KENYA
Indicateurs et conjoncture
Éléments structurels sur l’économie
Avec un PIB de 136,5 Md USD en 2025, le Kenya est l’économie la plus importante de la région, devant l’Éthiopie, et la 7e au niveau africain, juste derrière l’Angola. Avec 58,6 millions d’habitants, le PIB/habitant s’élève à 2557,5 USD, permettant au Kenya, depuis 2014, d’être classé parmi les pays à revenu intermédiaire selon les critères de la Banque mondiale. Avec un IDH de 0,601, le Kenya se classe à la 146e position dans le monde, mais 1e de la Communauté d’Afrique de l’Est.
L'économie kényane repose principalement sur les services (59 % du PIB), en particulier les services financiers, le numérique, le commerce, les transports et le tourisme. Nairobi s'est imposée comme le principal hub technologique et financier d'Afrique de l'Est, porté notamment par le développement des services financiers mobiles et d'un écosystème numérique dynamique. L'agriculture demeure un pilier de l'économie (22 % du PIB), employant près de 40 % de la population active et représentant plus de la moitié des exportations de biens, dominées par le thé, les fleurs coupées et le café. L'industrie (19 % du PIB) reste relativement peu développée et concentrée sur des activités à faible valeur ajoutée. Le port de Mombasa constitue un atout stratégique pour le pays, en assurant l'essentiel des échanges des pays enclavés de la région (Ouganda, Rwanda et Soudan du Sud). Les transferts de la diaspora, qui représentent environ 4 % du PIB, constituent une source majeure de devises et soutiennent la consommation intérieure.
Le Kenya demeure confronté à plusieurs défis structurels. Malgré une économie relativement diversifiée et dominée par les services, le poids important de l’agriculture maintient une forte exposition aux aléas climatiques. Le secteur informel représente plus de 80 % de l’emploi et les disparités territoriales sont marquées : six comtés concentrent près de 50 % du PIB, dont Nairobi concentre à elle seule plus d’un quart. Enfin, la pauvreté demeure élevée (45,5 % de la population), tandis que la forte croissance démographique (près d’un million d’habitants supplémentaires par an) accentue les pressions sur le marché du travail et les services publics.
Conjoncture et finances publiques
L'économie kényane est restée résiliente en 2025. Selon le FMI, la croissance s'est établie à +4,9 % (contre +4,7 % en 2024), portée par le dynamisme des services, de la consommation privée et la reprise progressive de la construction, soutenue par l'amélioration des conditions de financement et la relance de plusieurs projets d'infrastructures. Les exportations agricoles ont également bénéficié de cours internationaux favorables, notamment pour le café, malgré un ralentissement de certaines filières en fin d'année dans un contexte climatique moins favorable.
L'inflation est restée contenue dans la cible de la Banque centrale du Kenya (CBK), à +4,1 % en moyenne annuelle (après +4,5 % en 2024), grâce à la stabilité du shilling, à la baisse des prix de l'énergie et aux effets du resserrement monétaire engagé entre 2022 et 2024. Dans ce contexte, la CBK a poursuivi l'assouplissement amorcé en août 2024, favorisant une reprise progressive du crédit au secteur privé.
Les finances publiques demeurent la principale vulnérabilité macroéconomique du Kenya. Le déficit budgétaire s'est creusé à -6,4 % du PIB en 2025 (après -5,7 % en 2024), sous l'effet de recettes fiscales durablement insuffisantes et du poids croissant du service de la dette. Les marges de manœuvre budgétaires restent limitées par l'importance du secteur informel et les difficultés de recouvrement de l'impôt.
La position extérieure s’est améliorée. Le déficit courant s'est légèrement creusé à -2,7 % du PIB en 2025 (après -2,3 % en 2024), mais cette évolution a été compensée par le dynamisme des transferts de la diaspora, la stabilité du shilling et le maintien des réserves de change à un niveau élevé (6,4 mois d'importations à fin juillet 2026).
Les perspectives se dégradent légèrement en 2026 face à l’environnement géopolitique. Le FMI a révisé sa prévision de croissance à +4,3 %, principalement en raison des répercussions du conflit au Moyen-Orient. La hausse des prix des hydrocarbures, le renchérissement du transport maritime via la mer Rouge et le canal de Suez ainsi que l'augmentation du coût des intrants importés devraient alimenter les pressions inflationnistes et peser sur l'investissement et la consommation.
Le FMI et la Banque mondiale continuent de classer le Kenya à risque élevé de surendettement dans leur dernière analyse de soutenabilité de la dette (juin 2026). La dette publique a atteint 71,3 % du PIB en 2025 (après 67,3 % en 2024), sous l'effet de la progression de la dette domestique, désormais proche de 40 % du PIB. Cette évolution réduit progressivement l'exposition au risque de change, mais renchérit le coût du financement de l'État en raison des taux d'intérêt élevés sur le marché intérieur et accentue l'effet d'éviction sur le financement du secteur privé. Selon les projections du FMI, le seul service de la dette domestique représentera environ 34 % des recettes publiques en 2027, limitant fortement les marges de manœuvre budgétaires. Face au recul relatif des financements concessionnels, les autorités poursuivent une stratégie de diversification de leurs sources de financement, combinant un recours accru au marché domestique, des émissions d’euro-obligations et la mobilisation de capitaux privés.