La Start-Up Nation israélienne

Qualifiée de Start-up Nation, Israël est souvent considérée comme un exemple à suivre avec  près de 7 000 start-ups et une quinzaine de licornes. La politique volontariste du gouvernement dans le domaine de la R&D, couplée à l’éducation (exposition à la technologie dès l’enfance) ainsi qu’aux dispositions culturelles, sociales (valorisation de la prise de risque, hiérarchie non rigide …) et géographiques (superficie < à la Bretagne facilitant les expérimentations) constituent les facteurs clés du succès israélien. Si l’écosystème israélien de la Tech gagne en maturité, il doit aussi faire face à des défis.

1. Un écosystème Tech dynamique largement tourné vers l’international…

En l’espace de 50 ans, l’écosystème israélien de la Tech est parvenu à devenir l’un des plus attractifs, l’un des plus denses et l’un des plus productifs à l’échelle mondiale.

 1.1 L’écosystème israélien continue de poursuivre son développement

  • Israël héberge un écosystème de 7 000 start-ups qui ont levé 6,4 Mds USD de fonds en 2018 dans le cadre de 532 opérations. Les exits (rachats, introductions en bourse) se sont quant à eux élevés à 12,6 Mds USD. Sur le premier semestre 2019, les levées de fonds (3,9 Mds USD) et les exits (14,8 Mds USD) ont atteint, en valeur, un niveau record, l’acquisition de Mellanox par Nvidia pour 6,9 Mds USD constituant la plus importante opération.
  • L’écosystème israélien gagne en maturité. Le pays compterait en effet une quinzaine de licornes  (contre 10 en 2018), ainsi que 18 entreprises dont la valeur oscille entre 500 M USD et 900 M USD. La recrudescence des méga-deals reflète ainsi l’appétence des investisseurs pour ces entreprises ayant atteint un stade de développement avancé.
  • Le pays se distingue en particulier dans plusieurs domaines : cyber-sécurité (où il concentrerait 20% des investissements mondiaux), intelligence artificielle (technologies transverses à l’ensemble des secteurs d’application), mobilité du futur ou encore santé numérique et agritech.

1.2 La start-up nation israélienne est largement reconnue sur la scène mondiale et tournée vers l’international

  • 5ème dans le Bloomberg Innovation Index, 10ème dans le Global Innovation Index, premier pays au monde en nombre de start-up par habitant, l’écosystème israélien a une densité unique : 809 USD par habitant ont été investis dans les start-ups en Israël en 2018 contre 302 USD aux États-Unis, 58 USD en Chine et 41 USD en Europe.
  • Israël compte 300 accélérateurs, 200 fonds de capitaux risques et 350 centres R&D de multinationales. Il consacre 4,3% de son PIB à la R&D civile, soit le pourcentage le plus élevé au monde. Dans leur ensemble, ces 350 centres de R&D contribuent à 40% de la dépense de R&D civile et emploient davantage de personnel de R&D que l’ensemble des start-ups réunies.
  • L’investissement privé et étranger (en particulier américain) y est abondant. Plus de 70% des fonds levés en 2018 étaient d'origine étrangère et rappelons que près de 100 entreprises israéliennes sont cotées au NASDAQ. Cette exposition à l’international vise ainsi à garantir des débouchés à l’industrie israélienne de la Tech et à nouer des partenariats grâce auxquels les Israéliens pourront améliorer leurs connaissances.

1.3 La réussite d'Israël dans la Tech tient à un mélange de facteurs

  • Ce succès incontestable est fondé sur une politique publique soutenue en faveur de la technologie depuis près de 50 ans. La mise en place du programme Yozma dans les années 1990 a par exemple contribué au développement du capital risque. Des incitations sont par ailleurs mises en place, notamment par l’Autorité israélienne de l’Innovation, en faveur des multinationales étrangères.
  • Certaines dispositions favorisent ce dynamisme, telles que la culture du risque et de l’entrepreneuriat, le rôle de l’armée et du service militaire, ou encore la formation du capital humain. L’étroitesse du marché domestique et le contexte géopolitique régional encourage par ailleurs le développement des start-ups à l’international. Dans ce contexte, les interactions entre le civil et le militaire et les secteurs public et privé - entreprises, investisseurs, universités, armée, autorités - sont « naturelles ».

2. …qui doit faire face à plusieurs défis, lesquels pourraient entraver ses perspectives de croissance

2.1 Le secteur High-Tech fonctionne en vase clos et ne profite pas à toute la population israélienne

  • Si le secteur de la High-Tech représente 45% des exportations de biens et services, il ne contribue qu’à 8% des emplois et 13% du PIB. Fort de sa productivité bien supérieure à celle des industries traditionnelles, le secteur offre des rémunérations très élevées (22 000 NIS par mois contre 10 000 ailleurs), créant aussi des inégalités. Les entreprises High-Tech sont essentiellement implantées à Tel Aviv ou dans un rayon de 20 km aux alentours (77%) et à Jérusalem (8%). Elles recrutent principalement des hommes (74%). Les populations issues de la « périphérie » en sont exclues. Si la population arabe représente 22% des habitants, seul 1,5% travaillent dans la High-Tech.
  • La diffusion de l’innovation israélienne dans l’ensemble de l’économie constitue donc un défi majeur pour la montée en gamme de l’ensemble des secteurs. Les start-ups israéliennes se projettent immédiatement à l’international et s’intéressent peu au marché intérieur contrairement aux acteurs traditionnels, notamment le secteur bancaire et les investisseurs institutionnels, qui sont particulièrement conservateurs dans leur prise de risque.

2.2 La pénurie de talents est un frein à la croissance de l’écosystème qui est par ailleurs vulnérable aux évolutions du contexte international

  • La pénurie de plus de 10 000 ingénieurs et développeurs à l’échelle de l’écosystème israélien menacent la pérennité du système et se traduit par une hausse des rémunérations, difficilement soutenable à long-terme.
  • La dépendance au financement étranger est une fragilité et est source de débats. Si le montant moyen des exit a augmenté au cours de dernières années, la précocité des « exits » et donc le faible nombre de « scale-ups » (Checkpoint, Verint, Wix) demeurant fermement ancrées en Israël constitue une inquiétude.

[1] Selon les termes popularisés par Dan Senor et Saul Singer dans leur livre « Start-up Nation: The Story of Israel's Economic Miracle ».

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