ITALIE
Politique industrielle
L’industrie manufacturière désigne les activités qui transforment des matières premières ou des composants en produits finis ou semi-finis grâce à des procédés industriels. En Italie, ce secteur occupe une place majeure, représentant directement 15 % du PIB en 2024. Cette année-là, l’Italie occupe ainsi le 8ème rang mondial en matière de production industrielle (2,1 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale) et la deuxième place en Europe (13 % de la valeur ajoutée).
L’une des caractéristiques principales de l’industrie italienne est sa vocation exportatrice : en 2023, la moitié de la production manufacturière a été exportée (48,2 %), générant un excédent commercial d’environ 120 Md€. Les principaux secteurs exportateurs sont la construction mécanique (17,1 % des exportations manufacturières en moyenne sur 2023-2024), le textile, l’habillement et le cuir (10,8 %), l’agroalimentaire (9,8 %), la pharmacie (8,6 %) et l’automobile (7,3 %).
Le Ministero delle Imprese e del Made in Italy (MIMIT) est le ministère chargé de la politique industrielle, de l’innovation technologique et de la promotion du label « Made in Italy ». Il supervise les secteurs stratégiques liés à la compétitivité des entreprises et à la valorisation des produits italiens sur les marchés internationaux, particulièrement dans l’industrie manufacturière.
1 – Le tissu industriel italien est historiquement solide
Dans les années 1970, l’industrie manufacturière italienne s’est structurée en districts industriels, des organisations productives regroupant des PME organisées en réseau dans la production d'une famille de produits afin de coordonner les actions des entreprises locales qui interviennent tout au long de la chaîne de production. Il existe entre 150 et 200 districts industriels en Italie, principalement dans les régions de Vénétie, d’Émilie-Romagne, des Marches et de Toscane, spécialisés dans des activités traditionnelles (habillement, chaussure, cuir, joaillerie, agroalimentaire, ameublement, papeterie, matériaux de construction, etc.) ou plus techniques (petite mécanique, électrotechnique, machines-outils et pièces de rechange, biens électroménagers, etc.).
Cette organisation a contribué à maintenir la production centrée autour des petites entreprises, contrairement à la montée des grands groupes dans les pays voisins. En 2023, seulement 42 % de la valeur ajoutée manufacturière en Italie était générée par les grandes entreprises (250 salariés ou plus), contre 74 % en France et 75 % en Allemagne. Les micro-entreprises (jusqu'à 9 salariés) et les petites entreprises (10 à 49 salariés) conservent un rôle prépondérant, avec une contribution globale de plus de 30 % à la valeur ajoutée, contre environ 10 % en Allemagne et 14 % en France. Un mouvement de consolidation est néanmoins à l’œuvre : en dix ans, le nombre d’entreprises industrielles a diminué de 11 %[1] et la taille moyenne des grandes entreprises a augmenté en parallèle. En 2022, l’Italie comptait 390 500 entreprises industrielles (contre 250 200 en France). À côté de ce tissu industriel composé de petites entreprises, il convient de noter l’existence de grandes entreprises (Armani, Barilla, Ferrero ou Benetton) possédées par une centaine de familles au travers de holdings familiales.
L’industrie manufacturière italienne conserve également des niveaux de productivité plus élevés que les autres secteurs : les salaires moyens sont plus élevés que dans les services (+20 % en 2024), la construction (+21,0 %), le secteur public (+8,3 %) et l'économie totale (+14,5 %).
La Confindustria, principale organisation patronale italienne, entretient des liens étroits avec les entreprises industrielles, qu’elle représente – ainsi que les services – auprès des pouvoirs publics italiens et européens. L’organisation est active pour défendre les intérêts du tissu productif italien sur des sujets comme la compétitivité, la fiscalité, l’emploi, l’énergie ou encore la politique industrielle. Intervenant à la fois à l’échelle nationale et régionale, elle exerce un pouvoir d’influence important.
2 - Malgré des difficultés, l’industrie italienne poursuit ses efforts pour rester compétitive au niveau international
L’Italie a connu une baisse de la production industrielle en 2023 (-2,0 %) et 2024 (-4,0 %), ramenant les niveaux de production en dessous des niveaux pré-pandémiques. L'année 2025 a néanmoins débuté sur une note plus favorable que prévu : grâce notamment à l'avancement des exportations vers les États-Unis en prévision de l'entrée en vigueur des droits de douane, la production a affiché une reprise modérée au premier semestre (+0,5 % au premier trimestre, +0,2 % au deuxième), avant de rechuter au troisième trimestre (-0,5 %).
L’industrie italienne souffre d’un coût de l’énergie durablement plus élevé que ses voisins européens, pénalisant son industrie. Avec un mix énergétique encore très orienté vers le gaz, l’Italie a particulièrement subi l’inflation énergétique liée à la guerre en Ukraine. Si le pays a mené un travail de réduction de ses dépendances énergétiques critiques à travers la baisse des importations de gaz russe et une diversification croissante de ses approvisionnements, le prix de l’électricité hors particuliers demeure supérieur de 24,1 % à la moyenne de la zone euro en 2025 (5,1 centimes supplémentaires en moyenne par kWh).
Face à la faible demande interne, l’industrie italienne a réussi à réorienter durablement sa production vers l’export. En moyenne, entre 2015 et 2024, les exportations manufacturières italiennes ont progressé de 2,4 % par an, un taux nettement supérieur à celui de la France (+0,8 %) et de l'Allemagne (+1,1 %), et comparable à celui de l'Espagne. Cette performance témoigne du renforcement de la compétitivité de l'industrie italienne, qui mise sur (i) la qualité de ses produits et un positionnement haut de gamme (Made in Italy) et (ii) la maîtrise des coûts de production, soutenue par celle des coûts unitaires de main-d'œuvre.
Pour soutenir leur compétitivité, les entreprises industrielles italiennes ont entamé un processus de renforcement de leurs fonds propres, avec des retombées positives sur l'investissement. Le ratio fonds propres/dettes totales est ainsi passé de 34,5 % en 2007 à 48,9 % en 2023, réduisant ainsi l'écart avec ses concurrents européens. Selon la Confindustria, l’allègement des contraintes financières a été associé à une hausse de la productivité de 5 % à 10 % en moyenne. Cependant, la période post-pandémique a accentué l'hétérogénéité entre les entreprises, révélant une part importante d'entreprises encore fragiles financièrement.
3 - Les politiques industrielles menées au niveau national et européen sont cruciales pour maintenir durablement le poids du Made in Italy
L’industrie italienne fait face à des défis structurels :
- Les entreprises sont inégalement équipées en termes de technologies : l’indice de numérisation de l’économie italienne (DESI) atteint 49,3 en 2022 (contre 52,3 dans l’Union européenne), même si 60 % des PME italiennes atteignent un niveau de base en termes d’intensité numérique (contre 55% dans l’UE) ;
- La part du PIB investi en R&D est relativement faible, particulièrement s’agissant de la recherche privée. La dépense totale en R&D s’élève à 1,4 % du PIB (contre 2,2 % en moyenne européenne), avec une moindre croissance que les autres pays européens sur les dix dernières années. Une part de ce constat s’explique par des investissements privés plus faibles : en 2024, 17 Md€ ont été investis en R&D par le secteur privé en Italie contre 42 Md€ en France et 92 Md€ en Allemagne ;
- La faible croissance de la productivité constitue l'un des principaux défis du secteur manufacturier italien. Au cours des trente dernières années, malgré des performances supérieures à celles des services et de l'économie dans son ensemble, la productivité du travail par heure travaillée a enregistré une croissance cumulée (+26 %) nettement inférieure à celle des principaux secteurs manufacturiers européens (environ un tiers de celle enregistrée en France et en Allemagne, et moins de la moitié de celle de l'Espagne) ;
- L’expatriation des jeunes diplômés à l’étranger se poursuit et s’accélère : 37 000 jeunes diplômés ont quitté le pays en 2023 (contre 8 000 en 2011 et 29 000 en 2019), phénomène accentué par un faible niveau des salaires, la perception de l'absence de débouchés en sortie d'études et le développement de contrats à temps partiel pour les jeunes.
Les politiques industrielles italiennes ont soutenu l’investissement des entreprises, pour leurs transitions écologique et numérique notamment. Selon la Confindustria, entre 2015 et 2024, l'investissement en capital fixe a représenté en moyenne environ 25 % de la valeur ajoutée manufacturière, un niveau supérieur à celui enregistré en France (22 %) et en Allemagne (20 %). L’effort se concentre néanmoins plus sur les investissements physiques (machines, équipements) que sur les investissements immatériels comme la recherche, les logiciels ou la propriété intellectuelle. Le plan national de reprise et de résilience (PNRR) a également encouragé la modernisation et la numérisation des systèmes de production, à travers les programmes nationaux Transition 4.0 et 5.0 (16,7 Md€ du PNRR et 5,1 Md€ du Plan national complémentaire). Le reste des financements liés à l’industrie a été orienté vers la transition écologique de l’industrie, les technologies « zéro net », les énergies renouvelables, les batteries, les projets européens stratégiques (dans les batteries, l’hydrogène et la microélectronique), le secteur spatial et satellitaire, ainsi que le soutien à l’innovation et aux startups technologiques.
Pour entretenir un cadre favorable à l’industrie et au Made in Italy, l’Italie participe activement aux travaux européens qui touchent à l’industrie. France et Italie coopèrent ainsi étroitement au sein de l’Alliance pour les industries énergivores, de l’Alliance pour le nucléaire ou sur des projets législatifs comme l’Industrial Accelerator Act et le paquet Automobile.
Le Livre blanc du MIMIT est le document stratégique du ministère italien des entreprises et du Made in Italy (MIMIT) qui définit la vision et les priorités des politiques industrielles de l'Italie à l'horizon 2030 afin de renforcer la compétitivité, l'innovation et la souveraineté économique du pays. Il consacre une section aux coopérations bilatérales qui représentent pour l’Italie une opportunité de développer un agenda industriel commun au niveau européen. Avec la France, cette coopération s'est institutionnalisée en 2021 dans le cadre du Traité du Quirinal, qui renforce la coopération entre les deux pays dans des domaines tels que la défense, l'économie, les technologies, l'énergie, les affaires européennes et la politique étrangère.