Indicateurs et conjoncture

Le Maroc affiche une résilience solide face aux chocs récents (COVID, séisme, sécheresse, Ukraine), avec une croissance en nette accélération. L'inflation a été maîtrisée depuis 2024 et les équilibres budgétaires et extérieurs restent solides. La dette publique est soutenable et le pays conserve un accès privilégié aux financements internationaux. Cette capacité financière sera essentielle pour relever les défis à venir : réformes sociales, transition écologique et préparation de la Coupe du Monde 2030.

1. Dans son environnement régional, le Maroc se distingue par sa résilience face aux chocs (COVID, sécheresse, séisme, Ukraine). Avec +4,9 % en 2025, le Maroc enregistre sa meilleure performance depuis 2021 grâce au rebond de l’agriculture. La croissance s’est ainsi établie à +1,8% en 2022, +3,8 % en 2023 et +4,4 % en 2024. Malgré la diversification de l’économie, l’agriculture représente encore 12 % du PIB et 30 % de la main-d'œuvre, et rend l’économie marocaine dépendante des conditions climatiques (la pluviométrie explique près de 37 % de la variance du PIB). En 2024, malgré une contribution négative du secteur primaire à la croissance, celle-ci s'est stabilisée autour de +4,4 % grâce à la bonne tenue de l’industrie et des services. À moyen terme, la croissance devrait conserver un rythme du même niveau qu’en 2025 grâce à l’investissement public lié à l'accélération des grands chantiers d'infrastructure (Coupe du Monde 2030). A très court-terme, la pluviométrie exceptionnelle de 2025 constitue un moteur de croissance mais la dépendance aux importations d'hydrocarbures du pays expose l'économie aux tensions persistantes au Moyen-Orient.

2. Quoiqu’en nette accélération, la croissance marocaine reste limitée par des freins structurels. La croissance marocaine doit composer avec un stress hydrique chronique, de fortes disparités territoriales, une très faible participation des femmes et des jeunes au marché du travail, et un secteur privé national encore peu dynamique. En effet, 2/3 du PIB est concentré sur la dorsale atlantique (Rabat-Casablanca-Tanger). Le taux de chômage est structurellement élevé (13 %) et le taux de participation des femmes est particulièrement bas et en diminution (19 %). A moyen-terme, les réformes menées par le pays – appui au secteur privé, généralisation de la protection sociale, diffusion économique dans les territoires et mobilisation de l’investissement privé – devraient contribuer à la réalisation de son potentiel de croissance. Le FMI estime que l’impact des grands chantiers par le pays pourrait générer 2 % de croissance et estime la croissance du pays à 4 % en moyenne d’ici 2030.

3. Les pressions inflationnistes, qui avaient fortement pesé sur les ménages les plus modestes, ont été contenues à partir de 2024. Nourrie par la hausse des cours des matières premières (60 % de l’inflation enregistrée en 2023 était liée aux produits alimentaires et 20 % aux carburants), l’inflation a commencé à s’infléchir à l’été 2023 pour atteindre 6,1 % en moyenne annuelle en 2023 (contre 17,1 % pour la région Afrique du Nord et Moyen-Orient) puis 0,9 % en 2024 et 0,8 % en 2025 (avant l’irruption de la crise iranienne). Selon la Banque mondiale, les ménages en ont souffert de manière disproportionnée : l’inflation était 30 % plus élevée pour le décile le plus pauvre que pour le décile le plus riche. Pour 2025, l’inflation ressort à 0,8 % en moyenne (contre une moyenne régionale toujours supérieure à 10 %), grâce à la réduction des prix relatifs aux transports, communications et loisirs par rapport à l’année 2024, en lien avec la normalisation des coûts de l’énergie et de certains intrants.

4. Bank Al-Maghrib maintient une posture prudente et n’assouplit pas davantage sa politique monétaire. Après une première baisse en juin 2024, Bank Al Maghrib a réduit son taux directeur de 25 points de base (pb) en décembre 2024, puis à nouveau de 25 pb en mars 2025 à 2,25 %. Ces décisions s’expliquent aussi bien par des facteurs conjoncturels (baisse de l’inflation, normalisation progressive des politiques monétaires de la BCE et de la FED) que par une position structurelle de BAM, soucieuse de préserver la croissance. Malgré plusieurs hausses de taux en 2022 et 2023, le taux directeur n’a jamais dépassé les 3 %, un niveau bas historique, négatif en termes réels et particulièrement faible au niveau régional. Plus fondamentalement, les décisions de politique monétaire découlent des contraintes du régime de changes, le dirham étant peggé au dollar et à l’euro. Malgré le désajustement de taux par rapport aux Etats-Unis (taux directeur à 3,5-3,75 %) et la zone euro (2% aujourd’hui mais encore 4 % en 2024), le dirham reste stable par rapport aux deux devises, bénéficiant de rentrées de devises robustes et indépendantes de l’environnement de taux : 12,9 Mds EUR de recettes touristiques en devises en 2025 (+21%) ; transferts de la diaspora à 11,3 Mds EUR (quasi stables) ; attractivité pour les IDE avec 5,2 Mds EUR de flux bruts entrants (+28%) ; réserves de change confortables à 50,8 Mds USD (5 mois et 15 jours d’importations de biens et services).

5. Le Maroc veille à la maîtrise de ses fondamentaux financiers, à la fois sur ses équilibres extérieurs et budgétaires. La balance courante, quoiqu'en dégradation, reste supportable. Après un point bas à -0,6 % du PIB en 2023 et -1,2 % en 2024, le déficit courant s'est creusé à -2,5 % en 2025 sous l'effet de la dégradation du solde commercial (-15,8 % entre 2024 et 2025), du fait du dynamisme des importations (+9 %). Il est prévu à -3,3 % en 2026. S’agissant des finances publiques, l’exécution budgétaire de 2025 a montré une bonne maîtrise du déficit, qui s’établirait à -3,5 % du PIB, malgré la hausse de la charge de la dette (+0,3 point de PIB). Les recettes ont surpris à la hausse avec une évolution de +14,2 % par rapport à 2024. Les réformes fiscales engagée depuis 2021 (IS, TVA, IR) ont élargi l’assiette et porté le rendement des recettes de 16,8% à 19,8% en 2026. Pour 2026, le déficit budgétaire devrait continuer sa consolidation pour s’établir à -3,0 % du PIB.

6. En dépit d’une forte progression lors du COVID, la dette publique reste soutenable à moyen terme. Représentant 60,3 % du PIB en 2019, elle a progressé de 12 points en 2020 puis s’est stabilisée aux alentours de 70 % (68,7 % en 2023 et 67,7 % en 2024). Elle continuerait sa trajectoire baissière pour atteindre 65,9 % du PIB en 2026 (après 67,1 % en 2025) (annexe 2). La soutenabilité à moyen-terme ne pose pas question grâce à la combinaison de plusieurs facteurs limitant l’impact des variations de taux : (i) le nombre important d’investisseurs institutionnels – donc de long terme – nationaux ; (ii) la maturité confortable de la dette (8 ans et un mois en moyenne, en forte hausse sur les dernières années) réduisant les risques de refinancement ; (iii) la large part de dette externe concessionnelle ; et (iv) la faible part de la dette en devises (27 %).

7. Si le Maroc se finance principalement sur le marché domestique, les fondamentaux du pays permettent de garantir un accès privilégié aux financements internationaux, concessionnels ou non. S’agissant des financements concessionnels, le FMI a octroyé au Maroc en avril 2023 et renouvelé en mars 2025 une ligne de crédit modulable (LCM) pour un plafond de 5 Mds USD, une ligne habituellement réservée à des pays au niveau de développement supérieur (Pologne, Mexique, Colombie, etc.). En septembre 2023, le FMI a également approuvé le recours du Maroc à la Facilité de Résilience et de Durabilité (FRD) pour un montant de 1,3 Md USD. Ces programmes constituent un signal positif sur la qualité de la signature marocaine. S’agissant des financements à conditions de marché, le pays a fait sa première sortie sur les marchés internationaux depuis deux ans en mars 2023, quelques jours après sa sortie de la liste grise du GAFI à de très bonnes conditions (2,5 Md USD avec un taux de couverture supérieur à 10 et des spreads très raisonnables par rapport aux obligations américaines (T+195 pb à 5 ans et T+260 pb à 10 ans). En mars 2025, le Maroc est à nouveau sorti sur les marchés internationaux avec une émission de 2 Mds EUR avec un taux de couverture de 3,5 (plus faible que deux ans auparavant illustration d’un marché devenu plus difficile et plus étroit pour les pays émergents dans un contexte incertain) et des taux encore faibles en comparaison avec ses pairs (T+155 pb à 4 ans et T+215 pb à 10 ans) mais qui reste bien plus onéreuse que les alternatives des financements concessionnels. En septembre 2025, la révision de la note souveraine par S&P à BBB-/A-3 a marqué le retour du pays dans la catégorie « investment grade ». Cette révision a permis au Trésor marocain de réaliser une nouvelle émission de 2,25 Mds EUR en mai 2026 à des conditions plutôt favorables (T+170 pb à 10 ans et T+200 à 12 ans).

8. Cette capacité de financement sera fortement sollicitée pour répondre aux défis à venir :  reconstruction post-séisme, réformes sociales, transition écologique, coupe du Monde 2030. Si le Royaume n’est pas le premier pays émergent à porter des ambitions fortes, la spécificité marocaine est d’avoir lancé plusieurs chantiers très consommateurs en ressources - reconstruction post-séisme, transition écologique, réformes sociales, Coupe du Monde 2030 – au même moment et avec le même horizon (2030). Premièrement, suite au séisme de septembre 2023, les autorités ont annoncé un programme de 120 Mds MAD (11,4 Mds EUR) sur 2024-2028 (1,7% du PIB par an), combinant réponse d’urgence et développement des provinces touchées de l’Atlas. Deuxièmement, à plus long terme, le financement de la transition écologique constitue le principal défi macro-économique qui nécessiterait 4,7 % du PIB par an sur 2020-2030. Troisièmement, ces urgences de reconstruction et de transition doivent être conciliées avec le financement des réformes sociales du Nouveau Modèle de Développement de 2021 (dont la généralisation de la protection sociale) qui représentent un coût annuel de 4 % du PIB. Enfin, le Maroc accueillera, avec l’Espagne et le Portugal, la Coupe du Monde 2030 avec un investissement estimé à 150 Mds MAD (14,3 Mds EUR soit 2,2 % du PIB par an). Au total, 12,5 % du PIB doivent être dégagés chaque année d’ici 2030, s’ajoutant à des ressources déjà très mobilisées pour couvrir les dépenses courantes.

 

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