Situation économique et financière

Structure de l’économie réelle et croissance économique

Membre du G20, 1ère économie de l’ASEAN (1140 Mds USD de PIB en 2019) et 4ème pays le plus peuplé au monde (270 M d’habitants), l’Indonésie a connu une croissance économique exceptionnelle depuis la Crise asiatique et sa démocratisation (Reformasi) en 1998. Son PIB/habitant a été multiplié par quatre (à 4 043 USD en 2019) et la pauvreté divisée par plus de deux en pourcentage de la population (9 %). Elle a ainsi rejoint en 2020 la catégorie des pays à revenus intermédiaires de tranche supérieure dont font partie les BRICS. Ce développement a été soutenu par (1) sa population – une population jeune (âge médian à 28 ans), fortement consommatrice (la consommation des ménages représentent 55 % du PIB) et qui connait une forte croissance (dividende démographique jusqu’en 2030) –, par (2) la croissance de la demande chinoise en matière première et (3) un pilotage macroéconomique prudent (limite du déficit public, désendettement et change flottant).  Toutefois, l’Indonésie est confrontée à trois défis majeurs : (i) la réduction de son déficit d’infrastructures (1500 Mds USD selon la Banque mondiale), (ii) la réduction de son déficit en capital humain (santé, éducation) et (iii) la perte de compétitivité de son industrie manufacturière (qui rend le pays relativement moins attractif que ces voisins). Enfin, en matière de gouvernance, malgré la stabilité de la démocratie, l’état de droit reste faible, la corruption est fréquente et la justice déficiente.

La crise du COVID-19 devrait se traduire à court terme par une détérioration de plusieurs indicateurs économiques (croissance nulle, creusement du déficit public à 6,3% du PIB, augmentation de la dette à 37% du PIB, baisse du PIB/habitant et augmentation du taux de pauvreté). Toutefois à moyen terme, elle ne devrait pas remettre en question la trajectoire de développement économique du pays

Equilibres externes

Le commerce extérieur de l’Indonésie est relativement peu développé (taux d’ouverture à 30 % du PIB) et est corrélé aux cours des matières premières (plus de 50 % des exportations et des importations). La balance des services est structurellement déficitaire (-9 Mds USD en moyenne depuis 10 ans). L’Indonésie connaît par ailleurs un déficit courant structurel depuis 2012 (-2,9 % du PIB en moyenne depuis), période à laquelle elle est devenue importatrice nette d’hydrocarbures et a vu son déficit de revenus primaires augmenter (intérêts et dividendes). Son déficit est financé principalement par des flux de portefeuilles (dirigés pour l’essentiel vers les obligations souveraines indonésiennes), ce qui expose le pays aux renversements des politiques monétaires des grandes banques centrales. En cas de resserrement des taux directeurs (2013, 2018), l’Indonésie est confrontée à d’importantes sorties de capitaux qui entraînent une dépréciation de la roupie. Sa principale ligne de défense se trouve dans ses réserves de change (135 Mds USD fin juillet, un plus haut historique) dans lesquelles la Banque centrale n’hésite pas à puiser pour stabiliser sa monnaie. La Banque centrale a également imposé des obligations de couverture aux entreprises et signé des accords de swap avec les grandes banques centrales de la région. 

Politique budgétaire et équilibres financiers internes

 La politique budgétaire indonésienne est cadrée par des limites inspirées des principes de Maastricht (limite de déficit à 3%) qui ont contribué à maintenir un niveau d’endettement faible (30 % du PIB jusqu’en 2019) et l’attractivité du pays sur les marchés obligataires. Face à la crise du COVID-19, le gouvernement a toutefois décidé de s’affranchir temporairement de ces règles. Il a également autorisé la Banque centrale à acheter des titres souverains sur le marché primaire afin d’assurer le financement de son plan de relance (48 Mds USD) ; un renversement par rapport aux réformes hérités de la crise de 1998. Le ministère des Finances envisagent un retour du déficit sous les 3% d’ici 3 ou 4 ans.

Au-delà des règles budgétaires, la principale contrainte du budget réside dans la faiblesse des recettes fiscales (10 % du PIB) qui a conduit le gouvernement à se reposer de plus en plus sur les entreprises publiques (109 entreprises avec des actifs représentant 18% du PIB) pour réaliser les investissements prioritaires dans les infrastructures. Bien que leur dette totale soit encore limitée (73 Mds USD), leur santé financière s’est dégradée : leur ratio dette nette/EBITDA est passé de 1,5 en 2014 à 4,6 fin 2019, selon S&P.

Bien qu’il compte plus d’une centaine d’établissements, le secteur bancaire (78 % des 764 Mds USD d’actifs du secteur financier) est dominé par une dizaine de banques (70 % des actifs bancaires), bien capitalisées (CAR de 22%), très rentables (marge nette d’intérêt de 4,6%) et prêtant relativement peu (les encours de crédit représentent 35 % du PIB). Les nombreuses petites banques sont moins solides financièrement mais, individuellement, ne présentent pas de risque systémique.   

Perspectives et principaux risques 

A court terme, la réponse à la crise du COVID-19 et la maîtrise des risques liés à la dépendance de l’Indonésie aux capitaux volatiles sont les principaux enjeux à suivre. Le gouvernement devra trouver le bon équilibre entre dépenses exceptionnelles, réformes structurelles (lois omnibus) et préservation du pilotage macroéconomique prudent qui est à l’origine du succès économique qu’a connu le pays depuis 20 ans. Une augmentation trop forte des dépenses publiques pourrait affecter ses fragiles équilibres financiers (risque de sortie des capitaux volatiles et de dépréciation de la roupie).

A moyen et long termes, le défi de l’Indonésie est de tirer parti de son dividende démographique pour sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires. Cela implique de poursuivre les réformes engagées pour renforcer l’éducation et le système de santé, et pour renforcer la compétitivité des secteurs hors matières premières (notamment l’industrie et l’économie créative dont le numérique) afin d’attirer des capitaux stables (IDE) et de diversifier les exportations.

 

La croissance du PIB est restée stable autour de 5 % depuis 2014. En 2018, elle s’est établie à 5,2 %. En dépit de trois catastrophes naturelles de grande ampleur, des sorties nettes de capitaux importantes en raison de la normalisation de la politique monétaire de la Fed en 2018, la demande domestique est restée résiliente. L’investissement (+6,7% en 2018) et la consommation privée (+5,1%) ont porté la croissance, soutenue par une confiance des ménages forte, majoritairement jeune et dont la consommation représente 56% du PIB. Ce dynamisme de la demande interne a compensé le déclin des exportations nettes, l’Indonésie ayant enregistré son premier déficit commercial depuis 2014 (de 9,8 Mds USD).  

En 2019, la croissance devrait ralentir à 5,0 % en raison de la dégradation de conjoncture internationale et la longue période électorale qui s’est achevée avec l’investiture du Président Jokowi en octobre dernier. En 2020, elle devrait s’élever à 5,1%. L’inflation est par ailleurs sous contrôle à 3,2%, grâce à la faiblesse des prix alimentaires, au gel du prix de l’électricité et des carburants.

En 2018, le déficit budgétaire et la dette publique ont été contenus à un niveau raisonnable (respectivement 1,8% et 30% du PIB). En 2019, année électorale, l’objectif initial de déficit de 1,8% sera légèrement dépassé pour atteindre 2,1% du PIB. Le ministère des finances met l’accent sur l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques et la hausse des recettes fiscales. Celles-ci sont inférieures à 11% du PIB, ce qui constitue l’un des niveaux les plus bas au monde et croissent moins vite qu’espéré (+15,5% en 2018 mais +3,8% au S1 2019).

L’augmentation de la collecte fiscale est pourtant nécessaire à la réalisation des 3 priorités annoncées par le président Jokowi pour son second mandat débuté en octobre: (1) poursuivre l’investissement dans les infrastructures en faisant davantage appel aux PPP, (2) investir dans le capital humain, l’éducation, la formation professionnelle et la santé, et enfin (3) poursuite des réformes pour améliorer le fonctionnement de l’administration, le climat des affaires et diversifier l’économie. La dette publique est restée relativement stable à 30,1% du PIB, mais est détenue à 60% par des non-résidents, un point de vulnérabilité important.

La principale fragilité de l’économie indonésienne réside dans les comptes extérieurs. Le compte courant est déficitaire et s’est fortement creusé en 2018 à - 3% du PIB (-1,6% en 2017) en raison d’exportations de matières premières plus faibles (charbon/pétrole, huile de palme, caoutchouc) et d’une hausse des importations liées aux projets d’infrastructures. En 2019, il devrait se rétablir à -2,7% en raison de la forte baisse des importations. Compte tenu du faible niveau des IDE (2,4% du PIB), l’Indonésie dépend des investissements de portefeuille pour équilibrer ses comptes extérieurs, ce qui la rend vulnérable aux chocs extérieurs. En 2018, le déficit courant n’a été que partiellement financé par l’excédent du compte financier en raison des fuites massives d’investissements de portefeuille (−40% en 2018) dans un contexte de resserrement monétaire américain. En 2019, la baisse des taux d’intérêt de la FED a permis un retour des investissements de portefeuille (flux nets de +14,6 Mds USD sur les 9 premiers mois de 2019) ce qui s’est traduit par une hausse des réserves à 124,3 milliards d’USD fin septembre soit 6,3 mois d’importations et de service de la dette.  De même, la roupie qui s’était dépréciée de 6,5% en 2018 s’est appréciée de 2% sur les trois premiers trimestres 2019.

Le niveau de la dette extérieure (39% du PIB fin 2018) reste soutenable mais augmente rapidement en raison de l’endettement des entreprises publiques.

La légère appréciation de la roupie, couplée à la stabilisation de l’inflation (à 3,1 % en moyenne depuis début 2018) et à l’assouplissement de la politique monétaire américaine (−75 pdb cette année à 1,50 %-1,75 %), a permis à la Banque Centrale indonésienne de procéder à des baisses de taux en soutien à l’activité. La Banque Centrale a ainsi abaissé son taux directeur à quatre reprises depuis juillet 2019, de 100 points de base au total à 5,00 %. Cet assouplissement monétaire intervient après un resserrement en 2018, avec six hausses de taux de 175 points de base au total.

La solidité du secteur financier indonésien est un atout malgré son rôle restreint dans l’économie. Les encours de crédit et de dépôts atteignent chacun moins de 40% du PIB, des niveaux très bas pour la région. Le secteur est aussi bien capitalisé (ratio d’adéquation en capital de 23%). Malgré la hausse du taux directeur à 6 reprises en 2018 (de 4,25 % à 6 %)  pour limiter la fuite de capitaux et la dépréciation de la monnaie, la part des prêts non performants a diminué en 2018 (à 2,4% contre 2,6% fin 2017) et la croissance du crédit a accélérée (à +12% contre +8,3% en 2017). On constate toutefois une dégradation de la qualité des actifs et une tension du ratio de liquidité compte tenu de la faible croissance des dépôts bancaires.

  1. A moyen terme, l’Indonésie devra surmonter plusieurs défis structurels afin de poursuivre son développement économique

A moyen terme, pour sortir de la catégorie des pays à revenus intermédiaires, le pays doit soutenir la transformation de son industrie vers des segments à plus forte ajoutée, notamment par une plus grande ouverture aux investissements étrangers, la réduction de son déficit d’infrastructures et l’augmentation de son capital humain. L’insuffisance des capitaux domestiques et de ses recettes fiscales rendent indispensables les investissements étrangers qui eux-mêmes requièrent une amélioration de l’environnement des affaires. Le stock d’investissements étrangers en Indonésie n’atteint pas 25 % du PIB, quand celui-ci s’élève à 44 % en Malaisie, 49 % en Thaïlande et 58 % au Vietnam.

Pour y parvenir le nouveau gouvernement prépare deux réformes d’envergure (« omnibus laws »), la première sur la fiscalité, la seconde sur l’emploi et le cadre des affaires  qui font écho aux recommandations de l’OCDE et de la Banque Mondiale. Le texte sur la fiscalité regroupera notamment tous les dispositifs d’incitations fiscales (super déductions pour la R&D et la formation, baisse progressive de l’IS de 25 à 20%) et un assouplissement des pénalités fiscales. S’agissant de la fiscalité du numérique, le Ministère des finances a récemment publié une réglementation qui s’appuie sur le concept de présence économique substantielle et non de présence physique, pour taxer les entités qui n’auraient pas de filiales en Indonésie. En ce qui concerne le texte sur l’emploi et le cadre des affaires, il prévoit un assouplissement de la liste des secteurs d’investissements ouverts aux étrangers (DNI), une harmonisation des réglementations entre administrations centrales et locales, et enfin des mesures pour accélérer et simplifier les autorisations et octrois de licences.

 

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