Commerce extérieur et IDE

 Trade IE

Les firmes multinationales (FMN) constituent un pilier du modèle économique irlandais depuis la fin des années 1990. De nombreuses entreprises – en particulier dans le numérique (tous les GAFAM) ainsi que la pharmacie et les biosciences (24 des 25 plus grands groupes mondiaux sont implantés en Irlande) ou encore les services financiers – ont basé leurs sièges européens en Irlande pour profiter du régime fiscal attractif, notamment en matière de brevets de propriété intellectuelle. Les exportations et l’entrée d’investissements directs étrangers (IDE) constituent ainsi le moteur de l’économie irlandaise, ouverte et de petite taille.

Commerce de marchandises et des services 

Selon les données du Central Statistics Office (CSO), l’équivalent irlandais de l’INSEE, les échanges commerciaux entre l’Irlande et le reste du monde ont atteint 243 Mds€ en 2019, en hausse de plus de +4% par rapport à 2018 (233 Mds€). Les exportations irlandaises de biens (152 Mds€) enregistrent une augmentation de près de +8% sur l’année et restent dominées par les produits médicaux et pharmaceutiques (32%) et chimiques (20%). Les importations (91 Mds€) reculent, quant à elles, de -1% et sont dominées, à près d’un quart, par les équipements de transport, dont les aéronefs (24%). Au total, le solde commercial enregistre une hausse substantielle de +25% d’une année à l’autre, soit +61 Mds€. Les États-Unis demeurent le principal client de l’Irlande, constituant 31% de ses exportations, alors que le Royaume-Uni se maintient comme son principal fournisseur, représentant 22% de ses importations. C’est avec la France que l’Irlande connaît son plus important déficit commercial, avec 5,4 Mds€ d’exportations et 12,3 Mds€ d’importations en 2019. Ce déficit (-7 Mds€) est principalement lié à l’importation d’avions.
 
En Irlande, le commerce des services est dominé par le numérique. Ainsi les services numériques représentaient 52% (soit 117 Mds€) des exportations totales de services (221 Mds) en 2019, à destination majoritairement des pays européens. Les importations de services sont dominées à 35% par les services de R&D (105 Mds€) ainsi qu’à 28% par les produits des brevets de propriété intellectuelle (84 Mds€), principalement en provenance des États-Unis.
 

L’industrie pharmaceutique, secteur stratégique pour l’Irlande en 2020

D’après les chiffres préliminaires du CSO, la balance commerciale de l’Irlande en 2020 révèle le rôle joué par l’industrie pharmaceutique, secteur tourné vers l’export, en période de pandémie mondiale. L’institut national de la statistique a, en effet, indiqué que la valeur des exportations de biens pour la période janvier-octobre 2020 s’élevait à 134 Mds€, soit une augmentation de +5% (+6,4 Mds€) par rapport à la période correspondante en 2019. Cette croissance des exportations résulte d’une hausse de la demande en temps de crise sanitaire, d’une part, de produits médicaux et pharmaceutiques dont la valeur pour la période janvier-octobre 2020 a augmenté de +19,5% par rapport à janvier-octobre 2019 et, d’autre part, des produits chimiques organiques dont la valeur a crû de +6,8% sur la même période. Selon une étude complémentaire du Parliamentary Budget Office (PBO), l’Irlande est le quatrième exportateur européen d’appareils médicaux pouvant être utilisés pour soigner les patients COVID-19, après l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. En termes nets, elle est troisième (c’est-à-dire en tenant compte des importations de ces mêmes produits).

 

Investissements directs étrangers

Avec plus de 1 500 FMN dont 700 américaines implantées sur son territoire et employant 245 000 personnes, l’Irlande dépend fortement des IDE qui constituent le moteur substantiel de son économie.

Le stock d’IDE en Irlande a progressé en 2019 (+12% par rapport à 2018), pour s’établir à 1 026 Mds€, de même que les flux entrants. La dépendance de l’Irlande vis-à-vis des FMN entraîne, toutefois, une grande volatilité de ces derniers dans le pays, passant de -14 Mds€ en 2018 à +72 Mds€ en 2019. Selon les données publiées par la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement), l’Irlande accueille le 8ème stock d’IDE dans le monde et le 3ème au sein de l’Union européenne, derrière le Royaume-Uni et les Pays-Bas et devant l’Allemagne et la France. Selon la méthodologie de l’investisseur ultime, le stock d’IDE entrants en Irlande provient principalement des États-Unis (734 Mds€, soit plus de 70% du stock total d’IDE). Ces derniers sont également le premier investisseur immédiat (221 Mds€, soit 22% du stock total d’IDE) devant les Pays-Bas (90 Mds€, soit 10%), la Suisse (88 Mds€, soit 9%), le Luxembourg (69 Mds€, soit 7%), le Royaume-Uni (41 Mds€, soit 4%) et la France (23 Mds€, soit 2%) qui se place sixième. La différence constatée selon que l’on examine les stocks d’IDE en Irlande en application de la règle de l’investisseur ultime ou de celle de l’investisseur immédiat suggère, enfin, que des sociétés américaines investissent en Irlande depuis leurs filiales basées principalement dans les centres offshores (398 Mds€, soit 40% du stock total d’IDE). Aussi, l’Irlande apparait comme le deuxième investisseur ultime selon le CSO ; traduisant les pratiques d’inversion fiscale d’entreprises américaines ayant établi leur siège fiscal sur le territoire irlandais.

S’agissant des investissements directs irlandais à l’étranger, le stock s’établit à 967 Mds€ en 2019 (+14% par rapport à 2018). L’Irlande est le 12ème investisseur mondial et le sixième au niveau européen, après  les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et la Suisse, avec comme principales destinations le Luxembourg (420 Mds, soit 44% du stock total d’investissements), les États-Unis (127 Mds€, soit 13%) et le Royaume-Uni (96 Mds€, soit 10%). Enfin, 150 Mds€ d’investissements irlandais étaient localisés dans les centres offshores, soit 15% du total.

En 2020, les investissements en provenance ou à destination de l’Irlande pourraient reculer sous l’effet de la pandémie de Covid-19. Suite à la chute mondiale des flux d’IDE au premier semestre 2020 (-49%) par rapport au premier semestre 2019, le cabinet de conseil EY anticipe une baisse de -20% des projets d’IDE en Irlande en raison de la crise sanitaire. Dans son dernier rapport trimestriel, l’Ibec, groupe d’intérêt et plus grand groupement d’entreprises en Irlande, entrevoit une tendance légèrement moins pessimiste à cette période de l’année, en raison notamment de la résilience des secteurs biopharmaceutique, numérique et financier. 132 projets d’IDE auraient ainsi été engagés en Irlande au cours du premier semestre 2020, soit une baisse de -6% par rapport à la même période en 2019.

 

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