Présentation de l’économie irlandaise

Avec une population de 4,8 millions d’habitants et un PIB de 294 Mds€ en 2017, l’Irlande présente une économie à la dualité de plus en plus marquée entre multinationales (principalement américaines) et entreprises indigènes. Profitant de la reprise du commerce mondial, le pays a de nouveau enregistré des taux de croissance soutenus à partir de 2014 et pu ainsi sortir de la pire crise financière de son histoire récente. Son économie demeurant très intégrée avec celle du Royaume-Uni, l’Irlande voit à présent approcher avec anxiété l’échéance du Brexit.

Le modèle économique irlandais s'est mis en place dans les années 1990, durant la période dite du « tigre celtique », qui a permis la convergence accélérée de l’Irlande avec les autres économies de la zone euro grâce à des taux de croissance annuels compris entre 4,5% et 6,5%. Dès le début des années 2000, cependant, ce dynamisme conjugué au développement rapide du crédit a alimenté une bulle immobilière ainsi qu’une hausse généralisée des coûts et des salaires. L’éclatement de cette bulle fin 2007, aggravé par le déclenchement de la crise financière mondiale en septembre 2008, a plongé l’Irlande dans une profonde récession, contractant son PIB de près de 20 % en deux ans. Contrainte de restructurer et de recapitaliser ses banques avec l’aide des institutions financières internationales, l’Irlande a dû mettre en œuvre des mesures de consolidation budgétaire drastiques.

Après quatre années en demi-teinte (2010-2013), l’économie irlandaise a de nouveau accéléré à partir de 2014. En 2015, le taux de croissance réelle du PIB a officiellement dépassé les 25 % mais ce chiffre record reflète avant tout les problèmes méthodologiques que soulève, dans le cas d’une économie relativement petite, la prise en compte de l’activité des multinationales : pour des raisons fiscales ces dernières rapatrient en Irlande une part importante de leurs profits mondiaux, sans véritables retombées pour l’économie locale. Pour autant, indépendamment de ces distorsions, les signes de reprise de l’économie irlandaise sont tangibles : le taux de chômage est passé de plus de 15 % en janvier 2012 à 5,3 % en novembre 2018, le secteur de la construction repart et, après une longue période de contraction, les salaires ont augmenté chaque année depuis 2015. Un écart se creuse cependant entre d’une part, le secteur des multinationales très productives, évoluant dans des secteurs de pointe, peu dépendantes du marché irlandais et peu exposées au Brexit ; et, d’autre part, les entreprises indigènes, moins productives, positionnés dans des domaines plus traditionnels (agroalimentaire, tourisme, construction, industrie légère) et principalement actives sur les marchés irlandais et britanniques.

A court terme, la principale incertitude pesant sur les perspectives économiques du pays est le Brexit. Du fait de la forte exposition de son commerce extérieur au marché britannique et de la question nord-irlandaise, l’Irlande est un acteur majeur des négociations avec le Royaume-Uni. L’accord de retrait – conclu en décembre 2018 mais qui doit encore être ratifié par les parlements européen et britannique – garantit l’absence de frontière physique entre les deux parties de l’île, et constitue à ce titre une victoire diplomatique pour Dublin. Mais s’il n’est pas ratifié, la probabilité d’une sortie sans accord le 30 mars 2019 – et donc d’un « effet falaise » – semble élevée. Un tel scénario pèserait très lourdement sur l’économie irlandaise compte tenu de son intégration avec l’économie britannique.

Sur le plan de la politique intérieure, depuis février 2016, le gouvernement ne dispose plus de majorité au Dáil (la chambre basse du Parlement irlandais). Son fonctionnement repose sur un accord conclu après trois mois de blocage entre les deux premiers partis du pays, le Fine Gael (au gouvernement) et le Fianna Fáil (dans l'opposition). Fin 2018, les deux partis sont convenus de reconduire l’accord jusqu’au printemps 2020 plutôt que de convoquer des élections générales dans le contexte sensible du Brexit. Cette configuration permet d’afficher un front transpartisan devant l’imminence de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (29 mars 2019) mais, sur le plan intérieur, l’absence de majorité parlementaire pèse sur la capacité d'action du gouvernement. Or, malgré le dynamisme de l’économie, les défis de politique économique hérités de la crise financière sont nombreux : déficit d’infrastructures (transports, santé, éducation, énergie), taux toujours élevé de prêts non performants dans le bilan des banques (environ 10 % de l’encours de prêts total), crise du logement résultant d’un déficit de l’offre immobilière, mauvaises performances en matière environnementale.

Les relations économiques entre la France et l’Irlande

Les échanges économiques entre la France et l’Irlande sont riches et variés, du fait de la proximité géographique, d’une part, et de l’implantation en Irlande du siège européen de nombreuses multinationales d’autre part. En 2017, la valeur du commerce bilatéral de marchandises s’est élevé à 9,4 Mds €, la France étant le 7e client de l’Irlande et son 3e fournisseur (voir la note sur le commerce bilatéral). L’Irlande est également un important fournisseur de services pour la France, notamment dans le domaine informatique (3,2 Mds €). Les investissements croisés sont également nombreux : le stock d’investissement irlandais en France a fortement progressé depuis la crise (4,1 Mds € en 2017) ; la présence française en Irlande (stock d’investissements de 20,8 Mds €) s’appuie sur près de 380 entreprises (voir la note sur les investissements étrangers en Irlande)

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