Novembre 2019 : Note "Transport aérien et aviation civile" - Corine PRIMOIS Conseillère aéronautique et aviation civile

 

1. Le cadre bilatéral en matière de transport aérien

Les consultations aéronautiques ont eu lieu les 20 et 21 novembre 2018 à New Delhi, à la demande des autorités indiennes. Ces consultations ont permis de clarifier les modifications de l'accord aérien de 1947 apportées lors des consultations de 2009, l’application des clauses européennes de désignation et de révocation, la confirmation de la possibilité de desservir des points intermédiaires et au-delà sans exercice de droits de 5ème liberté, et la confirmation des possibilités de partages de codes autres que domestiques.


Jusqu'ici, les transporteurs français pouvaient desservir jusqu’à 6 points en Inde, plus 4 points supplémentaires exclusivement destinés à des opérations de partages de codes domestiques en Inde et les transporteurs indiens, jusqu'à 4 points en France, plus 4 points supplémentaires exclusivement destinés à des opérations de partage de codes domestiques en France. Ces consultations ont permis d'ajouter 19 points supplémentaires pour leurs opérations de partage de codes respectives en France et en Inde, plus 10 autres avant le début de la saison aéronautique IATA d'hiver 2019-2020 (soit, au total, 4+19+10=35). En outre, le nombre de points pouvant être desservis par les compagnies indiennes désignées sera porté de 4 à 6 en contrepartie de la confirmation, par les autorités indiennes, de l'ajout des 10 points supplémentaires susmentionnés.


Afin de faciliter l'élargissement du tableau des routes, les deux autorités ont convenu que l'augmentation ultérieure (au-delà de 6)  des points d'entrées sur leur territoires respectifs et celle (au-delà de 35) des points de desserte en partage de codes par des liaisons domestiques, seront en principe accordées sur simple demande, sur la base de la réciprocité.

Conformément au mandat de négociation, la délégation française a expliqué que la libéralisation des services aériens entre les deux pays devrait s’inscrire dans un cadre européen, en indiquant que la France était prête à soutenir l’octroi d’un mandat à la Commission européenne pour négocier un accord en ce sens entre l’Union européenne et l’Inde, en contrepartie de l’adoption d’une clause relative à la concurrence loyale.

 

2. Coopération technique bilatérale en matière d’aviation civile

En matière d’aviation civile, la coopération technique franco-indienne, initiée en 2008, repose sur trois accords techniques entre la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) française et la DGCA indienne, l’autorité indienne aéroportuaire et de contrôle aérien (AAI) et le bureau enquêtes analyse indien AAIB.

AAI : Le Mastère spécialisé « ANSPM » de l’ENAC, accrédité par la Conférence des Grandes Ecoles a accueilli, à Hyderabad, 3 promotions successives de cadres de Airports Authority of India (AAI), formant ainsi une centaine de contrôleurs et d’ATSEP indiens aux nouveaux enjeux de la navigation aérienne, avec le concours d’une quarantaine d’instructeurs de l’ENAC. Cette formation a diplômé la dernière promotion en mars 2018. La division Planning de AAI envoie chaque année certains de ses collaborateurs à l’ENAC pour une formation dans le domaine de la conception aéroportuaire (Modules AM06 & AM08), suivie d’une visite d’ADP. Une vingtaine de cadres a bénéficié de cette formation à ce jour. Le responsable de l’AIS  à AAI a suivi en avril 2019 une formation complémentaire à l’ENAC « Advanced AIS to AIM ».

AAI a sollicité la facilitation de la Direction générale de l’aviation civile dans ses démarches vis-à-vis d’Eurocontrol pour l’accompagner dans la mise place de son centre de recherche en aviation civile et un accord est à l’étude pour une possible signature début 2020.

DGCA : En sus de leur participation à des workshops et stages de formation continue au bénéfice de professionnels Indiens, plusieurs collègues de la DGCA indienne ont suivi des formations diplômantes à l’ENAC offertes à l’Inde par la DGAC française. En 2018/2019, la DGAC française a octroyé à un cadre de la DGCA indienne une bourse pour participer au Master Air Transport organisé par l’ENAC à Hong Kong et qui a débuté en janvier 2019. Depuis la rentrée 2019, un cadre de la DGCA suit le mastère spécialisé «  drones » de l’ENAC avec un financement de la DGAC.

Une formation au nouveau règlement EASA UPRT a été organisée du 16 au 19 juillet 2019 par un inspecteur de la DSAC à Delhi pour 5 inspecteurs de la DGCA indienne, en concertation avec Airbus (qui dispose désormais d’un centre de formation agréé pour la qualification de type des pilotes indiens sur l’A320). Il s’est agi d’une journée de formation théorique sur le règlement UPRT, puis de 2 journées où les inspecteurs indiens ont pu assister à la revalidation de deux simulateurs Airbus installés chez FSTC et CAE à Noida et Gurugram, suivies d’une journée de formation pratique sur le simulateur du Airbus Training Centre de Gurugram, à laquelle toutefois un seul inspecteur indien a participé. Il est prévu que l’inspecteur de la DSAC et ses homologues de la DGCA continuent d’échanger par email. Le simulateur A320 de l’Airbus Training Centre devrait, quant à lui, être certifié par un inspecteur EASA en janvier 2020, puis par la DGCA.

IAA/ENAC : L’Indian Aviation Academy (IAA), l’organisme de formation professionnelle conjoint de DGCA, BCAS et AAI, souhaiterait mettre en place un partenariat avec l’ENAC dans le domaine du management aéroportuaire.

EU SA APP : Le programme « EU-SA Aviation Partnership Programme», exécuté par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), vise à améliorer les standards de sécurité aérienne en Asie du Sud. Des actions de formations spécifiques pour les inspecteurs de navigabilité ont été mises en œuvre par l’OSAC (Organisme pour la sécurité de l’aviation civile), pour le compte de la DGAC française, en Inde, l’un des pays bénéficiaires. L’Inde toutefois n’a pas souhaité pour l’instant héberger un possible RSO (organisation régionale de supervision de la sécurité), dont l’OACI fait activement la promotion dans les différentes régions du monde. Un workshop sur les drones a été organisé à Delhi par l’EASA avec le concours de la DGCA et de l’IAA les 7 & 8 novembre 2019 dans le cadre de EU SA APP. Est prévu un workshop en Inde en décembre 2019 sur le thème de l’environnement.

 

3. Un contexte économique toujours favorable au transport aérien, mais des difficultés réglementaires et fiscales

L’aéronautique reste une composante majeure des échanges de biens franco-indiens.

Atones en 2018 (+3% par rapport à 2017), les exportations françaises vers l’Inde rebondissent au S1 2019, portées par le secteur de l’aéronautique : elles sont passées de 2,2 Mds € au S1 2018 à 2,6 Mds € au S1 2019 selon les douanes (perspective FAB/CAF), soit une augmentation de 17% en glissement annuel. Cette augmentation importante dépasse le taux de croissance moyen des exportations de la France vers l’Inde sur 10 ans (2009-2018), qui se situe à 8,4%.  La part relative de l’Inde dans les exportations françaises augmente ainsi légèrement (+0,1 point) pour s’établir à 1%. L’Inde reste cependant positionnée, comme au S1 2018, au 19ème rang au classement des clients français à l’export, entre la Russie et le Maroc.

Le poste aéronautique, qui représente à lui seul près de la moitié des ventes à l’export, apparaît ainsi comme la principale composante de nos échanges. Déjà dynamiques en 2018 (+9,5% par rapport à 2017), les exportations d’aéronefs et engins spatiaux semblent poursuivre leur accélération au S1 2019. Elles s’affichent en effet en hausse de 19,6% par rapport au premier semestre de 2018, à 1,2 Md €. Elles représentent ainsi 56% du total des exportations françaises vers l’Inde au S1 2019. De plus, les exportations de produits complémentaires au poste aéronautique, soit les équipements de communication affichent une très belle progression de 43,1 % en glissement annuel pour s’établir à 57 M€ au premier semestre de 2019. A l’inverse, les instruments et appareils de mesure, d'essai et de navigation, deuxième poste principal à l’exportation mais bien moins conséquents que l’aéronautique (3,5% du total des exportations), sont en repli de 11,8 % à 89 M€ au S1 2019. 

Avec 309 millions de passagers en 2017 et 421 millions d’ici 2020, l’Inde devrait devenir le 3ème plus important marché mondial autour de 2024. Le gouvernement Modi a mandaté le MoCA (Ministry of Civil Aviation) pour poursuivre une politique publique de soutien au développement du transport aérien, avec13 mesures idoines pour les 5 ans à venir comme par exemple :

  • Encouragement de la participation d’acteurs privés dans les aéroports, les compagnies aériennes et les secteurs adjacents
  • Création de MRO en Inde
  • Encouragement du financement de la location d’avions
  • Formulation de règlements complémentaires pour les drones
  • Création ou réhabilitation d’une centaine d’aéroports pour encourager la connectivité régionale
  • Attribution de 50% des droits de trafic internationaux à des transporteurs indiens (contre 20% aujourd’hui)
  • Création de centres de formation pour former plus de pilotes
  • Construction d’un avion commercial en Inde

On assiste à une restructuration de l’offre de dessertes aériennes.

Comme le marché domestique indien est un secteur extrêmement concurrentiel et à très faible marge commerciale, les compagnies à bas coût se lancent désormais, en vue d’équilibrer leur modèle, sur les routes internationales : IndiGo, SpiceJet, Vistara et AirAsia India ont ainsi récemment débuté ou développé leurs vols internationaux, créneau jusqu’alors réservé aux compagnies traditionnelles Air India et Jet Airways. Les compagnies low cost ont signé des accords de partage de codes : Vistara avec Japan Airlines, SpiceJet avec Emirates et IndiGo avec Turkish Airlines et Qatar Airways.

Après Air India, Spice Jet et Vistara, IndiGo vient de rejoindre l’association IATA.

Le gouvernement indien, qui avait tenté de privatiser Air India en 2017 sans succès, s’apprêterait à relancer avant fin novembre un appel à intérêt et autoriserait désormais 100% d' IDE.

Jet Airways a cessé ses opérations le 17 avril 2019, faute de ressources. Le management est actuellement sous le coup d’une enquête des autorités financières qui soupçonnent des irrégularités.

Le développement de l’aviation régionale, qui représente un enjeu important pour les constructeurs de turboréacteurs, est encouragé, depuis 2016, dans le cadre du plan de connectivité régionale UDAN.

Le plan UDAN, dans ses phases successives d’appels d’offres 1 & 2 & 3, a permis la création de nouvelles routes avec un trafic moins dense, nécessitant des avions régionaux, comme les modèles de 40 à 70 sièges d’ATR, ou encore l’A220. Les lignes régionales peuvent être desservies à la fois par les grandes compagnies nationales et par de nouveaux entrants avec des appareils similaires.

Le gouvernement poursuit ainsi son schéma de connectivité régionale avec la phase 3 du plan UDAN vers des destinations touristiques, comme la tout nouvellement érigée Statue of Unity dans le Gujarat et au-delà des frontières indiennes, vers les villes d’Asie du Sud Est, en développant notamment la connectivité dans les Etats du Nord Est.

Piloté par AAI, UDAN entend désormais augmenter le nombre de billets à l’international à un horizon de 10 ans. Les États fédérés ont identifié les routes à connecter pour lesquelles les exploitants aériens intéressés ont été invités à soumettre des propositions pour assurer la connectivité. Un fonds spécifique, l’IACF (International Air Connectivity Fund), alimenté par les contributions des états fédérés, a été créé pour financer les subventions dans le cadre de ce programme.

Ce fonds permet de subventionner, pour trois ans maximum, les compagnies aériennes retenues pour des sièges passagers restés invendus au moment du vol international, selon le nombre total de sièges passagers mentionné dans la proposition. L’état d’Assam a déjà annoncé 1 Md ₹ de VGF (viability gap funding) pour promouvoir la connectivité aérienne internationale depuis Guwahati et des aides spécifiques supplémentaires pour tout opérateur d’hélicoptères qui fera une proposition de desserte lors du Helicopter Summit de Derhadun le 7 septembre 2019. Quelques 25 hélistations, héliports et aérodromes de montagne des Etats du Nord Est ont été réhabilités et certifiés.

Parallèlement au plan UDAN, en lançant le programme NABH (NextGen Airports for Bharat), un important programme d'investissement pour améliorer ses infrastructures aéroportuaires,  le gouvernement indien espère augmenter la capacité totale des aéroports pour gérer un milliard de voyages par an, soit 5 fois plus que les capacités actuelles.

Ce programme comprend l’inauguration de nouveaux aéroports en plus de l’agrandissement des aéroports existants et devrait nécessiter des investissements de 3 000 Mds ₹ (36,1 Mds €), soit l’équivalent de 1,6% du PIB, à comparer avec un total de moins de 300 Mds ₹ sur la période 2012-17 (82 Mds INR au niveau central, 5 au niveau des Etats, 192 pour le secteur privé…)

Le gouvernement indien, depuis la Saison parlementaire de la mousson 2018, a d’ailleurs proposé un nouveau modèle financier pour les futurs aéroports, avec la redevance de concession accordée par l’exploitant d’aéroport à l’autorité concessionnaire basée sur un modèle aéronautique par passager.

Ce modèle a été testé lors de l’appel d’offres publié fin 2018 pour la concession de 6 aéroports publics: Ahmedabad, Jaipur, Lucknow, Guwahati, Mangaluru et Thiruvananthapuram, pour les 50 prochaines années.

A la différence de la première vague de privatisation de 2006, seul le critère financier du nouveau modèle aéronautique par passager valait éligibilité pour les entreprises souhaitant faire une offre.

Le groupe Adani a d’ailleurs obtenu les 6 concessions, même si sa seule expérience dans le domaine de l’aviation consistait en la possession d’un petit aérodrome à Mundra, dans le Gujarat, et d’une licence de compagnie aérienne pour Karnavati Aviation.

AAI envisage de poursuivre la privatisation de certains de ses aéroports en mode PPP, pour financer la création, la réhabilitation ou la modernisation d’aéroports de moindre taille et pas forcément rentables.

Rappelons qu’EGIS a signé en 2017 un contrat pour la conception et la supervision de travaux de la nouvelle aérogare de l’aéroport de Lucknow, de Pune et Trichy. Les études pour les futurs terminaux de ces trois aéroports ont été remises officiellement à AAI pendant la visite du Président de la République en Inde.

Mi 2019, un accord de principe a été donné pour la construction d’aérodromes aquatiques dans 5 états : Odisha, Gujarat, Maharashtra, Andhra Pradesh and Assam ; le lac Chilka (Odissa), la rivière Sabarmati et le barrage Sardar Sarovar (Gujarat) ont été identifiés pour la première phase du projet. La DGCA a publié les règlements prescrivant la procédure et les exigences en matière d’agrément d’aérodromes aquatiques.

En 2017, un groupe de travail franco-indien dédié au développement des opérations hélicoptères a été mis en place.

Ce groupe réunit des représentants de l’aviation civile indienne et française, des industriels et des opérateurs d’hélicoptères.

L’objectif visé par ces travaux conjoints est de faire évoluer la réglementation indienne sur les vols civils d’hélicoptères afin de permettre aux opérateurs de développer leur activité selon des critères de sécurité optimale.

Ces travaux ont notamment permis des évolutions réglementaires sur 2 points importants 

  • La publication, le 23/01/2018, de la révision du CAR Section 4 – Aerodromes Standards and Licensing – Series F Part U, Issue 1 dated 19th July 2017 about requirements for issue of heliport licence/operational authorisation for helicopter landing areas ;
  • La publication, le 27/09/2018, de la Operations Circular File n° AV 22024/11/2018-FS about Single Engine Turbine Aircraft – Scheduled Commuter Air Transport Operations.

Les obstacles réglementaires ayant été levés, ce groupe souhaitait également s’impliquer dans le domaine HEMS (Helicopter Emergency Medical Services). Mais, si tous les acteurs en Inde s’accordent à dire que le HEMS est un service essentiel à mettre en place, ils se renvoient aussi mutuellement la balle quant à son financement. En l’absence de bailleurs, le modèle économique du projet pilote HEMS mis au point par le groupe de travail franco-indien ne pourra être déployé. Le groupe de travail franco indien sur les hélicoptères a décidé de devenir  est membre du Comité Aviation de la FICCI, présidé par Anand Stanley, PDG d’Airbus India.

Conformément à l’engagement pris en avril 2017, la DGAC a adressé aux autorités indiennes la réglementation française en matière de drones fin 2017.

La DGCA a publié les CAR relatives aux drones civils en date du 27/08/2018, applicables au 1er décembre 2018.

Il faut en retenir la classification des drones en 5 catégories selon le poids, allant de nano, micro, petit, moyen à grand.Tous les drones, à l’exception des nano drones, devront obtenir un numéro unique d’identification. Un permis d’opérateur devra être demandé auprès de la DGCA, à l’exception des drones nano volant à moins de 50 pieds, des drones micro volant à moins de 200 pieds, et des drones appartenant aux agences NTRO, ARC et CIA. Cette demande doit être faite en ligne sur une plateforme numérique Digital Sky hébergée sur le site de la DGCA. Les pilotes de drones doivent être âgés de 18 ans, posséder un diplôme de niveau d’études de 10ème classe et connaître l’anglais. Les drones doivent être opérés à vue de pilote, dans la journée et jusqu’à une altitude de 400 pieds maximum. S’ils souhaitent voler dans l’espace aérien contrôlé, il faut préalablement avoir obtenu la clairance du Ministère de la Défense et déposer un plan de vol auprès du Flight Information Centre. Les CAR définissent des zones interdites aux drones : autour des aérodromes, dans les zones frontalières, à Vijay Chowk à Delhi, près des bâtiments officiels indiens, des installations militaires et stratégiques…

Reconnaissant que les drones représentent un risque pour la sécurité, le tout nouveau ministre de l'Aviation civile, Hardeep Singh Puri, a déclaré à Rajya Sabha que le gouvernement introduirait davantage de dispositions pour réglementer leur fonctionnement, en particulier dans les zones interdites.

Le ministre a indiqué que si un drone qui s’est conformé au NPNT (no permission, no take-off) essayait de violer la géo-clôture (pour aller au-delà de la limite autorisée dans l'espace aérien), le logiciel intégré obligerait le drone à rentrer chez lui (Return To Home).

Le MoCA a également mandaté un groupe de travail pour réfléchir à un UTM pour les drones.

A noter que le workshop « Drones » organisé sous l’égide du programme EU South Asia APP les 7 & 8 novembre 2019 à Delhi, avec le concours de la DGCA et de l’Indian Aviation Academy, a permis d’échanger sur les règlements Drones de EASA et de la DGCA, avec un accent particulier sur le projet U Space et le European Network of demonstrators piloté par Eurocontrol. Ont été évoqués les incursions de drones, les mesures anti drones malveillants, la mobilité urbaine aérienne avec Volocopter, Skyways, et les futurs « e VTOL ».  La plateforme évolutive Digital Sky indienne a été présentée, ainsi que les opérations BVLOS.

Toutefois, un certain nombre d’obstacles réglementaires et fiscaux n’ont toujours pas été résolus.

Le processus d’octroi des autorisations temporaires d’exercer des pilotes étrangers induit des retards dans les livraisons d’appareils, notamment d’ATR, aux compagnies indiennes, faute de pilotes-instructeurs européens obtenant leur FATA pour venir former les pilotes indiens sur les nouveaux appareils. Malgré un dialogue régulier avec les autorités indiennes depuis l’automne 2017, la DGCA n’a toujours accédé à nos demandes d’assouplissement et d’harmonisation du règlement indien et des règlements EASA.

Par ailleurs, le BCAS impose désormais qu’un accord de coopération portant spécifiquement sur la sûreté soit signé entre la France et l’Inde pour autoriser les auditeurs français sur les aéroports indiens, y compris s’il s’agit d’inspecteurs de surveillance de la sûreté ou d’audits internes réalisés par les responsables de la sûreté des compagnies aériennes. En outre, le BCAS n’a toujours pas accepté que des validateurs de l’Union Européenne accèdent aux aéroports indiens pour mettre en œuvre le règlement ACC3 pour le fret. Un MoU franco-indien est actuellement à l’étude pour organiser la coopération en matière de sureté.

Le développement du MRO en particulier et du secteur de l’aviation civile en général se heurte toujours à plusieurs obstacles.

En matière fiscale, la GST (Goods and Services Tax) mise en œuvre le 1er juillet 2017 a englobé une trentaine de prélèvements au niveau du gouvernement central et des États, tels que les droits d’accise, la taxe de service et la TVA. Toutefois, elle n’inclut pas pour l’instant les produits pétroliers (essence, diesel, gaz naturel, pétrole brut et l’ATF (Aviation Turbine Fuel), ce qui entraîne une perte de revenus pour le secteur aéronautique (qui ne peut pas prétendre, de ce fait, au mécanisme de déduction du coût des intrants). Or, avec une augmentation de plus de 20% des prix de l’ATF et la dépréciation de la roupie, qui a perdu plus de 15% face au dollar depuis le 1er janvier 2018, le coût des importations s’est fortement renchéri, y compris pour les pièces détachées, dans la mesure où les compagnies réalisent l’essentiel de leurs recettes en devises.

Le Ministère de l’Aviation civile indien a demandé à plusieurs reprises au Ministère des Finances que l’ATF entre dans la GST, mais n’a pas obtenu gain de cause pour l’instant. Il demande également que soit revue la fiscalité sur le MRO. En effet, Bharat Malkani, président de l'Association MRO de l'Inde (MROI), a déclaré que l'Inde perdait près de 90% ou 1,4 milliard de dollars (M18) au profit d'acteurs étrangers en raison de prélèvements discriminatoires sur les activités de MRO en Inde. Selon lui, alors qu'il existe une taxe sur les produits et services (GST) de 18% sur les services de MRO intérieurs, le droit de douane sur les MRO importés n'est que de 5%. Il a déclaré qu'un tel régime fiscal discriminatoire rend les entreprises de MRO qui pourraient s’implanter en Inde moins compétitives par rapport à leurs concurrents étrangers. Il demande au Gouvernement indien d’appliquer un taux de 18 à 20% de taxes d’importation sur les importations et de réduire la fiscalité sur le MRO en Inde.

Les entreprises françaises implantées en Inde :

Airbus :

Airbus, qui disposait déjà d’un carnet de commande de 530 appareils (principalement des A320-Neo), soit près de quinze ans de livraisons au rythme actuel (environ 3 appareils/mois depuis deux ans), vient de se voir confier fin octobre 2019 par IndiGo une nouvelle commande de 300 appareils supplémentaires. Sur la base d’hypothèses de croissance du trafic de 8,1% par an (contre une moyenne de 4,4% au niveau mondial), Airbus estime que les besoins de l’Inde en aéronefs civils pourraient atteindre jusqu’à 1 750 appareils à un horizon de vingt ans.

Thales :

Thales est présent en Inde depuis 65 ans y emploie près 600 personnes et dispose de 3 co-entreprises dans le domaine des radars sol, de l’avionique et du développement de logiciels.

En avril 2018, Thales a organisé un workshop pour AAI afin de promouvoir l’idée d’un système de navigation aérienne pan indien. En effet, AAI a le projet de réorganiser son espace supérieur en couplant ses  FIR (flight information regions), Chennai et Calcutta, puis Delhi et Mumbai, mais utilise actuellement des systèmes différents et pas toujours interopérables.Thalès pourrait répondre aux 3 appels d’offres en cours pour l’équipement de 3 aéroports : Mumbai, Hyderabad et Bangalore.

En marge du Salon AeroIndia 2019 qui s’est tenu à Bangalore du 20 au 24 février, Thalès a inauguré son tout nouvel ECC (Engineering Competence Centre), dont l’objectif est d’accélérer l'innovation et la transformation numérique pour répondre aux besoins du marché indien comme aux objectifs globaux du groupe. Le choix de Bangalore tient compte du fait que l'Inde forme chaque année des centaines de milliers d'ingénieurs hautement qualifiés. Avec ce centre, le groupe entend jouer un rôle majeur dans la création d'emplois et le développement de compétences en Inde : à terme, 3 000 ingénieurs y travailleront d'ici 3 à 5 ans. Le centre se concentrera sur les capacités logicielles et matérielles dans les secteurs des affaires civiles et de la défense. Satish Menon a été nommé à la tête de ce centre.

Safran :

CFM (une coentreprise entre Safran et General Electric) qui motorise déjà 60% des moyen-courriers en service, soit tous les B737 et une part importante des A320 Neo, a été retenue par IndiGo (Annonce lors du Salon du Bourget 2019) pour motoriser les A320 de la commande de 2017 restant à livrer. Nul doute que CFM pourrait poursuivre en négociation commerciale avec IndiGo pour la motorisation des 300 nouveaux appareils signée le 29 octobre 2019 par IndiGo, et dont la livraison pourrait débuter en 2025.

Safran entend construire, à Hyderabad, une nouvelle usine de Safran Aircraft Engines dédiée à la production de parties de pièces du moteur LEAP de CFM. Avec le soutien de la région du Telangana, Safran va investir 36 millions d'euros pour implanter cette usine de 13 000 m2, dont 8 000 m2 d'ateliers, dans la zone économique spéciale d’Hyderabad, à côté de l'aéroport. La construction devrait débuter fin 2019, avec l'objectif de livrer le bâtiment et de produire les premières pièces courant 2020. Le site pourrait employer près de 50 personnes d'ici la fin de l'année et 300 à terme. A pleine cadence, l'usine pourra livrer jusqu'à 15 000 pièces par an. Cette annonce est la claire réaffirmation de l'engagement de Safran dans sa stratégie "Make in India".

Safran Electric and Power (SEP) a, pour sa part, signé en 2017 un MoU pour la création, toujours dans le Telangana, d’une usine de production de harnais électriques.

CFM a également signé en mars 2018 un protocole d’entente (MoU) avec SpiceJet pour la fourniture et la maintenance de moteurs (13 milliards d’€). Un protocole d’accord similaire a été signé avec IndiGo en juin 2019 (20 milliards d’€). Ceci pourrait plaider pour la mise en place d’un MRO en Inde, si la fiscalité était revue à la baisse.

PME :

L’implantation en Inde d’entreprises françaises n’est pas l’apanage des grands groupes. Pendant le Salon AeroIndia 2019, la seconde usine en Inde d’Axon Cable, soit 4000 m² de locaux neufs situés sur le parc aérospatial de Devanahalli, proche de l’aéroport international de Bangalore, a été inauguré en présence de clients et de partenaires ainsi que des dirigeants et des salariés du groupe Axon.

D’ici fin 2019, 100 personnes devraient travailler dans cette nouvelle usine équipée d’une salle blanche pour le marché spatial. Le chiffre d’affaires pourrait dépasser les 4 millions d’euros.

A noter qu’Axon’ Interconnectors & Wires  est également présent en Inde pour son expertise en cordons et harnais terminés avec des connecteurs micro-D, des cordons hyperfréquence et des liaisons sur mesure adaptées aux environnements sévères des marchés aéronautique, défense et spatial.

Latécoère s’est implantée à Belagavi et Ametra a créé une coentreprise avec Nucon fin septembre 2019, dans le cadre des offsets du GIE Rafale.

Dans un tout autre registre, l’aéroport international de Delhi a été, le 29 octobre 2018, le premier aéroport indien à utiliser un Taxibot pour repousser un Boeing 737 de la compagnie SpiceJet à destination de Goa, après que la compagnie a obtenu le STC (supplemental type certification) de la DGCA Indienne.

Fruit d’un partenariat entre Israeli Aviation Industries, KSU Aviation Pvt Ltd, India, et TLD, une entreprise française spécialisée dans le GSE (ground support equipment), le Taxibot permet le remorquage des avions sur le taxiway jusqu’au point de décollage, moteur éteint.

Le TaxiBot constitue une évolution majeure dans le monde de l’aviation, pour les opérations au sol, qui, outre les économies dont pourront profiter les compagnies aériennes, apportera d’importants bénéfices environnementaux aux plateformes aéroportuaires.

En effet, il réduit de 60% les nuisances sonores, de 85% les émissions de CO2 et la consommation de kérosène, tout en permettant d’optimiser l’efficacité opérationnelle.

A l’heure du CORSIA (Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation) et avec un baril de pétrole à la hausse, c’est indéniablement une excellente nouvelle pour les compagnies aériennes et pour l’environnement. 40 taxibots vont être livrés sur 3 ans en Inde, sur le principe d’une concession avec les aéroports (pour l’instant, Delhi et Bangalore).

Actualisation le 14/11/2019

 

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