Situation économique et financière du Monténégro

La croissance du Monténégro a été de 3,4% en 2019, en baisse par rapport à 2018 (5,1%). C’est l’un des pays européens ayant été le moins affecté par la pandémie du coronavirus sur le plan sanitaire. Mais, du fait de sa dépendance aux secteurs du tourisme et de la construction, l’impact sur le PIB 2020 devrait être marqué (-8,7% selon le FMI). Après plus de deux mois d’arrêt, une reprise progressive de l’activité économique a été amorcée le 4 mai.

Déficits budgétaires et des comptes courants: deux déséquilibres qui caractérisent la situation économique du Monténégro

L’impact économique de la crise du Covid-19 est marqué sur une économie confrontée à de sérieux déséquilibres externes et à un déficit budgétaire qui a nécessité la mise en place d’un plan de stabilisation. Si la croissance, qui repose essentiellement sur la demande intérieure, le tourisme et la construction d’infrastructures, avait été soutenue en 2017 et 2018 (respectivement 4,7% et 5,1% de croissance du PIB), 2019 s’était achevée avec une croissance de 3,4% et l’estimation de croissance pour 2020 était de 3% avant la crise.  Le déficit courant avait atteint 15,2% l'an dernier, en raison d’un profond déficit commercial (44% du PIB),  couvert à moins de la moitié par les flux nets d’IDE (7% en 2019).

La dette extérieure était de 170% du PIB fin 2019, dont plus de la moitié constituée de dette publique (y compris avec garantie de l'Etat). Sa progression récente est d’ailleurs essentiellement due à celle de sa part publique. La seule construction du 1er tronçon autoroutier Bar-Boljare avait entraîné une augmentation de la dette de 20 points de PIB, financée par un prêt de 1 Md USD (Exim Bank chinoise[1]) et impliquant un risque de change.  Depuis plusieurs années, les comptes publics enregistrent un déficit supérieur à 6% du PIB ; aussi le gouvernement a-t-il engagé en 2017 un plan de consolidation budgétaire à moyen terme. Ce plan, incluant une hausse de la TVA en 2018 (passée de 19 à 21%) et le gel des salaires dans la fonction publique, a permis de réduire le déficit budgétaire à 2,4% l’an passé.

Le gouvernement a par ailleurs engagé un programme de réformes économiques. Le PRE 2020-2022 a été soumis en janvier dernier à la CE. Il concerne notamment l'amélioration de l'environnement des affaires (dont la mise en place d’un registre des taxes parafiscales), la réforme de l'administration publique (dont la réforme fiscale, la mise en place d’un conseil budgétaire indépendant, la numérisation des services publics…), le renforcement du secteur financier (notamment l’examen de la qualité des actifs du système bancaire).

L'impact de la crise du Covid-19 sur l'économie

Le tourisme et le secteur de la construction sont les deux secteurs les plus exposés à la crise. Le tourisme est un secteur clé de l’économie monténégrine : il contribue directement à 11,6% du PIB (et à 22% indirectement). La forte chute de l’activité touristique cette année (-40 à -50%) pourrait donc avoir un impact majeur sur l’économie du pays, notamment sur le déficit de la balance courante (il est en général fortement réduit par l’apport du tourisme en temps normal). Le secteur de la construction a aussi enregistré le report de nombreux projets d’infrastructure, dont la construction du 1er tronçon de l’autoroute Bar – Boljare par l’entreprise chinoise CRBC.

Les différents scénarios de prévision prévoient une forte contraction du PIB du Monténégro en 2020 sous l’effet des mesures prises pour endiguer la pandémie et du fort ralentissement de l’activité touristique. Le FMI prévoit une baisse de 8,7% du PIB en 2020, puis un retour à la croissance en 2021 (5,2%). Le déficit de la balance courante devrait atteindre 13,3% en 2020, puis se réduire à 10,5% en 2021. Le déficit budgétaire atteindrait 10% du PIB cette année (baisse des revenus de 3% du PIB et hausse des dépenses de santé de 4% du PIB) et la dette externe 190% du PIB (dont 90% de dette publique). La Banque Mondiale prévoit une contraction du PIB entre 5,6% et 9% en 2020, en fonction de la baisse des revenus touristiques.

L’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a maintenu la notation financière du Monténégro à B+/B, mais a toutefois abaissé sa perspective de « stable » à « négatif ».

Mesures mises en place par le gouvernement et soutien des IFI's et de l'UE

Le gouvernement a lancé le 19 mars un premier ensemble de mesures économiques visant à réduire l’impact de la crise sur l’économie du pays. Mais, le pays ne disposant que d’une faible marge de manœuvre budgétaire, ce programme ne représente qu’environ 2% du PIB, avec donc un effet limité : moratoire d’une durée de 3 mois sur le remboursement des prêts et le paiement des taxes ; subventions gouvernementales à hauteur de 100% du salaire minimum pour chaque employé dont l’activité aura été arrêtée aux mois d’avril et mai ; programme de prêts pour les secteurs du tourisme et de l’agriculture…

Les besoins de soutien à la balance des paiements du Monténégro sont urgents à court et moyen terme, estimés à environ 250 M€. Ils pourront notamment être assurés par l’achat de DTS à hauteur de 100% de la quote-part du pays (60,5 M DTS, 75 M€) dans le cadre de l'instrument de financement rapide (présenté lors de la réunion du CA du FMI du 19 juin 2020), mais aussi 25 M€ de la Banque mondiale[1] et 60 M€ dans le cadre du plan d’assistance macro-financière (AMF) proposé par la Commission Européenne. L’UE a aussi annoncé la réallocation de 50 M€ des fonds de pré-adhésion IPA à un programme d’aide visant à soutenir le Monténégro dans sa lutte contre le coronavirus.


 

 

 

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