Relations économiques bilatérales France-Sri Lanka en 2020

Résumé : Des échanges commerciaux structurellement déficitaires pour la France et en forte baisse en 2020. Des flux et stocks d’IDE limités à l’exception de la forte présence de Michelin. Une trentaine d’entreprises françaises implantées localement. Une coopération financière bilatérale importante grâce au développement des activités de l’AFD mais freinée par la dégradation de la situation financière du pays.

 

I – Des échanges commerciaux modestes et structurellement déficitaires pour la France

En 2020, le commerce bilatéral de marchandises entre la France et Sri Lanka est resté modeste, totalisant 365,9 M EUR, en baisse de -18,5% par rapport à 2019. La France a accusé un déficit commercial bilatéral de 242,9 M EUR, ce qui constitue une détérioration par rapport à l’année précédente (-217,7 M EUR en 2019). Il s’agit du plus important déficit commercial de la France avec Sri Lanka sur les dix dernières années. Contrairement à certains pays, en premier lieu la Chine qui a vu sa part de marché passer de 10% à 20% entre 2009 et 2019, la France n’a pas profité du doublement des importations sri lankaises qui a eu lieu au cours des deux années qui ont suivi la guerre civile. Ainsi, depuis 2009, les exportations françaises n’ont jamais dépassé les 220 M USD, hormis en 2014 et 2015 du fait de livraisons d’Airbus.

Nos ventes de biens vers l’île ont connu un nouveau recul en 2020, mais beaucoup plus prononcé (-46,8%), s’établissant à 61,5 M EUR (contre 115,6 M EUR en 2019). Cela s’explique par la crise économique engendrée par la pandémie du COVID-19 ainsi que par les fortes restrictions sur les importations de produits étrangers vers Sri Lanka instaurées par les autorités sri-lankaises à partir de la mi-mars 2020.

Les exportations françaises sont dominées par les ventes de produits pharmaceutiques (25,6% du total), qui avec 15,8 M EUR affichent une légère baisse (-4,3% en g.a). La catégorie des « équipements mécaniques, matériel électrique et électronique », deuxième poste à l’export, s’effondre de -55,7% sur un an (14,8 M EUR ; 24,1% des exports). Au sein de cette catégorie, 2,9 M EUR concernent les machines pour l’industrie agroalimentaire, 2 M EUR pour les moteurs et turbines (hors transport) et 1 M EUR en machines pour les industries textiles. La catégorie « Produits chimiques, parfums et cosmétiques » a représenté 10,5 M EUR (-20,6%) soit 17,1% des exports (3ème poste), dont la majorité est constituée de produits chimiques. Les ventes des produits agroalimentaires, agricoles et de la pêche, 4ème poste à l’export, ont été de 7,2 M EUR (-38% en g.a ; 11,7% du total). Les produits métallurgiques et métalliques se placent en 5ème position avec 4,1 M EUR (-76,1% en g.a ; 6,7 % du total).  Concernant les ventes de véhicules individuels, elles s’affichent en chute de -72,6%, à 1,15 M EUR, ceux-ci étant interdits d’importation à Sri Lanka depuis la mi-mars 2020. Peugeot est particulièrement affecté par cette mesure.

Les importations françaises de biens sri lankais, impactées par la crise, ont diminué en 2020, atteignant 304,4 M EUR (-8,7% comparé à 2019). Elles restent largement dominées par la catégorie « Textiles, habillement, cuir et chaussures » qui représente à elle seule plus de la moitié (57,3%) du total des importations françaises depuis ce pays avec 174,3 M EUR et qui a baissé de 6,8% en 2020. Les achats des produits agroalimentaires, agricoles (thé, caoutchouc, épices…) et de la pêche constituent la seconde catégorie de produits importés par la France. Ils ont augmenté de +7,3% (à 60,2 M EUR) l’an dernier. Enfin, les produits en caoutchouc et pneumatiques se sont placés en troisième position avec 27,9 M EUR (-15,7%). Les exportations sri-lankaises vers la France ont bénéficié de la poursuite de la facilité SPG+, accordée par l’Union Européenne en mai 2017. Celle-ci permet une suppression des droits de douanes de l’UE sur 66% des lignes tarifaires pour les produits sri lankais exportés vers l’UE.

Selon Eurostat, en 2019, nos exportations de services vers Sri Lanka se sont élevées à 116 M EUR (+3,6% en g.a). Il s’agit pour l’essentiel de services dans le domaine de l’ingénierie et du transport maritime. Quant à nos importations de services en provenance de Sri Lanka, elles se sont élevées à 125 M EUR en 2019 (+5%). Celles-ci concernent le tourisme pour l’essentiel et l’externalisation de services (comptabilité…). Les échanges de services avec Sri Lanka présentent donc un léger déficit de -9 M EUR.

 II – Une présence française relativement réduite mais en expansion

Les IDE français à Sri Lanka sont limités. D’après les estimations de la Banque de France, en 2018[1], les flux d’IDE français à Sri Lanka ont enregistré un solde négatif de -1,6 M EUR, contre -21,2 M EUR en 2017. Le stock d’IDE français s’est quant à lui établi à 16,5 M EUR en 2018. Une vingtaine de sociétés françaises disposent d’une filiale locale auquel il convient d’ajouter une dizaine entreprises créées par des Français. Les filiales françaises sont essentiellement à vocation commerciale, les seules ayant des activités de production étant celles de Michelin, Biogrow (substrats pour l’agriculture), GL Yachting (construction de bateaux de plaisance) et Chryso (matériaux de construction). Michelin, qui suite à l’acquisition de Camso Loadstar, est l’un des plus importants investisseurs étrangers à Sri Lanka. Dans le domaine des services, Orange Marine a installé en 2019 une base de maintenance de câbles de télécommunications sous-marins à Galle dans le cadre d’une joint-venture constituée entre l’opérateur téléphonique sri lankais SLT (40%) et la JV Orange Marine / SinTel (60%). Orange Marine a en outre commandé un navire câblier auprès de Colombo Dockyard. CMA CGM a une forte présence à Sri Lanka. Le groupe français est le 3ème contributeur du port de Colombo (le premier port d’Asie du Sud en raison de l’importance du transbordement vers l’Inde). Decathlon dispose de deux magasins sur l’île et compte en ouvrir d’autres.

Selon le Board of Investment (BoI) local, les IDE français sur la période janvier-septembre 2020 ont été de 4,7 M USD, plaçant la France à la 17ème position sur la période étudiée. En 2019, ceux-ci ont été de 27,9 M USD, soit 2% de l’ensemble des IDE reçus par Sri Lanka.

Globalement, Sri Lanka a dû mal à attirer les IDE (1,2 Md en 2019), le cadre réglementaire étant encore peu attractif (99ème rang au classement  Doing business  de la Banque mondiale). La future législation applicable pour le projet de Colombo Port City, qui devrait être favorable aux investisseurs étrangers, sera présentée dans les prochaines semaines au Parlement.  

Les IDE sri lankais en France demeurent très faibles en volume. En 2018, le stock d’IDE est resté relativement stable à 8,4 M EUR (8 M EUR en 2017).

 III – Une coopération financière importante mais ralentie par la situation financière du pays

Notre coopération financière est dense en raison de l’activité de l’AFD. En 2020, selon les ministères des finances sri-lankais, en termes de décaissement, la France s’est classée au rang de troisième bailleur bilatéral du Sri Lanka. Toutefois, en 2021, le développement de nos financements est contraint par la détérioration de la situation économique.

Depuis son implantation en 2005, l’AFD a engagé environ 730 M EUR, notamment dans les secteurs de l’assainissement, du développement urbain, de l’électricité et des transports. 3 sous-stations électriques, financées par l’AFD, ont été mises en service début 2021. Les engagements de Proparco s’élèvent à 270 M EUR, essentiellement en intermédiation financière, dont une ligne de crédit de 60 M USD à la banque locale HNB en octobre 2020 qui est in fine destinée à financer environ 1500 PME locales.

Du fait d’une situation financière difficile, la politique d’assurance-crédit a été restreinte à 3 secteurs : santé, eau et assainissement. Deux contrats majeurs financés par crédit-acheteur avec la garantie de BPI France sont en phase d’achèvement (1) OTV Veolia pour la fourniture d’un réseau d’adduction d’eau potable (centre du pays), (2) Suez pour le doublement des capacités d’une station de traitement (Nord de Colombo).

Sri Lanka est éligible aux prêts du Trésor, avec les mêmes restrictions que la politique d’assurance-crédit, et au FASEP.  Un prêt concessionnel a été accordé pour l’équipement de 6 mini laiteries et de 30 centres de collecte de lait, dont la réalisation est en cours par la société BOCCARD avec l’assistance technique de l’Institut de l’Elevage. Un nouveau prêt concessionnel est envisagé dans le secteur de la santé. Sur FASEP, une étude de faisabilité d’un hub multimodal à Colombo par un consortium dirigé par AREP est sur le point de s’achever mais le gouvernement a mis le projet au second de ses priorités.



[1] Données plus récentes non disponibles

 

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