Présentation de l’économie irlandaise

Avec une population de 4,9 millions d’habitants et un PIB de 357 Mds€ en 2020, l’Irlande présente une économie à la dualité de plus en plus marquée entre multinationales (principalement américaines) et entreprises servant le marché national. Profitant de taux de croissance soutenus à partir de 2014 et enviables dans le contexte actuel (+3,4% en 2020 malgré l’impact de la crise de Covid-19), le pays a pu sortir de la pire crise financière de son histoire récente (2007-2011). Son économie locale demeurant très exposée à la pandémie et aux conséquences du Brexit, l’Irlande compte à présent sur le déploiement rapide des vaccins et la relance post-crise.

Pré-COVID, l’Irlande connaissait une croissance dynamique et le retour au plein-emploi

En 1973, l’Irlande était un pays pauvre, dont le revenu s’établissait à seulement un tiers du revenu moyen de l’Europe des 6. Le modèle économique irlandais s'est mis en place dans les années 1990, durant la période du « tigre celtique » qui a permis la convergence accélérée de l’Irlande avec les autres économies de la zone euro grâce à des taux de croissance annuels compris entre 4,5% et 6,5%. Dès le début des années 2000, cependant, ce dynamisme conjugué au développement rapide du crédit a alimenté une bulle immobilière ainsi qu’une hausse généralisée des coûts et des salaires. L’éclatement de cette bulle fin 2007, aggravé par le déclenchement de la crise financière mondiale l’année suivante, a plongé l’Irlande dans une profonde récession. Contrainte de restructurer et de recapitaliser ses banques avec l’aide des institutions financières internationales, l’Irlande a dû mettre en œuvre des mesures de consolidation budgétaire drastiques, au prix de sacrifices considérables en termes de services publics notamment.

Après quatre années en demi-teinte (2010-2013), l’économie irlandaise a de nouveau accéléré à partir de 2014. En 2015, le taux de croissance réelle du PIB a officiellement dépassé les 25% mais ce chiffre record reflète avant tout les problèmes méthodologiques que soulève, dans le cas d’une économie ouverte et relativement petite, la prise en compte de l’activité des firmes multinationales (FMN). Pour des raisons fiscales, ces dernières rapatrient en Irlande une part importante de leurs profits mondiaux, sans véritables retombées pour l’économie locale. Pour autant, indépendamment de ces distorsions, les signes de reprise de l’économie irlandaise pré-Covid sont tangibles. En 2019, le PIB irlandais enregistrait sa dixième année de croissance consécutive à 5,6%. L’économie domestique (hors FMN) s’est elle aussi installée sur une tendance de croissance soutenue, estimée à 3,2% en 2019 sur la base du GNI* (Produit National Brut modifié, mesure alternative au PIB corrigée de l’effet des FMN). Le retour au plein emploi avec un taux de chômage à 4,8% de la population active en février 2020 (vs 16,1% en février 2012) et la progression des salaires ont confirmé ce constat. Enfin, l’Irlande bénéficie d’un important dynamisme démographique et de l’afflux des investissements étrangers.

Sur le plan de la politique intérieure, la mise en place du gouvernement de coalition – formé récemment suite aux élections générales du 8 février 2020 – entre les deux premières forces politiques du pays, le Fine Gael et le Fianna Fáil, auxquelles s’ajoutent The Green Party, fait désormais du Sinn Féin le grand parti d’opposition. Depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition gouvernementale, la gestion de la crise de Covid-19 et le Brexit occupent le haut de l’agenda politique.

Ce tableau positif est nuancé par l’impact de la Covid-19 et du Brexit à court terme, ainsi qu’à une saturation des infrastructures irlandaises à plus long terme

Le contexte actuel en Irlande est marqué par le relâchement très progressif des mesures de confinement parmi les plus strictes au monde, auquel s’ajoute des frictions commerciales avec le Royaume-Uni résultant des barrières non-tarifaires pesant sur les entreprises exportatrices. En 2021, le PIB réel irlandais devrait ainsi croître de 4,5% selon les prévisions officielles du ministère des finances. Si l’impact de la situation sanitaire épargne jusqu’à présent les chiffres de la croissance, la demande intérieure s’est toutefois fortement contractée en 2020 (-5,4%) et l’impact sur le marché de l’emploi demeure très préoccupant, avec un taux de chômage estimé à 16,3% en 2021. De plus, la pandémie a renforcé la dualité de l’économie irlandaise : d’un côté, elle a ouvert de nouvelles opportunités de marché pour les technologies de l’information et de communication (TIC) ou encore la production manufacturière dans les secteurs pharmaceutique et chimique essentiellement dominés par les FMN très productives ; de l’autre, elle a fragilisé les entreprises qui servent essentiellement le marché national  moins productives et positionnées dans des domaines plus traditionnels qui peinent à voir le chemin de la reprise, en particulier dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration.

À ces chocs à court terme, s’ajoute un défi structurel lié à la saturation des infrastructures dans les domaines du logement, du transport, de la santé et de l’éducation. En matière de logement, par exemple, l’accroissement du parc immobilier progresse moins vite que celui de la population et l’écart se creuse de façon significative depuis près de quinze ans. On estime à 390 000 le besoin en logements neufs pour les 10 ans à venir. Si le gouvernement s’est engagé, dans son programme, à financer les investissements dont le pays a besoin, il y a lieu de noter à cet égard que le niveau des dépenses publiques demeure très faible en Irlande (26% du PIB, soit le taux le plus faible dans l’UE, la France ayant le taux le plus élevé à 56%) et que la réforme sur la fiscalité internationale des entreprises pourrait bientôt peser sur ses recettes, favorisant alors l’émergence de pressions concurrentes en termes de choix de politiques publiques.

L’amélioration conjoncturelle des finances publiques et l’assainissement du système financier irlandais appellent un suivi rigoureux en période de fort endettement public

La croissance soutenue de l’activité économique, la faiblesse des taux d’intérêt et, surtout, la progression exceptionnelle de la collecte de l’impôt sur les sociétés (IS) – qui a plus que doublé entre 2015 et 2018 grâce à la relocalisation en Irlande des actifs de FMN – ont permis de poursuivre, sans mesures supplémentaires, la réduction du déficit public. Mi-2016, l’Irlande est ainsi, conformément au calendrier prévu, sortie officiellement de la procédure pour déficit public excessif du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC). Pour la deuxième année consécutive, le pays enregistrait un excédent budgétaire en 2019 (+0,5% du PIB). Toutefois, l’augmentation des dépenses publiques en raison des mesures prises pour faire face à la pandémie, essentiellement en matière de santé et de protection sociale, ont creusé le déficit ressorti à -5% du PIB en 2020. Quant à la dette publique, elle s’élevait à 59,5% du PIB en 2020 et pourrait atteindre 62% du PIB ou 112% du GNI* en 2021. Au total, l’Irlande présente le ratio dette publique/ habitant (44 000€) le plus élevé de l’UE en 2020.

Enfin, les politiques macro-prudentielles mises en place suite à la crise financière ont renforcé la résilience des banques irlandaises, permettant à ces dernières d’endosser un rôle essentiel dans le soutien à l’économie face à la pandémie (moratoire sur le paiement des intérêts et prêts garantis par l’Etat). S’il est encore trop tôt pour voir se traduire le plein impact de la crise sanitaire sur leurs bilans, les craintes aujourd’hui ont principalement trait aux montants des participations publiques dans le capital des principales banques irlandaises et à la résurgence des prêts non performants qui font planer l’incertitude sur la perception des marchés. Le poids de l’endettement dans le revenu des ménages irlandais reste également élevé en comparaison européenne.

Tableau des indicateurs annuels 

 

Tableau des indicateurs annuels

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