SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DE LA JAMAÏQUE

Description de la structure de l’économie

Taille de l’économie : Pays du Commonwealth britannique peuplé de 2 890 300 habitants en 2017, la Jamaïque est la 3ème économie des Caraïbes avec un PIB de 14,78 Mds USD en 2017. (FMI)

Degré d’ouverture : Depuis 2015, la Jamaïque a vu le degré d’ouverture de son économie s’accroître légèrement, passant d’un taux d’ouverture[1] de 22,1% en 2015 à 24,1% en 2017. Les Etats-Unis sont le 1er partenaire commercial du pays (45% des exportations et 43,7% des importations en 2017), suivis du Japon et de la Chine pour les importations (respectivement 6,3% et 6,2% du volume total importé) et des Pays-Bas et du Canada pour les exportations (resp. 12% et 9,6%).

Niveau de développement : D’après l’Indice de Développement Humain (IDH) 2017, la Jamaïque a obtenu un score de 0,732, ce qui la positionne au 97ème rang sur 189, soit une perte de 3 places depuis 2012. Son niveau d’IDH est en-deçà de la moyenne des pays latino-américains et des Caraïbes  Le PIB/habitant s’élève à 5 114 USD en 2017 (en hausse de 5,7% depuis 2014).

Avantages comparatifs et structure de l’économie : L’économie jamaïcaine est très dépendante des services qui comptent pour plus de 70% du PIB. Le pays dépend également de l’extérieur, avec le tourisme et les transferts monétaires des migrants (remittances) qui pèsent respectivement 20% et 14% du PIB. Le secteur primaire, bien qu’en déclin, est également une source de revenus importante : l’agriculture (sucre de canne, bananes) représente 7% du PIB.

Performances sur le long terme : Quoique stable, la Jamaïque souffre d’une très faible croissance ces dernières années, en moyenne à 0,9% depuis 2013. 19ème pays en termes d’exposition aux catastrophes naturelles, l’économie jamaïcaine est exposée aux ouragans, aux tremblements de terre, aux inondations et aux glissements de terrain.

Place du secteur privé : La contribution au PIB de la consommation privée s’établit en 2017 à 78,5% selon la CEPAL.

Eléments d’analyse conjoncturelle

Performance récente de croissance: La croissance jamaïcaine a atteint 0,9% g.a. sur l’année fiscale 2017/18, portée essentiellement par la croissance dans les secteurs minier et de la construction. En septembre 2018, la croissance s’établit à 1,8 % g.a. Les exportations et le secteur du tourisme devraient bénéficier de la croissance du pays. On assiste également à une reprise de l’investissement en conséquence de la baisse des taux d’intérêt suite à une politique monétaire plus accommodante. Pour l’année fiscale 2018/2019, la croissance devrait toutefois être moins importante, à 1,4%, affaiblie par une demande domestique peu soutenue et un secteur agricole encore fragile. À moyen terme, le FMI estime que la croissance jamaïcaine devrait atteindre 2%.

Moteurs de la croissance (crédit, consommation, investissement, commerce extérieur) : Le développement du crédit au secteur privé est un moteur de la croissance jamaïcaine. En décembre 2017, les prêts aux entreprises représentaient 56% du crédit contre 44% pour les prêts personnels (vs. 37% et 63% respectivement fin 2013). Une reprise de la demande extérieure et une accélération de l’investissement et de la consommation domestique expliquent également le renforcement de la croissance. Le dynamisme du tourisme continue de tirer la croissance vers le haut, avec une hausse de 5,5% des arrivées de touristes sur l’été 2018 (mai à novembre) par rapport à l’année précédente, portées notamment par les touristes étasuniens (+8,2%) qui comptent pour les deux tiers de l’ensemble.

Situation du commerce extérieur : Le déficit de la balance courante a augmenté de 2,7% de PIB, atteignant 5,4% du PIB sur l’année fiscale 2017/2018, notamment lié à la hausse des prix du pétrole et d’importations ponctuelles d’équipements de minage et de sécurité. Le déficit courant devrait converger autour de 3,5% du PIB sur le moyen terme.

Flux d’IDE : En 2017, les flux nets d’IDE représentaient 798 M USD, soit 5,6% du PIB, en hausse de 15,6% par rapport à 2016 (690 M USD) mais encore loin du niveau de 2015 (891 M USD) caractérisé par de forts investissements dans le tourisme et l’extraction de bauxite. Le FMI estime que les flux nets d’IDE devraient se stabiliser autour de 4-5% du PIB à moyen terme. La Chine est le 1er émetteur d’IDE en Jamaïque.

Politique économique

Policy mix : Les mécanismes de transmission de la politique monétaire sont encore lents. Des débats législatifs sont en cours pour moderniser la gouvernance de la Banque centrale, clarifier ses objectifs, et promouvoir son indépendance. La Banque centrale a par ailleurs introduit un programme d’assurance de liquidité pour le marché obligataire, en améliorant sa coordination avec le Ministère des Finances.

Inflation et politique monétaire / de change: L’inflation se situe en dehors de la cible fixée par le FMI (entre 3,5 et 6,5 %) à 2,3 % g.a. en janvier 2019, et ce en dépit d’un assouplissement significatif de la politique monétaire de la Banque centrale, avec un baisse cumulée de 150 pdb depuis janvier 2018, pour s’établir à 1,50 % depuis le 20 janvier 2019. L’inflation était temporairement retournée dans l’intervalle cible entre août et novembre 2018, après 4 mois en dessous du niveau minimum. La Banque centrale explique la faible inflation par une baisse plus rapide que prévue du prix des matières premières agricoles, une inflation importée moins forte que prévue et une réduction du mécanisme de transmission de l’augmentation des prix du pétrole à l’inflation. De plus, l’impact de la politique monétaire sur l’inflation jamaïcaine connaît un retard de 4 à 8 trimestres selon la Banque centrale. Le régime de change jamaïcain est défini comme « flottant » depuis juin 2018, lorsque la Banque centrale a mis en place un mécanisme d’enchères de devises étrangères.

Dette externe/publique : Le niveau très élevé de la dette publique (122% en 2016/2017) a justifié la mise en œuvre d’un programme FMI en novembre 2016. Grâce aux bonnes avancées du programme FMI et aux réformes mises en œuvre par le Gouvernement jamaïcain, la dette publique est en baisse, et devrait atteindre 96% du PIB en mars 2019 selon le Ministre des Finances (99% selon le FMI). En 2015, la Jamaïque avait pu réduire de 10 points de PIB sa dette en rachetant ses créances envers le fonds vénézuélien PetroCaribe pour 46% de leur valeur faciale seulement. La dette externe a augmenté de 5 points de PIB depuis l’année fiscale 2013/2014 pour atteindre 69% du PIB en 2017/2018. Les obligations souveraines internationales de la Jamaïque s’échangent à des taux historiquement bas. Les taux des titres domestiques, qui bénéficient d’une très forte demande, sont tombés sous la barre des 2%. Fitch a amélioré la note créditrice à B+ fin janvier 2019, et S&P’s et Moody’s ont amélioré en septembre et juillet 2018 leurs perspectives de notation pour la Jamaïque de « stable » à « positive » (B selon S&P, B3 selon Moody’s). La soutenabilité de la dette reste encore sujette à de nombreux risques, dont les catastrophes naturelles. Dans ce contexte, la Banque Interaméricaine de Développement (BID) a mis en place une ligne de crédit conditionnel pour la prise en charge des urgences liées à une catastrophe naturelle, pour un montant pouvant atteindre 285 M USD. Le programme a pour but d’adapter les finances publiques jamaïcaines aux coûts financiers des catastrophes naturelles.

Secteur bancaire  

Taille du secteur et structure : Les banques commerciales jamaïcaines représentent l’essentiel du secteur financier du pays. Le secteur bancaire, composé de 8 banques, est fortement concentré : les deux plus grosses banques du pays représentent 64% des actifs du secteur (respectivement 37% et 26%) et 63% des dépôts (dans les mêmes proportions). La concentration des dépôts est une des raisons de la mauvaise transmission monétaire en Jamaïque, selon le FMI.

Bourse : La bourse jamaïcaine a été présentée par Bloomberg comme étant la place boursière ayant connu la plus forte hausse mondiale (+29% sur l’année 2018). Le total de la valorisation boursière du principal indice boursier jamaïcain (37 titres) atteint 11 Mds USD. Une place boursière spécifiquement sociale, la Jamaican Social Stock Exchange, a été lancée début 2019.

Dollarisation et évolution des crédits (volume et taux): La Jamaïque est l’un des pays des Caraïbes avec le plus haut degré de dollarisation : 42% des dépôts de clients sont en devises étrangères en 2018, en légère réduction par rapport à 2017 (46%). Le crédit privé a affiché une croissance rapide de 14,8% pendant l’année fiscale 2017/2018, principalement grâce aux prêts à la consommation. La dynamique s’est encore accélérée, atteignant 16,4% g.a. en décembre 2018. La supervision du secteur bancaire par la Banque centrale est jugée bonne, le taux de créances douteuses du système atteignait 3,5% en mars 2018, qui sont couvertes à hauteur de 111,2%. Les stress-test réalisés à la fin du mois de septembre 2017 montraient que les banques commerciales jamaïcaines sont capitalisées de façon adéquate (pouvant absorber une augmentation jusqu’à 30% du taux de créances douteuses).

Perspectives et réformes structurelles

Climat des affaires : La Jamaïque se situe à la 75ème place sur 190 pays au classement Doing Business 2019 de la Banque Mondiale, soit une perte de 10 places par rapport à 2015. Elle est classé 6ème pour la facilité à créer une entreprise (2 procédures, 3 jours), et dans le top 20 relatif à la facilité d’accès au financement via le crédit. La Jamaïque est classée 79ème sur 140 dans l’index de compétitivité 2018 du World Economic Forum, soit une perte de 9 places par rapport à l’année précédente.[2]

Bilan du programme FMI : Depuis 2013, les réformes structurelles ont généré une stabilité macroéconomique, bien que la croissance reste faible. L’inflation est basse, les réserves de changes adéquates, le chômage décroît (8,7% en octobre 2018 contre 10,5% un an plus tôt) même s’il reste très élevé chez les jeunes (24,9%) et la dette publique est sur une trajectoire baissière (objectif d’atteindre un ratio dette sur PIB de 60 % en 2026). En octobre 2018, la 4ème revue de l’accord de confirmation préventif débuté en novembre 2016 a ainsi été approuvée, amenant le total du crédit accessible à la Jamaïque dans le cadre de ce programme de trois ans à 1,07 Md EUR.

Forces et faiblesses structurelles (crime, corruption, marché du travail, éducation…) : Une des faiblesses structurelles de la Jamaïque concerne les crimes et la violence : en dépit d’une amélioration récente, le niveau de crime reste très élevé (40 pour 100 000 en 2018) plaçant la Jamaïque dans les 10 pays comptant le plus d’homicides pour 100 000 habitants.  Les jeunes sont les premiers touchés, en tant que victimes mais également en tant qu’agresseurs. Un cercle vicieux de violence, de crime et de faible croissance gangrène l’économie : un taux élevé d’absentéisme scolaire est observé chez les populations les plus pauvres, qui réduit les opportunités économiques pour les moins éduqués, augmentant ainsi leur incitation à prendre part à des activités criminelles. Transparency International classe la Jamaïque 70ème sur 180 pour la corruption. L’efficacité de la dépense publique est faible : selon le FMI, il est nécessaire de réduire la facture salariale publique afin de réorienter les ressources vers des projets porteurs de croissance. Selon l’institution, ceci doit passer par une suppression des postes superflus et une réforme des compensations afin de mieux récompenser les performances et simplifier une structure inéquitable. Les économies réalisées par une telle réforme devraient permettre d’allouer davantage de ressources aux secteurs de la sécurité, de l’éducation et réaliser des investissements plus productifs.


[1] ((X+M)/2)/Y       (avec X = exportations ; M = importations ; Y = PIB).

[2] Il est important de préciser que la méthodologie de l’indice a changé entre 2017 et 2018.

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