Indicateurs et conjoncture

La Moldavie, membre du Partenariat oriental, a signé un ALECA avec l’Union Européenne et souhaite attirer davantage d’investissements étrangers. Confrontée à d’importantes difficultés économiques, la Moldavie demeure cependant le pays le plus pauvre d’Europe. Après une crise politique majeure, l’élection récente d’Igor Dodon à la Présidence de la République, ouvre une période de cohabitation jusqu’aux prochaines élections législatives, prévues en 2018.

 

Une petite économie très liée à l’agriculture, ouverte et qui regarde vers l’UE

Ancienne république d’URSS, indépendante depuis 1991, la Moldavie est un petit pays (33 800 km² pour une population d’environ 3,6 M  d’habitants), enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, établi sur des terres fertiles, mais dépourvu de ressources minières.

L’économie est traditionnellement agricole, grâce à des conditions climatiques favorables et à la fertilité des sols (céréales, tournesol, canne à sucre, pommes de terre, légumes, tabac, fruits). Si le secteur primaire ne représente que 15% du PIB, l’industrie elle-même (15% du PIB en 2016) reste dominée par l’agroalimentaire (25% de la production industrielle en 2016) et le textile. L’agroalimentaire représente aussi le principal poste d’exportations (35% du total en 2016) et emploie près d’un tiers de la population active. Le vin représente une production importante, essentiellement dans les régions du centre et du sud du pays, avec des ventes pouvant représenter jusqu’à la moitié des exportations agricoles.

La Transnistrie concentre l’essentiel de l’industrie lourde (métallurgie, ciment, textile).

La croissance est structurellement fondée sur la consommation, elle-même financée très largement par les transferts des migrants (près de 20% du PIB en 2017). Le pays connaît une forte émigration, motivée par le faible niveau de vie (IDH: 0,693 en 2014, PIB par habitant : 1 900 $ en 2016).

Le degré d’ouverture de l’économie est de 45% en 2016, les exportations ne couvrant que 51% des importations.

 

Après la crise bancaire de 2014 et la récession de 2015, la situation économique du pays paraît stabilisée à court terme.

La Moldavie, qui connaissait des taux de croissance du PIB particulièrement soutenus avant la crise de 2015 (9,4% en 2013 et 4,8% en 2014), a connu une légère récession (-0,5%) en 2015. L’année 2016 a donné lieu à un redémarrage de la croissance (+4,6%), sous l’effet notamment de la hausse de la demande domestique et des transferts des travailleurs émigrés. Ainsi, le PIB de la Moldavie en 2016 s’est élevé à 6,8 Mds USD. Sur l’année 2017, la croissance du PIB a approché les 3,5% en 2017. Si le FMI prévoit une poursuite de la croissance à moyen terme (+ 4%), ce niveau resterait toutefois bien inférieur au potentiel de rattrapage de la Moldavie (dont le PIB par habitant demeure deux fois intérieur à celui de la CEI), notamment en raison d’un faible niveau de l’investissement et d’un secteur financier encore fragile.

 

Alors que l’aide internationale a repris après deux ans d’interruption à la suite de l’ « affaire du milliard », la Moldavie est engagée sur la voie de réformes à la mise-en-œuvre complexe.

Suite à une fraude bancaire massive fin 2014 (disparition d’un milliard de dollars, soit presque 15% du PIB), les bailleurs de fonds internationaux avaient suspendu leurs décaissements. Les financements internationaux ont repris fin 2016, avec en premier lieu la validation par le FMI, en novembre 2016, d’un programme de 179 M$ sur 3 ans, dont 36 M$ décaissés immédiatement. Cela a débloqué, au titre de programmes existants, 45 M$ de la Banque mondiale et 45 M€ de l’Union européenne. Parmi les principaux bailleurs bilatéraux, la Roumanie a débloqué un prêt de 150 M€ annoncé dès 2015, progressivement déboursé à partir de 2016.

Le secteur bancaire semble  désormais soumis à une surveillance plus serrée de la Banque centrale, dont la capacité de supervision et l’indépendance se sont nettement renforcées, notamment pour le suivi des prêts liés. Toutefois, le secteur (11 banques) présente encore des fragilités, dont un certain degré d’opacité persistant pour les 3 premiers établissements de la place. Ceux-ci sont sous supervision spéciale de la Banque centrale, avec des plans d’actions correctives.

La monnaie moldave (leu) s’est dépréciée de 35% sur 2014-2016 dans le sillage de la dépréciation des monnaies des pays partenaires (rouble russe et grivna ukrainienne). Le leu s’apprécie en 2017 (+15,4% face au dollar de janvier à octobre). La politique monétaire est assouplie graduellement alors que l’inflation ressort du corridor-cible (6,5% pour l’année 2017, au-delà de l’objectif de 5% +/- 1,5pp fixé par la Banque centrale).

La dette publique a atteint 44,2% du PIB fin 2016 contre 35,4% fin 2015. Le gouvernement avait mené une consolidation budgétaire en 2015 faute de financements internationaux et alors que les recettes fiscales baissaient en raison de la crise économique. Cet effort de consolidation s’est poursuivi en 2016 avec un déficit budgétaire exécuté à hauteur de 2,4% du PIB (contre 3,1% prévus). En 2017, le budget reste contraint, adopté avec un déficit de 3% du PIB, bien que le FMI prévoie un déficit de 3,7% du PIB.

Le secteur privé représentait 65% du PIB en 2010. Des privatisations d’actifs de taille significative sont évoquées (télécommunications, compagnie aérienne, électricité) mais n’ont à ce jour pas abouti.

L’arrivée au pouvoir à Chisinau d’un gouvernement libéral en 2009  et le lancement par l’UE du Partenariat oriental ont permis un approfondissement des relations UE/ Moldavie : accord d’association signé le 27 juin 2014 incluant une zone de libre-échange approfondi et complet (entrée en vigueur provisoire le 28 avril 2014, définitive le 1er juillet 2016), ainsi que la libéralisation des visas de court séjour. L’accord de libre-échange complet et approfondi avec l’UE, entré en vigueur en septembre 2014, devrait avoir un effet positif à moyen terme, mais il implique une importante évolution  réglementaire de l’économie moldave.

Après la signature de l’ALECA, la Russie, client historique de la Moldavie (et surtout grande destination des travailleurs émigrés moldaves) a mis en place un nombre croissant d’embargos sectoriels, généralement pour des motifs sanitaires et phytosanitaires, à l’égard de la Moldavie. Une réorientation des exportations a été observée : l’UE représentait en 2016, ainsi qu’au T1 2017, 65% des exportations moldaves contre 53% en 2014, alors que la part de la CEI est descendue à 20% (contre 31% en 2014).

 

Le climat des affaires demeure difficile notamment à cause du haut degré de corruption.

La corruption persiste, suscitant une approche prudente des investisseurs et des IFIs. En 2016, la Moldavie s’est classée 123ème dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Certaines mesures ont été prises pour améliorer la situation (doublement du salaire des juges, renouvellement de 25% de leurs effectifs…).

Publié le