Indicateurs et conjoncture

La croissance du PIB devrait décélérer en 2019, du fait notamment d’une campagne céréalière médiocre. Le taux de chômage recule et l’inflation, déjà contenue, décélère encore. Les recettes de privatisation participent en grande partie à la bonne tenue des finances publiques. La faiblesse persistante du commerce extérieur n'est par ailleurs que partiellement compensée par les recettes voyages et les envois de fonds des Marocains résidents à l'étranger.

 

   1. Ralentissement prévisible de la croissance marocaine en 2019

 

En 2019, la croissance économique marocaine devrait se situer entre 2,7% selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et 3% selon le FMI. Au second trimestre 2019, l’économie nationale aurait connu une croissance de 2,6%, conséquence d’un repli de 2,7% de la valeur ajoutée agricole au deuxième trimestre. En effet, selon le ministère de l’agriculture, la campagne céréalière 2018-2019 a été particulièrement médiocre, la production chutant à 52 millions de quintaux, soit une baisse de 49% par rapport à la campagne précédente. Par ailleurs, la croissance des activités hors agriculture a décéléré, son rythme passant de 3,8% à 3,4% en variations annuelles. Au total, la croissance économique nationale se situerait à 2,4% au troisième trimestre 2019, au lieu de 3% un an auparavant, pâtissant d’une baisse de 2,5% de la valeur ajoutée agricole.

 

   2. Equilibres extérieurs : faiblesse persistante du commerce extérieur compensée partiellement par les recettes voyages et les envois de fonds des Marocains Résidents à l'Etranger

 

Au premier semestre 2019, le déficit commercial s’est dégradé de 4,9% en variation annuelle (Office des Changes). Il s’élève à 102,46 milliards MAD contre 97,7 milliards MAD à fin juin 2018. Le taux de couverture s’établit à 59,1%, soit une dégradation de 0,4 point par rapport à fin juin 2018 (59,5%). Ce résultat est la conséquence d’une hausse plus importante en valeur absolue des importations (+9,2 milliards MAD, soit +3,8%) que des exportations (+4,4 milliards MAD, soit +3,1%). La hausse des importations est principalement due à l’acquisition d’avions pour l’équivalent de 7 milliards MAD à fin juin 2019, contre 314 millions MAD à la même période l’année précédente. Cette augmentation n’est pas compensée par la légère diminution des importations de produits alimentaires et bruts, ni celle de la facture énergétique. Quant aux exportations, les postes « aéronautique », « agriculture et agroalimentaire », « automobile », et « phosphates et dérivés » connaissent un accroissement de respectivement 12%, 6,7%, 1,7% et 1,1%. Les exportations de produits textile et cuir diminuent quant à elles de 1,2%.

 

La couverture du déficit commercial par les recettes voyages (tourisme et voyages d’affaires) et les envois de fonds des Marocains résidents à l’étranger s’est également détériorée, passant de 64,8% à fin juin 2018 à 62,2% l’année suivante à la même période. Dans le détail, les recettes voyages ont augmenté de 4,2% (+1,3 milliards MAD) tandis que les recettes MRE ont diminué de 2,8% (-0,9 milliard MAD).

 

Pour leur part, les flux d’IDE au Maroc connaissent une baisse de 19,6% par rapport à fin juin 2018, s’élevant à 8,3 milliards MAD.

 

     3. Taux de chômage : en diminution sur le premier semestre 2019

 

Selon le HCP, le taux de chômage s’est établi à 8,5% à fin juin 2019 (contre 9,8% à fin décembre 2018), soit son plus faible niveau depuis le T2 2012. 7 000 postes d’emplois nets ont été créés entre le T2 2018 et le T2 2019, les destructions d’emploi en zone rurales atténuant grandement les emplois créés en zone urbaine.

 

     4. L’inflation : nette décélération sur les sept premiers mois de 2019

 

Pour 2019, la croissance de l’indice des prix à la consommation (IPC) devrait nettement décélérer à +0,6% selon Bank Al-Maghrib. L’IPC s’est établi à 0,1% sur les sept premiers mois 2019, décélération notamment imputable à une baisse des prix des produits alimentaires de 1,2%.

 

     5. Les finances publiques : une situation maîtrisée grâce aux recettes de privatisation

 

Au terme du premier semestre, la situation des charges et ressources du Trésor fait ressortir une diminution du déficit budgétaire de 21,4% en glissement annuel pour se situer à 16,6 milliards MAD. Cette amélioration a été rendue possible grâce à l’accroissement des recettes ordinaires (+7,8%) à un rythme dépassant celui des dépenses globales (+3,2%). A fin juin, le taux de réalisation des recettes ordinaires s’est établi à 49,6% par rapport aux objectifs de la loi de finances 2019. Leur augmentation en volume vient d’un accroissement de 3% des recettes fiscales et de 76% des recettes non-fiscales, dopées par l’augmentation de 40,6% des recettes de monopoles (atteignant 4,6 milliards MAD) et l’encaissement de 3,3 milliards MAD correspondant à la moitié des recettes découlant de la cession sur le marché des blocs d’une partie de la participation de l’Etat dans le capital de Maroc Télécom (l’autre moitié étant reversée au fonds public Hassan II dédié à l’investissement). Pour leur part, les dépenses ordinaires ont augmenté de 4,3% à fin juin 2019, et leur exécution recouvre 48,8% des prévisions initiales de la loi de finances. Si les charges de la compensation sont restées stables, les autres dépenses (personnel, intérêts de la dette, biens et services) ont toutes légèrement augmenté en volume. Le déficit budgétaire devrait s’établir à 4,5% du PIB hors privatisations en 2019 et à 3,6% en tenant compte des privatisations, selon le HCP.

 

L’encours de la dette du Trésor représente 65,3% du PIB à fin 2018, contre 65,1% un an auparavant. A fin mai 2019, l’encours de la dette du Trésor a augmenté de 15,2 milliards MAD pour atteindre 736,2 milliards MAD, soit une augmentation de 2,1% contre 1,9% une année auparavant sur la même période. Les taux sur le marché primaire des bons du Trésor ont été orientés à la baisse sur les cinq premiers mois de 2019. Ces baisses ont atteint 11 pbs pour les maturités à 2 ans (2,39%), 19 pbs pour celles à 5 ans (2,57%), 28 pbs pour celles à 15 ans (3,39%) et 22 pbs pour celles à 20 ans (3,76%).

 

     6. Financement de l'économie: vers une légère reprise ?

 

En glissement annuel, le taux d’accroissement de la masse monétaire a augmenté en s’établissant à +4,3%, contre +3,9% pour la même période un an auparavant, selon la Direction des Etudes et des Prévisions Financières du Ministère de l’Economie et des Finances. Les réserves internationales nettes ont stagné en juin 2019 après trois mois successifs de hausse, avoisinant 235 milliards MAD, soit 5 mois et 2 jours d’importations de biens et services.

 

Les crédits bancaires ont augmenté de 5,1% à fin juin 2019 en glissement annuel, contre 1,8% sur la même période un an auparavant. Cette évolution recouvre l’accélération des crédits de trésorerie et des crédits à caractère financier qui ont augmenté de respectivement 6,1% et 14,7% après un repli de 3,7% et 7,2% à fin juin 2018, et le ralentissement des crédits à l’équipement, à l’immobilier, et à la consommation qui s’établissent à +2,3%, +3,3% et +4,2% après +9,9%, +4,1% et +5,9% l’année dernière.

 

Le volume global des transactions s’est accru de 56,4% en glissement annuel à la Bourse de Casablanca au terme des 7 premiers mois. Le volume global des transactions s’élève à 42 milliards MAD. A noter que 48,2% du volume des transactions a été réalisé au cours du mois de juin 2019, coïncidant avec la cession par l’Etat de titres de participation qu’il détient au capital de Maroc Télécom.

 

 

La croissance marocaine subira en outre les conséquences de la décélération de la croissance économique mondiale, marquée par un ralentissement du commerce international. Or, la croissance du Maroc reste très dépendante de la conjoncture européenne. Dans ce contexte, la demande extérieure adressée au Maroc ne se redressera guère (+3,3% et +3,5% en 2018 et 2019 contre 5,5% en 2017). A ces contraintes extérieures, s’ajoute en interne une campagne agricole 2018-2019 médiocre, alors que le secteur représente 14% du PIB et emploie 38,7% de la population active. C’est dans ce contexte que le gouvernement s’attèle à rédiger la loi de finances 2020. Sa note de cadrage table sur un taux de croissance de 3,7%, une récolte céréalière de 70 millions de quintaux et un prix du gaz butane à 350 dollars la tonne.

 

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