Indicateurs et conjoncture

L'économie marocaine a enregistré une bonne progression de la croissance économique en 2017 (3,98% selon le HCP), à la faveur d’une belle campagne céréalière et de la montée en puissance des industries exportatrices (automobile au 1er rang) grâce au plan d’accélération industrielle. Mais des fragilités pointent : déficit commercial , vigilance sur la dette publique, croissance encore trop pauvre en emplois.  

Une croissance dynamique mais quelques fragilités pour les grands équilibres macroéconomiques

Pour 2017, la croissance atteindrait 3,98% selon les prévisions du Haut-Commissariat (les estimations seront confirmées au moment de la publication des comptes nationaux fin juin 2018) et 4% selon Bank Al-Maghrib (après 1,2% en 2016). Ce saut s’explique par la bonne récolte céréalière (+ 203% par rapport à 2016, année de sécheresse) d’une économie qui n’a pas encore réussi à totalement décorréler croissance–agriculture-pluviométrie malgré les plans d’industrialisation et le Plan Maroc Vert. Grâce à l’effet d’entrainement sur la consommation des ménages, le secteur secondaire doublerait son rythme de croissance (2,4% contre 1,2% en 2016). Les agences de notation confirment en 2017 leur évaluation positive, Moody’s l’améliore en accordant une perspective positive.

Malgré une augmentation des dépenses de compensation, le déficit budgétaire ressort à 3,6% du PIB du fait d’une hausse des recettes de 5,7%. Le Maroc a précédemment réussi la décompensation des carburants et fuels industriels (profitant de la baisse des cours pétroliers), mais socialement plus délicate, la décompensation n’a pas été faite du sucre, de la farine, mais surtout de la bouteille de gaz butane.  D’autres réformes, fiscales, apportent opportunément des recettes supplémentaires : TVA à deux taux (10% et 20%) et taxation du revenu agricole. Une réforme paramétrique du régime de retraite des fonctionnaires a été votée. La dette publique se stabiliserait à 80,9% en 2017 (81,4% en 2016). Le risque que constitue la dette du Trésor (64,5% du PIB) est contrebalancé par une gestion active (78% d’encours interne, coût moyen de 4,3% et maturité à plus de 6 ans).

Les comptes extérieurs se dégradent à nouveau depuis 2016. Après trois ans de recul des déficits externes, 2016 a entamé une détérioration du solde des échanges de biens et services qui s’accentue en 2017 (13,5% du PIB prévu pour 2017 au lieu de 12,8% déjà en 2016). Le pays supporte ainsi la montée de la facture pétrolière et le besoin grandissant de l’économie en biens d’équipement et de consommation. Si les premiers effets de la politique de diversification, portée par le « Plan d’accélération industrielle 2014-2020 » sont visibles (l’automobile est devenu le premier poste d’exportation du Maroc), le contenu en importations des exportations pèse d’autant plus lourdement sur les comptes externes. Au total, les réserves de change interrompent leur progression, ne représentant plus que 5 mois et 23 jours d’importation à fin 2017 (au lieu de 6 mois et 30 jours à fin 2016).

L’appui du FMI a permis au Maroc de structurer son effort de réforme. Le FMI a octroyé au Royaume une ligne de précaution et de liquidité en 2012, alors que les réserves de changes étaient au plus bas. Si cette ligne n’a pas été utilisée, elle a permis un diagnostic pour faire avancer les réformes (compensation, régime de retraite, etc.). Malgré un premier lancement avorté à l’été 2017, le processus de flexibilisation du système de change a été amorcé avec succès en janvier 2018. Désormais, la parité du dirham est déterminée à l’intérieur d’une bande de fluctuation de ±2,5%. Cette réforme est une première étape vers un régime de taux de changes flottants à un horizon de 7 à 15 ans.

Il faut encore noter que le secteur bancaire souffre d’un niveau élevé de créances en souffrance (7,6% à fin décembre 2017) mais développe une ambitieuse stratégie d’expansion africaine du Maroc (particulièrement BMCE Bank of Africa).

Le modèle économique du Maroc doit évoluer vers une croissance plus riche en emploi et socialement plus inclusive

 Malgré des avancées indéniables, le Maroc peine sur le chemin de l’émergence et son modèle croissance doit être plus inclusif. Au 123ème rang de l’Indice de développement humain (PNUD), le Maroc doit notamment relever trois défis :

1) L’emploi : l’économie marocaine n’a créé que 26 400 emplois nets de 2012 à 2016 quand la population en âge de travailler a crû de 270 000 par an. En 2017, seuls 86 000 emplois nets ont été créés, ne permettant pas d’absorber la hausse de 455 000 de la population en âge de travailler. Ainsi le taux de chômage s’élève à 10,2% en 2017 (en hausse de 0,3 point par rapport à 2016). Dans l’urbain, le chômage concerne 42,8% des 15-24 ans et 21,6% des 25-34 ans. Le Maroc compte sur le développement d’écosystèmes sectoriels sur les « neuf nouveaux métiers du Maroc » (amorcé dans l’automobile et l’aéronautique) pour créer un réseau de sous-traitants PME locales avec des effets attendus sur l’emploi. Par ailleurs, la place des femmes sur le marché du travail marocain doit être renforcée, elles qui n’y sont que très peu présentes avec un taux d’activité à 22,4% (contre 71,6% pour les hommes).

2) L’éducation : la faiblesse du système de formation handicape la productivité de l’économie (l’ICOR est de 7, contre 5 en Turquie et 3 en Corée du Sud). La formation défaillante a généré une classe d’âge qu’on appelle désormais les « nini » (ni étudiants, ni actifs), représentant un jeune sur quatre. Le chômage des jeunes diplômés s’élève à 17,9% en 2017.

3) L’équilibre territorial : Le Royaume a réussi à faire émerger quelques hubs de compétitivité (exemple de Tanger Med) mais il doit réussir à faire progresser tout le territoire. La réforme territoriale en cours (régionalisation avancée) ouvre aux régions de nouvelles compétences économiques, l’objectif est de parvenir à une croissance plus forte et mieux partagée.

 

L’économie marocaine reste vulnérable aux facteurs exogènes (pluviométrie, conjoncture européenne, cours du pétrole). Le Royaume, candidat à l’émergence, s’emploie à pallier cette faiblesse par une politique d’industrialisation dont il touche les premiers dividendes en termes d’exportation mais pas encore en termes d’emploi.

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