Commerce bilatéral franco-japonais en 2020

Maintien à un niveau stable du déficit commercial bilatéral, qui passe de -2,7 Mds € en 2019 à -2,8 Mds € en 2020, en dépit d'une forte baisse des exportations françaises (-27,1%). Résilience honorable également de plusieurs fers de lance du commerce français, au premier rang desquels les industries agroalimentaires et du luxe.

Contexte global : En 2020, le commerce mondial de biens et services a chuté de -9,6% selon le FMI. Dans ce contexte, les exportations françaises globales sont en baisse de -15,9% par rapport à 2019, un repli du même ordre que celui observé lors de la crise financière de 2009 (-17%). La baisse des importations est plus contenue à -13%. Au total, le déficit commercial global des biens se dégrade et passe de -57,9 Mds € en 2019 à -65,2 Mds €. Il reste néanmoins inférieur à celui de 2011 (-75,0 Md€). La France parvient à maintenir sa part de marché dans le commerce mondial de biens à 3,5%.

 

1. En 2020, baisse des exportations françaises vers le Japon après un millésime 2019 exceptionnel, tiré par les livraisons d'Airbus

Les exportations françaises vers le Japon atteignent 5,6 Mds € en 2020, en baisse de 27,1% par rapport à leur niveau exceptionnel de 2019 (7,7 Mds €). En 2019, les exports français avaient été stimulés par trois facteurs: i) l’entrée en vigueur de l’accord UE-Japon, en février 2019; ii) les achats effectués en prévision des J.O. initialement programmés en 2020; et surtout iii) le triplement des recettes de l’aéronautique de 660M € à 1,8 Md €. En 2020, les livraisons d’aéronefs retrouvent un niveau proche de celui observé avant 2019.

Hors effet aéronef, la chute des exports en 2020 se limite à -16,3%, en ligne avec la baisse des exportations françaises mondiales (-15,9 % selon le FMI). L’impact des ventes aéronautique est toujours aussi déterminant mais s’inverse donc par rapport à 2018 et 2019: hors aéronautique, les exportations françaises vers le Japon baissaient (-1,7% et -1,0%) mais augmentaient une fois ce secteur inclus (+4,0% en 2018 et +16,6% en 2019).

 

2. De fortes baisses dans l’aéronautique et la pharmacie (30 % des exports) sous l’effet notamment de facteurs externes

L’aéronautique, en baisse de -61% (de 1,8 Md € à 710M €) explique la chute des matériels de transport (-55%). Après être devenu le premier poste à l’export en 2019 (28% des exportations vers le Japon), le secteur repasse deuxième en 2020 (18% des exportations), derrière les industries agroalimentaires. Airbus a maintenu, de manière exceptionnelle, le flux de livraisons des appareils commandés avant la crise mais ces baisses s'expliquent par une fabrication hors de France de certains aéronefs concernés.

Les produits pharmaceutiques (539M €), qui pèsent pour 10% des exportations françaises au Japon, affichent un repli important selon les données des douanes françaises: -37%, après -13% en 2019 et -7% en 2018. Cette dynamique reflète notamment une tendance baissière des prix des médicaments, dans un contexte d’encadrement du déficit des caisses d’assurance maladie. Cette évolution devrait se poursuivre en 2021: la loi de finances initiale prévoit une baisse de prix de 70% des médicaments (à hauteur de 3,6 Mds €) et une augmentation de la fréquence de ces révisions (d’un rythme annuel à biannuel).

A ce facteur de long terme s’ajoute en 2020 un probable effet, malheureux, de calendrier: l’analyse détaillée des exportations d’hormones, stéroïdes et corticostéroïdes (60% des exports pharma en 2019, en baisse de 500M € à 200M €) révèle une rupture entre décembre 2019 et février 2020, pouvant indiquer que les volumes exportés fin 2019 ont été comptabilisés en 2019 par les douanes françaises et en 2020 par les douanes japonaises. Selon les douanes japonaises (dont le mode de calcul est détaillé en annexe 6) les importations de produits médicaux français en 2020 sont en hausse de +3,2% à 1,3 Mds €.

 

3. L’agroalimentaire, le textile et le luxe (30% des exports): des fers de lance globalement résilients

Le secteur de l’agroalimentaire (20% du total exporté) fait preuve d’une relative résistance à la crise avec une baisse de 10% en dépit du positionnement traditionnel de la France sur des produits haut de gamme, qui pâtissent davantage de la fermeture des hôtels/restaurants. Les baisses d’exportations de vins (-15%, 9% du total des exportations françaises vers le Japon) et de champagne (-20%) sont la conséquence de l’annulation des événements festifs, à laquelle s’ajoute un effet de stocks achetés en anticipation des Jeux Olympiques de 2020. On note toutefois une hausse des exportations de «vins» de moyenne gamme destinés à la consommation domestique: au total, le volume de vin de Bordeaux exporté a augmenté de +4% mais baissé de -10% en valeur. Porté par l’APE, le secteur redevient le 1er poste à l’export en 2020 : plusieurs postes, comme les produits de boulangerie/viennoiserie (14M €, +12%), les aliments pour animaux de compagnie (69M €, +6%) et les produits laitiers (88M, stables) tirent leur épingle du jeu. Toutefois, les ventes de détail n’ont pas compensé la chute des ventes en restauration haut de gamme et en grands magasins, ce qui explique que les exportations agro-alimentaires françaises vers le Japon figurent parmi les plus fortes baisses du secteur à l'échelle mondiale (-10,3% au Japon contre -3,4% au niveau mondial).

Le secteur des produits textiles, habillement, cuir et chaussures (9% des exports) limite également la baisse (-12%) après une excellente année 2019 (+15%). Fers de lance du savoir-faire français, les produits de luxe enregistrent des performances honorables compte tenu de la chute de la consommation : -8% pour les articles de voyage, de maroquinerie et de sellerie (6% du total), -13% pour les parfums (4% du total), et même +4% pour les articles de joaillerie et bijouterie (2% du total). Le secteur explique ces bonnes performances par un développement accéléré des ventes en ligne et par le retour à la pratique, ancienne, des ventes privées en cercles restreints.

 

4. Baisse limitée des importations depuis le Japon, mais stabilisation du déficit commercial

Alors que la récession au Japon (-4,8%) a été bien plus limitée qu'en France (-8,3%) en 2020, c’est pourtant la France qui a davantage importé depuis le Japon que le Japon depuis la France. Les imports français atteignent 8,4 Mds€ en 2020, en baisse de 19,2% par rapport à 2019: cette baisse reste inférieure toutefois à celle de nos exportations, établie à -27,1%, et reflète sans doute la solide spécialisation sectorielle du Japon sur des biens plus difficilement substituables. La structure sectorielle des importations françaises est ainsi restée inchangée, avec une part majeure de biens d’équipement et biens intermédiaires. Les matériels de transport restent le 1er poste à l’import (27% des imports totaux) et le 1er déficit commercial de la France vis-à-vis du Japon. Toutefois, l’important déficit sur les véhicules automobiles/motocycles marque une diminution de -2,6 Mds € à -1,8 Mds €.  2ème poste à l’import (22,3% du total), les importations de machines industrielles et agricoles se sont contractées de -21,2%.

Malgré la chute des exportations, la France est parvenue à maintenir un déficit commercial relativement stable, passant de -2,7 Mds € en 2019 à -2,8 Mds € en 2020. Cette performance permet de conserver les acquis de l’année 2019, où le déficit avait été réduit de 0,9 Md €. Le déficit commercial de la France avec le Japon reste néanmoins structurel (le 8ème le plus important de la France), avec seulement 3 secteurs significativement excédentaires: l’agro-alimentaire (1,1 Md € d’excédent), le textile (0,5 Md €) et les produits pharmaceutiques (170M €). Selon les douanes françaises, le Japon est le 13ème client de la France (+1 rang par rapport à 2019), son 11ème fournisseur (-1 rang) et son 2ème partenaire commercial asiatique après la Chine sur la somme des imports et exports.

 

Publié le 15juin 2021

Publié le