COMORES
Situation économique et financière
Les fondamentaux macroéconomiques des Comores se sont renforcés en 2025. La croissance a atteint +3,8 %, avec une croissance démographique autour de +2%, tandis que l'inflation a nettement ralenti grâce à la baisse des prix à l'importation et à l'amélioration des conditions d'approvisionnement. Les perspectives demeurent toutefois entourées d'incertitudes, outre un climat des affaires dégradé, les répercussions du conflit au Moyen-Orient étant susceptibles de renchérir durablement les importations d'énergie et les coûts du transport maritime. Si les finances publiques continuent de s'assainir, avec une réduction du déficit primaire soutenue par la progression des recettes fiscales, les vulnérabilités structurelles persistent. Le FMI continue de juger la dette publique soutenable, malgré un risque élevé de surendettement, tandis que le déficit courant s'est creusé sous l'effet des importants besoins d'importation, même si les réserves de change demeurent à un niveau confortable grâce aux transferts de la diaspora et aux financements extérieurs.
1. Les fondamentaux macroéconomiques s’améliorent, mais sont fragilisés par les tensions géopolitiques
L’Union des Comores est une petite économie insulaire de 910 000 habitants, dont les deux tiers vivent en milieu rural. L’économie informelle est estimée à 60 % du PIB selon la Banque africaine de développement. Son PIB par habitant est estimé de 1769 USD en 2025, classant le pays parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inferieure (PRITI). La croissance a augmenté en 2025 (+3,8 %, après +3,3 % en 2024), pour un taux de croissance démographique autour de +2 %, portée principalement par une progression soutenue du crédit domestique (+13,8 % en 2025, après +6,8 % en 2024), en particulier le crédit au secteur privé (+9,7 % en 2025, après + 1,6 % en 2024). Les services (50 % du PIB) sont restés un moteur important de l'activité, tandis que l'industrie a enregistré une croissance de +5,3 %, malgré une contribution limitée au PIB en raison de son faible poids dans l'économie. L'activité a également bénéficié des investissements dans les infrastructures (ports, routes et hôtels) réalisés dans le cadre de la préparation des Jeux de l'Océan Indien 2027 ainsi que ceux portés par les bailleurs. Le montant de l’APD (en versements nets), principalement en dons, a atteint 197,5 M USD en 2024 selon l’OCDE La consommation des ménages s'est renforcée grâce au recul de l'inflation, un effet toutefois partiellement limité par l'ampleur du déficit commercial. Le taux de pauvreté reste cependant élevé (plus de 38%), le pays se classant par ailleurs au 152ème rang/193 dans l’indice du développement humain en 2023. L’indice de Gini était de 0,303 en 2024.
L’inflation est en baisse (+3,2 % en moyenne annuelle en 2025, après +5,0 % en 2024). L’inflation a connu un pic en mars 2025 (+7,3 % en glissement annuel), sous l’effet combiné de la hausse des dépenses alimentaires durant le mois de mars, liées au Ramadan, et de l’inflation alimentaire structurelle, tirée par les prix du riz et des produits carnés. Elle est retombée à +1,9 % en octobre, sous l’effet de la baisse des prix à l’importation et de l’amélioration des conditions d’offre, notamment agricoles. Dans ce contexte, la Banque centrale a ajusté sa politique monétaire : le taux de réserves obligatoires a été abaissé à 10 % en octobre 2025, tandis que le plafond d’absorption de liquidité a été relevé. En janvier 2026, elle a également réduit son principal taux directeur de 3 % à 2,5 %.
La dynamique de croissance des Comores devrait se poursuivre. La croissance est attendue en hausse en 2026 et 2027 (+4,1 %), soutenue par l'accélération des investissements publics et des activités touristiques liées à la préparation des XIIᵉ Jeux des îles de l'océan Indien, organisés aux Comores en 2027, avant de ralentir à +3,8 % en 2028, pour autant les IDE restent à un niveau très faible, avec un stock de 158 M USD en 2024 selon la CNUCED (autour de 11 % du PIB). À moyen terme, la consommation des ménages continuerait d'être soutenue par les transferts de la diaspora. Ces perspectives demeurent toutefois vulnérables aux répercussions du conflit au Moyen-Orient. La hausse des prix du pétrole et les perturbations des routes commerciales renchérissent les importations et alimentent les risques inflationnistes dans un pays qui importe la totalité de ses carburants et une large part de ses produits alimentaires. Des tensions d'approvisionnement et des comportements de stockage ont déjà conduit les autorités à rationner temporairement les carburants en 2026. Le FMI prévoit d'ores et déjà une hausse de l'inflation en 2026 (+3,7 %), avant un retour progressif autour de +2,5 % en 2027 et 2028. Le taux de change fixe qui est en place entre l’euro et le franc comorien (KMF) permet de modérer le niveau d’inflation. Les Comores sont un pays vulnérable, notamment du fait de l’impact du changement climatique et des catastrophes naturelles, particulièrement les cyclones (Kenneth en 2019). Le niveau dégradé des infrastructures, notamment les ports et le réseau électrique, et le climat des affaires difficile limitent le potentiel de croissance du pays. Les infrastructures portuaires devraient néanmoins être modernisées dans les prochaines années grâce au soutien de plusieurs bailleurs internationaux.
Le secteur financier comorien demeure peu développé et fragile, constituant l’un des principaux freins à la transformation économique du pays. À fin octobre 2025, les actifs du système financier représentaient environ 38 % du PIB, contre 35 % fin 2024. Le secteur reste fortement concentré : trois des neuf établissements de dépôt collectaient 69 % des dépôts et détenaient plus de 73 % des actifs. Sa rentabilité demeure fragile, six institutions, dont la banque postale publique SNPSF, affichant des pertes à fin juin 2025. La qualité des actifs reste également dégradée, avec un ratio de prêts non performants de 13,8 % à fin octobre 2025, contre 13,6 % fin 2024.
2. La position extérieure s’améliore, malgré des vulnérabilités budgétaires persistantes
En 2025, l’exécution budgétaire a été affectée par des tensions persistantes entre une mobilisation des recettes encore insuffisante et des pressions accrues sur les dépenses. Les recettes fiscales ont progressé à 8,9 % du PIB (après 8,1 % en 2024) portées notamment par un meilleur recouvrement de l’impôt sur le revenu et l’apurement partiel d’arriérés de la Société comorienne des hydrocarbures, mais restent en deçà de l’objectif de 9,3 %. Les recettes non fiscales ont diminué et les appuis budgétaires ont chuté, partiellement compensés par des dons plus élevés. Du côté des dépenses, les charges courantes et les investissements ont dépassé les prévisions, en lien notamment avec des transferts exceptionnels à fort impact social, dont le versement d’indemnités de licenciement aux employés de l’aéroport international dans le cadre de sa mise en concession, ainsi qu’avec certains investissements prioritaires, notamment dans l’énergie (achat de générateurs) et la santé. Malgré ces tensions, des arbitrages budgétaires ont permis de contenir l’augmentation globale des dépenses. Le déficit primaire domestique devrait ainsi se réduire à -1,3 % du PIB en 2025 (après -2,3 % en 2024), avant de se rapprocher de -0,8 % en 2026.
Le FMI continue de juger la dette publique comorienne soutenable, tout en maintenant une évaluation de risque élevé de surendettement. La dette publique est estimée à 33,0 % du PIB en 2025, après 35,0 % en 2024. Majoritairement extérieure (80,4 % de l'encours en 2024), elle est principalement composée de prêts concessionnels accordés par des créanciers officiels. Les créanciers multilatéraux détiennent environ 53,5 % de la dette extérieure, dominés par la Banque mondiale (IDA), devant le FMI et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique. Les créanciers bilatéraux représentent les 46,5 % restants, au premier rang desquels la Chine (24 % de la dette extérieure publique), suivie de l'Arabie saoudite (9,2 %) et de l'Inde (7,3 %).
La position extérieure demeure globalement résiliente, malgré un déficit courant estimé en hausse à -2,9 % du PIB (après -2,3 % en 2024). Sur les trois premiers trimestres de 2025, le déficit commercial de biens s'est réduit à -13,9 % du PIB (après -16,0 % en 2024), sous l'effet d'une légère baisse des importations. La progression des achats alimentaires et des biens d'équipement liés aux chantiers publics a été compensée par une diminution marquée des importations d'énergie, en lien avec la baisse des prix mondiaux. Les exportations ont fortement progressé, soutenues par des ventes exceptionnelles de ferraille, malgré la poursuite du recul des exportations traditionnelles de vanille et de girofle. Les importants transferts de la diaspora (18,1 % du PIB en 2025) et les décaissements des partenaires au développement ont continué d'amortir le déficit commercial. Les réserves internationales se sont renforcées, atteignant 7,6 mois d'importations à fin septembre 2025 (contre 7,0 mois fin 2024), un niveau supérieur au seuil d'adéquation retenu pour les petits États. Les perspectives extérieures demeurent toutefois exposées au conflit au Moyen-Orient, dont les répercussions pourraient renchérir durablement les importations d'énergie et les coûts du transport maritime, exerçant une pression supplémentaire sur le déficit courant et les réserves de change. Pour faire face à la hausse du prix des hydrocarbures, le gouvernement avait annoncé en mai une forte augmentation du tarif des carburants. Du fait de la forte contestation engendrée par cette annonce, ce projet de hausse a cependant été abandonné quelques jours plus tard.