Indicateurs et conjoncture

L’économie indienne marque un net ralentissement

Plus dynamique des grandes économies émergentes en 2017, l’Inde a vu sa croissance ralentir en 2019 (exercice avril 2018/mars 2019) à un étiage de 6,8% à prix constants, son plus bas niveau en cinq ans. La variation trimestrielle du PIB affiche ainsi une tendance baissière (7% au T3 2018, puis 6,7% au T4 2018 avant de chuter à 5,8% au T1 2019). Cette décélération résulte d’une demande interne en berne à la fois du côté de la consommation des administrations publiques (dans un contexte post-électoral, alors que la demande publique demeure prépondérante en Inde) mais également du côté des ménages (notamment en zone rurale) sous l’effet de l’atonie des prix alimentaires, et partant, du revenu des agriculteurs. En outre, le secteur privé demeure obéré par un faible niveau d’investissements (la FBCF a chuté à moins de 5% au T1 2019, contre une moyenne supérieure à 10% sur l’année 2018), dans un contexte financier marqué par les difficultés croissantes du secteur financier non-bancaire et, en conséquence, un assèchement des liquidités. Enfin, la contribution du secteur externe reste, quant à elle, négative en dépit de la modération du prix des hydrocarbures, qui constituent près de 70% du déficit commercial extérieur indien.

La croissance de la valeur ajoutée, qui repose principalement sur le secteur tertiaire, affiche également des signes de ralentissement. Une situation liée à un segment industriel peu dynamique, à l’instar du secteur de l’énergie qui affiche une croissance de 7% sur l’exercice 2018-19 (avril 2018 – mars 2019), contre 8,6 % un an plus tôt. De plus, le secteur extractif croît de 1% en 2018-19 (après +5,5 % en 2017-18) tandis que l’activité manufacturière s’affiche en hausse de seulement 7%. Le secteur agricole affiche quant à lui un ralentissent à 3% en 2018-19 (contre 5% en 2017-18). A noter aussi le ralentissement du secteur public et parapublic, dont la valeur ajoutée, en hausse de 8,6% en glissement annuel (contre 12% en 2017-18), confirme le rôle d’impulsion de la demande publique dans l’activité. Le tertiaire marque en revanche une nette amélioration : la croissance annuelle de la valeur ajoutée ressort à 7,6% dans le secteur financier, les assurances et l’immobilier.

Contribution à la croissance du PIB

L’atonie des pressions inflationnistes a d’autant plus justifiée l’orientation expansionniste de la politique monétaire

Les pressions inflationnistes, jusqu’à présent demeurées contenues (+ 3,5% sur l’exercice budgétaire 2018-19, en-deçà de la cible de moyen terme de 4%, +- 2 points assignée à la Banque centrale), ont connu en début d’année une légère recrudescence dans le sillage de la reprise du prix des denrées alimentaires.

La Banque centrale (RBI), dans ce contexte, a abaissé son principal taux directeur pour le ramener à 5,75 %. Le comité de politique monétaire (CPM) de la RBI a abaissé, pour la troisième fois consécutive, en juin 2019, de 25 points de base les taux de prise en pension (reverse repo), de mise en pension (repo) et le taux au jour le jour (marginal standing facility). Ces trois références s’affichent désormais à 5,5 %, 5,75 % et 6 % respectivement. Une décision, votée à l’unanimité par les six membres du Conseil de politique monétaire, couplée d’un changement d’orientation de la politique monétaire, passée de neutre à une perspective expansionniste.

C’est la première fois depuis plus de cinq ans – et de facto depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel Premier ministre, – que l’Institut d’émission décide d’abaisser trois fois de suite ses principaux taux. Pour mémoire, il avait amorcé en juin 2018 un cycle d’assouplissement avant d’annoncer une normalisation de la politique monétaire sur la seconde moitié de l’année 2018 et d’acter, in fine, un nouveau cycle expansionniste à travers deux baisses consécutives en février et avril 2019. A cet égard, une nouvelle baisse des taux lors de la réunion du CPM en août est attendue par la presse économique dans un contexte de pressions inflationnistes contenues.

Contribution à l'indice des prix à la consommation (%), par composante

La situation des comptes extérieurs s’est également détériorée

Le déficit du compte courant atteint 57 Mds $ au cours de l’exercice budgétaire 2018-19 (avril 2018-mars 2019), contre 48,7 Mds $ sur l’exercice antécédent. Cette évolution tient principalement à la dégradation de la balance des biens, dont le déséquilibre est passé de 160 Mds $ à 180 Mds $ entre les deux derniers exercices. Dans le même temps, et bien que l’excédent de la balance des services progresse, de 77 à 82 Mds $, le solde consolidé des échanges de biens et services accuse un déficit de 98 Mds $. Un déficit en partie compensé par la bonne tenue des entrées de fonds de migrants (à 48 Mds $ en 2018-19, contre 40 Mds $ en 2017-18), pour porter ainsi le déficit de la balance des transactions courantes à 57 Mds $.

Evolution du compte courant, par composante (en Mds $)

Ce dernier est toutefois largement financé par les entrées au titre du compte financier : on notera en effet la bonne tenue des investissements directs étrangers (avec un solde net de 30,7 Mds $) tandis que les flux de portefeuille affichent des sorties nettes de 2,4 Mds $.

Compte financier (en Mds $), par composante (hors réserves)

Après la prise en compte des entrées au titre des produits dérivés (+1 Md $) et autres investissements (+25 Mds $), les réserves de change progressent de 3,3 Mds $ sur l’exercice 2018-19.

La politique budgétaire conserve un léger biais expansionniste

Au plan budgétaire, le déficit des administrations centrales atteint 3,39% du PIB sur l’exercice 2018/19 (avril 2018 – mars 2019) selon les chiffres préliminaires du Comptroller and Auditor General of India (CAG), avec un montant de 6 454 Mds ₹ (82,8 Mds €). Ce déséquilibre s’explique surtout par la faiblesse des recettes fiscales égales à 13 170 Mds ₹ (88% de la cible annuelle), qui constituent près de 80% des recettes totales. A cet égard, ce sont les recettes de la GST qui ont déçu, à 5 816 Mds ₹ contre une cible initiale de 7 439 Mds ₹ (ultérieurement révisée à 6 439 Mds ₹). En revanche, on relève une recrudescence à la fois des recettes de cession mais également des dividendes reçus des institutions publiques, à l’instar du bénéfice exceptionnel versé par la Banque centrale fin mars 2019. En parallèle, les recettes non-fiscales s’élèvent 2 462 Mds ₹, soit le niveau de l’objectif initial.

Les dépenses auraient, pour leur part, atteint 23 114 Mds ₹ (dont 5 827 de dépenses liées aux charges d’intérêts). On relèvera en particulier la bonne tenue des dépenses courantes (à 20 085 Mds ₹), concomitante à l’agenda électoral, alors que les dépenses d’investissements s’établissent, quant à elles, à 3 030 Mds ₹. Cependant, même si les efforts déployés par les certains ministères sont à souligner, la relativement bonne maitrise des dépenses publiques s’explique par le basculement de certaines dépenses de fonctionnement, en particulier les subventions, sur l’exercice suivant et par l’endettement croissant des agences parapubliques, comme la Food Corporation of India ou bien la Power Finance Corporation ; les charges d’intérêts de ces agences ne sont pas inscrites au budget.

Les déséquilibres du secteur financier demeurent une source de préoccupation

L’assainissement progressif du secteur bancaire indien, où la part des prêts toxiques enregistre un déclin pour la première fois sur les trois dernières années, dans le sillage notamment de la relance du cycle de crédit et de l’introduction du nouveau code des faillites, ne doit pas occulter l’aggravation de la situation dans le secteur non-bancaire. En effet, l’Institut d’émission souligne ainsi sa préoccupation quant à la situation du secteur financier non-bancaire, suite aux défauts de paiement massifs qui ont bondi à la suite de la crise de liquidité du géant Infrastructure Leasing & Financial Services (IL&FS) ; selon la RBI, si le secteur financier non-bancaire demeure secondaire en termes d’actifs totaux, la Banque met en exergue les risques associés à la hausse des interrelations entre les institutions financières bancaires et non-bancaires, et souligne qu’en l’absence de garantie publique implicite, les risques de contagions en cas de défaillance d’une des parties seraient significatifs.

Variation annuelle (%) des encours de crédits, par composante

 

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