SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIERE DE LA MOLDAVIE

Appartenant à la tranche inférieure des pays à revenu intermédiaire (PIB par habitant de 4 142 USD en 2019) la Moldavie est l’un des pays les plus pauvre d’Europe. Elle fait face à des défis très importants en matière d’environnement des affaires, de productivité et de démographie. La profonde récession causée par la crise de la Covid et les conséquences d’évènements climatiques adverses sur le secteur agricole interrompt une phase de stabilité macroéconomique. Les enjeux de l’après crise se cristallisent autour du chantier des réformes de structure, qui reste très largement inachevé et est au cœur des discussions entre les autorités moldaves et le FMI autour d’un nouveau programme triennal.    

 

Une profonde récession en 2020 du fait de la crise de la Covid et des conséquences d’évènements climatiques adverses sur le secteur agricole

Appartenant à la tranche inférieure des pays à revenus intermédiaires (avec un PIB de 11,9 Md USD et un PIB par habitant de 4 142 USD en 2019), la Moldavie est l’un des pays les plus pauvre d’Europe. Elle fait face à des défis très importants en matière d’environnement des affaires (corruption perçue comme très élevée, Etat de droit fragile, instabilité politique), de productivité (secteur des entreprises publiques peu efficace et trop protégé) et de démographie. Du fait d’une importante émigration de travail, la population moldave (2,6 millions d’habitants au 1er janvier 2020 selon les chiffres officiels) est en déclin tendanciel depuis le début des années 1990 et ce déclin s’est accéléré après 2014 (- 235 000 habitants en cumul), année durant laquelle la Moldavie a subi une fraude bancaire massive (estimée autour de 1 Md USD soit près de 9% du PIB de l’époque). Cette fraude a emporté des conséquences graves sur la stabilité financière du pays, ses finances publiques et l’économie dans son ensemble (récession de 0,3% en 2015).   

A partir de 2016, en lien notamment avec la mise en œuvre des conditionnalités associées aux aides des bailleurs de fonds internationaux (programme FMI triennal notamment), la Moldavie est parvenue à instaurer une forme de stabilité macroéconomique et financière. La croissance du PIB a été forte (autour de 4 % entre 2016 et 2018) quoique insuffisante pour permettre un rattrapage économique significatif. En 2019, l’activité a ralenti mais est restée soutenue (+3,4%), tirée par l’investissement (+12,9%) et la consommation des ménages (+3,1%).

En 2020, la Moldavie a subi un recul de son activité d’une grande sévérité - sous l’effet à la fois de la crise de la Covid 19 et d’une chute de la production agricole - attendu par la Banque mondiale, le FMI et la BERD à respectivement -7,2%, -4,5% et -5,5% (soit potentiellement la pire récession depuis 2009). Débutée au mois de mars 2020, l’épidémie de Covid 19 a contaminé au 4 février 2021, selon les chiffres officiels, 162 624 personnes et causé 3 497 décès avec en particlier une importante vague de contaminations au troisième trimestre 2020. Le gouvernement a pris des mesures strictes de confinement dans le cadre de l’état d’urgence national mis en place du 17 mars au 15 mai. L’urgence nationale de santé publique a ensuite été déclarée à partir du 16 mai et est actuellement toujours en vigeur (prolongé jusqu’au 15 février 2021 au moins). Les mesures sanitaires domestiques et internationales ont perturbé sur le fonctionnement de secteurs clefs de l’économie comme le commerce de gros et détail, l’industrie manufacturière (secteur automobile notamment), la construction et l’immobilier. Les PME moldaves, mal préparées à une telle crise (peu digitalisées, peu diversifiées en termes de fournisseurs) ont été durement touchées. Le PIB a ainsi diminué de 14% (glissement annuel) au 2ème trimestre 2020 puis de 9,7% au 3ème trimestre 2020 (-8,2% sur janvier-septembre 2020). Le secteur exportateur a dû faire face à une baisse de la demande adressée par les principaux partenaires commerciaux de la Moldavie[1] (UE et Russie). Sur  janvier-novembre 2020, les exportations de biens ont diminué de 11,5% (glissement annuel) tandis que les importations de biens ont diminué de 8,6%. En outre, les fortes sécheresses enregistrées en Moldavie en 2020 ont eu un impact considérable sur la production agricole (recul de 30% en glissement annuel au 3ème trimestre) et l’économie dans son ensemble du fait du poids important du secteur dans l’économie (environ 10% du PIB en 2019), mettant en lumière la très forte exposition de la Moldavie aux risques climatiques.

Au plan social, l’emploi accuserait en 2020 un recul de 8% selon les estimations (économétriques) de la Banque mondiale[2] et le taux de pauvreté progresserait à 12,8% contre 11,8% en 2019[3]. Si le taux de chômage au sens du BIT pourrait s’inscrire en recul en 2020 (3,9% en moyenne sur les 3 premiers trimestres 2020 contre 5,1% en 2019), cet indicateur est à considérer avec prudence compte tenu du taux d’activité très bas en Moldavie (42% en 2019). Point positif, la diaspora moldave a apporté un soutien financier très significatif au pays. Les transferts de fonds en provenance de l’étranger à des particuliers moldaves, malgré un net recul en mars et avril 2020, se sont inscrits en hausse de 21,6% pour l’ensemble de l’année 2020 par rapport à 2019, à 1,5 Md USD (soit 13% du PIB nominal prévu par le FMI).

Le système bancaire du pays a fait preuve de résilience. Le ratio de capital total du secteur ressort à 27% en décembre 2020 pour un minima réglementaire de 10% (versus 26% début 2020). Le niveau de prêts non performants est en décembre de 2020 de 7,4% (après être monté à 8,9% en août 2020)[4] mais sera à surveiller en 2021. Les banques disposent de bonnes réserves de liquidité et celles-ci ont été accrues par la réduction du ratio de réserves obligatoires en leu décidées par la Banque centrale (de 40,5 à 32%). Fin 2020, les crédits au secteur réel étaient en progression de 13,2% en glissement annuel. Structurellement, le système bancaire ne joue pas à plein son rôle d’intermédiation avec ratio crédits/PIB qui demeure bas à 45% en 2020.

Les autorités ont déployé, avec l’appui des IFI, une réponse budgétaire d’ampleur modeste alors que la politique monétaire s’est faite extrêmement accomodante

La situation des finances publiques pré-crise était solide, avec un déficit public limité à 1,4% du PIB en 2019 et une dette publique contenue (28,4% fin 2019). Cela a permis à la Moldavie de lancer un plan de soutien à l’économie estimé à 2,3/2,6% selon les sources.

Pour l’année 2020, le déficit budgétaire est ressorti à 5,2% du PIB prévisionnel contre 8% prévu par les autorités et le FMI et la dette de l’Etat  a augmenté d’environ 30% à 33,7% du PIB prévisionnel. Pour 2021, le déficit public visé par les autorités est de 6,3% du PIB. 

Les bailleurs de fonds internationaux apportent un important soutien, notamment budgétaire, à la Moldavie. En avril 2020, le FMI a accordé un soutien d’urgence pour un montant d’environ 235 M USD[5]. Le 27 juillet 2020, un accord de principe (staff-level agreement) a été conclu entre les autorités moldaves et les équipes techiques du FMI pour un nouveau programme de trois ans avec conditionalités, d’un montant total de 558 M USD. Cet accord est soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d'administration du FMI. De plus, la Moldavie bénéficie d’une assistance macro-financière (AMF) de la part de l’Union européenne qui apporte un soutien direct au budget de l’État moldave. La deuxième tranche, de 30 MEUR, d’un programme AMF datant de 2017 a été versée en juillet 2020. Ce même mois, les autorités moldaves et l’UE ont signé un MoU portant sur un nouveau programme AMF de 100 MEUR, dont un premier décaissement (non encore intervenu) de 50 M EUR. Enfin, la fonds de développement du Conseil de l’Europe a étendu de 70 M EUR un prêt déjà existant et la Banque mondiale a offert une aide de 52,9 M EUR.    

La Banque centrale mène une politique monétaire extrêmement accommodante. Le taux directeur de la Banque nationale de Moldavie (BNM) a été abaissé de 275 points de base (pdb) depuis janvier 2020, le portant à 2,75 %, soit son plus bas niveau historique (dernière baisse de 25 pdb le 9 septembre 2020). L’effet des baisses de taux directeurs sur les taux d’intérêt réels est atténué par l’important reflux de l’inflation, qui atteint 0,4% en glissement annuel en décembre 2020 (contre 6,9% en début d’année 2020) pour une cible de 5%. Le taux de change du leu par rapport au dollar américain a été globalement stable depuis début 2020 et était en baisse de 1% en glissement annuel à fin janvier 2021 ; le taux de change du leu par rapport à l’euro était en baisse de 10% en glissement annuel à la même date, reflet surtout de l’appréciation de l’euro et non d’une défiance vis-à-vis du leu.

Les enjeux de l’après crise se cristallisent autour du chantier des réformes de structure, dans un contexte d’incertitude politique

Pour 2021, les institutions financières internationales anticipent une reprise de l’activité relativement modeste, de l’ordre de 3,5-4%. Au-delà des incertitudes liées à la situation sanitaire, les enjeux économiques sont nombreux et se concentrent autour de la capacité des autorités moldaves à renouer avec l’agenda de réformes économiques et institutionnelles.

En lien avec les conditionnalités imposées par IFI, des progrès ont été accompli lors des années récentes. Suite à la crise bancaire de 2014/2015, le secteur a été restructuré et consolidé; les actionnariats des établissements ont été assaini avec désormais une part majoritaire des investisseurs non résidents dans le capital du secteur. La gouvernance de la Banque centrale a été renforcée, la règlementation prudentiellle du secteur a été modernisée, le cadre d’octroi de liquidité en urgence rénovée et la supervision des activités du secteur non financier non bancaire progresse. En matière d’Etat de droit, certains observateurs mettent en avant certains progrès s’agissant notamment du fonctionnement de la Cour constitutionnelle. En matière d’infrastructures, le gazoduc Ungheni-Chisina a été achevé et inauguré en août 2020 ; il permettra, en reliant le réseau gazier moldave à la Roumanie, de réduire la dépendance vis-à-vis du gaz russe.    

Le chantier des réformes de structures reste très largement inachevé et est au cœur des discussions entre les autorités moldaves et le FMI autour d’un nouveau programme triennal. Dans un premier temps, l’approbation par le Conseil d’administration du FMI du programme est suspendue à la mise en œuvre de mesures préliminaires en ce qui concerne notamment l'indépendance de la banque centrale, la surveillance du secteur financier et la transparence budgétaire. Dans un second temps, les conditionnalités du programme seront axées a priori sur l’amélioration de la gestion budgétaire, la règlementation du marché des biens et services, la lutte anti corruption et le renforcement de l’Etat de droit.  L’approbation de ce programme a été freinée à la fois par certaines initiatives parlementaires fin 2020 et par la phase d’incertitude politique ouverte par l’élection de Maiu Sandu à la Présidence moldave.          

La mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes permettrait à la Moldavie de réduire ses vulnérabilités externes. Du fait d’un important déficit commercial structurel, compensé par les entrées de devises liées aux envois de fonds de la dispora, le déficit du compte courant est resté élevé en 2019 à 8,8% du PIB, après 10,7% en 2018. En 2020, il est attendu par le FMI à 8,3% du PIB. Même si le montant des investissements directs étranger rapporté au PIB était avant 2020 sur une tendance croissante, les besoins de financement extérieur sont sur le moyen terme majoritairement comblés par de la dette externe qui atteignait 62,8% du PIB en 2019 et serait de 69,6% en 2020 selon le FMI (67,3% du PIB au troisième trimestre 2020). Cette dette externe provient au trois quart du secteur privé (sociétés non financières majoritairement) ce qui qui constitue une fragilité significative, même si les réserves de change sont élevées à 3,8 Md USD fin décembre 2020 soit un peu plus de 7 mois d’importations. La mise en œuvre de réformes de stucture axées sur l’amélioration de la gouvernance et du climat des affaires, permettrait de stimuler l’investissement notamment étranger et d’assoir un modèle de croissance plus soutenable. Ces réformes seraient également fondamentales pour freiner le mouvement d’émigration.



[1] La Moldavie est une économie ouverte fortement intégrée au marché mondial avec un taux d’ouverture commerciale proche de 45% en 2019. Cet indicateur est calculé comme le ratio : ((Exportations de biens et services + importations de biens et services) /2)/PIB

[3] Pour un seuil correspondant à la tranche supérieure des pays à revenu intermédiaire. En prenant le seuil de la tranche inférieure des pays à revenu intermédiaire, le taux de pauvreté en 2020 est de 0,9% (+0,1 pp).

[4] Le niveau acuel des prêts non performants est faible comparé au plus haut atteint en 2017 (18,4%).

[5] En outre, pour mémoire le 11 mars 2020 le Conseil d’administration du FMI avait entériné la 6ème et dernière revue du programme triennal Extended Credit Facility (ECF)/Extended Fund Facility (EFF) et le déboursement d’une tranche finale de 20 M USD, portant à près de 180 M USD le total des déboursements au titre de ce programme.

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