Situation économique et financière

Le Kenya est d’abord une économie de services, à la source d’innovations majeures répliquées dans tout le continent. Le PIB du Kenya, de 79 Mds USD en 2017, est constitué à plus de 50 % de services ; le niveau de développement des services de transports, de médecine, d’éducation ou encore financiers fait du pays une plateforme régionale. Son poids dans la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) lui permet de bénéficier pleinement de l’intégration économique au sein du marché commun de la CAE et de valoriser ainsi ses avantages propres, notamment son libéralisme économique, le dynamisme de ses entrepreneurs et de ses banques, ou encore la qualité de son système éducatif. Le Kenya a su se montrer particulièrement innovant, combinant technologies numériques et services, notamment dans son système de paiement mobile M-Pesa, lancé en 2007 et repris partout dans le monde, ou encore M-Akiba, plateforme mobile de souscription d’obligations du Trésor inaugurée en mars 2017. Le secteur agricole représente quant à lui 30 % du PIB et, s’il occupe toujours les 2/3 de la population, a réussi l’internationalisation de certains secteurs - thé, fleurs, légumes verts. L’industrie représente 20 % du PIB et cette part relative tend à se réduire, ce qui illustre les difficultés du Kenya à passer d’une économie de comptoir à un stade industriel.

La mise en œuvre de la stratégie « Vision 2030 », qui donne la priorité au développement des infrastructures, s’est traduite par un quasi doublement du rythme de croissance annuel depuis le début des années 2010. Lancé en 2008, le programme « Vision 2030 » ambitionne de transformer le Kenya « en un pays intermédiaire nouvellement industrialisé, qui confère à ses citoyens un haut niveau de vie, dans un environnement propre et sécurisé » et ce, d’ici 2030. Pour ce faire, le pays s’est engagé dans une politique d’investissements publics qui a permis au Kenya de quasiment doubler son taux de croissance depuis le début des années 2010 : il est passé à 5,9 % au cours de la période contre 3,9 % en moyenne au cours de la décennie 2000. Ce dynamisme a porté le PIB par habitant à 1678 USD en 2017, ce qui classe le Kenya dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, le seul de la CAE. Le pays n’en reste pas moins très inégalitaire : le taux de pauvreté est élevé et l’insécurité alimentaire forte avec actuellement 2,6 millions de personnes qui bénéficient d’une assistance alimentaire.

La stratégie "Vision 2030" a largement contribué au dynamisme de l’activité observé au cours de la décennie passée. Mais les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des enjeux que doit affronter le pays pour renforcer sa cohésion, absorber le surplus démographique et consolider la démocratie kenyane par la décentralisation. Sur le premier plan, des efforts notables ont été constatés pour améliorer la sécurité sur le sol kenyan, concrétisés par la modernisation des forces armées et le renforcement des effectifs de police. En revanche, les objectifs de dépenses consacrées à la santé et à l’éducation sont très loin d’être atteints. En particulier, les efforts sont très faibles en faveur de la formation professionnelle, alors que l’économie souffre d’une pénurie de main-d’œuvre technique. Le transfert aux comtés d’une part importante des responsabilités en matière d’éducation et de santé primaires pose en outre un réel défi d’effectivité des moyens déployés. La forte croissance enregistrée depuis cinq ans ne s’est pas traduite par la création du million d’emplois promis - 400 000 tout au plus - dont 180 000 prévus dans le seul secteur de l’économie numérique. Elle n’a pas été non plus inclusive, les disparités de revenus, notamment territoriales, s’étant creusées. Par ailleurs, alors qu’un assainissement des finances publiques était inscrit dans le programme du président, le déficit a dépassé 9 % du PIB en  2016 – un niveau sans précédent depuis le milieu des années 90 – et la dette publique a progressé de plus de 10 points au cours du mandat, dépassant ainsi le seuil de convergence de 50 % retenu dans le cadre de la CAE. De son côté, la stratégie d’industrialisation du pays, qui vise à améliorer les conditions d’insertion du pays dans les échanges mondiaux n’a pas réellement été mise en œuvre ; en particulier, ni l’initiative « Buy Kenya, Build    Kenya » ni le déploiement des dispositifs d’incitation aux investissements industriels – zones franches export, zones économiques spéciales - ne se sont traduits par des résultats significatifs.

Dans le domaine des infrastructures, les progrès accomplis sont tangibles; le développement du secteur énergétique est notable, notamment grâce à l’ouverture aux investisseurs privés, et le Kenya peut s’enorgueillir d’avoir désormais un mix électrique composé à 80 % de renouvelables. Il en est de même de l’accès à l’eau, qui progresse notablement, sans pour autant avoir été rendu universel. Dans le secteur des transports, le retard dans les réformes en matière de gouvernance a limité le développement des partenariats public privé et si la réhabilitation de la liaison ferroviaire entre Mombasa et Nairobi - le grand chantier du président – a été menée à bien, au prix d’un endettement massif auprès de la Chine, à ce jour, aucune ville kenyane ne dispose d’un système de transport urbain massifié, y compris Nairobi pourtant désignée comme la deuxième ville la plus congestionnée au monde en avril 2017.

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