Le commerce bilatéral entre la France et l'Irak en 2018

Dans un contexte sécuritaire et économique en constante amélioration, nos échanges bilatéraux ont connu une très forte expansion de 69%, impactés par une explosion des importations de pétrole brut irakien (+278%) alors que nos exportations reculent de 11%, pour atteindre le niveau le plus bas depuis 10 ans.

Une situation économique et financière, qui évolue dans le bon sens, pourrait permettre aux nouvelles autorités irakiennes de relancer leur programme de reconstruction dans des domaines comme l’eau, l’énergie et l’aménagement urbain où nos industriels bénéficient d’une excellente image. Un certain nombre d’annonces et de mesures (ligne de financement de 1 md€, organisation d’un comité de pilotage Irak,…) pourraient remobiliser nos exportateurs.

1. Les échanges bilatéraux sont en hausse, portés par nos importations.

1.1 Les échanges commerciaux entre la France et l’Irak ont atteint 776 MEUR contre 459 MEUR en 2017, 317 MEUR en 2016 et 1,26 Md EUR en 2015, soit une très forte hausse de 69% sur un an. Si nos exportations ont chuté de 11%, reculant de 332 MEUR en 2017 à 296 MEUR, nos importations constituées à 99,9% de pétrole brut, ont progressé de 278% passant de 127 MEUR à 480 MEUR sur la même période.[1]

1.2 En 2018, l’Irak est ainsi le 7ème partenaire de notre pays au Moyen-Orient, notre 6ème fournisseur et notre 8ème client après la Turquie, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Iran, le Koweït et Oman.

1.4 En l’absence de statistiques officielles et selon la source ITC, les importations irakiennes étaient estimées à 50,3 mds$ en 2017 (en progression de +24%). Les principaux fournisseurs de l’Irak étaient en 2017 (dernières statistiques disponibles pour l’ensemble des pays) les EAU (avec une part de marché de 30%), suivis par la Turquie (22%), la Chine (20,5%), l’Iran (15,8%), la Corée (3,6%), l’Inde (3,1%), l’Allemagne (1,9%) et l’Italie (1,6%). La France arrivait en 14ème position avec une part de marché de 0,9%. Selon ITC, en 2018, la France (avec 348 m$ d’exportations) semble avoir décroché par rapport à ses concurrents européens comme l’Allemagne (817 M€ d’exportations), l’Italie (584 m$) ou encore le Royaume Uni (468 m$).

1.5 En 2017 (dernières statistiques disponibles) le nombre d’exportateurs français sur l’Irak s’élevait à 974 entités (contre 884 en 2016), dont une centaine de grands groupes, 300 ETI et 456 PME.

2. Nos postes d’exportations vers l’Irak restent peu diversifiés et reculent (-11%).

Alors que l’Irak importe la quasi-totalité de ses besoins, les exportations françaises reculent. Elles sont passées en dessous du seuil de 300 M€, notre pire performance depuis 2009. De plus, elles continuent d’apparaître comme peu diversifiées. Ainsi, nos trois principaux postes d’exportations représentent 78% de nos ventes :

a) les préparations pharmaceutiques, qui s’élèvent à 102 MEUR, en baisse cependant de 7%. Ce poste dépend essentiellement de la commande publique de l’agence de médicaments Kimadia. Il représente à lui seul 35% de nos exportations vers l’Irak.

b) les équipements mécaniques, matériel électrique et électronique, qui atteignent 71 M€ en baisse de 25%. A noter la progression des véhicules automobiles (+115%) avec 7,8 M€.

c) les produits des industries agroalimentaires qui sont passés de 53 MEUR en 2017 à 45 MEUR en 2018.  Dans ce poste, les exportations françaises sont constituées principalement de produits diététiques (24 MEUR) et des produits laitiers (13 MEUR).

d) les parfums et produits pour toilette en progression constante (+5%) avec 15,3 MEUR. 

3. Nos importations, quasi-exclusivement constituées de pétrole brut, ont fortement progressé.

3.1 Le montant total de nos importations est passé de 127 MEUR en 2017 à 480 M€, soit une augmentation de 279% sur un an.

3.2 Plus de 99% de ces importations sont constitués de pétrole brut.

4. Une situation économique et financière, qui se rétablit progressivement, et qui pourrait ouvrir, si le nouveau gouvernement fixe des priorités claires notamment en termes de reconstruction, des opportunités pour nos exportateurs.

4.1 La situation économique et financière a évolué dans le bon sens. La bonne tenue du prix du pétrole et une maîtrise des dépenses d’investissements et dans une moindre mesure des dépenses de fonctionnement, ont porté leurs fruits : un excédent budgétaire en 2008 supérieur à 5% du PIB, un excédent des comptes courants et des avoirs extérieurs de la banque centrale en très nette augmentation estimés à 67 Mds USD (soit huit mois et demi d’importation de biens et services).

4.2 Cet excédent budgétaire a permis aux autorités irakiennes, des marges de manœuvre plus importantes pour inscrire notamment les projets d’infrastructure dans le cadre de la reconstruction. Les émeutes de Bassorah en juillet dernier ont clairement ciblé les secteurs prioritaires : les services publics, notamment l’eau et l’électricité, deux domaines d’excellence française.

4.3 Dans le domaine des produits agro-alimentaire et des biens de consommation, l’absence d’une industrie locale se traduit par des importations massives, principalement en provenance des EAU, de la Turquie, de la Chine ainsi que de l’Iran[2]. Cependant, la situation sécuritaire s’améliorant, des centres commerciaux font leur apparition non seulement à Bagdad mais également au Kurdistan ainsi que dans les grandes villes du Sud (Bassorah, Kerbala), ouvrant des opportunités pour des produits occidentaux, plus haut de gamme. 

4.4 Le manque d’agressivité, de connaissance et d’intérêt de nos entreprises pour ce marché semblent expliquer nos mauvais résultats. Un effort accru doit donc être mené par l’ensemble de l’équipe France (Business France, Adepta, Medef International, Chambres de commerce…) afin de remotiver les sociétés françaises, qui à l’exception de quelques grands groupes, continuent d’avoir une image dépassée de ce pays. La forte participation au pavillon français à la foire internationale de Bagdad de novembre dernier, la tenue régulière d’un Comité de pilotage Irak et la récente annonce d’une ligne de financement de 1 Md€ devraient donner une nouvelle impulsion à nos exportations.

 

Evolution des échanges bilatéraux sur 10 ans (2008-2018)

(en M€)

Evolution des échanges bilatéraux sur 10 ans (2008-2018)

 

Principaux produits exportés par la France en 2018

 

 

Valeur (M€)

2018/2017

Part

Part cumulée

 

Total

296

-10,9%

100%

 

1

Préparations pharmaceutiques

110

-7,0 

33%

35%

2

Aliments homogénéisés et diététiques

44

-29,0 

13%

43%

3

Parfums et produits pour la toilette

34

5,2 

10%

48%

4

Produits laitiers et fromages

15

9,6 

4%

52%

5

Tubes, tuyaux, profilés creux et accessoires correspondants en acier

12

225,2 

4%

57%

6

Équipements aérauliques et frigorifiques industriels

10

133,7 

3%

61%

7

Instruments et appareils de mesure, d'essai et de navigation

8

59,6 

2%

65%

8

Matériel de levage et de manutention

8

844,8 

2%

68%

9

Véhicules automobiles

6

114,8 

2%

71%

10

équipements de communication

5

55,0 

2%

74%

11

Matériel de distribution et de commande électrique

5

-83,9 

2%

76%

12

Moteurs et turbines, à l'exclusion des moteurs pour avions, automobiles et motocycles

5

207,5 

2%

78%

13

Huiles essentielles

5

17,2 

2%

80%

14

Matières plastiques sous formes primaires

4

30,2 

1%

82%

15

Autres produits chimiques n.c.a.

4

-31,4 

1%

83%

16

Instruments et fournitures à usage médical et dentaire

4

13,7 

1%

85%

17

Légumes et melons, racines et tubercules

3

2,7 

1%

86%

18

Produits pharmaceutiques de base

3

49,2 

1%

87%

19

Moteurs, génératrices et transformateurs électriques

3

-64,9 

1%

87%

20

Autres pompes et compresseurs

3

-78,6 

1%

88%



[1] Entre 2009 et 2015, la moyenne annuelle de nos importations s’élevait à plus de 800 MUSD.  

[2] Les sanctions américaines contre l’Iran ne semblent pas avoir affecté fortement le commerce courant de biens agricoles et de consommation de provenance iranienne.

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