Situation économique

Le parcours de l’Indonésie depuis la crise asiatique en fait un émergent incontournable, malgré une ouverture de l’économie qui progresse moins rapidement qu’escompté. Les politiques budgétaire et monétaire prudentes et la solidité de sa consommation intérieure lui ont permis de maintenir un niveau de croissance autour de 5 % et de réduire significativement la pauvreté. A court terme, la dégradation de ses comptes extérieurs, sur fond de tensions économiques internationales, et la faible croissance de la collecte fiscale sont les deux principaux risques auxquels l’Indonésie doit faire face. A moyen-long terme, son défi principal est de faire progresser son industrie dans les chaînes de valeur et de diversifier l’économie pour accélérer son développement et tirer parti de son dividende démographique.

1. Fort de ses richesses démographiques et naturelles, le pays est un émergent incontournable.

L’Indonésie est la principale économie de l’ASEAN (35% du PIB régional) et la 16ème économie mondiale. Bénéficiant du cours élevé des matières premières, de la croissance de la Chine, le PIB est passé de 165 Mds USD en 2000 à 1018 Mds USD en 2017. Le PIB/Habitant a été multiplié par quatre, passant de 857 USD à 3932 USD en 2018. Il reste cependant inférieur à celui de ses voisins émergents : 9 945 USD en Malaisie, 6 594 USD en Thaïlande et 8 827 USD en Chine. Le taux de pauvreté absolue a connu une chute notable depuis la crise de 1997 (-50%) et se situe aujourd’hui à 9,8% selon BPS, l’agence statistique nationale. Un des moteurs du pays est sa population de 268 millions d’habitants (la 4ème plus importante du monde), majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. L’économie indonésienne est plutôt tournée vers son marché intérieur (taux d’ouverture de 19%). Les principaux secteurs d’activités sont l’agriculture (14% du PIB) et l’industrie (32% du PIB) qui emploient la majorité des travailleurs indonésiens. Les services se développent rapidement mais créent des opportunités limitées pour les travailleurs peu ou pas qualifiés constituant une grande partie de la main d’œuvre. L’Indonésie souffre en effet d’un déficit de capital à la fois humain (la moitié des jeunes de 15 ans font preuve d’illettrisme fonctionnel, c’est-à-dire qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent), et matériel (déficit d’infrastructures estimé à 1500 Mds USD par la BM).

2. Les fondamentaux macroéconomiques indonésiens sont globalement solides.

La croissance du PIB est restée stable autour de 5 % depuis 2014. En 2018, elle s’est établie à 5,2 %. En dépit de trois catastrophes naturelles de grande ampleur, des sorties nettes de capitaux importantes en raison de la normalisation de la politique monétaire de la Fed en 2018, la demande domestique est restée résiliente. L’investissement (+6,7% en 2018) et la consommation privée (+5,1%) ont porté la croissance, soutenue par une confiance des ménages forte, majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. Ce dynamisme de la demande interne a compensé le déclin des exportations nettes, l’Indonésie ayant enregistré son premier déficit commercial depuis 2014 (de 9,8 Mds USD).  

En 2019, la croissance devrait ralentir à 5,0 % en raison de la dégradation de conjoncture internationale et la longue période électorale qui s’est achevée avec l’investiture du Président Jokowi en octobre dernier. En 2020, elle devrait s’élever à 5,1%. L’inflation est par ailleurs sous contrôle à 3,2%, grâce à la faiblesse des prix alimentaires, au gel du prix de l’électricité et des carburants.

En 2018, le déficit budgétaire et la dette publique ont été contenus à un niveau raisonnable (respectivement 1,8% et 30% du PIB). En 2019, année électorale, l’objectif initial de déficit de 1,8% sera légèrement dépassé pour atteindre 2,1% du PIB. Le ministère des finances met l’accent sur l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques et la hausse des recettes fiscales. Celles-ci sont inférieures à 11% du PIB, ce qui constitue l’un des niveaux les plus bas au monde et croissent moins vite qu’espéré (+15,5% en 2018 mais +3,8% au S1 2019).

L’augmentation de la collecte fiscale est pourtant nécessaire à la réalisation des 3 priorités annoncées par le président Jokowi pour son second mandat débuté en octobre: (1) poursuivre l’investissement dans les infrastructures en faisant davantage appel aux PPP, (2) investir dans le capital humain, l’éducation, la formation professionnelle et la santé, et enfin (3) poursuite des réformes pour améliorer le fonctionnement de l’administration, le climat des affaires et diversifier l’économie. La dette publique est restée relativement stable à 30,1% du PIB, mais est détenue à 60% par des non-résidents, un point de vulnérabilité important.

La principale fragilité de l’économie indonésienne réside dans les comptes extérieurs. Le compte courant est déficitaire et s’est fortement creusé en 2018 à - 3% du PIB (-1,6% en 2017) en raison d’exportations de matières premières plus faibles (charbon/pétrole, huile de palme, caoutchouc) et d’une hausse des importations liées aux projets d’infrastructures. En 2019, il devrait se rétablir à -2,7% en raison de la forte baisse des importations. Compte tenu du faible niveau des IDE (2,4% du PIB), l’Indonésie dépend des investissements de portefeuille pour équilibrer ses comptes extérieurs, ce qui la rend vulnérable aux chocs extérieurs. En 2018, le déficit courant n’a été que partiellement financé par l’excédent du compte financier en raison des fuites massives d’investissements de portefeuille (−40% en 2018) dans un contexte de resserrement monétaire américain. En 2019, la baisse des taux d’intérêt de la FED a permis un retour des investissements de portefeuille (flux nets de +14,6 Mds USD sur les 9 premiers mois de 2019) ce qui s’est traduit par une hausse des réserves à 124,3 milliards d’USD fin septembre soit 6,3 mois d’importations et de service de la dette.  De même, la roupie qui s’était dépréciée de 6,5% en 2018 s’est appréciée de 2% sur les trois premiers trimestres 2019.

Le niveau de la dette extérieure (39% du PIB fin 2018) reste soutenable mais augmente rapidement en raison de l’endettement des entreprises publiques.

La légère appréciation de la roupie, couplée à la stabilisation de l’inflation (à 3,1 % en moyenne depuis début 2018) et à l’assouplissement de la politique monétaire américaine (−75 pdb cette année à 1,50 %-1,75 %), a permis à la Banque Centrale indonésienne de procéder à des baisses de taux en soutien à l’activité. La Banque Centrale a ainsi abaissé son taux directeur à quatre reprises depuis juillet 2019, de 100 points de base au total à 5,00 %. Cet assouplissement monétaire intervient après un resserrement en 2018, avec six hausses de taux de 175 points de base au total.

La solidité du secteur financier indonésien est un atout malgré son rôle restreint dans l’économie. Les encours de crédit et de dépôts atteignent chacun moins de 40% du PIB, des niveaux très bas pour la région. Le secteur est aussi bien capitalisé (ratio d’adéquation en capital de 23%). Malgré la hausse du taux directeur à 6 reprises en 2018 (de 4,25 % à 6 %)  pour limiter la fuite de capitaux et la dépréciation de la monnaie, la part des prêts non performants a diminué en 2018 (à 2,4% contre 2,6% fin 2017) et la croissance du crédit a accélérée (à +12% contre +8,3% en 2017). On constate toutefois une dégradation de la qualité des actifs et une tension du ratio de liquidité compte tenu de la faible croissance des dépôts bancaires

3.  A moyen terme, l’Indonésie devra surmonter plusieurs défis structurels afin de poursuivre son développement économique

A moyen terme, pour sortir de la catégorie des pays à revenus intermédiaires, le pays doit soutenir la transformation de son industrie vers des segments à plus forte ajoutée, notamment par une plus grande ouverture aux investissements étrangers, la réduction de son déficit d’infrastructures et l’augmentation de son capital humain. L’insuffisance des capitaux domestiques et de ses recettes fiscales rendent indispensables les investissements étrangers qui eux-mêmes requièrent une amélioration de l’environnement des affaires. Le stock d’investissements étrangers en Indonésie n’atteint pas 25 % du PIB, quand celui-ci s’élève à 44 % en Malaisie, 49 % en Thaïlande et 58 % au Vietnam.

Pour y parvenir le nouveau gouvernement prépare deux réformes d’envergure (« omnibus laws »), la première sur la fiscalité, la seconde sur l’emploi et le cadre des affaires  qui font écho aux recommandations de l’OCDE et de la Banque Mondiale. Le texte sur la fiscalité regroupera notamment tous les dispositifs d’incitations fiscales (super déductions pour la R&D et la formation, baisse progressive de l’IS de 25 à 20%) et un assouplissement des pénalités fiscales. S’agissant de la fiscalité du numérique, le Ministère des finances a récemment publié une réglementation qui s’appuie sur le concept de présence économique substantielle et non de présence physique, pour taxer les entités qui n’auraient pas de filiales en Indonésie. En ce qui concerne le texte sur l’emploi et le cadre des affaires, il prévoit un assouplissement de la liste des secteurs d’investissements ouverts aux étrangers (DNI), une harmonisation des réglementations entre administrations centrales et locales, et enfin des mesures pour accélérer et simplifier les autorisations et octrois de licences.

 

  1. Fort de ses richesses démographiques et naturelles, le pays est un émergent incontournable.

L’Indonésie est la principale économie de l’ASEAN (35% du PIB régional) et la 16ème économie mondiale. Bénéficiant du cours élevé des matières premières, de la croissance de la Chine, le PIB est passé de 165 Mds USD en 2000 à 1018 Mds USD en 2017. Le PIB/Habitant a été multiplié par quatre, passant de 857 USD à 3932 USD en 2018. Il reste cependant inférieur à celui de ses voisins émergents : 9 945 USD en Malaisie, 6 594 USD en Thaïlande et 8 827 USD en Chine. Le taux de pauvreté absolue a connu une chute notable depuis la crise de 1997 (-50%) et se situe aujourd’hui à 9,8% selon BPS, l’agence statistique nationale. Un des moteurs du pays est sa population de 268 millions d’habitants (la 4ème plus importante du monde), majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. L’économie indonésienne est plutôt tournée vers son marché intérieur (taux d’ouverture de 19%). Les principaux secteurs d’activités sont l’agriculture (14% du PIB) et l’industrie (32% du PIB) qui emploient la majorité des travailleurs indonésiens. Les services se développent rapidement mais créent des opportunités limitées pour les travailleurs peu ou pas qualifiés constituant une grande partie de la main d’œuvre. L’Indonésie souffre en effet d’un déficit de capital à la fois humain (la moitié des jeunes de 15 ans font preuve d’illettrisme fonctionnel, c’est-à-dire qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent), et matériel (déficit d’infrastructures estimé à 1500 Mds USD par la BM).

  1. Les fondamentaux macroéconomiques indonésiens sont globalement solides.

La croissance du PIB est restée stable autour de 5 % depuis 2014. En 2018, elle s’est établie à 5,2 %. En dépit de trois catastrophes naturelles de grande ampleur, des sorties nettes de capitaux importantes en raison de la normalisation de la politique monétaire de la Fed en 2018, la demande domestique est restée résiliente. L’investissement (+6,7% en 2018) et la consommation privée (+5,1%) ont porté la croissance, soutenue par une confiance des ménages forte, majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. Ce dynamisme de la demande interne a compensé le déclin des exportations nettes, l’Indonésie ayant enregistré son premier déficit commercial depuis 2014 (de 9,8 Mds USD).  

En 2019, la croissance devrait ralentir à 5,0 % en raison de la dégradation de conjoncture internationale et la longue période électorale qui s’est achevée avec l’investiture du Président Jokowi en octobre dernier. En 2020, elle devrait s’élever à 5,1%. L’inflation est par ailleurs sous contrôle à 3,2%, grâce à la faiblesse des prix alimentaires, au gel du prix de l’électricité et des carburants.

En 2018, le déficit budgétaire et la dette publique ont été contenus à un niveau raisonnable (respectivement 1,8% et 30% du PIB). En 2019, année électorale, l’objectif initial de déficit de 1,8% sera légèrement dépassé pour atteindre 2,1% du PIB. Le ministère des finances met l’accent sur l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques et la hausse des recettes fiscales. Celles-ci sont inférieures à 11% du PIB, ce qui constitue l’un des niveaux les plus bas au monde et croissent moins vite qu’espéré (+15,5% en 2018 mais +3,8% au S1 2019).

L’augmentation de la collecte fiscale est pourtant nécessaire à la réalisation des 3 priorités annoncées par le président Jokowi pour son second mandat débuté en octobre: (1) poursuivre l’investissement dans les infrastructures en faisant davantage appel aux PPP, (2) investir dans le capital humain, l’éducation, la formation professionnelle et la santé, et enfin (3) poursuite des réformes pour améliorer le fonctionnement de l’administration, le climat des affaires et diversifier l’économie. La dette publique est restée relativement stable à 30,1% du PIB, mais est détenue à 60% par des non-résidents, un point de vulnérabilité important.

La principale fragilité de l’économie indonésienne réside dans les comptes extérieurs. Le compte courant est déficitaire et s’est fortement creusé en 2018 à - 3% du PIB (-1,6% en 2017) en raison d’exportations de matières premières plus faibles (charbon/pétrole, huile de palme, caoutchouc) et d’une hausse des importations liées aux projets d’infrastructures. En 2019, il devrait se rétablir à -2,7% en raison de la forte baisse des importations. Compte tenu du faible niveau des IDE (2,4% du PIB), l’Indonésie dépend des investissements de portefeuille pour équilibrer ses comptes extérieurs, ce qui la rend vulnérable aux chocs extérieurs. En 2018, le déficit courant n’a été que partiellement financé par l’excédent du compte financier en raison des fuites massives d’investissements de portefeuille (−40% en 2018) dans un contexte de resserrement monétaire américain. En 2019, la baisse des taux d’intérêt de la FED a permis un retour des investissements de portefeuille (flux nets de +14,6 Mds USD sur les 9 premiers mois de 2019) ce qui s’est traduit par une hausse des réserves à 124,3 milliards d’USD fin septembre soit 6,3 mois d’importations et de service de la dette.  De même, la roupie qui s’était dépréciée de 6,5% en 2018 s’est appréciée de 2% sur les trois premiers trimestres 2019.

Le niveau de la dette extérieure (39% du PIB fin 2018) reste soutenable mais augmente rapidement en raison de l’endettement des entreprises publiques.

La légère appréciation de la roupie, couplée à la stabilisation de l’inflation (à 3,1 % en moyenne depuis début 2018) et à l’assouplissement de la politique monétaire américaine (−75 pdb cette année à 1,50 %-1,75 %), a permis à la Banque Centrale indonésienne de procéder à des baisses de taux en soutien à l’activité. La Banque Centrale a ainsi abaissé son taux directeur à quatre reprises depuis juillet 2019, de 100 points de base au total à 5,00 %. Cet assouplissement monétaire intervient après un resserrement en 2018, avec six hausses de taux de 175 points de base au total.

La solidité du secteur financier indonésien est un atout malgré son rôle restreint dans l’économie. Les encours de crédit et de dépôts atteignent chacun moins de 40% du PIB, des niveaux très bas pour la région. Le secteur est aussi bien capitalisé (ratio d’adéquation en capital de 23%). Malgré la hausse du taux directeur à 6 reprises en 2018 (de 4,25 % à 6 %)  pour limiter la fuite de capitaux et la dépréciation de la monnaie, la part des prêts non performants a diminué en 2018 (à 2,4% contre 2,6% fin 2017) et la croissance du crédit a accélérée (à +12% contre +8,3% en 2017). On constate toutefois une dégradation de la qualité des actifs et une tension du ratio de liquidité compte tenu de la faible croissance des dépôts bancaires.

  1. A moyen terme, l’Indonésie devra surmonter plusieurs défis structurels afin de poursuivre son développement économique

A moyen terme, pour sortir de la catégorie des pays à revenus intermédiaires, le pays doit soutenir la transformation de son industrie vers des segments à plus forte ajoutée, notamment par une plus grande ouverture aux investissements étrangers, la réduction de son déficit d’infrastructures et l’augmentation de son capital humain. L’insuffisance des capitaux domestiques et de ses recettes fiscales rendent indispensables les investissements étrangers qui eux-mêmes requièrent une amélioration de l’environnement des affaires. Le stock d’investissements étrangers en Indonésie n’atteint pas 25 % du PIB, quand celui-ci s’élève à 44 % en Malaisie, 49 % en Thaïlande et 58 % au Vietnam.

Pour y parvenir le nouveau gouvernement prépare deux réformes d’envergure (« omnibus laws »), la première sur la fiscalité, la seconde sur l’emploi et le cadre des affaires  qui font écho aux recommandations de l’OCDE et de la Banque Mondiale. Le texte sur la fiscalité regroupera notamment tous les dispositifs d’incitations fiscales (super déductions pour la R&D et la formation, baisse progressive de l’IS de 25 à 20%) et un assouplissement des pénalités fiscales. S’agissant de la fiscalité du numérique, le Ministère des finances a récemment publié une réglementation qui s’appuie sur le concept de présence économique substantielle et non de présence physique, pour taxer les entités qui n’auraient pas de filiales en Indonésie. En ce qui concerne le texte sur l’emploi et le cadre des affaires, il prévoit un assouplissement de la liste des secteurs d’investissements ouverts aux étrangers (DNI), une harmonisation des réglementations entre administrations centrales et locales, et enfin des mesures pour accélérer et simplifier les autorisations et octrois de licences.

 

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