Situation économique et financière

La crise sanitaire a entraîné la première récession de l’Indonésie depuis la crise financière de 1998. Après une croissance du PIB à -5,32% en g.a. au deuxième trimestre, l’économie indonésienne se contracte à nouveau au troisième trimestre, bien qu'à un rythme plus lent, avec un PIB à -3,49 % en g.a. Les principaux indicateurs macroéconomiques du pays sont impactés par l’épidémie et des défis devront être relevés à court terme afin de garantir la reprise de la consommation des ménages, de l’investissement et des activités économiques. Les mesures sanitaires relativement souples mises en place (distanciation sociale, confinement) et des politiques budgétaire, monétaire et macro-prudentielle ambitieuses , ont permis aux autorités indonésiennes de partiellement préserver l’activité économique (la récession devrait être moins importante que dans beaucoup d’autres pays) en limitant les risques externes (dette publique et externe faible), renforçant ainsi la résilience du pays aux chocs. A moyen terme la COVID-19 ne devrait ainsi pas remettre en question la trajectoire de développement économique du pays, avec une contraction modérée en 2020 et une croissance renouant dès 2021 à un rythme robuste.

Structure de l’économie réelle et croissance économique

Membre du G20, 1ère économie de l’ASEAN (1140 Mds USD de PIB en 2019) et 4ème pays le plus peuplé au monde (270 M d’habitants), l’Indonésie a connu une croissance économique élevée et régulière depuis la Crise asiatique et sa démocratisation (Reformasi) en 1998. Son PIB/habitant a été multiplié par quatre (à 4 043 USD en 2019) et la pauvreté divisée par plus de deux en pourcentage de la population (9 %). Elle a ainsi rejoint en 2020 la catégorie des pays à revenus intermédiaires de tranche supérieure. Ce développement a été soutenu par (1) sa population – une population jeune (âge médian à 28 ans), fortement consommatrice (la consommation des ménages représentent 55 % du PIB et l’investissement 30%) et qui connait une forte croissance (dividende démographique jusqu’en 2030) –, par (2) la croissance de la demande chinoise en matières premières et (3) un pilotage macroéconomique prudent (limite du déficit public, désendettement et change flottant).  Toutefois, l’Indonésie est confrontée à trois défis majeurs : (i) la réduction de son déficit d’infrastructures (1500 Mds USD selon la Banque mondiale), (ii) la réduction de son déficit en capital humain (santé, éducation) et (iii) la perte de compétitivité de son industrie manufacturière (qui rend le pays relativement moins attractif que ces voisins). Enfin, en matière de gouvernance, malgré la stabilité du régime démocratique, des progrès du point de vue de l’état de droit, notamment dans la lutte contre la corruption, dans l’amélioration de l’organisation judiciaire et un cadre règlementaire plus stable, permettraient un meilleur environnement des affaires.

La crise du COVID-19 devrait se traduire à court terme par une détérioration de plusieurs indicateurs économiques. Après une contraction du PIB à -5,3% au T2, l’économie s’est de nouveau tendue au T3 à -3,5%, faisant entrer le pays dans sa première récession économique depuis la crise financière de 1998. Selon les prévisions du FMI, l’Indonésie devrait enregistrer en 2020 une contraction du PIB à -1,5% puis une croissance de +6,1% en 2021.

La dette publique augmenterait face à la crise sanitaire, mais resterait à un niveau raisonnable. Ainsi, selon le gouvernement indonésien, le déficit public se creuserait à 6,3% du PIB en 2020 (après -2,2% en 2019) et la dette publique augmenterait à 37% du PIB (après 30,5% en 2019). Le déficit s’est élevé à 54,1 Mds USD en octobre 2020, soit à 4,67% du PIB, en raison de l’augmentation des dépenses publiques et de la baisse des recettes fiscales.

Toutefois à moyen terme, la COVID-19 ne devrait pas remettre en cause la trajectoire de développement économique du pays.

Equilibres externes

L’Indonésie affiche un taux d’ouverture (imports+exports/PIB) à 37 % du PIB en 2019, un indice qui révèle le potentiel commercial du pays qui pourrait intensifier ses échanges commerciaux. En effet, si ce taux est comparable à ceux de l’UE, de l’Inde ou de la Chine, il se révèle beaucoup plus important dans d’autres pays de l’ASEAN (69% aux Philippines, 123% en Malaisie, 210% au Vietnam et 319% à Singapour). Le commerce extérieur de l’Indonésie est fortement corrélé aux cours des matières premières (plus de 50 % des exportations et des importations). La balance des services est structurellement déficitaire (-9 Mds USD en moyenne depuis 10 ans). L’Indonésie connaît par ailleurs un déficit courant structurel depuis 2012 (-2,9 % du PIB en moyenne depuis), période à laquelle elle est devenue importatrice nette d’hydrocarbures et a vu son déficit de revenus primaires augmenter (intérêts et dividendes). Son déficit est financé principalement par des flux de portefeuilles (dirigés pour l’essentiel vers les obligations souveraines indonésiennes), ce qui expose le pays aux renversements des politiques monétaires des grandes banques centrales. En cas de resserrement des taux directeurs de celles-ci (2013, 2018), l’Indonésie est confrontée à d’importantes sorties de capitaux qui entraînent une dépréciation de la roupie. Sa principale ligne de défense se trouve dans ses réserves de change (133,7 Mds USD fin octobre 2020) que  la Banque centrale utilise pour limiter une trop grande volatilité. La Banque centrale a également imposé des obligations de couverture aux entreprises et signé des accords de swap avec les grandes banques centrales de la région.

Politique budgétaire et équilibres financiers internes

La politique budgétaire indonésienne est cadrée par des limites inspirées des principes de Maastricht (limite de déficit à 3%) qui ont contribué à maintenir un niveau d’endettement faible (30 % du PIB jusqu’en 2019) et l’attractivité du pays sur les marchés obligataires. Face à la crise du COVID-19, le gouvernement a toutefois décidé de s’affranchir temporairement de ces règles. Il a également autorisé la Banque centrale à acheter des titres souverains sur le marché primaire afin d’assurer le financement de son plan de relance (48 Mds USD) ; un renversement par rapport aux réformes hérités de la crise de 1998. Le ministère des Finances envisagent un retour du déficit sous les 3% d’ici 3 ou 4 ans.

Au-delà des règles budgétaires, la principale contrainte du budget réside dans la faiblesse des recettes fiscales (10 % du PIB, un taux très faible pour un pays de ce niveau de revenu par habitant) qui a conduit le gouvernement à se reposer de plus en plus sur les entreprises publiques (109 entreprises avec des actifs représentant 18% du PIB) pour réaliser les investissements prioritaires dans les infrastructures. Bien que leur dette totale soit encore limitée (73 Mds USD en 2019), leur santé financière s’est dégradée : leur ratio dette nette/EBITDA est passé de 1,5 en 2014 à 4,6 fin 2019, selon S&P.

Bien qu’il compte plus d’une centaine d’établissements fin 2019, le secteur bancaire (78 % des 764 Mds USD d’actifs du secteur financier) est dominé par une dizaine de banques (70 % des actifs bancaires), bien capitalisées (CAR de 22%), très rentables (marge nette d’intérêt de 4,6%) et prêtant relativement peu (les encours de crédit représentent 35 % du PIB). Les nombreuses petites banques sont moins solides financièrement mais, individuellement, ne présentent pas de risque systémique.

Perspectives et principaux risques 

A court terme, la réponse à la crise de la COVID-19 et la maîtrise des risques liés à la dépendance de l’Indonésie aux capitaux volatiles sont les principaux enjeux à suivre. Le gouvernement devra trouver le bon équilibre entre dépenses exceptionnelles, préservation du pilotage macroéconomique prudent qui a contribué au succès économique qu’a connu le pays depuis 20 ans et réformes structurelles. Le Parlement a d’ailleurs voté le 5 octobre dernier une loi titanesque (15 chapitres, 186 articles et 1187 pages), la loi omnibus, présentée par le gouvernement comme l’une des principales forces motrices pour renforcer la croissance et l’emploi. Cette loi vise à favoriser l'investissement et la création d’emplois en Indonésie. Pour atteindre cet objectif, elle entend supprimer les lourdeurs bureaucratiques, l’exigence de licences jugées excessives ainsi que des réglementations considérées opaques, dans le but d’améliorer la compétitivité et d’attirer les investissements dans le pays. Le monde des affaires accueille très favorablement cette réforme de grande ampleur, de même que les agences de notation, les acteurs institutionnels économiques et le milieu financier, même si une partie des acteurs sociaux et de l’opposition en critiquent le contenu.

A moyen et long termes, le défi de l’Indonésie pourrait tirer parti d’un éventuel dividende démographique pour sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires. Cela implique de poursuivre les réformes engagées pour renforcer l’éducation et le système de santé, et pour renforcer la compétitivité des secteurs hors matières premières (notamment l’industrie et l’économie créative dont le numérique) afin d’attirer des capitaux stables (IDE) et de diversifier les exportations.

Publié le