Le commerce extérieur du Kazakhstan en 2019

Malgré la poursuite de la croissance du PIB, le volume des échanges du Kazakhstan n’a augmenté que de 2,8 % en 2019 après 20,5 % en 2018, dégageant un excédent commercial de 19,3 Mds USD. Les exportations kazakhstanaises sont toujours largement dominées par les produits des industries extractives et plus particulièrement le pétrole brut. La composition des importations évolue peu, celles-ci restant majoritairement constituées de biens d’équipement et de biens intermédiaires. Concernant les partenaires clés, l’Union européenne maintient sa position de principal client tandis que la Russie demeure le premier fournisseur du pays. La Chine s’affirme comme le 2e partenaire du Kazakhstan, à la fois comme client et comme fournisseur. A noter la progression constante de la Corée du sud, à l’image du reste des pays d’Asie, maintenant 3e fournisseur (principalement de machines et appareils mécaniques) et 6e client (principalement du pétrole) du Kazakhstan.

1. Un net ralentissement de la progression des échanges commerciaux.

Sur l’ensemble de l’année 2019, le commerce extérieur du Kazakhstan représentait, pour les biens, 96,1 Mds USD dont 57,7 Mds USD d’exportations et 38,4 Mds USD d’importations. Dans un contexte de prix moyen du baril de pétrole en légère baisse en 2019, malgré des cours plus élevés qu’en 2014-2016, les échanges commerciaux du Kazakhstan déçoivent comparativement à l’année précédente. Les exportations baissent de -5,4 % (+26,3 % en 2018), tandis que les importations progressent de 18,2 % (+10,9 % en 2018). Avec 19,3 Mds USD soit 10,7 % du PIB, l’excédent commercial se réduit fortement par rapport à 2018, où il avait atteint 28,5 Mds USD et représentait alors 15,9 % du PIB.

Evolution des importations, des exportations et du solde du commerce extérieur du Kazakhstan de 2009 à 2019 (en Mds USD)

Evolution de l'excédent commercial du Kazakhstan en proportion du PIB

2. Des exportations dominées par les matières premières et des importations par les biens d’équipement.

Peu diversifiées, les exportations kazakhstanaises sont constituées à 67,1 % de produits énergétiques et surtout de pétrole brut qui représente à lui seul environ 58,2 % des exportations du pays. Au total en 2019 le Kazakhstan aurait extrait 91,4 Mt de pétrole et condensat de gaz (env. 1,931 millions de barils/jour). Près de 80 % de cette production est destinée à l’exportation, soit 70 Mt pour un montant de 33,6 Mds USD, en hausse de 0,3 % en volume mais en baisse de -11 % en valeur par rapport à 2018. Selon le rapport BP de 2020, le Kazakhstan était le 13e producteur mondial de pétrole en 2019 (2,0 % du total de la production mondiale en 2019 et 1,7 % des réserves mondiales prouvées). On notera que la poursuite de la hausse de la production nationale de pétrole s’explique une nouvelle fois par la montée en puissance de l’exploitation du gisement géant de Kashagan, qui produisait env. 380 000 barils / jour à la fin de l’année 2019 contre 300 000 barils / jour à la fin de l’année 2018.

Selon la même source, le Kazakhstan produit également 0,6 % du gaz naturel et 1,2 % du charbon au niveau mondial en 2019. Le Ministère kazakhstanais de l’Énergie a annoncé une augmentation de la production totale de gaz naturel, qui aurait atteint 56,4 milliards de mètres cubes en 2019 (+4,4 % par rapport à 2018), dont 33,1 Mds m3 commercialisable (-0,6 %). Les exportations se sont élevées à près de 19,5 Mds m3 soit 3,5 Mds USD en 2019 (+50 % en volume, +15 % en valeur). Cette tendance à la hausse s’explique principalement par une forte hausse des livraisons vers la Chine. En 2018, KazMunayGaz (KMG, compagnie pétrogazière nationale) et son partenaire chinois CNPC sont convenus de porter le volume de gaz kazakhstanais exporté vers la Chine à 10 Mds de m3 par an. En 2019, ce volume était de 7,5 Mds de m3 par an, en hausse de 400% par rapport à 2017.

En ce qui concerne le charbon, la production a atteint 111,1 millions de tonnes (-6,0 % en volume) en 2019. 57,2 % de cette production a alimenté le complexe énergétique national tandis que 25,2 % a été exporté (le reliquat constituant la consommation des ménages et des entreprises).

Enfin, le Kazakhstan demeurait en 2019 le premier producteur mondial d’uranium avec près de 40% de la production mondiale (6% pour le seul gisement de Tortkuduk et Muyunkum), une production destinée à l’exportation. Le volume a atteint 22 742 tonnes en 2019 (en hausse +5 %, alors que Kazatomprom communique sur une baisse de 20 % par rapport à la production maximale théorique). Elle est surtout exportée vers la Chine (plus de 50 % du total) et dans une moindre mesure vers le Canada, la Russie et la France.

En 2019, les autres principaux postes d’exportation du Kazakhstan étaient, dans cet ordre : les métaux et produits métalliques (14,1 %), les autres produits minéraux (5,7 %), les produits agroalimentaires (4,5 %) et les produits chimiques (3,8 %).  

Le poids des hydrocarbures dans les exportations en hausse en 2018, s’est stabilisé en 2019 : leur part dans le total est d’environ 67 %. En incluant la métallurgie, les produits des industries extractives représentent plus de 80 % des exportations du pays.

Exportations par catégorie de produits

En 2019, la structure des importations était une nouvelle fois très proche de celle des années précédentes, se composant à 44,1 % de machines industrielles et matériels de transport (40,3 % en 2018), à 13,7 % de produits chimiques (16,4 % en 2018), à 11,7 % de métaux et produits métalliques (12,5 % en 2018) et à 9,2 % de produits agroalimentaires (10,2 % en 2018), pour l’essentiel.

3. L’Union Européenne, première source de revenus pour le Kazakhstan

 L’Union européenne (UE) a certes maintenu sa position de premier partenaire commercial de Nour-Soultan en 2019, mais l’écart se resserre peu à peu avec l’Asie qui  devient un client de plus en plus important.

Répartition géographique des exportations kazakhstanaises

L’UE était à l’issue de l’année 2019 toujours le premier débouché du Kazakhstan avec 42 % (24,2 Mds USD) des exportations kazakhstanaises (contre 49,6 % et 30,2 Mds USD en 2018). Son poids relatif est cependant au plus bas depuis 2008, au contraire de l’Asie qui absorbe maintenant presque un tiers des exportations kazakhstanaises (32,2% en 2019, en hausse constante depuis 2015)

Les principaux clients du Kazakhstan

Au sein de l’UE, les trois premiers clients du Kazakhstan sont toujours l’Italie (premier client du Kazakhstan avec 14,5 % des exportations du pays, soit 4,8 points de pourcentage – pp – de moins qu’en 2018), suivie des Pays-Bas (7,6 % et 2,6 pp de moins qu’en 2018) et de la France (6,3 %, stablepar rapport à 2018). L’Italie achète 21,3 % du pétrole brut kazakhstanais exporté, les Pays-Bas 11 %, la France 8,9 %[1].

L’Espagne est également un pays importateur significatif pour le Kazakhstan avec 3,8 % des exportations kazakhstanaises. Enfin, la Roumanie absorbe environ 3 % des exportations kazakhstanaises.

Après 2018, les pays d’Asie ont encore renforcé leur position de 2ème marché de destination des produits kazakhstanais en 2019 (32,2 % des exportations kazakhstanaises, soit 5,9 pp en plus).

En 2019, la Chine est restée le deuxième pays importateur de produits kazakhstanais derrière l’Italie, en augmentant sensiblement son poids dans les exportations kazakhstanaises (13,6 % des exportations kazakhstanaises soit 3,3 pp de plus qu’en 2018), tandis que la Corée du Sud est maintenant le deuxième importateur de la zone, affichant une progression rapide (5,3 % des exportations kazakhstanaises, soit +0,4 pp en un an et +2,6 pp en deux ans). La Turquie et l’Inde suivent, absorbant respectivement 4,0 % et 2,7 % des exportations kazakhstanaises.

La Communauté des Etats indépendants (CEI) maintient sa 3ème place en 2019 et atteint même son plus haut niveau depuis 2004  avec 17,7 % des exportations kazakhstanaises, soit 2,1 pp de plus qu’en 2018.

La part de marché des pays membres de l’Union économique eurasiatique (UEEA) est également en hausse (10,9 % des exportations kazakhstanaises, soit 1,3 pp de plus qu’en 2018) et reste nettement dominée par la Russie, 3ème importateur de produits kazakhstanais (9,7 % des exportations kazakhstanaises, soit 2,1 pp de plus qu’en 2018). Les pays de la CEI hors UEEA absorbent 6,8 % des exportations kazakhstanaises (+0,8 pp).

Les pays d’Europe hors UE représentent quant à eux 5,5 % des exportations kazakhstanaises, en baisse de 0,5 pp par rapport à 2018, avec presque exclusivement la Suisse qui absorbe 4,6 % des exportations kazakhstanaises (en recul de 0,1 pp). La Suisse achète env. 6,7 % du pétrole brut kazakhstanais exporté.

Enfin, la part du continent américain dans les exportations kazakhstanaises reste modeste. Elle atteint 2,2 % en 2019, soit une progression de 0,3 pp par rapport à 2018. Le principal partenaire de Nour-Soultan sur le continent américain sont les États-Unis (1,6 %, constant).

4. La Russie, fournisseur incontournable du Kazakhstan. 

La répartition géographique des importations kazakhstanaises se distingue par l’importance de la Russie.

Les principaux fournisseurs du Kazakhstan

La CEI représentait 42,6 % des importations kazakhstanaises en 2019, soit un recul de 4,7 pp en deux ans. Au sein de cette zone, les pays membres de l’UEEA dominent, avec 39,1 % des importations kazakhstanaises (-1,5 pp). Ce chiffre traduit surtout en réalité une position de force de la Russie, celle-ci détenant 36,7 % des parts de marché (pdm) au Kazakhstan (-1,4 pp). A noter également la présence bien ancrée de la Biélorussie au cours de ces dernières années (pdm de 1,7 %, -0,1 pp). De même, l’Ouzbékistan, pays en cours d’ouverture économique depuis 2016, est présent dans le top-10 des fournisseurs du Kazakhstan (pdm de 2 % en 2019, -0,6 pp).

Prise dans son ensemble, l’UE a été dépassée par la Chine pour la première fois depuis 2012 et est ainsi devenu le 3e fournisseur du Kazakhstan en 2019, avec une pdm de 15,8 % soit 3,3 pp de moins qu’en 2018. Parmi les pays de membres de l’UE fournisseurs du Kazakhstan, l’Italie arrive en tête avec 4,1% des importations kazakhstanaises (-0,5 pp) dépassant l’Allemagne qui recule à 3,7 % de pdm (-1,3 pp) et de la France avec 1,8 % (-0,2 pp).

En 2019, la part de marché de la Chine a progressé pour la troisième année consécutive, atteignant 17,0 % (+0,5 pp).

Bien que limitée, la place de l’Amérique est bien plus importante en tant que fournisseur du Kazakhstan qu’en tant que client avec 4,6 % de part de marché, en baisse de 0,6 pp par rapport à 2018. Le principal fournisseur de cette zone sont les Etats-Unis avec 3,5 % des importations kazakhstanaises en 2019, soit une part de marché en baisse de 0,5 pp par rapport à 2018. Le Canada arrive très loin derrière (0,5 % de pdm).

Les pays d’Europe hors UE et l’Afrique ne représentent qu’une part infime des importations kazakhstanaises, avec des parts de marché de 1,7 % et 0,6 % respectivement.

 

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L’analyse de la structure géographique de la balance commerciale met en évidence le caractère stratégique, pour le Kazakhstan, des relations commerciales aussi bien avec l’Union européenne (comme client) qu’avec la Russie (comme fournisseur). En effet, la Russie représente à elle seule près de 40% des importations kazakhstanaises tandis que l’Union européenne fournit au Kazakhstan l’essentiel de ses revenus commerciaux en absorbant certaines années la moitié des exportations kazakhstanaises, avec un solde des échanges très favorable au Kazakhstan qui réalise un excédent commercial dans ses échanges avec l’UE quasiment égal à son excédent commercial total.

Le caractère décevant de l’UEEA comme débouché pour les exportations kazakhstanaises tend à se confirmer au fil des ans, alors que les importations depuis les pays de l’UEEA sont plutôt à la hausse : même si cela n’a pas été le cas en 2019, au cours des cinq dernières années, le poids de la Russie comme fournisseur s’est globalement renforcé.

Le poids de l’UE parmi les clients du Kazakhstan s’est réduit dans le contexte de baisse des cours du pétrole en 2019 par rapport à 2018, celui-ci occupant une place primordiale dans les exportations vers l’UE. Enfin, à la fois fournisseur et client important, la Chine progresse et s’affirme comme 3e partenaire commercial du Kazakhstan.


[1] Ces trois pays voient leurs majors pétrolières impliquées dans l’exploitation des principaux gisements kazakhstanais et sont aussi dotés de terminaux pétroliers qui en font des portes d’entrée du pétrole kazakhstanais en Europe.

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