Situation économique

Le parcours de l’Indonésie depuis la crise asiatique en fait un émergent incontournable, malgré une ouverture de l’économie qui progresse moins rapidement qu’escompté. Les politiques budgétaire et monétaire prudentes et la solidité de sa consommation intérieure lui ont permis de maintenir un niveau de croissance autour de 5 % et de réduire significativement la pauvreté. A court terme, la dégradation de ses comptes extérieurs et la dépréciation de la roupie, sur fond de tensions économiques internationales, sont les deux principaux risques auxquels l’Indonésie doit faire face. A moyen-long terme, son défi principal est de faire progresser son industrie dans les chaînes de valeur pour accélérer son développement et tirer parti de son dividende démographique. Le gouvernement s’y attèle mais avec des ressources fiscales encore limitées.

Fort de ses richesses démographiques et naturelles, le pays est un émergent incontournable.

L’Indonésie est la principale économie de l’ASEAN (40% du PIB régional) et la 16ème économie mondiale. Bénéficiant du cours élevé des matières premières, de la croissance de la Chine, le PIB est passé de 165 Mds USD en 2000 à 1018 Mds USD en 2017. Le PIB/Habitant a été multiplié par quatre, passant de 857 USD à 3847 USD en 2017. Il reste cependant inférieur à celui de ses voisins émergents : 9 945 USD en Malaisie, 6 594 USD en Thaïlande et 8 827 USD en Chine. Le taux de pauvreté absolue a connu une chute notable depuis la crise de 1997 (-50%) et se situe aujourd’hui à 9,8% selon BPS, l’agence statistique nationale. Un des moteurs du pays est sa population de 260 millions d’habitants (la 4ème plus importante du monde), majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. L’économie indonésienne est plutôt tournée vers son marché intérieur (taux d’ouverture de 19%). Les principaux secteurs d’activités sont l’agriculture (14% du PIB) et l’industrie (32% du PIB) qui emploient la majorité des travailleurs indonésiens. Les services se développent rapidement mais créent des opportunités limitées pour les travailleurs peu ou pas qualifiés constituant une grande partie de la main d’œuvre. L’Indonésie souffre en effet d’un déficit de capital à la fois humain (la moitié des jeunes de 15 ans font preuve d’illettrisme fonctionnel, c’est-à-dire qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent), et matériel (déficit d’infrastructures estimé à 1500 Mds USD par la BM).

Les fondamentaux macroéconomiques indonésiens sont globalement solides.

La croissance du PIB est attendue à 5,1% sur 2018 et 2019 selon le FMI (principalement portée par la consommation des ménages et la hausse des prix des matières premières), stable par rapport à 2017. L’inflation est maîtrisée et devrait atteindre 3,5 % sur l’ensemble de l’année, un rythme stable depuis 2016. Le chômage s’élève à 5,5 % son niveau le plus bas depuis 20 ans.

Malgré des recettes fiscales structurellement faibles, le déficit budgétaire reste sous contrôle. La dépense publique représente environ 15 % du PIB, dont presque 20 % (29 Mds USD) en 2018 seront consacrés à l’investissement dans les infrastructures. Le déficit budgétaire prévu par le budget 2018 est de 2,2% du PIB. La dette publique devrait se maintenir sous les 30 % du PIB, dont 42 % libellé en devises étrangères. Toutefois les engagements contingents sont en hausse (notamment la dette des entreprises publiques, fortement mises à contribution par le gouvernement pour ses programmes d'infrastructures). La faiblesse de la collecte fiscale, passée pour la première fois sous la barre des 10 % du PIB en 2017, demeure le principal obstacle du gouvernement dans la mise en œuvre de sa politique économique d’investissement et de redistribution. 

Depuis 2014, le pays s'est engagé dans un programme d’investissement dans les infrastructures, de réduction de la pauvreté et a entrepris de réformer un environnement des affaires jugé jusqu’alors défavorable aux investisseurs étrangers.
Au début du mandat de Jokowi, la priorité a été donnée aux investissements en infrastructures (transport et énergie notamment) grâce à du budget dégagé par l’abandon de subventions à l’énergie. Aujourd’hui, les infrastructures sont toujours un des chantiers prioritaires mais le gouvernement a gelé les prix du carburant et de l’électricité pour préserver le pouvoir d’achat de la population face à la hausse des cours mondiaux. Pour cela il a dû réintroduire partiellement les subventions et reporter une partie de la charge sur les entreprises publiques (Pertamina pour le carburant et PLN pour l’électricité) dont la situation financière se dégrade.
Avec les plans économiques (16 au total), le gouvernement a dérégulé plusieurs secteurs (logistiques, tourisme, e-commerce notamment) et engagé la simplification des démarches administratives (pour la création d’entreprises et l’import-export). Les progrès significatifs de l’Indonésie se reflètent dans le classement Doing Business de la Banque Mondiale. 120ème en 2014, elle est désormais classée 73ème sur 190 pays (classement 2019). Les plans comprennent également des mesures à caractère social comme la rationalisation du salaire minimum et la distribution de terres en faveur des petits agriculteurs. Egalement en matière de politique sociale, le gouvernement a accéléré la mise en place de la couverture sociale universelle (programme JKN) et réorganisé ses aides aux ménages les plus pauvres (abandon du programme Rastra au profit du PKH).

Le secteur bancaire et financier s’est renforcé depuis 1997 mais la devise indonésienne reste sensible aux chocs internationaux.

Le secteur bancaire (80 % des actifs du secteur financier) a progressivement mis en place toutes les grandes réglementations prudentielles internationales (jusqu’à Bâle III). Il compte désormais l’un des ratios d’adéquation en capital les plus élevés de la région à 23 %, pour une marge nette d’intérêt moyenne de 5,1 %. La Banque centrale joue un rôle actif dans le maintien de la stabilité du système financier. Elle intervient régulièrement sur les marchés pour tempérer la volatilité de la roupie, notamment depuis l’épisode du Taper Tantrum de 2013, durant lequel les annonces de resserrement de la politique monétaire américaine avaient entrainé une dépréciation de plus de 20 % de la devise en six mois. En 2018, la roupie s'est dépréciée (-7% mi-décembre) dans un contexte d’accélération de la hausse des taux américains et de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. La Banque centrale a augmenté son taux directeur de 175 points de base en sixfois depuis mai. Ses réserves de change avaient atteint un record historique fin 2017 à 130 Mds USD, avant de reculer au cours des derniers mois jusqu’à 117 Mds USD correspondant à 6,5 mois d’importations, 6,3 mois en incluant le service de la dette.

La balance commerciale est déficitaire en 2018 et constitue un point de vulnérabilité dans un contexte mondial de hausse des cours et de remontée des tensions commerciales. Le commerce extérieur est dominé par les échanges de matières premières et de produits de base (plus de la moitié des exportations et des importations). Le solde courant de l’Indonésie, déficitaire depuis 2012, est ainsi exposé à l’évolution des cours internationaux, en particulier pour le charbon et l’huile de palme (respectivement 10,5 et 11% des exportations), les hydrocarbures ou les minerais. La baisse de la production locale d’hydrocarbures et des exportations de minerais bruts (sur lesquelles existe un moratoire depuis 2014) ont accru la dépendance aux importations. Sur les 11 premiers mois de 2018, les importations de pétrole et gaz sont les principales responsables du déficit commercial de 7,5 Mds USD car, hors hydrocarbures, le solde commercial hors de l’Indonésie est de +4,6 Mds USD. Depuis fin 2017, le déficit du compte courant n’est qu’imparfaitement compensé par les entrées de capitaux, ce qui alimente les pressions à la baisse sur la devise car le resserrement de la politique monétaire américaine a entrainé un ralentissement de ces flux entrants. Pour la première fois depuis le début des années 2000, la balance des paiements pourrait être déficitaire en 2018 ; elle l’est déjà sur les trois premiers trimestres (-12,6 Mds USD au total sur 9 mois).

Les autorités (ministères, régulateurs et Banque centrale) ont annoncé conjointement qu’elles faisaient de la stabilité du système financier leur priorité. Le gouvernement a commencé à prendre certaines mesures visant à limiter les importations en encourageant la substitution de produits locaux aux produits importés ; plusieurs décrets ont ainsi été pris depuis août pour augmenter l’usage des biocarburants dans les transports ou pour augmenter l’acompte d’impôt dû à l’importation pour les produits de consommation finale.

A moyen-long terme, l’Indonésie doit poursuivre ses efforts pour échaper à la middle-income trap

Pour sortir de la catégorie des pays à revenus intermédiaires de tranche inférieure, le pays doit soutenir la transformation de son industrie vers des segments à plus forte ajoutée, notamment par une plus grande ouverture aux investissements étrangers, la réduction de son déficit d’infrastructures et l’augmentation de son capital humain. L’insuffisance des capitaux domestiques et de ses recettes fiscales rendent indispensables les les investissemements étrangers qui eux mêmes requèrent une amélioration de l’environnement des affaires. Le stock d’investissements étrangers en Indonésie n’atteint pas 25 % du PIB, quand celui-ci s’élève à 44 % en Malaisie, 49 % en Thaïlande et 58 % au Vietnam.

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