Situation économique et financière du Monténégro

La croissance du Monténégro, de 5,1% pour 2018, est estimée à  3,1 % en 2019. Elle repose essentiellement sur la demande intérieure, le tourisme et la construction d’infrastructures. Avec un PIB de l’ordre de de 4,8 Mds et une population de 622.000 habitants, cette petite économie est confrontée à de sérieux déséquilibres externes et un déficit budgétaire qui a nécessité la mise en place d’un plan de stabilisation.

Des déséquilibres externes préoccupants

Le déficit courant avoisine 17 % du PIB en 2018 en raison d’un déficit commercial abyssal, environ 27% du PIB. Les exportations de biens sont composées essentiellement de métaux (aluminium, acier) et d’électricité. Le pays est contraint d’importer l’essentiel de ses besoins : l’activité du pays est polarisée par le tourisme qui permet de dégager un excédent des exports nets de services situé à 20,3 % du PIB.  Le financement de la demande interne est également dépendant des transferts de la diaspora estimés à 12% du PIB en 2018.

Le déficit courant est couvert environ à la moitié par les flux nets d’IDE (7% en 2018, en forte baisse par rapport à l’année précédente mais une reprise est attendue en 2019), ces derniers se concentrant sur les projets énergétiques, et par l’endettement. La dette extérieure devrait atteindre 180% du PIB fin 2019, dont près de la moitié est constituée de dette publique (y compris avec garantie de l'Etat). Sa progression récente est essentiellement due à celle de sa part publique. La seule construction de la 1ère phase du tronçon autoroutier Bar-Boljare a entraîné une augmentation de la dette de 20 points de PIB, financée par un prêt de 1 Md USD (Exim Bank) et impliquant un risque de change. Les partenaires multilatéraux mettent régulièrement en avant les conséquences potentielles d’un tel projet sur les finances publiques du pays.

Afin de maîtriser la dette publique, les autorités ont engagé un plan de consolidation à moyen terme de manière à générer un surplus primaire de 2,7 % en 2021. En 2018, la TVA est passée de 19 à 21% et les salaires dans la fonction publique ont été gelés. Le programme de réformes économiques publié en janvier 2019 comporte une réforme de l’administration, du système de retraite et des finances des collectivités locales. Le déficit public devrait atteindre 3,6% du PIB en 2019. Le ralentissement annoncé de la croissance accentue le besoin de modération budgétaire du pays et la nécessité de conserver une trajectoire d’endettement soutenable.

Le développement des infrastructures domine les enjeux sectoriels

Le projet routier ayant l’impact le plus important sur l’économie du pays est la construction de de la section Podgorica-Matesevo (41 km) de l’autoroute Bar-Boljare (frontière serbe), d’une distance totale de 170 KM.

Afin de les moderniser, le gouvernement a décidé de mettre en concession les aéroports de Podgorica et de Tivat (l’investissement doit permettre les vols de nuits), avec le lancement de l’appel à qualification le 11 octobre dernier. L’achat de la concession s’élève à 100 M€ et les investissements devraient atteindre 200 M€ sur 30 ans.

La modernisation de la ligne ferroviaire Bar-Vrbnica, frontière avec la Serbie, représente un investissement de 10 à 14 M€ par an financé sur prêts et dons des IFIs, alors que celle de la ligne Podgorica-Tuzi (frontière avec l'Albanie) représente un montant de 35 M€.

Dans le domaine de l’énergie, la stratégie du gouvernement est de faire du Monténégro un hub énergétique. Un câble reliant le pays à l’Italie sera bientôt opérationnel, il permettra d’exporter de l’électricité produite localement et celle provenant des autres pays des Balkans.

Le développement de la filière agroalimentaire constitue un enjeu national, les importations de produits alimentaires contribuant sensiblement au creusement du déficit de la balance commerciale.

Le tourisme est enfin le secteur le plus dynamique de l’économie monténégrine, représentant environ 20% du PIB. Une dizaine de projets de construction de nouvelles stations balnéaires et l’aménagement d’un centre de ski dans le nord du pays sont proposés par le ministère du développement durable et du tourisme.

 

La restructuration et une revue des actifs du secteur bancaire paraissent indispensables

Correctement capitalisé, le secteur bancaire est supervisé par la Banque Centrale qui doit, selon la recommandation du FMI, mener une revue de la qualité des actifs et mettre en place, selon les préconisations de la BCE, le provisionnement de lignes de liquidités pour répondre à des situations d'urgence, ainsi que des dispositifs de résolution bancaire. La rentabilité de certaines banques se trouve quelque peu contrainte par (i) des coûts opérationnels élevés ; (ii) un taux encore élevé de NPL (8%), concentrés dans les crédits aux entreprises ; (iii) une concurrence forte entre les 14 banques du pays, soit un établissement de crédit pour 40.000 habitants, (iv) une forte liquidité (taux prêt / dépôt de 80 %) en l’absence de dynamique de crédits aux entreprises.


Le processus d'adhésion à l'UE est le catalyseur de réformes structurelles fortement attendues

Comme l’a, dès 2007, souligné le Conseil Ecofin, l’adoption unilatérale de l’euro par le Monténégro depuis 2002 « n’est pas compatible avec le traité de l’Union européenne ». Aussi, les discussions en cours sur le chapitre 17 « politique économique et monétaire » ouvertes en juin 2018 ne doivent laisser place à aucune ambiguïté sur la nécessité pour le Monténégro de se conformer, le moment venu, à l’ensemble des phases successives précédant toute candidature dans la zone euro : demande de coopération rapprochée avec la BCE, demande d’entrée dans le MCE 2, puis suivi périodique du respect des engagements de l’État candidat dans le cadre de sa participation au MCE II,

De profondes réformes structurelles sont indispensables pour réduire les déséquilibres externes, renforcer la compétitivité et accélérer le processus de rattrapage, le PIB par habitant en PPA n’étant qu’à environ 40% de la moyenne européenne. Sont particulièrement nécessaires des réformes du marché du travail, jugé excessivement rigide par le FMI, et des systèmes de formation, sachant que le chômage atteint 16 % (2018, COM) et le taux d’emploi n’est que de  69 % (2018, COM).

 

 

 

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  1. Le développement des infrastructures domine les enjeux sectoriels

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