent la dette publique à 49,3 % du PIB (révisée à la baisse par rapport à la LFI à 50,9 %), car elles intègrent les chiffres des entités parapubliques et non seulement la dette du gouvernement central.

3. Une légère hausse des recettes budgétaires prévue en LFR 2026 (+1,6%), et un taux de pression fiscale déjà faible révisé à la baisse de 11,2 % à 11 % du PIB

Les autorités tablent sur une légère hausse des recettes globales par rapport à la LFI 2026 (+1,6 %), passant de 2,82 Md € à 2,87 Mds €. Elles seraient à 81,0 % composées de recettes fiscales (2,33 Md €), en légère hausse de +1,7 %. Le FMI table sur des projections de 2,53 Md € de recettes fiscales pour 2026 (soit seulement 88 % de taux de réalisation sur les 2,87 Md € prévus). Les dons projet baisseraient très légèrement (476 M€ pour 16,6 % du total), les recettes non fiscales augmenteraient (68 M€ ; 2,4 %) et les dons courants restent stables (2,3 M€ ; 0,1 %).

Rapporté au PIB, le taux de pression fiscale, déjà faible est en baisse, et devrait s’établir à 11,0 % du PIB, contre 11,2 % en LFI. Cette prévision s’aligne sur celle du FMI. La principale ressource demeure les recettes fiscales intérieures, qui atteindraient 1,27 Md €, stables par rapport à la LFI (taux de recouvrement peu élevé de 42,9 % à fin juin 2026 selon le FMI). Les recettes douanières connaitraient une hausse de 3,7% avec 1,06 Md €. Toutefois, selon le FMI, le taux de recouvrement des recettes douanières était faible à fin juin 2026 (40,5%), ce qui rend cette prévision de hausse peu réaliste.

4. Une hausse importante des dépenses (+9,8 %) en 2026 à 4,20 Md € (17,9 % du PIB), dans un contexte de faible exécution budgétaire

Les dépenses sont à 54,8 % des dépenses de fonctionnement (2,30 Md €) et connaissent une forte hausse de 26,7 % en LFR. Ces dépenses correspondent à la solde du personnel, aux indemnités, à l’achat de biens et services, aux opérations d’ordre, aux transferts et subventions.

47,4 % des dépenses sont destinées aux investissements publics (1,70 Md €) révisées à la baisse de -6,1 % en LFR par rapport à la LFI 2026. Les dernières projections du FMI de taux d’exécution budgétaire global  pour 2026 n’étant  que de 32,2 % à fin juin 2026, l’effectivité de la hausse des dépenses globales est peu probable. Par ailleurs les dépenses d’investissement sur financement externe observent de manière récurrente d’un faible taux d’exécution budgétaire. Le service de la dette demeure relativement limité à 4,8 % des dépenses, soit 200 M€.

Par secteur, on observe une concentration toujours plus forte des dépenses au niveau du ministère de l’économie et des finances (34,6 % contre 30,2 % en LFI 2026, 1,45 Md € ; forte hausse de 26,0 %).

Globalement les ministères sociaux (éducation, santé) concentrent 15,3 % des dépenses mais leurs moyens diminuent : le ministère de l’éducation nationale observe une baisse de -1,3 % pour 465 M€ (2ème position, 11,3 % du total), tandis que la santé publique connaît une légère diminution de -0,2 % (6ème ; 177 M€ ; 4,2 %).

Les budgets des ministères productifs connaissent des fluctuations variables. En troisième position, le ministère de l’énergie et des hydrocarbures obtient 436 M€ (11,1 % du total), avec un budget qui augmente légèrement (+4,6 %), devant le ministère des travaux publics (4ème, 432 M€ ; 10,3 % du total; forte hausse de +21,2 %). Viennent ensuite l’agriculture et la souveraineté alimentaire (5ème ; 187 M€, 4,5 % ; -3,9 %) et l’eau et l’assainissement (9ème ; 90 M€ ; 2,1 % ; -6,9 %).

Les budgets sécuritaires sont importants sous le gouvernement de la Refondation, concentrant 7,3 % des dépenses: les forces armées (136 M €, 3,2 % ; +8,4 %), la gendarmerie (117 M€, 2,8% ; +12,7 %) et la sécurité publique (54 M€, 1,3 % ; -4,4 %).

 
5. Des prévisions de mobilisations de recettes fiscales supplémentaires de +106,5 M€, concentrées sur des mesures législatives de retaxation à la TVA de plusieurs produits

Les prévisions de mobilisations additionnelles de recettes fiscales en LFR sont en hausse par rapport à la LFI, atteignant +106,5 M€ (+527 Md MGA), contre une prévision de +53,9 M€ (+266,6 Md MGA) en LFI.

La principale mesure législative du gouvernement est la retaxation à la TVA à 20 % des produits, autrefois inclus parmi les dépenses fiscales pour un montant total de 16 M€, notamment les Fondations reconnues d’utilité publique (FRUP ; +7,1 M €), le pétrole lampant (+7 M €), le riz de luxe (+1,1 M €) et les véhicules hybrides (+768 k€). Vient ensuite la mise en place d’un droit d’accises sur les friperies (+4 M€).

Le gouvernement a par ailleurs décidé de mettre en place des mesures administratives pour un gain attendu de +79,1 M€ à travers:

  • la révision à la hausse des objectifs de contrôles fiscaux de +6,1 M € à +30,3 M€ ;
  • le recouvrement des restes à recouvrer en arriérés fiscaux (de +8,1 à +20,2 M€)  ;
  • le suivi des restes à recouvrer liés à la Jirama (+18,2 M€) ;
  • le renforcement du suivi de l’Impôt sur le revenu des marchés (IRM) pour +10,4 M€ ;
  • la révision des droits de visa de séjour (de +2 à +13M€) ;

Un manque à gagner de 5,9 M€ devrait toutefois être observé suite à l’exonération à la TVA sur la vente de viandes (-3,2 M €), l’exonération du droit de visa pour les passagers des bateaux de croisière (-2 M €), la détaxation des insecticides sous forme de spirale ou mosquitos (TVA ; -162 k €) et des fongicides et herbicides (TVA ; -505 k €).

6. Un plan d’emprunt extérieur moins ambitieux, dans un contexte de diminution de l’aide publique au développement

La LFR 2026 présente les orientations du plan d’emprunt extérieur. Les autorités prévoient de mobiliser 2,58 Md € d’emprunts extérieurs, soit une forte révision à la baisse de 25,9%  par rapport au montant de 3,48 Md € prévu dans la LFI. Deux tiers de ces emprunts (66,8 %) seraient d’origine concessionnelle (composée à parts égales de dette multilatérale et bilatérale).

Parmi les partenaires traditionnels de Madagascar, le premier bailleur multilatéral est la Banque mondiale (BM), qui concentrerait le tiers des financements (872 M€ concessionnels soit 33,8 % du total). Les autorités anticipent un appui de la BM dans divers secteurs tels que la 3ème série d’aide budgétaire DPO (100 M$) – ce qui n’est pas confirmé par les services de la BM, compte tenu des résultats mitigés des réformes soutenues –, les transports (projet multimodal de transport et logistique ou PTML, effectivement approuvé en avril 2026), l’eau (financement additionnel au PAAEP), la jeunesse et formation professionnelle (projet Madagascar Youth skills approuvé en mars), ou l’énergie (ACCESS MPA approuvé en mai). Vient ensuite le FIDA (231 M € ; 9 %) en soutien aux filières agricoles.  La BEI (177 M€ ; 6,9 %) pourrait contribuer au financement du barrage hydroélectrique de Volobe. La BAD (142 M€ ; 5,5 % du total) financerait des projets en faveur de l’énergie, de l’agriculture et une aide budgétaire (PAGFRE).

Un cinquième des financements (19 %) proviendrait des institutions multilatérales ou bilatérales liées aux pays émergents (309 M €). Le financement par l’Exim Bank de Chine atteint 177 M € à travers des projets de riz hybride (104 M€) et de modernisation des télécommunications (73 M €). L’AIIB pourrait également contribuer à hauteur de 91 M € au PTML cofinancé par la BM ainsi qu’au projet Volobe (91 M €).

Le seul partenaire bilatéral européen engagé est la France (86 M€, soit 3,4 % du total) qui financera d’une part la 4ème phase du projet Lalankely IV (infrastructures urbaines) au travers d’un prêt de l’AFD (42 M € initialement prévus, mais seulement 26 M € signé effectivement en juin dernier), et d’autre part, le « Projet de campus franco-malgache de l'innovation et du développement durable » (21 M €) à l’étude depuis la visite d’Etat à Madagascar du PR Macron les 23 et 24 avril 2025, ainsi que la 2ème phase du Projet d’appui à la Justice à Madagascar (PAJMA 2, 23 M€).

 

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