JORDANIE
Indicateurs et conjoncture
La Jordanie est un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure de près de 12 M d’habitants (dont près de 3,5 M de migrants), dont la monnaie est arrimée au dollar (1 JOD = 1,41 USD). La révision des comptes nationaux, en particulier la mise à jour de l’année de base (2016 à 2023), a été finalisée et accompagnée par l’adoption d’une méthodologie plus fine et une meilleure mesure des activités, notamment informelles. Il en résulte une correction à la hausse d’environ +10 % du PIB nominal, ainsi estimé à 58,7 Mds USD en 2024.
L’économie repose sur les services, notamment la finance et le tourisme. L’industrie (textile, pharmacie, engrais) représente plus de 25 % du PIB. Le textile et les engrais sont respectivement les exportations les plus importantes du Royaume. Le secteur minier enregistre également de bonnes performances extérieures : le phosphate est le 5ème poste à l’export et la potasse le 6ème. Quant à l’agriculture, qui consomme la moitié des ressources en eau du pays, elle ne contribue qu’à environ 5 % du PIB.
Le solde courant de la balance de paiements, structurellement déficitaire, est tributaire des variables extérieures, commerciales certes, mais également le tourisme, les envois de fonds de la diaspora, ou encore les IDE. L’impact des conflits régionaux depuis octobre 2023 ont eu des conséquences importantes, bien que réversibles, sur ces variables. A cet égard, entre 2024 et 2025, la croissance des exportations et la résilience du tourisme ont permis la réduction du déficit du compte courant, de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % du PIB en 2025. Les bonnes performances des exportations vers la Syrie et l’Irak (+414 % et +16 % sur les neuf premiers mois de 2025) et la robustesse des recettes touristiques (+7 %) ont également permis de contrebalancer l’impact des tarifs US. L’effet de la hausse des droits de douane étatsuniens (passage de 10 à 15 %) reste pas conséquent contenu, voir devrait améliorer la compétitivité des exportations jordaniennes face aux principaux concurrents commerciaux, qui se sont vus imposer des taux plus élevés (supérieurs à 30 %). Le pays bénéficie de surcroît d’importantes réserves de change à la Banque centrale, avec plus de 24 Mds USD en novembre 2025 (soit couvrant plus de 8 mois d’importations).
Les crises successives de cette dernière décennie (conséquences des printemps arabes, conflit en Syrie, instabilité irakienne, pandémie, guerres en Ukraine, à Gaza, au Liban et entre Israël et l’Iran) constituent des poids supplémentaires, empêchant de traiter des défis structurels internes auxquels fait face la Royaume Hachémite. La croissance, positive (2,5 % en 2024), demeure atone et insuffisante pour réduire significativement le taux de chômage ou encore rétablir les équilibres budgétaires.
D’un côté, les indicateurs sociaux en Jordanie ne s’améliorent pas. Le chômage et la faible participation au marché de l’emploi formel sont les défis majeurs du pays. Le Département des statistiques jordanien (DoS) estime que le taux de chômage a atteint 21,4 % en moyenne en 2024. Le chômage affecte plus particulièrement les jeunes – environ un jeune sur deux est sans emploi – et les femmes dont quasiment un tiers sont au chômage. La participation au marché du travail est très faible, à 34,1 % en 2024, notamment pour les femmes (14,9 % en 2024). L’emploi informel reste majoritaire dans le pays, il représenterait 45% des salariés, et même 78 % des salariés non-jordaniens. Par ailleurs, le PIB par habitant recule tendanciellement depuis une vingtaine d’années.
De l’autre, la situation des comptes publics reste fragile. Le déficit budgétaire s’est établi à -5,9 % du PIB, dons inclus (-7,6 % hors dons) en 2024. Il devrait se réduire légèrement en 2025 à -5,3% du PIB, dons inclus, en 2025 (-7,0 % hors dons). En outre, la dette publique reste la préoccupation principale : elle a atteint 106,1 % du PIB en 2024 et devrait s’élever à 108,6 % du PIB en 2025, soit respectivement 82,1 % et 83,4 % du PIB en excluant la dette détenue par le fonds d’investissement de la sécurité sociale, proche de l’objectif de 80 % du PIB fixé par le FMI.
La Jordanie fait toujours face à des besoins de financement importants (2,6 Mds USD en 2024) mais garde le soutien des bailleurs et la confiance des marchés. L’attractivité de la Jordanie et la crédibilité des politiques jordaniennes se sont effectivement renforcées, mis en évidence par des écarts (spreads) souverains historiquement bas (moins de 200 pb). Par ailleurs, l’inflation demeure maitrisée, sous les 2 % pour 2025 permettant à la Banque centrale de Jordanie (BCJ) de continuer à suivre la politique monétaire d’assouplissement mise en place par la Fed
Enfin, la Jordanie est sous-programme FMI (facilité étendue de crédit – EFF) depuis plus de 10 ans et un nouvel EFF – le quatrième – de 4 ans a été adopté en janvier 2024, pour un montant de 1,2 Md USD. La quatrième revue de la facilité a été approuvée en décembre 2025. Un nouveau programme de 700 M USD, la Resilience and Sustainability Facility (RSF), a également été accordé par le FMI en 2025.