Sri Lanka : situation économique et financière en 2020 et perspectives 2021

A partir de 2009, Sri Lanka a bénéficié des dividendes de la paix : baisse de la pauvreté, augmentation sensible du PIB/habitant et amélioration des indicateurs de développement humain qui sont les plus élevés d’Asie du Sud. Cette trajectoire de développement économique a été affectée par l’instabilité politique qui a prévalu en 2018 et 2019. De surcroît, depuis mars 2020, l’économie est fortement impactée par le ralentissement de l’activité induit par la pandémie de COVID-19 qui fragilise les comptes publics et les comptes extérieurs. La 3ème vague de Covid met la résilience du pays à l’épreuve.

 

I – Sri Lanka affiche les indices de développement les plus élevés d’Asie du Sud

Peuplé de 22 millions d’habitants, avec un PIB de 80,7 Mds USD en 2020 (USD courant), Sri Lanka est la 4ème économie d’Asie du Sud. Après la fin de la guerre civile qui a duré 26 ans, Sri Lanka a engrangé les dividendes de la paix, avec une période de forte croissance (+6,4% en moyenne entre 2010 et 2015) tirée par le secteur de la construction et des services. Le rythme de croissance a ralenti à partir de 2016 (moyenne de 2% sur la période 2016 - 2020) en raison de l’instabilité politique, de la faible diversification de l’économie, de l’insuffisance de l’investissement productif et de la détérioration des finances publiques. Les secteurs les plus importants de l’économie sont : l’industrie du textile et du vêtement (50% des exportations), l’agriculture (thé, caoutchouc, noix de coco : 23% des exportations), le tourisme (1,9 M de touristes en 2019, 3ème source de revenus en devises : 3,6 Mds USD en 2019, avant les effets de la Covid), la logistique (le port de Colombo se classe au 24ème rang mondial) et l’offshoring. Les remises des travailleurs expatriés (7,1 Mds USD en 2020) sont la deuxième source de devises étrangères, après les exportations de marchandises (10 Mds USD).

En 2019, le PIB/habitant de Sri Lanka était 1,8 fois supérieur à celui de l’Inde. En juillet 2019, Sri Lanka avait rejoint la catégorie des « pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure » (PRITS). Toutefois, dans son classement de juillet 2020, la Banque mondiale a rétrogradé Sri Lanka dans la catégorie des « pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure » (PRITI) avec un PIB/hab de 4020 USD, soit à un niveau légèrement inférieur au minimum de 4046 USD requis pour rester dans la catégorie supérieure.

Le pays dispose d’indicateurs sociaux favorables, avec l’IDH le plus élevé d’Asie du Sud (0,78). Le taux d’alphabétisation est de 92% et la main d’œuvre qualifiée est de bon niveau.

 II – En 2020, la COVID a induit une contraction du PIB de 3,6%

En 2020, la Covid a touché un pays qui avait déjà été fragilisé par les attentats djihadistes de Pâques 2019. Marqué par deux mois de confinement strict de mi-mars à mi-mai 2020, une forte recrudescence du virus à partir d’octobre et l’arrêt brutal des arrivées de touristes, le pays a connu la première contraction du PIB depuis 2001 (-3,6%). La part de l’investissement dans le PIB a baissé de 5,2 points pour passer à 25,2%. Toutefois, Sri Lanka a montré des signes encourageants de résilience et le gouvernement est intervenu via l’augmentation de la dépense publique (à hauteur de 0,7% du PIB) pour soutenir l’économie. Ainsi, après une forte contraction du PIB au T2 2020 (-16%), ce dernier a augmenté de +1,5% au T3 et de +1,3% au T4.  Le secteur industriel a été le plus affecté par la pandémie avec une contraction de l’activité de 6,9%. Le secteur des services et l’agriculture ont enregistré une contraction de 1,5% et 2,4% respectivement. L’inflation a été contenue (+4,6% en 2020), bien que la hausse des prix agricoles se situe autour de 10% depuis la mi-2020.

En 2020, cette contraction s’est traduite par la baisse du PIB/habitant qui est passé à 3682 USD, par une hausse du chômage de 4,8 à 5,5% et par une hausse du taux de pauvreté de 9,2% à 11,7% de la population.

Les mesures successives d’assouplissement de la politique monétaire, illustrées par 5 baisses des deux taux directeurs en 2020, totalisant 250 pdb pour chacun d’eux, (taux de facilité de dépôt et de prêt ramenés respectivement à 4,5% et 5,5%), ont permis une baisse des taux d’intérêt qui ne s’est toutefois pas traduite par une forte hausse du crédit au secteur privé (+6,5%) alors que les crédits à l’Etat et aux entreprises publiques ont augmenté respectivement de 62% et 22%. La Banque centrale a fait part de son souhait de poursuivre sa politique monétaire accommandante à court terme pour soutenir la reprise de l’économie. Le secteur financier et bancaire est impacté par la crise. Pour les banques, le ratio d’adéquation des fonds propres et le taux de prêts non performants se sont légèrement dégradés atteignant respectivement 16,5% et 4,9%. La situation est plus critique pour les sociétés financières et les compagnies de leasing dont le taux de prêts non-performants a augmenté sensiblement de 10,6% à 13,9%.

 III - Fragilité accrue des finances publiques

Les recettes fiscales sont structurellement faibles en raison d’une base taxable étroite et d’une collecte fiscale peu efficace. Les baisses d’impôt décidées par le gouvernement pour relancer l’économie en décembre 2019 et la baisse d’activité induite par la Covid ont aggravé cette situation. En 2020, les recettes fiscales n’ont représenté que 9,2% du PIB (12,6% en 2019) selon la CBSL. Le niveau des dépenses et emprunts a diminué à 20,3% du PIB en 2020 contre 22,2% en 2019, et ce malgré une hausse dans le domaine de la santé et des transferts sociaux. Le déficit public s’est creusé à 11,1% du PIB en 2020. Le gouvernement est contraint par le poids des dépenses courantes incompressibles, en particulier les intérêts de la dette qui représentent 73% des recettes. Il en résulte une insuffisance des dépenses publiques d’investissement (5% du PIB) qui handicape le développement du pays.

Le déficit public a été financé pour l’essentiel par des ressources locales, en particulier par le fonds de pension public, les banques locales et par la Banque centrale dont les achats de titres publics ont été multipliés par 10 en un an pour atteindre 4,8% du PIB. En effet, le gouvernement sri lankais n’a plus accès aux marchés internationaux de capitaux contrairement aux années précédentes suite à la dégradation de la notation souveraine du pays par les trois agences internationales (de « B2 » à « Caa1 » pour Moody’s, et de « B » à « CCC+» pour S&P et « CCC » pour Fitch). En conséquent, la part de la dette en Roupie dans la dette de l’Etat a sensiblement augmenté, passant de 52% à 60%, la part de la dette extérieure baissant de 48 à 40%

La dette de l’Etat a atteint 101% du PIB à la fin 2020 contre 86,8% en 2019. La dette publique totale (incluant la dette garantie par l’Etat) a représenté 109,7% du PIB en 2020 (94,3% en 2019).

 IV. Détérioration des comptes externes et inquiétudes sur le service de la dette extérieure

La crise a entrainé un effondrement des recettes touristiques (à 682 M USD, soit -81% sur l’année) et une forte baisse des exportations (à 10 Mds USD, -16% en g.a). Dans ce contexte et pour contenir la baisse de la Roupie, le gouvernement a mis en place de fortes restrictions sur les importations. Combiné à la baisse de la facture énergétique, cela a permis de réduire les importations de 19,5 à 16 Mds USD. Le déficit commercial s’est réduit sur l’année à 6 Mds USD contre 8 Mds USD en 2019. Sur l’ensemble de l’année 2020, les transferts des expatriés se sont élevés à 7 Mds USD, soit une augmentation de +5,8% en glissement annuel. Au total, en 2020, selon la CBSL, le déficit du compte courant s’est amélioré à environ 1,3% du PIB (2,2% en 2019).

S’agissant du compte financier, il est juste à l’équilibre (-260 M€), alors qu’il présentait un excédent important en 2019 (2,5 Mds USD). En effet, le pays a enregistré des sorties nettes d’investissements de portefeuille (-2,4 Mds contre des entrées nettes de 2,3 Mds en 2019) et des flux d’IDE entrants limités (434 M USD, en chute de 41,5%). Les prêts étrangers se sont élevés à 1,9 Md USD (notamment un prêt de 500 MUSD de la Chinese Development bank) auquel il convient d’ajouter un accord de Swap avec la Banque centrale indienne de 400 MUSD (remboursé en février 2021).

La dette extérieure totale (secteur bancaire inclus) a baissé de 55 Mds USD (65% du PIB) en 2019 à 49 Mds d’USD (61% du PIB) fin 2020. Son service qui a représenté 4,4 Mds USD en 2020, soit 33,5% des exportations de biens et de services, pèsent fortement sur les comptes extérieurs. Au cours des prochaines années, et jusqu’en 2025, le service de la dette extérieure restera élevé (se situant entre 4 et 5 Mds USD/an).

 Au final, les réserves de change sont passées de 7,7 Mds USD fin 2019 à 5,7 Mds USD fin 2020, soit 4,2 mois d’importation. Sur l’ensemble de l’année 2020, le gouvernement est parvenu, via plusieurs mesures de restrictions sur les mouvements de capitaux et les importations, à contenir la baisse Roupie qui ne s’est dépréciée que de 2,6% par rapport au Dollar.

 V. Perspectives 2021 : la 3ème vague met la résilience du pays à l’épreuve

Pour 2021, le FMI prévoyait en avril dernier une reprise avec un taux de croissance de 4% (+3,4% d’après la Banque mondiale et +6% d’après la Banque centrale). Toutefois, la troisième vague de Covid qui frappe depuis mai Sri Lanka, dans le sillage de l’Inde, et qui a conduit le gouvernement à mettre en place un confinement généralisé, aura un impact sur l’activité. Ainsi, la Banque centrale a d’ores et déjà annoncé que sa prévision de 6% serait probablement revue à la baisse.

Les conséquences sur les finances publiques seront également importantes, notamment avec l’augmentation des transferts sociaux pour aider les plus vulnérables. Le gouvernement a annoncé une augmentation du déficit public pour 2021 de 8,9% à 9,5% du PIB.

L’éloignement d’une reprise du tourisme, l’augmentation des prix du pétrole et les perturbations de l’appareil de production pourrait conduire à une nouvelle détérioration des comptes extérieurs. On constate une poursuite de la baisse des réserves de change (elles s’élevaient fin mai 2021 à 4 Mds USD[1], soit 3 mois d’importation)  et une dépréciation de la Roupie  qui a perdu à ce jour depuis le début de l’année 7% par rapport à l’USD.

Les autorités sri lankaises se trouvent dans la situation difficile de soutenir l’activité dans le contexte COVID et d’assurer en même temps la soutenabilité des comptes publics et des comptes extérieurs.  Avec le soutien de la Chine (un accord de swap de 10 Mds yuan, soit environ 1,5 Md USD, signé avec la Banque centrale de Chine en mars, ainsi qu’un prêt de 500 M USD avec la Banque chinoise de développement signé en avril), elles sont parvenues à honorer le service de la dette extérieure et ont affirmé à plusieurs reprises leur volonté d’honorer leurs engagements financiers. Ainsi, elles ont remboursé une obligation souveraine d’1 Md USD qui arrivait à échéance le 4 octobre dernier. Une prochaine échéance d’un même montant est attendue en juillet 2021 puis 500 M USD en juillet 2022. La Banque centrale a également conclu un accord Swap avec son homologue Bangladeshi à hauteur de 200 M USD.

Le Président élu en novembre 2019, soutenu par un parlement où le parti présidentiel détient la majorité des deux tiers, fonde sa politique économique sur la relance en soutenant l’investissement public et privé (grâce à une amélioration du cadre des affaires et à de nouvelles zones industrielles) ainsi que les exportations de biens mais aussi de services (en particulier dans le domaine des technologies de l’information) et en promouvant une politique de substitution aux importations, notamment dans le domaine agricole. En matière d’investissement public, la priorité est donnée aux projets à fort contenu local, en particulier les routes rurales et l’adduction d’eau potable ainsi qu’aux projets en PPP. Le recours à l’endettement domestique sera privilégié par rapport à l’endettement extérieur.

Plusieurs zones franches ont été créées pour attirer des investissements, notamment dans les domaines du textile (Est du Pays) et de la pharmacie (à proximité du port d’Hambantota). Le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur la capacité d’attraction de Colombo Port city, mégaprojet urbain développé avec l’entreprise chinoise CHEC dont le gouvernement a l’ambition d’en faire un hub régional de services. A cet effet, il a promulgué en mai une loi faisant de cette future ville-nouvelle une zone offshore.

Enfin, face à une troisième vague de Covid qui prend de l’ampleur, deux commandes de vaccins, respectivement de 14 millions de doses de Sinopharm et de 13 millions de doses de Spoutnik V ont été effectuées. Trois millions de doses de Sinopharm (dont 1,1 millions sous forme de don) ont déjà été livrées. L’Inde a livré 1 million de doses du vaccin COVISHIELD (500.000 sous forme de don). Cependant, du fait de la forte reprise de la pandémie, le gouvernement indien a dû suspendre l’exportation de nouveaux vaccins. La Banque mondiale a approuvé en avril un prêt de 80,5 M USD pour financer l’achat de vaccins contre le COVID-19 permettant de couvrir 4 millions de personnes. A la mi-juin, 10,5 % de la population totale avait reçu une dose de vaccin et 2,5% les deux doses. Les autorités comptent vacciner entre 60 et 70% de la population d’ici la fin de l’année.

 

 

 

ANNEXE

 

Tableau : Données macroéconomiques 2016 – 2021 pour Sri Lanka

 

2016

2017

2018

2019

2020

2021 (prev)

Taux de croissance du PIB (en %)

4,5

3,6

3,3

2,3

-3,6

6

PIB per capita (USD)

3886

4077

4057

3852

3682

3873

Balance du compte courant (% PIB)

-2,1

-2,6

-3,2

-2,2

-1,3

-0,2

Réserves officielles (M USD)

6

8

6,9

7,6

5,7

NC

Déficit budgétaire (% PIB)

-5,3

-5,5

-5,3

-9,6

-11,1

-9,4

Dette de l'Etat central (% PIB)

79

77,9

84,2

86,8

101

98

Inflation (%, moyenne annuelle)

4

6,6

4,3

4,3

4,6

4,3

Source: Rapport annuel 2020 - CBSL

2021: Prévisions. La prévision de croissance du PIB pour 2021 devrait être revue à la baisse du fait de la 3ème vague de la pandémie active depuis fin avril.

 



[1] Hors accords de swap de 10 Mds CNY avec la PBoC et avec la Banque centrale du Bangladesh

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