Situation économique et financière de l'Italie

 

La crise covid-19 va affecter durablement l’économie italienne dont le PIB devrait reculer d’environ 9 % en 2020. Depuis 2016, le différentiel avec la zone euro s’est accru du fait de la stagnation de la productivité, du retard du sud du pays et du vieillissement démographique. La dette publique va s’accroitre à 158% du PIB en 2020. Le secteur bancaire, fragilisé par une faible rentabilité et une forte exposition souveraine, doit poursuivre sa consolidation. Dans la phase de reprise partielle en 2021, compliquée par la persistance de l’épidémie, l’Italie prévoit un rebond de +6%. Le principal atout restera l’industrie exportatrice. La croissance devrait s’appuyer sur la mise en œuvre du plan national de relance et de résilience, adossé à des réformes structurelles.

1.- L’économie présente des fragilités qui limitent sa capacité de rebond

L’Italie prévoit une contraction de son PIB d’au moins 9% en 2020 avant un rebond à +6% en 2021 (contre - 9,9% puis +4,1% pour la Commission). Après un repli au 1er et 2e trimestre (-5,5%, puis-13,0%) et le  net rebond au 3ème trimestre (+15,9%) devrait être suivi d’un 4ème trimestre négatif. La phase de reprise sera notammentaffectée par la contraction de la demande interne (moindre consommation, épargne, baisse du pouvoir d’achat) et la chute du tourisme. La reprise des exportations sera dépendante du rythme de celle du commerce mondial et du marché intérieur. En raison des incertitudes, l’investissement sera limité au moins jusqu’à mi-2021. L’Italie dispose néanmoins d’une solide industrie manufacturière spécialisée dans des niches à haute valeur ajoutée et intégrée aux chaînes de valeurs mondiales, la deuxième européenne après l’Allemagne. Structurée autour de PME dynamiques, elle est la source de l’excédent commercial. L’Italie devrait bénéficier de l’impact positif du plan de relance européen (209 Md€), qui trouvera sa déclinaison dans son plan national de relance et de résilience en 2021.

Les conséquences sociales de la crise devraient marquer longtemps l’Italie. Alors qu’il s’inscrivait en tendance baissière depuis 2014, le chômage devrait atteindre environ 12% en 2021,  affectant davantage les jeunes (taux de chômage à 29,3% en 2019) et les femmes (11,1%), et creusant les écarts nord/sud (17,6%). La crise devrait aggraver les écarts de richesse qui viendront prolonger une décennie d’appauvrissement marquée par le repli du patrimoine net des ménages, la baisse des salaires moyens et la pauvreté.  La crise pourrait créer entre 1 et 2 millions de nouveaux pauvres en 2020.

L’Italie continue de se dépeupler et vieillit. Elle a perdu 551 000 habitants depuis fin 2014 (pic à 60,8 M). Le déficit du solde naturel se creuse depuis 2007, et l’émigration notamment de jeunes diplômés, n’est pas compensée par l’immigration. L’âge moyen, en augmentation rapide, est de 45,7 ans (+2,3 ans depuis 2010). L’âge médian, le plus élevé de l’UE, est de 43,1 ans (contre 41,6 ans en France), 23,2% des Italiens ayant 65 ans et plus. Le vieillissement pèsera sur la compétitivité et la soutenabilité des finances publiques.

La stagnation de la productivité, reflet de disparités territoriales nord/sud, singularise l’Italie dans la zone euro. Elle s’explique à titre principal par son tissu productif articulé autour de TPE/PME familiales et un niveau insuffisant des investissements publics-privés et en R&D. D’autres facteurs affectent le climat des affaires et la croissance, tels qu’une administration complexe, une justice ayant besoin d’être réformée, un marché du travail dont l’efficacité peut être améliorée. Les réformes structurelles des précédents gouvernements (2011, et 2015-2017) ont été interrompues et certaines revues (réforme des retraites). Le projet de plan national de relance italien devrait prévoir des investissements accompagnés de réformes structurelles permettant de lever les obstacles qui obèrent la croissance et la productivité depuis une vingtaine d’années.

2.- Une position extérieure positive qui repose sur l’industrie exportatrice du nord et le tourisme

Depuis 2013, l’Italie affiche un excédent courant[1] qui s’appuie sur la vigueur de son appareil exportateur (biens et services), égal à près de 3% du PIB en 2019. Les exportations (476 Md€, +2,3%), tirées par l’industrie manufacturière (455 Md€, +2%) et les produits agricoles (6,8 Md€) ont généré un excédent commercial de 53 Md€ (+35%). La vigueur des exportations (31% du PIB 2019) classe l’Italie dans les 5 premiers excédents mondiaux et au 8ème rang en volume d’échanges. Les recettes du tourisme ont contribué à engranger un solde positif (17,2 Md€, +25% depuis 2016) qui a participé à la résorption du déficit des échanges de services (- 1,8 Md€, -34%, en 2019). Ces performances ont été compromises par la crise sanitaire, malgré un excédent commercial qui s’est reconstitué depuis mai mais reste de 12% inférieur à son niveau d’octobre 2019 (à environ 50 Md€) à la faveur d’une baisse des exportations (-12% sur 10 mois), moindre que celle des importations (- 14,8%). L’effondrement de la fréquentation touristique (-55% des recettes en g.a à fin août et -57% du solde touristique) a contribué à la détérioration du déficit du solde des échanges de services (-5,1 Md€, contre +0,3 Md€ un an avant).

La position nette des investissements internationaux de l’Italie (NIIP)[2] reste déficitaire, mais s’est améliorée. Après son plus bas historique en 2013 (-23,3% PIB, -375 Md€), la position nette a atteint -58 Md€ en 2019, soit 1,7% du PIB fin 2019 (+3,3 pt). Malgré l’investissement massif d’étrangers en titres souverains italiens (84 Md€), son amélioration repose sur le repli des prêts contractés par l’Italie à l’étranger (-23%, - 43 Md€).

3.- Un secteur bancaire exposé au risque souverain

La crise financière a affecté la solvabilité du secteur bancaire, et devrait favoriser la poursuite de la consolidation du secteur, dont la réforme a été engagée (statut des banques populaires et de crédit coopératif). Depuis 2015, l’Italie a affronté les crises d’une douzaine de banques, certaines ayant requis l’intervention publique (Monte Paschi di Siena, Carige, Banca Popolare di Bari). Le secteur était en juin 2020 convenablement capitalisé (CET1 à 14,8%). Si l’assainissement se poursuit (-64% de crédits non performants bruts depuis juin 2015, cf. annexe 5), les stocks bruts de NPL représentent encore 6,1% de l’encours des crédits[3], une proportion supérieure à la moyenne de la zone euro (2,94%).

L’exposition bancaire au souverain italien (437 Md€ en oct. 2020, 11,4% du total d’actifs, +1,2 pp depuis fév. 2020) a atteint un niveau record (pic à 11,7% en sept. 2020), qui compense les cessions réalisées par les non-résidents (-41 Md€ entre fév. et août2020). Ce stock, susceptible d’affecter les fonds propres en cas de forte variation du spread[4], est préoccupant. L'essoufflement de la rentabilité en 2019 (RoE 5,0%, -0,7 en g.a) se poursuit en 2020 (RoE 2,9% au S1 2020, -5,3 pp en g.a) sous l'effet combiné de la persistance de taux bas (du fait de la politique monétaire de la BCE et des garanties publiques), des provisions sur pertes imposées par la dégradation de l’environnement économique (+70% sur M9 2020 en g.a[5]) et la faible baisse des coûts opérationnels. La crise contraint à concilier l’impératif de distribution massive des mesures de soutien à la liquidité (garanties, moratoires, etc.) et de limitation de l’exposition aux risques. Les pressions sur la rentabilité, associées aux investissements nécessaires notamment à la digitalisation des services, ainsi qu’à la perspective de la hausse vraisemblable des défauts dès 2021, pourraient, après la fusion Intesa Sanpaolo-Ubi Banca et l’OPA de Crédit Agricole sur Creval, précipiter la consolidation du secteur.



[1] Le solde courant comprend les échanges commerciaux, de services, les revenus et les transferts courants

[2] La NIIP correspond à la différence entre les stocks d’actifs financiers extérieurs (i) et stocks de passifs financiers extérieurs (ii) qui comprennent les investissements directs, ceux de portefeuille (actions, obligations, fonds communs), investissements autres (prêts, crédits commerciaux, monnaie, assurances etc.) et les produits dérivés.

[3] En valeurs nettes (i.e. après déduction des provisions passées), le stock de NPL s’établissait fin juin 2020 à env. 67 Md€ (3,1% de l’encours de crédits, contre 9,6% fin 2015).

[4] La banque d’Italie estime qu’une hausse de 100 pbs du rendement des titres souverains italiens entrainerait une baisse de 27 pbs du ratio CET1 (rapport stabilité financière, nov. 2020).

[5] Uniquement pour les plus grandes banques : Unicredit, Intesa Sanpaolo, Banco BPM, Monte Paschi di Siena et Bper

 

 

 
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