La situation économique et financière du Kirghizstan

1.    Un pays agricole, fortement dépendant des exportations de métaux précieux et des transferts des migrants.
  • Le Kirghizstan est une république d’Asie centrale peuplée de 6,3 millions d’habitants au 1er janvier 2018. Son PIB était d’environ 7,2 Mds un PIB par habitant d’environ 1 282 USD (87 700 KGS). L’indice de développement humain est de 0,66, plaçant le pays au 120ème rang mondial en 2016.
  • L’économie repose fortement sur la production de la mine d’or de Kumtor – de 6 à 12% du PIB selon les années –, l’agriculture – 16% du PIB, 48% de la population active –, le tourisme – près de 5% du PIB –, et les transferts des migrants en particulier depuis la Russie – qui constituent un soutien essentiel à la consommation mais rendent le pays fortement vulnérable à la situation de l’économie russe.
  • Depuis l’adhésion du Kirghizstan à l’Union économique eurasiatique en 2015, l’économie fait face à des difficultés d’adaptation structurelles. Par ailleurs, les exportations de produits agroalimentaires kirghizes – lait, viande – sont limitées.
2.    Un déficit commercial structurel
  • Apres 3,8% en 2016 et 4,6% en 2017 - un résultat meilleur que prévu, grâce à la forte augmentation des transferts de migrants et à l’augmentation de 4% de la dépense publique - la croissance du PIB devrait atteindre 3,3% en 2018 selon le FMI. Les résultats de croissance du PIB en 2016 avaient également dépassé les prévisions des autorités et du FMI, qui, par ailleurs, ont du mal à appréhender l’économie souterraine importante du pays.
  • Les autorités prévoient une croissance de 3,6% du PIB en 2018. La croissance du PIB Kirghize a cependant marqué le pas au début de l’année 2018 en ne progressant que de 0,7% sur janvier-mai 2018 en g.a., notamment en raison d’une baisse de 20,9% de la production du secteur extractif sur la période.  Les chiffres de la croissance demeurent ainsi très dépendants des performances de la mine de Kumtor : la croissance hors mine de Kumtor a atteint 2,5% en janvier-mai 2018 en g.a.

Taux de croissance annuel du Kirghizstan par rapport aux pays de la zone entre 2007 et 2017

Graphique 1:

Source : FMI

 

  • Après avoir fortement chuté suite aux difficultés de l’économie russe – -2% en 2014 et -33% en 2015 –, les transferts de fonds de migrants ont connu deux années de hausses consécutives : +26% en 2016, puis +27% en 2017. Ils ont ainsi dépassé leur niveau de 2013, pour atteindre 2,2 Mds USD en 2017 – équivalents à environ 30% du PIB –.
  • Le niveau du déficit commercial structurel – plus d’un tiers du PIB – constitue un des principaux défis du pays : en 2017 les importations ont progressé de 13,8% pour atteindre 4,5 Mds USD (4,0 Mds USD en 2016), tandis que les importations ont progressé de 12,0% pour atteindre 1,8 Mds USD (1,6 Mds USD en 2016). Le déficit commercial continue à se creuser de 10,9% en 2017, atteignant 2,7 Mds USD – environ 37% du PIB – (2,4 Mds USD en 2016). La tendance s’est accentuée sur janvier-mai 2018 : les exportations ont atteint 530 M USD (-3,2% en g.a.) et les importations 1 619 M USD (+42% en g.a.), creusant le déficit commercial sur les cinq premiers mois de 55% en g.a. à 1 089 M USD.
  • Le déficit du compte courant a atteint 7,8% du PIB en 2017 et devrait s’établir à 13,6% en 2018 selon les estimations du FMI.
3.    Un déficit budgétaire moins élevé que prévu et une inflation sous la cible en 2017
  • Après 4,5% du PIB en 2016, le déficit budgétaire s’est limité à 3,5% du PIB en 2017 – en deçà des 4,7% du PIB en 2017 anticipés par le FMI –, en dépit de l’augmentation des dépenses liée à la campagne présidentielle. L’ambition des autorités est d’abaisser encore ce chiffre : elles prévoient ainsi d’atteindre 2,5% du PIB en 2018, ce qui pourrait nécessiter une politique plus rigoureuse. Dans ce cadre, le 30 mars 2018, le Kirghizstan a adopté une règle budgétaire limitant le déficit à 3% du PIB et l’endettement public à 70% du PIB, objectifs que le pays compte atteindre progressivement d’ici 2020.
  • Plusieurs institutions financières internationales et certains Etats apportent une aide budgétaire au Kirghizstan. Notamment le FMI, qui avait approuvé un programme de Facilité Elargie de Crédit en 2015 établi pour trois ans pour un montant total de 92,4 M USD. Ce dernier a été clôturé le 7 avril 2018 et la politique des bailleurs de fonds multilatéraux en matière de prêts et dons budgétaires pourrait être modifiée en conséquence. De son côté, la Russie a renouvelé son soutien budgétaire au Kirghizstan dans le cadre de l’activité du fonds russo-kirghize de développement (FRKD), abondé par la Russie en 2015 à hauteur de 500 M USD. En mai 2017, dans le cadre de son programme d’aide au développement aux pays d’Asie centrale, la Russie a effacé une dette de 240 M USD contractée par le Kirghizstan.
  • Le stock d’IDE a progressé de 3,6% en 2017, atteignant 5,5 Mds USD au 31 décembre 2017, après avoir augmenté de 13% en 2016, notamment suite aux financements russes dans le cadre du FRKD et à l’exploitation d’or de Kumtor par la compagnie canadienne Centerra.
  • Le Kirghizstan, qui a un régime de change flottant, suite à la dépréciation des monnaies de certains de ses principaux partenaires commerciaux,  avait vu sa monnaie se déprécier par rapport au dollar de façon régulière tout au long de l’année 2015 – -22% –, puis le som a connu un raffermissement de près de 10% en 2016, suivi d’une période de stabilité par rapport au dollar à partir d’avril 2016 qui se poursuit en 2018 à environ 69 KGS pour 1 USD.
  • Alors qu’en 2015 la Banque centrale était intervenue sur le marché des changes à hauteur de 200 M USD –  soit 18% de ses réserves en devises – pour freiner la dépréciation du som, la bonne tenue de la devise locale en 2016 lui a permis de reconstituer une partie de ses réserves qui atteignaient 2,2 Mds USD en janvier 2018– 6 mois d’importations –.
  • La dette externe, qui a connu une réduction due à l’appréciation du som, – 56,6% à fin 2016 contre 63,5% du PIB à fin 2015 – reste très élevée. Au 30 avril 2018, la dette publique extérieure – essentiel de la dette extérieure – atteignait 3,9 Mds USD, soit 54% du PIB (composée de 40% de prêts de multilatéraux et 60% de bilatéraux).
  • Après une inflation de 10,5% en 2014, et 3,4% en 2015, le Kirghizstan a connu une courte phase d’inflation négative en 2016 – -0,5% en g.a. –, en partie due à une appréciation du taux de change. En 2017, l’inflation a atteint 3,7%, un niveau inférieur à la cible de la Banque centrale de 5-7%. Dans ce contexte, le taux directeur, qui était de 10% fin 2015, a été baissé à 8% en mars puis à 5% en décembre 2016, taux actuellement en vigueur. En mai 2018, l’inflation a atteint 1,4% en g.a (pour une cible de la Banque centrale à 5-7% en 2018).
4.    Un secteur bancaire peu développé
  • Le secteur bancaire est fragmenté 25 établissements de créditet peu développé, le total des actifs bancaires représentant un tiers du PIB. Les institutions de microfinance – 162 établissements – enregistrent une croissance dynamique et comblent une importante demande privée non satisfaite par les banques – plus 50% du marché du crédit –.
  • Les indicateurs de stabilité du système bancaire demeurent assez satisfaisants malgré une légère hausse de la proportion de crédits non performants depuis 2015 – 8,4% de NPL parmi les crédits bancaires au 1 juillet 2017 –. Ces crédits non performants sont par ailleurs intégralement provisionnés et les banques sont correctement capitalisées (ratio de solvabilité de 24,6%). Cependant, les difficultés persistantes du Kirghizstan à exporter au sein de l’Union économique eurasiatique fragilisent une partie des entreprises et risquent d’affecter par ricochet la qualité du portefeuille de crédits, puisque les entreprises spécialisées dans le commerce de marchandises absorbent 50% des crédits bancaires.
  • La dollarisation de l’économie, qui s’était accélérée courant 2015, au plus fort de la crise monétaire régionale – à fin décembre 2015, le dollar représentait 66% des dépôts et 55% des crédits – s’est atténuée depuis – fin février 2018, le dollar représentait 48% des dépôts et 38% des crédits –.
5.   Des réformes sont nécessaires pour améliorer le climat des affaires.
  • Le Kirghizstan est considéré comme l’un des pays les plus ouverts aux investisseurs étrangers en Asie centrale. Néanmoins, l’environnement des affaires reste complexe : le pays est classé au 77ème rang de l’étude Doing Business 2018 de la Banque mondiale, en recul de deux places par rapport à la précédente édition. De plus, le Kirghizstan s’est classé 135ème dans l’Indice de Perception de la corruption de Transparency International de 2017, contre 136ème en 2016.
  • Les infrastructures (routes, énergie) datent de l’époque soviétique et n’ont depuis pas été remises à niveau. Ainsi, en 2016, l’indice de performance logistique place le Kirghizstan au 146ème rang mondial. Toute possibilité de mise à niveau des installations et d’incitation à réaliser des économies d’énergie demeure difficile en raison du faible niveau des prix de l’électricité (les 2èmes plus bas de la CEI), bien inférieurs aux coûts de production pourtant modérés (hydroélectricité).
  • L’amélioration des relations avec le voisin ouzbèk ouvre de nouvelles perspectives de développement au niveau régional, notamment en matière de construction de barrages hydroélectriques.

 

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