Le budget irakien 2018

- Adoption en avril 2018, avec environ 4 mois de retard, du budget fédéral 2018 pour un montant de dépenses de 88,1 mds$, soit 40% environ du PIB prévisionnel, en légère progression en termes nominaux de 4% [L’inflation anticipée est de 2%] par rapport à 2017, mettant fin ainsi à la politique d’austérité menée depuis 2015. Les dépenses dites souveraines (incluant notamment salaires et retraites), avec 36,7 mds$, représentent 41,6% des dépenses budgétaires. Les dépenses publiques d’investissements, en baisse de 3%, s’élèvent à 21 mds$, soit ¼ du budget total, orientées essentiellement vers le secteur pétrolier (11,42 mds$), électrique (2,66 mds$) et de la défense (1,98 mds$).

- Bâti sur une légère progression des exportations [atteignant 3,888 Mb/j, incluant 250 000 b/j du GRK, (contre 3,75 Mb/j exportés en 2017), les exportations de pétrole brut (hors GRK) sont passées de 3,245 M de b/j au cours des quatre premiers mois 2017 à 3,427 M de b/j au cours des quatre premiers mois 2018. Quant à leur valeur, elle est passée de 18,85 mds$ à 25,50 mds$ dans le même temps.  Le prix moyen du baril exporté s’est établi à 61,98$ (contre 48,02$ un an plus tôt)] et un prix moyen du baril très conservateur de 46$ [alors que le prix moyen du baril sur les 4 premiers mois de l’année 2018 a été de 61,98$], ce budget devrait, en principe, laisser au prochain gouvernement une marge de manœuvre

- Bien qu’il affiche un déficit de 10,6 mds$, ce budget prévisionnel devrait sans doute tendre vers un équilibre, voire un excédent, dû à la sous-évaluation du prix du pétrole et à un taux d’exécution budgétaire, qui oscille aux alentours de 75%.

1/ Un budget plutôt conservateur

Le parlement irakien a adopté très tardivement en mars de cette année le budget fédéral 2018 d’un montant de 88,1mds$[1] (104 158 Mds IQD), après que le Président kurde de la République ait refusé de le signer estimant que le texte comportait une trentaine de points anti-constitutionnels.  Bâti sur la base d’un prix du baril très conservateur à 46$ et d’un volume d’exportation en légère hausse de 3,888 Mb/j -incluant les exportations du KRG- (contre 3,45 Mb/j en 2017), il affiche un déficit de 10,6 mds$ (12 514 Mds IQD) soit 4,7% du PIB prévisionnel.[2]

Budget 2018

 

Dinar irakien (en milliers)

US dollars (en milliards)

Recettes anticipées

91 643 667 236

77,533

recettes pétrolières

77 160 392 640

65,28

recettes non-pétrolières

14 483 274 596

12,253

Dépenses anticipées

104 158 183 734

88,12

dépenses courantes

79 508 071 596

67,266

dépenses d'investissements

24 650 112 138

20,855

Déficit budgétaire anticipé

12 514 516 498

10,587

2/ Des dépenses en légère croissance mais fortement contraintes par les salaires, les retraites et les dépenses sociales

D’un montant de 104 158 mds IQD (88,12 mds$), équivalent à 40% environ du PIB prévisionnel, le budget approuvé pour l’exercice 2018 affiche une hausse de 4% en terme nominaux par rapport à l’exercice précédent, mettant fin ainsi à la politique d’austérité menée depuis 2015. Les dépenses courantes représentent 76,3% de l’enveloppe totale, en progression de 6% par rapport à 2017. Les deux principaux postes de dépense sont constitués par la masse salariale des 2,9 millions de fonctionnaires[3]  (29,4 mds$) et par les retraites et les aides sociales[4] (12,8 mds$). Ces deux postes absorbent 48% du budget irakien, en légère baisse de 3 points par rapport à 2017 où ils s’élevaient respectivement à 30,3 et 13,3 mds$. Un autre poste de dépenses important repose sur le service de la dette avec 7 mds$, en progression de 49%.

Dans le même temps, les dépenses publiques d’investissements, en baisse de 3%, s’élèvent à 21 mds$, soit ¼ du budget total, financés en partie par les ressources internes (16,19 mds$) et par les financements extérieurs (4,67 mds$). Elles seront fléchées essentiellement vers 4 ministères jugés prioritaires, notamment dans le cadre de la reconstruction : les ministères du pétrole (11,42 mds$), de l’électricité (2,66 mds$), de la défense (1,98 mds$) et du logement et de la construction (710 m$). Ces 4 entités absorbent, à elles seules, 80% des investissements prévus en 2018.

A noter la baisse des dépenses globales des Ministères de l’intérieur (8,5 mds$ en 2018 contre 9,1 mds$ en 2017 ; soit -6,50%) et du Ministère de la défense (6,3 mds$ en 2018 contre 7,4 mds$ en 2017, soit -15%). Une tendance qui s’explique par la fin d’une partie des opérations militaires contre Daech et l’amélioration sensible de la situation sécuritaire. A l’inverse, le budget du Ministère de l’électricité, secteur jugé stratégique par les autorités irakiennes dans le cadre de la reconstruction, connaît une hausse substantielle passant de 2,5 mds$ en 2017 à 5,3 mds$ en 2018, soit +113% sur un an. Le budget d’investissement de ce ministère devrait quadrupler passant de 0,7 mds$ en 2017 à 2,7 mds$, dont 75% environ financés par des prêts et garanties extérieurs[5], dont la majeure partie est fléchée sur des projets.

Si le GRK est de loin la région la mieux dotée en termes de moyens[6], avec 5,58 mds$ dont 4,41 en dépenses courantes et 1,17 mds$ en investissements, il n’en reste pas moins vrai que sa dotation a fortement chuté par rapport à 2017 (elle s’élevait à 9,8 mds$). Ces dépenses représentent 5,3% des dépenses totales, contre 11,5% en 2017. Les budgets dédiés aux autres régions sont orientés en priorité vers les régions productrices et/ou procédant au raffinage d’hydrocarbures. Ces provinces bénéficieront de 5% des revenus pétroliers, soit un montant de 3,3 mds$–soit 4% du budget-.

La ventilation des dépenses décroissantes par Ministère et provinces figure à l’annexe 1.

3/ Une légère diversification des recettes, toujours fortement dépendantes des exportations pétrolières

Estimées à 77,53 mds$ (91,643 mds IQD), les recettes reposeraient à 84% sur les exportations pétrolières, soit 65,28 mds$ sur la base d’un baril à 46 USD et à raison de 3,888 Mb/j exporté. Sur les quatre premiers mois de l’année 2018, le montant des recettes pétrolières a atteint 25,50 mds$, soit une moyenne de 6,376 mds$ de revenus pétroliers par mois. Si cette tendance persistait, les recettes issues du secteur pétrolier pourraient atteindre 76,5 mds$ sur 2018 (+17% par rapport aux estimations, soit un surplus potentiel de 10 mds$).

Dans le même temps, les recettes non-pétrolières sont estimée à 12,253 mds$ (+30% sur un an), et ce malgré la suppression de la taxe sur les salaires de 3,8% Ces revenus proviendraient essentiellement des recettes issues des impôts sur le revenu et la richesse (4,24 mds$), sur les taxes à la consommation (2,972 mds$) et les revenus de transfert (1,745 mds$). 

4/ Un déficit budgétaire qui pourrait se transformer en excédent

Le déficit associé à l’année budgétaire 2018 est estimé à 10,587 mds$ (contre 18,32 mds estimés en 2017). Ce déficit serait financé à plus de 80% par des financements extérieurs au travers de crédits exports (4,64 mds$) et des prêts extérieurs[7] (3,97 mds$). L’appel au financement interne ne s’élèverait qu’à 1,8 mds$ (cf annexe 2).

Cependant, l’exécution budgétaire en 2017 a été en deçà des prévisions (cf tableau ci-dessous) : si au niveau des recettes, le taux de réalisation atteint 98%, il plafonne à 75% au niveau des dépenses.  Conséquence directe, le déficit attendu de 18,32 mds$ en 2017 s’est transformé en un excédent de 1,56 mds$ selon la banque centrale irakienne. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, il est fortement probable que le taux d’exécution budgétaire pour 2018 ne puisse aller au-delà de 80%, laissant donc une marge de manœuvre supplémentaire aux autorités irakiennes pour maîtriser le déficit affiché. Dans ce contexte, il est envisageable que les comptes publics affichent soit un équilibre voire un excédent en 2018.[8]

Budget 2017

 

Estimé

exécuté

Recettes

66,85 mds$

65,43 mds$

recettes pétrolières

57,49 mds$

54,34 mds$

recettes non-pétrolières

9,36 mds$

11,09 mds$

Dépenses

85,2 mds$

63, 87 mds$

dépenses courantes

63,6 mds$

49,94 mds$

dépenses d'investissements

21,6 mds$

13,93 mds$

solde budgétaire

- 18,32 mds$

+ 1,56 mds$

5 / Vers une loi de finances rectificative en 2018 ? 

Des estimations pour le budget 2018 très conservatrices sur le prix du pétrole et la non inclusion d’une grande partie des engagements financiers annoncés par les bailleurs internationaux lors de la conférence de Koweït[9]  militeraient pour l’adoption d’un budget rectificatif 2018, plus proche de la réalité économique et financière actuelle de l’Irak. De plus, dans le cadre des discussions de la troisième revue du SBA, le FMI avait souligné qu’un certain nombre de mesures[10] préconisées par l’institution de Bretton Woods n’avaient pas été prises en compte dans la version finale adoptée par le Parlement.


 

[1] Calculé sur la base du taux de change officiel de la Banque centrale irakienne le 15/03/2018 (1 USD=1182 IQD)

[2] D’après les dernières prévisions du FMI, le PIB de l’Irak devrait atteindre 223,3 mds$ en 2018.

[3] Le KRG est le principal contributeur avec environ 24% des effectifs (soit un effectif de 682 000), suivi par le ministère de l’intérieur (20% des effectifs, soit 587 000 fonctionnaires), le ministère de la défense (10% avec un effectif de 288242) puis la province de Bagdad (8%) et le ministère de l’éducation (5%). 

[4] Il s’agit principalement des cartes de rationnement (1,27 mds$) et des subventions pour le blé (1,29 mds$).

[5] Prêt General Electric (350 m$), prêt suédois pour ABB (120 m$), prêt Siemens (160 m$), crédit export d’une banque commerciale (80 m$), crédit garanti britannique (700 m$),  Jica (276 m$), JIBC (80 m$), Banque Mondiale (12 m$), USA OPIC (200 m$), soit un total d’environ 2 mds$.

[6] La région de Bagdad, qui compte environ 8 millions de personnes, perçoit un budget de 2,32 mds$

[7] Constitués principalement par des prêts budgétaires du FMI (1,6 mds$) et de la Banque Mondiale (1,1 mds$) et d’une émission de bons sur le marché international (1 md$)

[8] D’après la prévision la plus récente du FMI, l’excédent dégagé par les comptes publics pourrait atteindre 0,3% du PIB en 2018.

[9] Estimés à 30 mds$, dont 15,5 mds$ de prêts, 11,5 mds$ de crédits exports.  

[10] Il s’agit notamment de la possibilité pour le gouvernement d’augmenter les dépenses, de la part attribuée au KRG et de la limitation d’embauche de fonctionnaires (1 embauche contre cinq départs à la retraite)

 

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