Situation économique et financière du Monténégro

La croissance du Monténégro, prévue à 3,7 % pour 2018 et 2,5 % en 2019 par le FMI, repose essentiellement sur le tourisme, et la construction d’infrastructures. Avec un PIB de l’ordre de de 4,5 Mds et une population de 622.000 habitants, cette petite économie est confrontée à de sérieux déséquilibres externes : déficit commercial de 33 % du PIB, déficit de la balance courante de 19 % du PIB, dette externe atteignant 170% du PIB. Le Monténégro est classé en catégorie « High speculative grade » par S&P et Moody’s.

 

Des déséquilibres externes préoccupants

Le déficit courant avoisinera 19 % du PIB en 2018 en raison d’un déficit commercial (biens et services) abyssal, de l’ordre du tiers du PIB (FMI). Les exportations de biens sont composées essentiellement de métaux (aluminium, acier) et d’électricité. Le pays est contraint d’importer l’essentiel de ses besoins : l’activité du pays est polarisée par le tourisme qui permet de dégager un excédent des exports nets de services situé à 21 % du PIB. Le financement de la demande interne est également dépendant des transferts de la diaspora estimés à 9,1 % du PIB en 2016 (BM).

Le déficit courant est couvert à environ 70 % par les flux nets d’IDE (12% du PIB en 2017), ces derniers se concentrant sur les projets énergétiques, et par l’endettement. La dette extérieure représentait 170 % du PIB fin 2016, dont 65 points de dette publique (en incluant les garanties de l’Etat). Sa progression récente est essentiellement due à celle de sa part publique.

 

Des finances publiques contraintes par les travaux autoroutiers

En 15 ans, la dette publique est passée de 36 % du PIB en 2004 à un pic prévu à 64 % du PIB pour 2018. La seule construction du tronçon autoroutier Bar-Boljare a entraîné une augmentation de la dette de 20 points de PIB. Le chantier réalisé par la compagnie China Road & Bridge Corporation (CRBC) est financé par un prêt sur 20 ans octroyé par la banque chinoise (Exim) au taux de 2 % pour un montant de 1 Mrd $, impliquant un risque de change. Pour répondre aux besoins significatifs de refinancement de la dette, le gouvernement a émis un Eurobond de 500 M € en avril 2018 d’une maturité de 7 ans à un taux de 3,375 % et a obtenu une garantie de la Banque mondiale de 80 M € pour faciliter l’emprunt de 200 à 240 M € sur les marchés.

Afin de maîtriser la dette publique, les autorités ont engagé un plan de consolidation à moyen terme de manière à générer un surplus primaire de 4,5 % en 2020. En 2018, la TVA est passée de 19 à 21% et les salaires dans la fonction publique ont été gelés. Le programme de réformes économiques qui doit être publié à la fin du mois de janvier 2019 comportera une réforme de l’administration, du système de retraite et des finances des collectivités locales. Le déficit public devrait être ramené à 2,7 % du PIB en 2018, contre 6,4 % en 2017 (FMI).

 

La restructuration et une revue des actifs du secteur bancaire paraissent indispensables

Correctement capitalisé, le secteur bancaire est supervisé par la Banque Centrale qui doit, selon la recommandation du FMI, mener une revue de la qualité des actifs et mettre en place, selon les préconisations de la BCE, le provisionnement de lignes de liquidités pour répondre à des situations d'urgence, ainsi que des dispositifs de résolution bancaire. La rentabilité de certaines banques se trouve quelque peu contrainte par (i) des coûts opérationnels élevés ; (ii) un taux encore élevé de NPL (8%), concentrés dans les crédits aux entreprises ; (iii) une concurrence forte entre les 15 banques du pays, soit un établissement de crédit pour 40.000 habitants, (iv) une forte liquidité (taux prêt / dépôt de 80 %) en l’absence de dynamique de crédits aux entreprises.


Le processus d'adhésion à l'UE est le catalyseur de réformes structurelles fortement attendues

Comme l’a, dès 2007, souligné le Conseil Ecofin, l’adoption unilatérale de l’euro par le Monténégro depuis 2002 « n’est pas compatible avec le traité de l’Union européenne ». Aussi, les discussions en cours sur le chapitre 17 « politique économique et monétaire » ouvertes en juin 2018 ne doivent laisser place à aucune ambiguïté sur la nécessité pour le Monténégro de se conformer, le moment venu, à l’ensemble des phases successives précédant toute candidature dans la zone euro : demande de coopération rapprochée avec la BCE, demande d’entrée dans le MCE 2, puis suivi périodique du respect des engagements de l’État candidat dans le cadre de sa participation au MCE II,

De profondes réformes structurelles sont indispensables pour réduire les déséquilibres externes, renforcer la compétitivité et accélérer le processus de rattrapage, le PIB par habitant en PPA n’étant qu’à environ 40% de la moyenne européenne. Sont particulièrement nécessaires des réformes du marché du travail, jugé excessivement rigide par le FMI, et des systèmes de formation, sachant que le chômage atteint 16 % (2018, COM) et le taux d’emploi n’est que de  69 % (2018, COM).

 

 

 

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