Relations bilatérales entre la France et Israël

Nos liens économiques avec Israël sont en deçà de notre potentiel que ce soit sur le plan commercial ou financier. Si nos échanges de biens sont relativement stables ces cinq dernières années, entre 2,4 Mds EUR et 2,8 Mds EUR, nos exportations peinent à franchir le seuil de 1,5 Md EUR et ne font de la France, en 2018, que le 11ème fournisseur d’Israël derrière nos principaux concurrents européens. Nos échanges de services prennent en revanche de l’ampleur. Du côté des investissements et comme en attestent l’ouverture récente d’un Lab Renault et d’une filiale de Faurecia pour les activités de cybersécurité, nos grands groupes ont désormais, a minima, une démarche de prospection technologique. Dans l’autre sens, la présence israélienne en France demeure comparativement modeste en dépit des investissements de Delta Galil en 2018 (prise de contrôle d’Eminence) et de Harel Insurance en 2019 (acquisition d’un complexe immobilier près de la Défense pour un montant de 350 M EUR).

1. Si nos échanges de biens sont en deçà de notre potentiel, ceux de services prennent de l’ampleur

En 2018, l’accroissement de notre excédent résulte d’une contraction plus forte de nos importations que de nos exportations. Après avoir progressé de 13% en 2017 à un niveau record, les flux bilatéraux de biens se sont contractés en 2018 de 5,8% à 2,6 Mds EUR. Notre excédent commercial est cependant stable (232 M EUR contre 214 M EUR en 2017).

          Nos exportations, qui sont relativement diversifiées, se sont contractées en 2018

  • D’un montant d’1,4 Md EUR en 2018, elles ne représentaient que 34% des exportations vers la zone Proche Orient (Egypte incluse), alors même que le PIB d’Israël équivaut à 46% du PIB total de la zone. En 2018, Israël n’était que le 47ème client de la France qui n’était en retour que le 11ème fournisseur d’Israël avec une part de marché de 2,9%.
  • La contraction des exportations est attribuable à la baisse de nos ventes de nos trois principaux postes, à savoir : i) les équipements mécaniques, électriques et électroniques (-8,8%, représentant 22,9% de nos ventes); (ii) les produits chimiques, parfums et cosmétiques (-7%, pesant 22,1%) et iii) les matériels de transport (-9,4%, 21,5% de nos ventes, dont les véhicules automobiles qui représentent 11,5% du total).
  • En revanche, la filière agroalimentaire, qui représente 10% de nos flux, a connu une hausse de 7%.

    Nos importations sont également en baisse

  • D’un montant d’1,2 Md EUR, les importations en provenance d’Israël place ce dernier au 51ème rang de nos pays fournisseurs. Dans le même temps, la France était le 10ème client d’Israël avec 2,6% de ses exportations.
  • Ces résultats s’expliquent par la baisse de nos principaux postes d’importation, à savoir : i) les équipements mécaniques, électriques et électroniques (-4,4%, représentant 23,4% de nos achats); (ii) les produits chimiques, parfums et cosmétiques (-3,5%, soit 17,8% du total, sachant que la quasi-totalité de cette catégorie est composée des produits chimiques) et (iii) les produits agricoles (-22,8%, 11% de nos achats).

    Les chiffres pour l’année 2019 laissent présager une amélioration de nos échanges

  • Sur les dix premiers mois de 2019, les échanges bilatéraux ont cru de 7% à 2,4 Mds EUR tirés à la fois par la hausse de nos exportations (+7,1% à 1,3 Md EUR) et de nos importations (+6,8% à 1,1 Md EUR). Notre excédent commercial vis-à-vis d’Israël se chiffre sur la période à 200 M EUR (+8,7%).

          Les services prennent une part de plus en plus importante dans nos échanges

  • Conséquence d’une spécialisation dans des secteurs à forte intensité technologique, la balance israélienne de services est structurellement excédentaire depuis le début des années 2000. Israël est le 16ème exportateur mondial de services.
  • Les chiffres d’Eurostat pour l’année 2017, dernière année connue, montrent que la part des services dans nos échanges globaux avec Israël augmente de manière significative et représentait désormais plus de 30% du total des flux. Nos exportations de services se sont élevés à 541 M EUR en 2017 et nos importations à 738 M EUR, soit un déficit de 197 M EUR vis-à-vis d’Israël.

2. Investissements croisés : une situation déséquilibrée, la présence israélienne en France étant faible 

          La présence française en Israël s’est développée sur longue période

  • Depuis 2006, les investissements directs français en Israël ont été multipliés par près de quatre pour atteindre 2,7 Mds EUR en 2018, selon la Banque de France, faisant d’Israël le 40ème récipiendaire des investissements français à l’étranger (0,2% du stock d’ID français). Ils sont néanmoins sur une tendance baissière depuis le pic de 2016 (3 Mds EUR) et sont dirigés, à hauteur de 78%, vers le secteur immobilier.
  • D’après la dernière enquête OFATS de l’INSEE, 104 filiales d’entreprises françaises étaient recensées en Israël en 2015. Elles employaient 5 600 personnes et y généraient un chiffre d’affaires proche du Md EUR.
  • Initialement présentes à travers des grands groupes industriels (Veolia, Danone, L’Oréal, Schneider Electric), les entreprises françaises ont développé de nouvelles activités en lien avec les priorités stratégiques du pays (EDF sur le marché du photovoltaïque, Alstom, Thales, Egis, Systra dans les transports). Elles sont aussi attirées par l’écosystème d’innovation israélien, les projets concrets se multipliant, sous différentes formes : rachats de startups israéliennes (L’Oréal, Orange, Thales, Havas…), investissement direct ou via des fonds de capital-risque israéliens (Orange, Renault, Engie, Valéo, Airbus, Faurecia…), ouverture d’un accélérateur ou laboratoire d’open innovation (STMicroelectronics, Renault) ou partenariat avec des structures locales (Thales, Airbus, Orange, SNCF, RATP, AXA, Alstom pour les principaux). La présence française s’est également développée à travers certaines franchises (Célio, L’Occitane, Le Palais des Thés ou De Dietrich). Decathlon, implantée depuis 2017, connaît d’autre part une croissance rapide.

          La présence israélienne en France demeure comparativement faible

  • Selon les statistiques de la Banque de France, le stock d’investissement direct israélien en France a atteint 625 M EUR en 2018 principalement dirigé vers l’immobilier (à hauteur de 84%). Israël est le 34ème investisseur étranger en France, avec seulement 0,09% du stock d’IDE en France.
  • Si la grande majorité des filiales israéliennes sont de petite taille (moins de 20 employés), parmi les acteurs les plus importants sur le marché français, citons Teva, groupe pharmaceutique qui a néanmoins fortement réduit ses effectifs suite à un plan de restructuration lancé en 2018; Sasa Holdings (chimie et plasturgie); Alrov (Hôtel Lutetia); Checkpoint, Varonis et Jfrog (logiciels et services informatiques); ou encore Delta Galil, (habillement) qui a pris le contrôle, en mai 2018, du fabricant français de sous-vêtements masculins Eminence. Signalons, en novembre 2019, l’acquisition d’un complexe de bureaux proche de la Défense par deux compagnies d’assurances, Harel Insurance Investments and Financial Services et Hachshara Insurance, pour près de 350 M EUR.

 

 

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