Indicateurs et conjoncture

 

La crise sanitaire internationale a prolongé, en 2020, la récession imputable au passage du cyclone Kenneth qui a affecté l'archipel l'année précédente. En témoignent la dégradation rapide de la balance des paiements ainsi que le creusement du déficit public. Des aides d’urgence sont mobilisées (dons et prêts) et devraient permettre de répondre aux besoins de financement induits.

 

Un pays caractérisé par une forte fragilité politique malgré des améliorations constatées depuis l’adoption d’une nouvelle constitution en 2001

Depuis l’indépendance en 1975, le pays a régulièrement connu des crises politiques résultant d’interventions extérieures (coups d’Etat et mercenariat) et des velléités d’indépendance d’Anjouan. Toutefois, à la suite de l’adoption en 2001 d’une nouvelle constitution consacrant l’autonomie des îles et instituant une présidence tournante entre elles, le pays avait retrouvé une relative stabilité, renforcée par l’amendement constitutionnel de 2009 fixant le mandat présidentiel à cinq ans non renouvelable. Ce fragile équilibre a été remis en cause en 2018, avec une révision constitutionnelle (initiée en 2016) affaiblissant l’autonomie des îles et instituant une présidence tournante à la suite de deux mandats de cinq ans au lieu d’un sur chaque île.

L’archipel se situe au 160ème rang sur 188 au classement des pays selon l’IDH. Cette situation s’explique notamment par la mauvaise répartition des fruits de la croissance : selon les derniers chiffres diffusés par le PNUD, relatifs à l’année 2014, le coefficient de Gini se situe à 0,643, ce qui place les Comores dans le quartile des pays les plus inégalitaires au monde.

 

Eléments structurels de l’économie

L’économie comorienne se trouve dans un équilibre « sous-optimal », caractérisé par une croissance lente et un faible taux d’investissement. Sur 2000-2019, la croissance s’est établie à 2,9% ; celle du revenu par tête à 0,4%. L’économie de l’archipel de 851 000 habitants est très peu diversifiée, minée par la faiblesse des infrastructures et les difficultés de gouvernance qui pèsent sur l’environnement des affaires (160ème sur 190 au Doing Business 2020). Elle est dominée par des acteurs de petite taille relevant surtout du secteur informel. Les services contribuent le plus à la croissance (55% du PIB, en nette augmentation depuis 10 ans), correspondant principalement à la restauration et au petit commerce.

La fragilité sociale des Comores est particulièrement marquée. L’archipel est 165ème sur 189 selon l’IDH. Plusieurs des sous-indicateurs de l’IDH sont alarmants. Le taux d’emploi atteindrait 54 % de la population et plus de 70 % des personnes en activité correspondraient à des travailleurs pauvres.

 

Conjoncture économique

Selon les estimations du FMI, la croissance aurait atteint 1,9% en 2019, contre 3,6% en 2018. Cette baisse de l’activité s’explique par le passage du cyclone Kenneth en avril 2019 dont les dégâts associés ont été estimés à 150 MUSD. En 2020, la croissance serait négative à -1,2 %, conséquence notamment de la chute des transferts de la diaspora, à hauteur de 3 points de PIB.   

Stabilisée autour de 2,0% depuis 2013 du fait de l’ancrage de la monnaie locale sur l’euro, l’inflation a toutefois atteint 3,3% en 2019. Elle serait de 3,0% en 2020 et repartirait à la baisse dès 2021.

 

Finances publiques

Le déficit budgétaire devrait se creuser, à 3,8% du PIB en 2020, contre 2,2% du PIB en 2019 et 1,0% en 2018 - chute imputable à la baisse significative des recettes douanières liée à la crise à une hausse de 2 points de PIB des dépenses de santé. Les dons représentent encore près de la moitié des recettes totales. Les dépenses courantes sont pour leur part composées pour plus de moitié par les salaires des fonctionnaires et restent supérieures aux recettes hors-dons. Dans ce contexte, la matérialisation des ambitions du président dépend pour beaucoup des financements internationaux.

 

Balance des paiements

Le déficit courant s’inscrirait à 5,7% du PIB en 2020, après 3,8% en 2019 et 2,8% en 2018. La base exportatrice est faible et correspond aux trois quarts aux produits de rente : girofle, vanille, ylang-ylang. En 2019, d’après le FMI, les exportations auraient ainsi représenté 3,6% du PIB, contre 21,0% pour les importations, résultant en un déficit commercial de 17,4% du PIB. Du fait d’importants transferts de la dias­­­­po­ra, (12,1% du PIB en 2019), le déficit courant est très inférieur au déficit commercial. Il est essentiellement financé par l’aide au développement, les IDE étant faibles, à moins d’un point de PIB.

 

Endettement public

Le risque de surendettement est jugé modéré par le FMI. L’endettement auprès de créanciers bilatéraux émergents pourrait toutefois dégrader le profil de la dette. La dette extérieure, entièrement publique, s’établirait à 23,6% du PIB en 2019 : en hausse de 5 points depuis l’achèvement PPTE en 2013. Les Comores cumulent des arriérés sur la dette externe pour 5,7 MUSD (0,5 % du PIB) à fin novembre 2019.

Fin 2018, la dette publique externe était détenue à 40 % par des créanciers multilatéraux ; le reste étant détenu par des créanciers bilatéraux. La quasi-totalité de la dette bilatérale (98%) a été contractée auprès de pays non-membres du Club de Paris dont l’Arabie Saoudite (45 MUSD), l’Inde (39 MUSD) et la Chine (31 MUSD).

Le FMI estime les besoins de financement additionnels externes et budgétaires liés à la crise à 5,2% et 4,7% du PIB respectivement, pour la période 2020-2021. Ils seraient comblés par l’augmentation des dons (de 1,7% du PIB) et les emprunts extérieurs (+2,6% du PIB).

 

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