La situation économique et financière du Kazakhstan

 

D’une superficie égale à cinq fois la France, avec une population de 18 M d’habitants, le Kazakhstan est la première économie d’Asie centrale, concentrant plus de 50% du PIB de la région, soit 182 Mds USD en 2019, pour un PIB par habitant d’environ 9 750 USD. Après trois années de croissance du PIB à environ 4%, l’économie kazakhstanaise devrait connaitre sa première année de récession depuis 1998 en raison de la crise liée à l’épidémie de coronavirus. La prévision de croissance est désormais à -2,7% selon le FMI contre 3,6% dans les prévisions antérieures à la crise. La réponse des autorités à la crise économique est sans précédent avec un plan de soutien estimé à près de 7% du PIB.

I. La crise liée à la pandémie mondiale de COVID-19 fait plonger une économie tirée par les hydrocarbures dans la récession

Le Kazakhstan a été touché par une première vague épidémique entre mars et mai 2020 à laquelle les autorités ont rapidement répondu par la mise en place de l’état d’urgence et des mesures de confinement dans plusieurs villes du pays dont notamment Nour-Soultan et Almaty du 19 mars au 11 mai. Après une accalmie, l’épidémie a toutefois connu une brusque recrudescence à partir de la fin du mois de juin, obligeant les autorités à remettre en place des mesures de confinement au cours du mois de juillet. Un regain épidémique à partir de novembre a obligé les autorités à reprendre des mesures pour limiter les regroupements de personnes entre le 25 décembre 2020 et le 5 janvier 2021.

Au 22 décembre 2020, près de 150 000 de cas de Covid-19 ont été détectés au Kazakhstan et plus de 700 nouveaux cas étaient annoncés quotidiennement. Le pays compte par ailleurs officiellement 2 147 décès liés au Covid-19 mais ce chiffre apparaît nettement sous-évalué, notamment en raison d’une définition très restrictive des décès liés au Covid-19.   

En dépit des politiques de diversifications affichées, l’économie kazakhstanaise repose encore essentiellement sur l’extraction d’hydrocarbures. Le secteur pétro-gazier du Kazakhstan représente environ 17% du PIB et environ deux tiers des exportations. Le pays dispose de 2% des réserves mondiales de pétrole (12ème rang mondial). Le Kazakhstan est en outre le premier producteur mondial d’uranium et dispose d’importantes réserves de fer, manganèse, chrome, charbon et potassium, etc.

Une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 4% a été atteinte entre 2017 et 2019, notamment grâce à l’augmentation de la production d’hydrocarbures et à la hausse de leurs cours. L’économie kazakhstanaise est donc aujourd’hui touchée par la crise à la fois du fait des restrictions liées à l’épidémie de Covid-19 mais aussi par la baisse des cours des hydrocarbures (chute du prix du baril de Brent sous 30 dollars en avril et mai).

En effet, l’indicateur d’activité économique de la Banque centrale est tombé à 37,2 en avril puis 44 en mai avant de remonter progressivement tout en restant légèrement inférieur à 50 au cours des six mois suivants (un niveau inférieur à 50 signifiant une contraction de l’activité). Par ailleurs, selon le ministère de l’Economie, le PIB aurait reculé de 2,8% sur janvier-novembre en g.a. Sur la même période, les ventes de détail se sont contractées de 5% en g.a. et la production industrielle 0,8% en g.a.

Concernant le commerce extérieur, au cours des dix premiers mois de l’année, les exportations et les importations ont diminué de respectivement 18,6% et 5,2% en avril en g.a. Le solde de la balance commerciale reste largement excédentaire (7,9 Mds USD) mais réduit de moitié en g.a. Le compte courant, déficitaire depuis plusieurs années (environ -2,9% du PIB en 2019), devrait se maintenir à un niveau comparable en 2020.

La Banque centrale estime le déficit du compte courant à 3,8 Mds USD au cours des trois premiers trimestres 2020. Ce dernier est notamment lié, comme les années précédentes, au déficit de la balance des revenus, lui-même imputable à des flux sortants de dividendes et d’intérêts émanant du secteur extractif. Le pays couvre en effet ses besoins en capitaux pour mettre en exploitation des gisements comme ceux de Kashagan et Tengiz par des financements étrangers dans le cadre d’accords de partage de production. De fait, plus de 80% – 81,6 Mds USD – de ces prêts interentreprises concernent l’investissement dans le secteur de l’extraction d’hydrocarbures, soit 51% du total de la dette extérieure kazakhstanaise. Cette dernière est, notamment pour cette raison, l’une des plus importantes parmi les pays de la CEI, s’élevant à environ 160 Mds USD au 1er juillet 2020 soit près de 90% du PIB.

A noter que les flux d’IDE entrants nets se sont maintenus à un niveau comparable à l’année dernière au cours du premier semestre (1,9 Md USD).

Après une année de récession avec un recul du PIB qui devrait atteindre -2,7% en 2020 le cycle de croissance devrait reprendre à partir de 2021 avec une croissance prévue à 3% selon le FMI.

II. Un plan de relance historique pour répondre au défi

La réponse des autorités semble à la mesure de l’ampleur de la crise, avec la mise en œuvre d'un plan anti-crise qui devrait atteindre un montant global de 12 Mds USD (environ 7% du PIB), dont près de la moitié tiré de ressources budgétaires.

Le plan anti-crise comprend notamment des mesures sociales : une aide extraordinaire de 42 500 KZT – environ 90 EUR – versée à deux reprises pendant la période de confinement aux Kazakhstanais ayant perdu leurs revenus suite à l’instauration de l’état d’urgence, une revalorisation de 10% de toutes les retraites et prestations sociales et un renforcement du programme «Feuille de route pour l’emploi » ambitionnant de créer 250 000 emplois dans des projets d’infrastructures locaux et nationaux. Selon les sources officielles, 4,6 millions de Kazakhstanais – ¼ de la population du pays – auraient bénéficié de l’aide de 42 500 KZT – sur 8 millions qui en auraient fait la demande – et 321 Mds KZT auraient été déboursés dans ce cadre, soit environ 800 M USD.

D’autre part, des dispositifs de soutien aux PME et au secteur agricole ont été mis en place avec l’octroi massif de prêts subventionnés, avec des taux annuels de 6 à 8 % selon le dispositif utilisé (programme « Économie des choses simples », Fonds de roulement des prêts pour les PME ou  Société de crédit agraire).

Le plan comporte aussi un objectif de limitation de l’inflation et de stabilisation du taux de change. La Banque centrale est ainsi intervenue à hauteur d’environ 1,5 Md USD en mars afin de lisser les fluctuations de la devise nationale en période de forte volatilité. De plus, en raison notamment des transferts massifs du Fonds national vers le budget (cf. infra), la Banque centrale a procédé à la vente de devises étrangères détenues par le Fonds national à hauteur de 7,7 Mds USD entre mars et novembre 2020 (soit en moyenne environ 850 M USD par mois). En dehors des interventions directes, diverses méthodes ont été utilisées par la Banque centrale pour limiter les pressions à la baisse sur le cours de la monnaie nationale, comme l’interdiction pour les sociétés publiques d’acheter des dollars sur le marché des changes sans nécessité et l’obligation pour celles-ci de vendre une partie de leurs recettes d'exportation sur le marché des changes du pays.

En matière de taux directeur, la Banque centrale a dans un premier augmenté son taux directeur le 10 mars de 275 pdb à 12% suite à la chute des cours des hydrocarbures, avant de l’abaisser de 250 pdb à 9,5% le 3 avril 2020, puis de 50 pdb à 9% le 20 juillet 2020.

Ces mesures semblent avoir porté leurs fruits du côté de la devise nationale qui ne se déprécie plus que de 9,2% par rapport au dollar au 22 décembre depuis le début de l’année. L’inflation reste toutefois pour sa part assez élevée, à 7,3% en novembre en g.a., au-dessus du corridor cible de la Banque centrale de 4 à 6% pour 2020.

Les fragilités du système bancaire kazakhstanais, antérieures à la crise actuelle, demeurent. La diversification de l’économie kazakhstanaise n’est pas soutenue par un secteur bancaire qui remplit peu son rôle de financement de l’économie car partiellement orienté vers les grands groupes publics et surtout sous dimensionné. En effet, les crédits bancaires représentent seulement environ 20% du PIB. De couteuses recapitalisations de banques kazakhstanaises ont été réalisées entre 2017 et 2019. Le dernier sauvetage de grande ampleur en date, celui de Tsesna Bank, alors 2ème banque du pays par les actifs, a nécessité une injection de l'ordre de 2% du PIB en fonds publics en 2019. Selon la Banque centrale le taux de prêts non performants est retombé à 7,9%, toutefois ce chiffre pose question et les retraits de licences bancaires restent réguliers. En septembre 2020, Tengri Bank – 19ème banque sur 27 en matière d’actifs – s’est vu retirer sa licence.

III. Le Kazakhstan peut compter sur de solides réserves et le soutien des Institutions financières internationales

Le déficit public se creuse suite à la mise en place d’une politique contra cyclique (cf. supra), le niveau d’endettement restant toutefois soutenable avec une dette publique totale – directe et garantie – estimée à 48 Mds USD en septembre 2020, soit environ 27% du PIB. L’augmentation des dépenses est essentiellement financée par une augmentation de 5,4 Mds USD des transferts du Fonds national vers le budget, s’ajoutant aux 7,4 Mds USD de transferts initialement prévus. Le déficit non pétrolier devrait ainsi dépasser les 11% du PIB.

Proche de l’équilibre en 2019 (-0,6% du PIB), le solde public serait largement déficitaire en 2020, à hauteur de -3,5% du PIB selon la dernière loi budgétaire rectificative (-5,3% du PIB selon le FMI). Le déficit devrait retomber à -3,3% en 2021 selon le FMI.

Dans cette crise, le pays peut compter sur l’appui des institutions financières internationales. En juin 2020, la Banque asiatique de développement et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures ont approuvé des prêts budgétaires de respectivement 1 Md USD et 662 M USD en faveur du Kazakhstan pour financer les mesures de lutte contre les conséquences de la pandémie.

D’autre part, le Kazakhstan dispose de moyens financiers considérables, notamment un Fonds national estimé à environ 58 Mds USD (1/3 du PIB) et des réserves de changes atteignant 32,5 Mds USD au 1er décembre 2020, couvrant environ 9 mois d’importations. 

Clause de non-responsabilité - Le service économique s'efforce de diffuser des informations exactes et à jour, et corrigera, dans la mesure du possible, les erreurs qui lui seront signalées. Toutefois, il ne peut en aucun cas être tenu responsable de l'utilisation et de l'interprétation de l'information contenue dans cette publication.

Publié le