Cadrage général

Le Liban compte une population de 6,1 millions d’habitants (dont un peu plus de 880 000 réfugiés syriens officiellement enregistrés auprès du HCR à la fin du mois de juillet 2020) et enregistrait un PIB nominal de 50 Mds$ en 2019, d'après le FMI. Le pays traverse une crise économique et financière aigüe depuis mi 2019, accentuée par la pandémie du covid-19 depuis mars 2020 et enfin par la double explosion sur le port de Beyrouth survenue le 4 août dernier.

Après avoir atteint environ 8% par an en moyenne de 2008 à 2011 et un peu moins de 2% en moyenne entre 2012 et 2017, l’économie est entrée en récession en 2018 (–2%) qui s’est renforcée en 2019 (-6,5%). Les perspectives pour 2020 sont encore plus sombres : Le FMI tablait sur une contraction de l’activité a -12% en 2020 (contre -13,8% pour le gouvernement), mais les dernières prévisions de l’Institute of international finance (IIF) s’établissent désormais à -24 %, en prenant en compte l’impact de la catastrophe du 4 août (double explosion sur le port de Beyrouth). La conjugaison de la récession et de la dépréciation de la livre libanaise sur le marché parallèle (le taux de change LBP/USD sur le marché parallèle a approché les 10 000 et s’est stabilisé, mi-août, entre 7 000 et 8 000 alors que le taux de change officiel est de 1 507,5) devrait conduire à un ajustement du niveau du PIB qui serait ramené d’un peu plus de 50 Mds USD en 2019 à environ 30 Mds USD en 2021, conduisant de facto à une diminution de près de 40% du PIB par habitant.

Dans le même temps, le poids relatif de la dette publique par rapport au PIB continue d’augmenter (86,2 Mds$ à la fin du mois de mars 2019 à 92,4 Mds$ à la fin du mois de mars 2020, soit plus de 190% du PIB). Le montant du déficit public reste à un niveau élevé (autour de 10% du PIB en 2019, après 11,1% en 2018) ou, plus encore, celui du déficit courant (25% du PIB en 2019), qui est l’un des plus élevés au monde.

Outre l’accélération de la récession depuis la fin de l’année 2019, le pays fait face à la raréfaction des devises qui alimente les tensions sur le marché parallèle des changes, ce qui entraine une inflation record (+112,4% entre le mois de juillet 2019 et le mois de juillet 2020) mais surtout ce qui pourrait menacer, avant la fin de l’année 2020, le financement des importations prioritaires, notamment les médicaments, le blé ou l’essence.

Le secteur privé se retrouve particulièrement affecté puisque ce sont au moins près de 400 000 emplois (sur les 800 000 existants) qui ont été détruits ou suspendus depuis le mois d’octobre dernier. Enfin, le système bancaire reste fragilisé : les opérations de retrait de liquidité en devises étrangères ainsi que les transferts à l’étranger demeurent quasiment impossibles.

Sur le plan politique, suite au déclenchement du mouvement de contestation sociale et politique le 17 octobre 2019 qui a entrainé la démission de Saad Hariri, c’est Hassan Diab qui lui succède à partir du 11 février 2020. Suite à la catastrophe du 4 août, et la pression de la population accusant le Gouvernement d’être responsable de l’explosion meurtrière, le PM démissionne le 10 août 2020.

La Communauté internationale se mobilise pour aider le Liban. Le Groupe International de Soutien (GIS) pour le Liban a plusieurs fois indiqué être prêt à apporter toute son aide et expertise technique pour accompagner le Liban dans son programme de redressement, notamment sur les questions prioritaires aujourd’hui posées de restructuration de la dette, de valeur de la livre ou encore de mise en place d’un contrôle formel des changes. Des réformes et mesures tangibles et visibles sont également attendus notamment dans le secteur stratégique de l’électricité.  

Dans ce cadre, la conférence CEDRE (organisée en avril 2018), reste une feuille de route valable et d’actualité. Considérée comme un « contrat de confiance » entre le Gouvernement libanais (qui s’est engagé à mettre en place les réformes nécessaires pour redresser une situation économique et financière qui est plus que délicate) et la communauté internationale (qui est prête à mobiliser 11 Mds$ pour moderniser les infrastructures), la CEDRE tarde à être mise en œuvre faute d’avancées concrètes dans les domaines des réformes.    

Suite à la catastrophe du 4 août, la communauté internationale, et la France en tout premier lieu, s’est mobilisée pour fournir une aide humanitaire d’urgence. Le Président de la République française s’est déplacé à deux reprises à Beyrouth en l'espace d'un mois.

        - D'abord le 6 août pour se rendre sur les lieux du sinistre et rencontrer la population et les Autorités libanaises. A la suite de sa visite, une Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais, co-présidée par les Nations-Unies et la France, a été organisée le 9 août 2020. Un peu plus de 252 M€ d’aides d’urgence ont été annoncées (dont 30 M€ de la France). En parallèle, les autorités françaises mais aussi les entreprises françaises (Saint Gobain, Sanofi, CMA-CGM, Schneider Electric, Carrefour, Danone, Eiffage...) se sont immédiatement mobilisées pour venir en aide au Liban. Cette aide s’est matérialisée à travers des dons alimentaires, de matériaux de construction et de médicaments acheminés via le porte hélicoptère Tonnerre, le navire roulier Calao et le navire CMA-CGM. Plus de 3200 T ont ainsi été acheminées au Liban en l’espace de trois semaines. 

        - Ensuite, du 31 août au 2 septembre, pour faire un premier bilan de l'aide humanitaire, notamment française, fournie au Liban mais également pour encourager le nouveau Premier Ministré désigné, Mustapha Adib, à former rapidement un Gouvernement. Dans le même temps, une feuille de route des réformes et mesures prioritaires à mettre en oeuvre, dans un délai de 6 à 12 semaines, a été présentée et acceptée par l'ensemble des forces politiques libanaises le 1er septembre.

Enfin, sur le plan commercial, le volume des échanges bilatéraux a atteint 621 M€ en 2019 (contre 802 M€ en 2018). Les exportations françaises vers le Liban ont été ramenées de 748 M€ en 2018 à 560 M€ en 2019 alors que les importations françaises à partir du Liban ont atteint 61 M€ en 2019 (contre 54M€ en 2018). La France est le huitième fournisseur du Liban (3,8% de parts de marché) et son quatorzième client. Une centaine d’entreprises françaises sont établies au Liban dans des secteurs variés, tels que l’agro-alimentaire, les télécommunications et les services financiers. Plus de 4 700 entreprises françaises ont exporté au Liban en 2018.

 

Principaux indicateurs en 2019

Superficie

10 452 km²

Population

6,1 millions (dont 1,2 millions de réfugiés)

Nature du régime

République parlementaire

Chef de l'Etat

M. Michel Aoun (depuis le 31 octobre 2016;reconduit le 1er février 2019)

Président du Conseil des Ministres

M. Mustapha Adib, Premier Ministre désigné depuis le 31 août 2020

Président du Parlement

M. Nabih Berry (depuis 1992)

PIB nominal

50 Mds$ (2019)

Croissance en volume du PIB

-6,5% (2019); >-20% en 2020

Inflation moyenne

+112% (juillet 2020)

Composition du PIB par secteur (2018):

- Agriculture:

- Industrie:

-Services

 

4%

17%

79%

Solde budgétaire (en % du PIB)

-10%

Dette publique (en % du PIB)

190%

Solde de la balance commerciale (en % du PIB)

-28%

Solde de la balance courante (en % du PIB)

-25%

Avoirs bruts en devises de la Banque Centrale

28 Mds$ (septembre 2020)

 

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