La tech israélienne

Qualifiée de Start-up Nation, Israël est souvent considérée comme un exemple à suivre avec près de 7 000 start-ups et une trentaine de licornes. La politique volontariste du gouvernement dans le domaine de la R&D, l’éducation (exposition à la technologie dès l’enfance), les dispositions culturelles (valorisation de la prise de risque notamment) et sociales constituent les facteurs clés du succès israélien. Si Israël a franchi un cap et s’apparente davantage aujourd’hui à une Scale-up Nation, le pays doit néanmoins relever plusieurs défis.

1. Un écosystème mature largement tourné vers l’international

En l’espace de 50 ans, l’écosystème israélien de l’innovation est devenu l’un des plus attractifs, denses et productifs de la planète.

    1.1 L’écosystème israélien poursuit son développement

  • Israël héberge un écosystème de 7 000 start-ups qui ont levé le montant record de 9 Mds USD en 2019 (contre près de 3 Mds USD en 2010) dans le cadre de 1 100 transactions. Les exits (rachats, introductions en bourse) se sont élevés à 21,7 Mds USD en 2019 (contre 2,6 Mds USD en 2010) pour 138 opérations.
  • L’écosystème israélien gagne en maturité. Le pays compterait en effet une trentaine de licornes (dont 12 qui ont vu le jour en 2019), ainsi qu’une vingtaine d’entreprises dont la valeur oscille entre 500 M USD et 900 M USD. La recrudescence des méga-deals reflète ainsi l’appétence des investisseurs pour ces entreprises ayant atteint un stade de développement avancé.
  • Le pays se distingue en particulier dans plusieurs domaines : la cybersécurité (où il concentrerait 20% des investissements mondiaux), l’intelligence artificielle (technologies transverses à l’ensemble des secteurs d’application), la mobilité intelligente, la santé numérique, l’agrotech/foodtech et la fintech.

    1.2 Les start-ups israéliennes sont reconnues sur la scène internationale

  • Sixième dans le Bloomberg Innovation Index, dixième le Global Innovation Index, premier pays au monde en nombre de start-ups par habitant, l’écosystème israélien se caractérise par une densité unique : 809 USD par habitant ont été investis dans les start-ups en Israël en 2018 contre 302 USD aux États-Unis, 58 USD en Chine et 41 USD en Europe.
  • Israël compte 300 accélérateurs, 200 fonds de capitaux risques et 350 centres de R&D appartenant à des multinationales. Il consacre 4,94% de son PIB à la R&D civile, soit le pourcentage le plus élevé au monde. Dans leur ensemble, ces 350 centres de R&D contribuent à 40% de la dépense de R&D civile et emploient davantage de personnel de R&D que l’ensemble des start-ups réunies.
  • L’investissement privé et étranger (en particulier américain) y est abondant. Près de 90% des capitaux investis dans les start-ups israéliennes proviennent de l’étranger. Les Etats-Unis représentent 80% du montant des fusions acquisitions et près de 100 entreprises israéliennes sont cotées au NASDAQ. Cette exposition à l’international vise à garantir des débouchés à l’industrie israélienne de la tech et à nouer des partenariats stratégiques.

    1.3 La réussite d'Israël dans le secteur technologique tient à une combinaison de plusieurs facteurs

  • Ce succès incontestable est articulé autour d’un engagement de la puissance publique depuis près de 50 ans. La mise en place du programme Yozma dans les années 1990 a contribué au développement du capital risque.
  • Certaines dispositions favorisent ce dynamisme, telles que la culture du risque et de l’entrepreneuriat, le rôle de l’armée et du service militaire, ou encore la formation du capital humain (cours de codage au secondaire). L’étroitesse du marché intérieur et l’insularité d’Israël encouragent par ailleurs l’internationalisation des start-ups. Dans ce contexte, les interactions entre le civil et le militaire et les secteurs public et privé - entreprises, investisseurs, universités, armée, autorités - sont « naturelles ».

2. Un écosystème qui fait aussi face à plusieurs défis

    2.1 Le secteur high-tech fonctionne en vase clos et ne profite pas à toute la population israélienne

  • Si le secteur de la high-tech représente plus de 45% des exportations de biens et services, il ne contribue qu’à 9% des emplois et à environ 13% du PIB. Fort de sa productivité bien supérieure à celle des industries traditionnelles, le secteur offre des rémunérations très élevées (plus de 22 000 NIS par mois (6 000 USD), soit deux fois plus que le salaire moyen global), et contribue à l’exacerbation des inégalités. Ces entreprises sont essentiellement implantées à Tel Aviv ou dans un rayon de 20 km aux alentours (77%). Elles recrutent principalement des hommes (74%). Les populations issues de la « périphérie » en sont exclues. Si la population arabe représente 22% des habitants, seul 1,5% travaillent dans ce secteur.
  • La diffusion de l’innovation israélienne dans l’ensemble de l’économie constitue donc un défi majeur pour la montée en gamme de l’ensemble des secteurs. Les start-ups israéliennes se projettent immédiatement à l’international et s’intéressent peu au marché intérieur.

    2.2 La pénurie de talents et le moindre dynamisme de l’entreprenariat sont un frein à la pérennité de l’écosystème

  • Une pénurie de 18 500 ingénieurs et développeurs à l’échelle de l’écosystème israélien menace la pérennité du système et se traduit par une hausse des rémunérations, difficilement soutenable à long-terme.
  • Les entrepreneurs israéliens, particulièrement reconnus pour leur créativité, rejoignent de plus en plus les multinationales, lesquelles se livrent une concurrence féroce pour attirer les plus qualifiés. En 2017, le salaire annuel moyen était de 125 000 EUR dans une multinationale quand il était de 84 000 EUR dans une start-up. Cette tendance engendre en conséquence une diminution des créations de start-ups qui sont pourtant un élément clé du dynamisme technologique israélien.

    2.3 La vulnérabilité aux évolutions du contexte international et le déficit de financement au niveau local constituent un frein à la croissance de l’écosystème

  • La dépendance vis-à-vis des financements étrangers est une fragilité. Si le montant moyen des exits a augmenté au cours de dernières années, leur précocité reste une source d’inquiétude.
  • Les entreprises sont confrontées à des difficultés de financement sur le marché local où le recours à la dette est limité et où le manque d’expertise financière est avéré. D’une part, les scale-ups ne parviennent pas à lever de la dette sur le marché local et ont tendance à opter pour des financements dans des pays où leurs filiales sont implantées, augmentant les risques de transfert d’activités à l’étranger sous la pression des « prêteurs ». D’autre part, conséquence de la maturation de l’écosystème, les start-ups early stage ont des difficultés à lever des fonds,  tendance qui est amenée à s’accentuer dans le contexte actuel de crise sanitaire. Face à cet environnement, les autorités envisagent de prendre le relais des financements « early stage » en : 1) en octroyant des subventions en faveur des projets R&D ; 2) en aidant à l’établissement d’incubateurs ; 3) en incitant les investisseurs institutionnels à investir dans les start-ups.
Publié le