Le commerce extérieur irlandais de marchandises en 2018

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En 2018, les échanges commerciaux entre l’Irlande et le reste du monde ont atteint plus de 230 Mds€, en hausse de +14,4% par rapport à 2017 - un record historique. Toujours largement dominées par les produits chimiques et pharmaceutiques, les exportations irlandaises de biens ont crû de +14,8% sur l’année, s’établissant à 140 Mds€, tandis que les importations ont augmenté de +13,9%, à 90 Mds€. Le solde commercial est en légère augmentation, à +50 Mds€. Les Etats-Unis demeurent le principal client de l’Irlande, absorbant 28% de ses exportations, tandis que le Royaume-Uni reste sont principal fournisseur, à l’origine de 22% de ses importations

1 – Les exportations irlandaises de biens, tournées vers l’Europe et les Etats-Unis, augmentent fortement en 2018 et demeurent dominées par les produits chimiques & pharmaceutiques

Selon les données du CSO, homologue irlandais de l’INSEE, les exportations irlandaises de biens ont atteint 140 Mds€ en 2018, en progression de +14,8% par rapport à 2017. Les Etats-Unis demeurent leur premier client avec près de 28% des parts de marché, contribuant ainsi à hauteur de 4,8pp à la croissance des exportations totales de biens. Les exportations à destination de la Belgique – qui joue un rôle de plaque tournante pour la distribution en Europe – augmentent fortement (+38%), devenant ainsi la deuxième destination des exportations irlandaises de biens (13% des parts de marché) et contribuant pour 4,1pp à la croissance des exportations. La Belgique semble ainsi bénéficier d’une redirection des flux commerciaux à destination du continent, au dépend du Royaume-Uni qui perd une place, n’absorbe plus que 11% des exportations irlandaises de biens (-2,2% par rapport à l’année précédente) et apporte la plus forte contribution négative à la croissance (-0,4pp). Si les exportations à destination de la Grande-Bretagne baissent de -3,0% (-440 M€), celles vers l’Irlande du Nord augmentent toutefois de +4,3% (+82 M€). La France est quant à elle le 8ème client de l’Irlande (-1 place par rapport à l’année précédente), absorbant moins de 4% des exportations irlandaises de biens.

Les exportations irlandaises de biens continuent d’être largement dominées par les produits chimiques et pharmaceutiques qui représentent plus de 60% des exportations totales, à 85 Mds€. Les deux principaux sous-secteurs qui le composent augmentent fortement : de +30,7% pour les produits chimiques et pharmaceutiques (avec une contribution de 8,9 pp à la croissance des exportations) et de +35,4% pour la chimie organique (contribution de 5,7 pp à la croissance) – principalement à destination des Etats-Unis et de la Belgique. A l’inverse, les exportations d’avions et de machines & équipements électriques baisse fortement (-21,6% et -16,6% respectivement), contribuant négativement à la croissance des exportations de -1,1pp et -0,8pp.

Les exportations agro-alimentaires (8% du total) s’établissent à 11 Mds€ en 2018, en diminution de - 2,4% par rapport à l’année précédente. Cette baisse s’explique par une forte diminution des exportations des préparations alimentaires diverses (-21,4%, à 2 Mds€), tandis que les deux composantes principales du secteur, la viande et les produits laitiers, sont en hausse de respectivement +1,9% (à près de 4 Mds€) et +8,2% (à 2,5 Mds€). Malgré l’incertitude entourant le Brexit et la volonté du gouvernement irlandais de diversifier les marchés à l’export de l’industrie agro-alimentaire, les exportations de viande et de produits laitier vers la Grande-Bretagne (deux principaux postes du secteur) sont en hausse de +3,8% et +2,1%, tandis que les exportations de préparations alimentaires diverses vers la Chine (troisième poste du secteur) sont en baisse de -23,0%.

2 – Egalement en forte hausse, les importations irlandaises proviennent pour près de 60% de l’UE et sont dominées par les aéronefs et les produits chimiques & pharmaceutiques

Les importations irlandaises de biens augmentent de +13,9% en 2018, à plus de 90 Mds€. Le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur de l’Irlande, à l’origine de plus de 22% de ses importations totales de biens : en progression de +4,8%, à 18 Mds€, elles contribuent à hauteur de 1,2pp à la croissance des importations totales. Les importations originaires des Etats-Unis, deuxième partenaire de l’Irlande (17,5% de parts de marché), sont en baisse de -3,7% - contribuant ainsi négativement à la croissance des importations à hauteur de -0,8pp. A l’inverse, les importations depuis la France, troisième partenaire de l’Irlande, progressent de +8,2% sur l’année (12,5% des importations totales), à plus de 11 Mds€ et contribuent pour 1,1 pp à la croissance des importations. Par ailleurs, les importations irlandaises de biens originaires d’Allemagne augmentent fortement en 2018, de +53,4%, s’établissant à 10,5 Mds€ et constituent la plus forte contribution à la croissance, avec 4,7pp.

Les aéronefs gagnent une place et constituent le premier poste d’importations de biens en 2018, s’établissant à plus de 20 Mds€, soit 23% des importations totales. En hausse de +22%, elles contribuent ainsi à la croissance des importations à hauteur de 4,7 pp. La France demeure le principal pays d’origine des importations irlandaises d’aéronefs, à 8,5 Mds€ (en hausse de +7,5%), suivi des Etats-Unis à 7,5 Mds€ (+18,5%). Ce poste est traditionnellement l’un des plus importants en raison de la forte activité de leasing aéronautique depuis l’Irlande : le pays concentre près de la moitié de la flotte mondiale d’avions loués.

Les importations de produits chimiques et pharmaceutiques s’établissent à près de 20 Mds€ en 2018 (22% des importations totales), en progression de +13% par rapport à l’année précédente. Cette croissance s’explique largement par une hausse de +28% des importations de produits pharmaceutiques – premier poste du secteur représentant 12,5% des importations irlandaises de biens – qui contribuent à la croissance des importations totales à hauteur de 3,1pp, notamment depuis l’Allemagne (contribution de 2,6pp) et la Chine (1,6pp) alors que les importations depuis les Etats-Unis y contribuent négativement (-1,6pp). A l’inverse, les importations de produits chimiques diminuent de -6,1%, à 3,5 Mds€, contribuant négativement à la croissance à hauteur de -0,3pp.

3 – L’excédent commercial de l’Irlande progresse alors que la France demeure son premier déficit

L’excédent commercial irlandais continue de croître, culminant à 50 Mds€ en 2018. Les principaux excédents de l’Irlande progressent tous : les Etats-Unis (23 Mds€ contre 17 Mds€ en 2017), la Belgique (17 Mds€ contre 12 Mds€), la Suisse (6 Mds€) et les Pays-Bas (5 Mds€). A l’inverse, ses principaux déficits continuent de se creuser : la France demeure le premier déficit de l’Irlande à -6 Mds€ (contre -5 Mds€ en 2017) largement dû aux importations d’avions[1], suivit du Royaume-Uni (-3,7 Mds€) en partie dû aux importations de pétrole et de gaz.

La compétitivité de l’Irlande repose en grande partie sur son régime fiscal très avantageux, attirant de nombreux investissements étrangers qui utilisent l’Irlande comme plateforme d’exportation européenne, voir EMEA. Ce régime fiscal est particulièrement attractif pour les entreprises utilisant des actifs incorporels (brevet de propriété intellectuelle) de façon intensive et qui dominent les principaux secteurs de l’économie irlandaise (chimiques & pharmaceutiques, nouvelles technologies). L’activité des multinationales apporte une contribution colossale au commerce extérieur de marchandises irlandais et explique une grande partie de son excédent. Ainsi, le seul solde commercial du secteur des produits chimiques et pharmaceutiques affiche un excédent de 66 Mds€ en 2018.

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Commentaire : Les effets du Brexit – notamment la déprécation de la livre sterling face à l’euro – se reflètent sur les chiffres du commerce extérieur irlandais en 2018 : les exportations à destination du Royaume-Uni diminuent tandis que les importations augmentent. Si l’instauration de barrières commerciales entre les deux îles britanniques représente incontestablement un risque en termes de débouchés pour les exportateurs irlandais, principalement dans le secteur agroalimentaire où 40% des exportations irlandaises sont absorbées par le Royaume-Uni, le risque principal se trouve du côté des importations. Or beaucoup d’initiatives ont été engagées pour aider les exportateurs à se préparer au Brexit tandis qu’il est plus complexe de modifier les chaînes d’approvisionnement des entreprises et du marché de consommation irlandais : ceci constitue un risque significatif pour l’Irlande en cas de Hard Brexit.

[1] Les chiffres publiés par les Douanes françaises et le CSO irlandais divergent significativement sur la comptabilisation des avions opérés en leasing. Ces avions sont comptabilisés comme importation françaises par le CSO mais ne sont pas comptabilisés, par les Douanes françaises, comme exportations vers l’Irlande mais vers le pays de résidence des compagnies exploitant ces avions. De ce fait, selon les Douanes françaises, l’Irlande dégage au contraire un excédent commercial vis-à-vis de la France.

 

 

ANNEXE

 

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Balance

  1. Egalement en forte hausse, les importations irlandaises proviennent pour près de 60% de l’UE et sont dominées par les aéronefs et les produits chimiques & pharmaceutiques

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