Situation économique et financière

Croissance économique et développement

Le Libéria a cru en moyenne d’un peu plus de 8% par an entre 2011 et 2013 grâce à la réactivation de son secteur minier. En quelques années, le pays a ainsi opéré une transformation de son tissu productif qui ne lui a cependant pas permis d’engager un réel processus de diversification économique : (i) le poids du secteur primaire a fortement diminué passant de plus de 65% du PIB au début des années 2000 à un plus de 37% de nos jours ; (ii) la part de l’industrie a augmenté passant de 5% du PIB au début des années 2010 à 12,5% en 2018, avec un pic à plus 16% entre 2012 et 2014 juste avant l’épidémie d’Ebola. Cette augmentation a été permise par la réactivation de la production de minerai de fer (réserves de 700 Mt), mais le sous-sol  libérien renferme également d’importantes réserves de diamants, de bauxite et d’or. Par ailleurs, des opérations d’exploration pétrolière sont toujours en cours ; (iii) la part des services dans le PIB a progressé passant d’un peu plus de 25% au début des années 2000 à 50% du PIB de nos jours, soutenu très largement par l’aide publique au développement mais également tiré par le commerce et le développement du secteur bancaire. A partir de 2014, le rythme de croissance a brusquement ralenti (0,7% en 2014) en raison de l’épidémie d’Ebola et de la baisse des cours des matières premières, notamment du minerai de fer et du caoutchouc, principales productions du pays. Depuis lors, le pays peine à se remettre de ce double choc exogène et alterne les années de faible croissance et de récession. En 2019, le pays a enregistré une contraction de son PIB de 2,5% contre une croissance initialement prévue à 0,4%. Bien que la croissance du secteur minier soit estimée à plus de 10%, le secteur non-minier s’est contracté de plus de 3%. La mise en place du programme économique et financier avec le FMI devait permettre un retour à la croissance dès 2020 (+1,5%), mais du fait de la pandémie du COVID-19, les services tablent à présent sur une nouvelle contraction du PIB de 2,5%, avec un rebond de la croissance à 4% en 2021. A moyen terme, le rythme de croissance devrait s’accélérer pour atteindre 5%.

Le pays se maintient ainsi dans une situation socio-économique et humanitaire des plus précaires : avec une population de 4,8 millions d’habitants, ce PMA est l’un des plus petits pays d’Afrique, se classe au 181ème rang mondial sur 189 pays du classement 2018 du PNUD, avec une espérance de vie à la naissance de 63 ans et un PIB par habitant de 704 USD. Environ la moitié de la population vit en zone urbaine, avec une concentration d’un quart des Libériens à Monrovia. Le changement de modèle productif opéré entre 2011 et 2013 en a fait une économie d’enclave, du fait de la croissance rapide du secteur minier, fortement intensif en capital et peu créateur d’emplois (employant moins de 10% des actifs). Accompagné par le PNUD, le gouvernement libérien a mis en place un programme de développement intitulé « Pro-poor Agenda for Prosperity and Development » s’étalant sur la période 2019-2023. Un accent particulier est mis sur le développement des infrastructures et le Président Weah a fait du développement des routes sa première priorité. Le Libéria se classe 175ème sur 190 pays du classement Doing business 2020.

Finances publiques

Le budget libérien ne sert quasi exclusivement qu’au financement des salaires des fonctionnaires (autour de 74 000 agents) qui absorbent plus de 60% de l’enveloppe budgétaire globale. Viennent ensuite les dépenses de biens et services et le service de la dette. Du côté des recettes, la pression fiscale est particulièrement faible, estimée à 12,5% du PIB. A ce stade, le déficit public est attendu à 5,2% du PIB en 2020 contre 5,4% en 2019.

Ces dernières années, le niveau d’endettement public a fortement augmenté, en dépit d’une large annulation de la dette extérieure intervenue en 2010 (de plus de 1,2 Md USD), dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Le pays présente un risque de surendettement global élevé. Fin décembre 2019, la dette publique libérienne s’élevait à 55,4% du PIB et devrait fortement progresser à 62,8% en 2020 puis à moyen terme pour atteindre plus de 65% du PIB.

Politique monétaire

En 2019, l’inflation s’est établie à 27%, 2ème taux le plus élevé du continent. Le Libéria fait partie des économies en développement parmi les plus dollarisées au monde (90% de la masse monétaire au sens large), l’évolution de l’inflation reste donc de facto tributaire de la volatilité du taux de change et de la disponibilité de devises étrangères. Afin de limiter la volatilité du cours de la monnaie locale, la Banque centrale a poursuivi ses interventions sur le marché des changes, contribuant à la fonte des réserves de change (2,5 mois d’importations de biens et services en 2019, contre un niveau recommandé à 3,3 mois). Pour 2020, l’inflation devrait s’établir en moyenne sur l’année à 13,8%, mais cette perspective est tributaire de l’impact du COVID-19, notamment sur le déficit courant (estimé à -18,7% du PIB), le niveau des réserves de change (attendu à 2,6 mois d’importations de biens et services) et la variation du taux de change LRD/USD.

Tableau

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