La situation économique et financière du Kirghizstan

Le Kirghizstan est le pays le plus pauvre de l’UEE avec en 2019 un PIB nominal de 8,5 Mds USD (1323 USD par habitant). Avec une population de 6,4 millions d’habitants, il est le 2e pays le moins peuplé d’Asie centrale après le Turkménistan. Les conséquences de la pandémie ont privé le Kirghizstan d’une partie importante de ses revenus et devraient entraîner une importante récession en 2020 ainsi qu’une forte dégradation des finances publiques du pays, dans un contexte politique perturbé depuis les dernières élections parlementaires. 

Une économie peu diversifiée, vulnérable aux chocs extérieurs et mise à mal par la pandémie 

  • Le Kirghizstan a connu une croissance du PIB relativement stable entre 2014 et 2019, atteignant 4,2% en moyenne par an (4,5% en 2019). L’indice de développement humain du pays s’élève à 0,672 et le classe au 122e rang mondial en 2018. L’économie kirghize dépend beaucoup des transferts de fonds des travailleurs à l’étranger, représentant 2,2 Mds USD (-7,3% en g.a). soit 27% du PIB en 2019, de la production de la mine d’or de Kumtor qui a rapporté 827,5 M USD (+ 25% en g.a.) soit 9,8% du PIB en 2019, ainsi que du secteur agricole (12,1% du PIB en 2019). L’excédent du solde des services, comprenant le tourisme, s’est établi à 61,8 M USD (1% du PIB en 2019). Enfin l’économie souterraine revêt un poids considérable, évalué par le FMI à environ 30% du PIB en 2015.
  • Le déficit commercial du Kirghizstan est structurellement très important. Il s’est élevé à 2,6 Mds USD en 2019 (-13,4% en g.a.), soit 31% du PIB. Les principaux partenaires commerciaux du Kirghizstan en 2019 sont la Chine (26,4%), la Russie (23,8%), le Kazakhstan (13,8%) et le Royaume-Uni (12,4%). Compte tenu du poids des envois de fonds des travailleurs à l’étranger (cf. supra), le déficit du compte courant s’est établi à 13% du PIB en 2019. Par ailleurs, le stock d’IDE entrants au Kirghizstan s’élevait à 5,4 Mds USD au 30 juin 2020. Au 1er semestre 2020, les flux d’IDE entrants ont atteint 164,4 M USD (-58,2% en g.a.). Les trois principaux investisseurs ont été la Chine (31,4%), les Pays-Bas (18,3%) et la Turquie (12,5%).
  • L’adhésion à l’Union économique eurasiatique (UEE) en 2015 a produit des résultats mitigés. L’amélioration du statut des travailleurs kirghizes résultant de l’intégration à l’UEE a favorisé une accélération de l’émigration de travail vers la Russie et le Kazakhstan, qui s’est traduite par une importante augmentation des revenus de transferts (+19% en 2016 en g.a., +26% en 2017). Le Kirghizstan a aussi accédé à de nouvelles sources de financement via le fonds russo-kirghize de développement, abondé par la Russie à hauteur de 500 M USD en 2015. Cependant, l’adoption des règles de l’UEE, notamment le tarif extérieur commun vis-à-vis des pays tiers, a affecté la compétitivité des activités kirghizes liées à la réexportation de produits en provenance de Chine.. La baisse du volume des échanges au sein de l’UEE (-14,4% en janvier-juillet 2020 en g.a.) a particulièrement affecté le Kirghizstan, dont les échanges avec les 4 pays de l’Union ont diminué de 23,5%.
  • L’économie kirghize est très fortement affectée par la contraction de l’économie mondiale et les mesures restrictives adoptées par le gouvernement. Au 16 décembre 2020, le Kirghizstan avait officiellement recensé 78 151 cas de contaminations et 1317 décès liés à la Covid-19. L’état d’urgence, proclamé le 22 mars en réponse au développement local de la pandémie et prolongé jusqu’à la mi-mai, a restreint les déplacements et l’activité économique de près de 40% de la population du pays. Sur la période janvier-août 2020, la production industrielle a baissé de 9,6% en g.a., en excluant la mine de Kumtor. Seuls le secteur agricole et le secteur minier, porté par un cours de l’or à la hausse (+24,4% depuis le 1er janvier), ont permis d’amortir les effets de la crise (en incluant la mine de Kumtor, la production industrielle est stable à +0,1% en g.a. sur janvier-août 2020). En outre, les transferts des travailleurs à l’étranger ont baissé de 9% en janvier-juillet, tandis que les importations de produits chinois ont diminué de 65% en janvier-mai en raison de la fermeture des frontières. La demande intérieure a été grevée par l’effet conjugué de la baisse du revenu des ménages, du pic inflationniste mesuré à 8,6% en g.a. en avril, lié à la raréfaction de l’offre de produits importés et à la dépréciation du som, qui a perdu 12,7% de sa valeur par rapport au dollar depuis le 1er janvier. Les ventes de détail ont ainsi diminué de 16,2% en g.a sur la période janvier-août 2020. Le secteur du tourisme subirait, selon la Banque asiatique de développement, une diminution de 90% de ses revenus au terme de l’année 2020.
  • L’économie kirghize pourrait subir la plus importante récession parmi les pays de la zone CEI en 2020. Le PIB a reculé de 8,1% en janvier-novembre 2020 en g.a., de 8,6% sans la production de la mine de Kumtor. Les IFI privilégient un scénario noir pour l’année 2020, scénario qui intègre le risque d’une deuxième vague de la pandémie et les conséquences de la crise politique ayant suivi les élections parlementaires d’octobre. La récession pourrait ainsi atteindre en 2020 12% du PIB selon le FMI, 10% selon la Banque asiatique de développement, 9,5% selon la BERD et 8% selon la Banque mondiale. 

  Des mesures de relance aux effets limités malgré le soutien des bailleurs de fonds 

  • Les bailleurs de fonds internationaux ont soutenu le Kirghizstan. Au printemps 2020, le FMI a accordé une aide de 241,8 M USD dans le cadre de l’Instrument de financement rapide (IFR) et de la Facilité de crédit rapide (FCR), permettant au pays de faire face à ses besoins urgents de financement externe. En avril 2020, la Banque mondiale lui a alloué 21,15 M USD via son projet « Emergency COVID-19 ». La Banque asiatique de développement a octroyé une aide de 70 M USD en mai-juin sous forme de prêts concessionnels et de dons. Le Fonds eurasiatique de stabilisation et de développement a annoncé l’octroi d’un prêt concessionnel de 100 M USD en août. Enfin, Bichkek a bénéficié de l’aide médicale et humanitaire de la société allemande de coopération internationale (GiZ) et de la Chine.
  • Les autorités kirghizes ont agi à plusieurs niveaux pour soutenir l’économie. En avril, une enveloppe de 1 Md KGS (12 M USD) a été débloquée pour permettre la livraison de matériel médical et de produits alimentaires, parallèlement à l’annonce d’un premier plan anti-crise, qui prévoyait notamment un rallongement des délais pour les déclarations de dette fiscale, pour le dépôt des rapports de comptabilité et pour le dépôt de la déclaration universelle d’impôts. Le deuxième plan anti-crise, d’un montant avoisinant 500 M USD, financé grâce au soutien des bailleurs de fonds, a conduit à l’adoption au début du mois de mai d’une vingtaine de mesures de soutien aux entreprises, en particulier la réduction des cotisations sociales à la charge des employeurs, la mise en place d’un moratoire sur les inspections et une suspension des procédures de faillite jusqu’en 2021. Il a également entraîné la création d’un Fonds anti-crise, abondé à hauteur de 2% du PIB, permettant le financement concessionnel du secteur privé.
  • La Banque centrale (NBKR) a joué un rôle actif dans la lutte contre la crise. Ce rôle s’est matérialisé par l’annonce du gel des frais bancaires, des pénalités d’arriérés de paiement et l’octroi d’une prorogation de 3 mois pour les remboursements des crédits accordés aux ménages et entreprises. La Banque centrale a aussi soutenu la liquidité en devise nationale des banques commerciales. La NBKR a maintenu son taux directeur à 5% et a réaffirmé son attachement au régime de taux de change flottant, tout en intervenant ponctuellement sur le marché des changes pour éviter une baisse excessive du som. Au total, 210 M USD ont été vendus sur le marché des changes au 1er semestre 2020. Les réserves internationales se sont toutefois maintenues à un niveau satisfaisant grâce à l’achat d’or produit localement : elles atteignaient 3 Mds USD en septembre 2020, soit environ 7 mois d’importations. Après la dépréciation brutale observée en mars/avril, le som a récupéré une partie de sa valeur, permettant de réduire l’inflation, qui s’est élevée à 5,4% en g.a. en septembre. 

Des perspectives inquiétantes dans un contexte d’incertitude politique et d’extrême fragilité de l’économie 

  • La persistance de facteurs d’incertitudes majeurs à court terme fait peser le risque d’une aggravation de la récession. La situation politique actuelle a fragilisé un système économique déjà mis à rude épreuve par la pandémie. Outre la suspension des activités du secteur bancaire et financier ordonnée par la Banque centrale du 6 au 21 octobre, plusieurs installations industrielles stratégiques du pays ont été obligées d’interrompre leur activité et d’évacuer leur personnel après avoir fait l’objet d’attaques. La fermeture des frontières risque de générer une perte supplémentaire de recettes douanières, les pays voisins du Kirghizstan ayant été contraints de réorienter leurs exportations transitant par ce pays. Selon une estimation préliminaire de l’Alliance nationale des associations d’entreprises (NABA), les pertes générées par la crise politique s’élèveraient à 314 M USD (3,7% du PIB) au 10 octobre 2020.
  • La dégradation des finances publiques provoquée par la pandémie représente un dilemme de taille pour les autorités. La dette publique totale, qui représentait 54% du PIB fin 2019, représente désormais 62,6% du PIB prévisionnel fin juin 2020. Le déficit du compte courant atteindrait 13,4% du PIB au terme de l’année 2020 selon les prévisions du FMI. Le déficit public, maîtrisé à 0,6% du PIB en 2019, se creuserait pour atteindre 8% du PIB en 2020 selon la Banque mondiale. Seule conséquence positive de la crise, le déficit commercial s’est réduit de 52% en g.a. en janvier-juillet 2020 en raison du recul des importations (-30,9%).
  • Le secteur bancaire demeure insuffisamment développé pour soutenir l’économie en crise : au 30 juin 2020, 23 établissements de crédits étaient en activité et le total des actifs bancaires représentait 45% du PIB. Les crédits à l’économie réelle ne représentaient que 24% du PIB au 30 juin 2020, malgré une croissance dynamique de +10,6% en g.a.. Les indicateurs de stabilité financière apparaissent néanmoins satisfaisants. Le ratio de crédits non-performants s’élevait à 8,6% (8% fin 2019) et le ratio de solvabilité bancaire à 25,6% au 30 juin 2020 (24% fin 2019). La dollarisation de l’économie poursuit sa baisse tendancielle, le dollar représentant 33,8% des crédits et 40,4% des dépôts fin août 2020 (35,1% des crédits et 38,2% des dépôts fin 2019). 
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