La relation bilatérale France-Kenya

La France a contribué au dynamisme de l’économie kenyane au cours des dernières années, tant par le financement des infrastructures du pays, que par le canal des investissements réalisés par nos entreprises. Les échanges commerciaux sont quant à eux plus modestes. Selon l’OCDE, la France est  le quatrième bailleur bilatéral du Kenya, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Mais elle est le troisième créancier bilatéral du pays derrière la Chine et le Japon, loin devant l’Allemagne. Le Kenya représente même la première exposition en Afrique subsaharienne de l’AFD et la troisième au monde après le Brésil et le Maroc, avec 1,8 Md EUR, en tenant compte des compartiments souverain et non-souverain. L’énergie représente à elle seule 50% du portefeuille de l’AFD mais l’agence est également active dans le secteur de l’eau, et plus particulièrement de l’eau en zones urbaines, et, dans une moindre mesure, dans le secteur des transports. Le Kenya bénéficie également des instruments du Trésor, orientés sur les mêmes secteurs prioritaires.

Le stock des investissements directs français représente 10 % du total des IDE au Kenya (environ 6 Mds USD).  La France serait ainsi le 4ème investisseur au Kenya après le Royaume-Uni, les Etats-Unis et Maurice. L’intérêt des entreprises françaises pour le Kenya comme destination d’investissements productifs est croissant. La présence historique de Total, Lafarge ou Bolloré et le retour industriel de Peugeot en sont le symbole, mais d’autres entreprises françaises ont franchi le pas au cours des cinq dernières années, telles que Schneider Electric, L’Oréal, Danone, Saint-Gobain, Essilor, Bonduelle, Vinci, Egis, Accor, Sodexho, ou envisagent de le faire prochainement comme Dassault Systèmes, Renault Trucks, OCEA Marine ou encore Société Générale. L’attractivité du Kenya pour les entreprises françaises, bien réelle, est même devenue un argument de campagne du président Kenyatta pour sa réélection  - il cite le nombre de 100 sociétés françaises ; la réalité est plus proche de 80. Elle est portée par la qualité des infrastructures de communication et des services aux entreprises, par l’ouverture du pays aux investissements étrangers et par la dimension régionale du marché ouvert aux entreprises installées au Kenya.

Le Kenya n’étant pas un partenaire de premier plan pour la France dans l’aéronautique ou la défense, les échanges commerciaux entre les deux pays sont limités: ils ont atteint 242 MEUR en 2016 et permis de dégager un excédent de 64 MEUR en faveur de la France. Avec 153 MEUR, les exportations françaises sont constituées avant tout de produits chimiques, parfums et cosmétiques, de produits informatiques et équipements électriques, de produits agroalimentaires. Nos importations, à 89 MEUR, sont exclusivement composées de produits agricoles ou agroalimentaires. La France est un partenaire commercial secondaire pour le Kenya : elle est son 16e fournisseur (avec une part de marché de 1,1 %) et son 11e client.

La relation économique bilatérale évolue vers un partenariat plus large ; la formation professionnelle, le soutien à l’innovation, le développement urbain durable et le renforcement de la décentralisation en constituent les perspectives nouvelles.  Alors que la formation professionnelle constituait un des engagements du président élu, les progrès dans ce domaine ont été faibles, faute de ressources suffisantes et de réelle stratégie. Cette faiblesse pénalise tant la croissance potentielle du Kenya que les projets de développement des entreprises françaises qui peinent à trouver une main d’œuvre bien formée. La situation est d’autant plus contraignante qu’elle se double de règles en matière de contenu local imposées par le Kenya aux investisseurs. Pour y répondre, les entreprises françaises intègrent de plus en plus un volet relatif à la formation de la main d’œuvre dans leur stratégie de développement local. Elles sont accompagnées en cela par les autorités françaises, à travers la promotion des « centres d’excellence de formation technique », dispositif qui associe le ministère de l’éducation nationale français, qui assure le détachement de formateurs français, l’entreprise française qui met à disposition les équipements techniques nécessaires aux apprentissages techniques et un partenaire éducatif local qui héberge le centre de formation. Réelle innovation au Kenya, cette approche portée par la France est largement saluée par les autorités kenyanes qui la considèrent comme le modèle à suivre. Les résultats récents enregistrés par le secteur des TIC au Kenya témoignent d’un certain essoufflement : depuis  2015, la croissance du secteur a été divisée par deux pour atteindre 7 % environ. Pourtant, Nairobi se positionne comme un hub régional de l’innovation et de l’entreprenariat des jeunes. La France a déjà largement pris en compte ce potentiel dans sa relation avec le Kenya : depuis 2015, les deux pays sont liés par un programme de coopération pour l’enseignement supérieur et la recherche « Hubert Curien ».

Une Communauté French Tech a été lancée à Nairobi le 14 juin 2017. Cette initiative est portée par six entreprises kenyanes et françaises (Total Kenya, Safaricom, Techno Brain, L’Oréal East Africa, Engie East Africa et Jumia Internet, Sagaci Research). Elle vise à regrouper les jeunes entrepreneurs, les investisseurs, les développeurs, les structures d’incubation et d’accélération ou encore les centres de recherche ou d’application publics et privés actifs dans le domaine de l’innovation à Nairobi – près de deux cents structures identifiées. L’objectif de la Communauté French Tech de Nairobi est de favoriser l’interaction entre les écosystèmes de l’innovation d’Afrique de l’est et français. A ce titre, elle assurera la diffusion large des opérations d’attractivité de la French Tech (French Tech Ticket) auprès de l’écosystème de Nairobi, dont sont déjà issus deux lauréats de l’édition 2016, mais lancera également ses propres concours d’innovation avec l’appui des grandes entreprises fondatrices. La Communauté French Tech de Nairobi soutiendra également les initiatives en faveur de l’entreprenariat des jeunes, qui constitue une priorité absolue des autorités kenyanes, préoccupées par la valorisation du dividende démographique du pays. A cet égard, elle sera mobilisée en novembre prochain, pour l’organisation à Nairobi, à l’occasion de la visite du Président du MEDEF, du forum « Jeunesse et Entreprenariat » d’AGYP (Active Growth and Youth Programs), initiative lancée fin 2016 par le MEDEF et Business Africa en faveur de l’entreprenariat à destination de la jeunesse africaine. L’organisation du forum à Nairobi a reçu un soutien marqué des organisations patronales kenyanes (KEPSA, KAM, FKE) et surtout de la Présidence.

Le développement urbain durable n’est pas clairement identifié aujourd’hui comme une priorité pour les autorités kenyanes, quelle que soit la dimension envisagée – planification urbaine, logement, transports, eau et assainissement, gestion des déchets. Pourtant, la population urbaine du Kenya devrait plus que tripler d’ici 2050 et à elle seule la ville de Nairobi devrait voir sa population passer de 5 à 8 millions d’habitants au cours de la prochaine décennie. Au total, 30 millions de personnes supplémentaires vivront dans les zones urbaines kényanes d’ici 2050. Cette dynamique démographique comporte d’importants enjeux de soutenabilité alors que la situation actuelle est d’ores et déjà très problématique et que les réponses apportées lors de la mandature actuelle ont été très limitées. L’urbanisation est donc très mal maîtrisée et une majorité de la population urbaine kényane vit dans l’habitat informel. Dans ce contexte, le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire conduira une mission de sensibilisation et d’identification de partenariats auprès des décideurs kenyans à l’automne 2017. L’objectif est de nouer des collaborations techniques sur la ville durable et de préparer la tenue des premières « Rencontres de l’urbanisme » à Nairobi, au cours du premier trimestre 2018. Ces rencontres ont vocation à réunir l’expertise publique et privée, française – notamment celle de nos métropoles – kenyane ou régionale, autour des questions d’urbanisation et d’architecture durables, et de nourrir des coopérations opérationnelles.

La décentralisation prévue par la révision constitutionnelle de 2011 est effective depuis 2013. Cette réforme institutionnelle, la plus importante depuis l’indépendance du Kenya, a conduit à la mise en place d’un modèle très similaire au nôtre, avec la création de 47 comtés dotés de leur propre assemblée, de leur administration et d’une autonomie certaine s’agissant de la collecte de certains impôts ou des décisions d’investissement dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’agriculture. Après quatre années d’expérience, les performances d’un comté à l’autre sont toutefois très disparates. La France a donc proposé au Kenya de partager son expertise en matière de décentralisation. Cette coopération ne vise pas seulement à renforcer un modèle institutionnel qui vise à favoriser la transparence et rapprocher le citoyen des décideurs. Elle a surtout pour objectif de contribuer à améliorer la gestion des finances publiques kenyanes : la mise en œuvre de la Vision 2030 s’est accompagnée d’une détérioration sans précédent des comptes publics, a aggravé le processus de décentralisation à compter de 2013. Aujourd’hui, la soutenabilité de la dette kenyane est une source de préoccupations pour les bailleurs du pays, en particulier pour notre pays en raison d’une exposition financière particulièrement élevée. La coopération entre nos deux pays devrait prendre à terme la forme d’un programme dédié à l’amélioration de la gestion des finances publiques avec un accent spécifique sur la maîtrise de l’impact de la décentralisation sur les finances publiques nationales. L’objectif d’un tel programme est triple : consolider la gestion des transferts vers les comtés, renforcer la gestion de la dette publique et améliorer la gestion des investissements publics y compris au niveau local. Ce programme, en cours d’instruction, prendrait la forme d’une aide budgétaire et d’une assistance technique, qui mobiliserait l’expertise publique française et ce, afin de mettre en place des outils adéquats de contractualisation entre l’Etat et les comtés, de renforcer le suivi et l’évaluation des dépenses des collectivités territoriales et de doter le ministère des finances d’outils de priorisation des projets y compris au niveau local.

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