Relations économiques bilatérales France-Indonésie

 

Echanges bilatéraux

On ne peut que constater un hiatus entre le poids économique de l’Indonésie et le niveau modeste de nos échanges commerciaux bilatéraux (1,6 Md EUR d’exportations françaises dont 30 à 70% d’aéronautique selon les années, part de marché de 0,9%). Ainsi l’Indonésie n’est que le 5ème pays importateur et le 5ème  pays exportateur de la zone derrière la Malaisie, le Vietnam, Singapour et la Thaïlande. La faiblesse de notre part de marché s’explique en partie par la faiblesse du taux d’ouverture de l’économie (37% en 2019 soit l’un des plus faibles de l’ASEAN). Elle s’explique aussi par une concurrence très vive dans certains secteurs (secteurs stratégiques comme l’extraction ou l’industrie) et des mesures protectionnistes dans d’autres (règles de contenu local, normes sanitaires et phytosanitaires) et par la structure des importations indonésiennes (beaucoup d’intrants pour l’industrie, de produits intermédiaires, de biens d’équipements et peu de produits finis). Toutefois, le commerce de biens n’est pas représentatif de la densité de notre relation.

En 2019, le montant de nos importations s’élevaient à 1 877 MEUR contre 1 562 MEUR d’exportations, soit un déficit de 315 MEUR. Les produits aéronautiques et spatiaux représentent en 2019 783 M EUR, soit 50% de nos exportations. Hors aéronautique, le déficit est de 1,1 Md EUR.

Nos exportations de services (services financiers notamment) sont équivalentes à nos exportations de biens. Elles s’élèvent à 1,6 Md EUR et ont connu une forte croissance au cours des cinq dernières années.

Présence française 

La présence française en Indonésie est importante, même si elle ne se reflète pas entièrement dans les chiffres d’IDE (stock de 1,9 Md EUR). D’après la dernière enquête OFATS menée par l’INSEE en 2018, on compte plus de 200 filiales d’entreprises françaises dont certaines ont un poids économique significatif dans leurs domaines (Danone, L’Oréal, Michelin, AXA-Mandiri…). Ces filiales emploient près de 50 000 personnes et réalisent un chiffre d’affaires local de l’ordre de 3 Mds EUR. Enfin, la France est le troisième bailleur bilatéral (après les Etats-Unis et le Japon) d’aide au développement de l’Indonésie grâce à l’AFD. 

Dans le contexte de la COVID-19, les entreprises françaises présentes en Indonésie souffrent mais, pour le moment, aucune faillite ou fermeture définitive n’est à déplorer. Les situations sont inégales selon les secteurs. Certaines entreprises restent encore très en difficulté dans les secteurs du tourisme, de l’industrie et des transports (Airbus en particulier du fait des difficultés de Garuda). D’autres bénéficient déjà d’une reprise de l’activité : en lien avec les matières premières ou l’allègement des mesures de distanciation sociale (distribution). D’autres encore ont vu leurs activités croître (numérique et santé). Pour la plupart, les perspectives de long terme en Indonésie reste positives et elles prévoient de continuer à y investir une fois la crise passée comme cela est le cas pour Lesaffre (construction en cours d’une usine de levure). Plusieurs envisagent toutefois de revoir leur stratégie.

Coopération financière 

Notre coopération financière est dynamique, la France se classant au 3ème rang des bailleurs de fonds bilatéraux grâce aux activités de l’AFD, qui a fêté en 2017 ses dix ans dans le pays, et aux prêts du Trésor.

L’Indonésie est actuellement éligible aux prêts du Trésor concessionnels (en cours un projet météo avec le BMKG, agence de météo indonésienne), aux prêts directs (en cours un projet complémentaire avec le BMKG, un projet dans le domaine des data centers, le projet e-gov) et au FASEP (un FASEP réalisé en 2018 dans le domaine des data centers, un en cours dans le domaine des smart grids et bientôt un autre dans le domaine de la réduction et de la valorisation des déchets).

L’AFD engage, pour sa part, environ 300 M EUR par an en Indonésie, en grande partie sous forme de prêts de politique publique, de prêts pour des investissements publics, de ligne de crédit, etc...

BPI France intervient dans les garanties de crédits-acheteurs pour des clients publics ou privés. Elle finalise, aux côtés de l’AIIB, le financement du projet de satellite gouvernemental (Satria I) fourni par Thales.

Relations politiques et coopération 

Au niveau politique et administratif, les relations pourraient gagner en densité. Après la visite du Président François Hollande en fin de mandat, il n’y a eu deux visites au niveau secrétaire d’Etat (Mounir Mahjoubi et Jean-Baptiste Lemoyne). Thomas Courbe, Directeur général adjoint du Trésor s’est rendu en Indonésie en octobre 2017. La Directrice générale du Trésor, Mme Odile Renaud-Basso, est également venue en Indonésie en octobre 2018 mais dans un cadre multilatéral pour les assemblées annuelles de la Banque Mondiale et du FMI.

Un dialogue bilatéral sur le développement urbain durable instauré en 2017 se tient chaque année et permet des échanges entre nos deux administrations (ministère de la Transition écologique français et ministère des Travaux publics indonésien) sur ce sujet essentiel. Il existe également un dialogue énergie dont la prochaine rencontre était programmée au 1er semestre 2020 mais qui a été reportée compte tenu des circonstances.

La proposition d’un dialogue économique de haut niveau entre les ministres des finances des deux pays devrait permettre de nous repositionner auprès des interlocuteurs économiques stratégiques. Elle a été acceptée par les Indonésiens. Un accord cadre est en cours de discussion.

 

Echanges commerciaux France-Indonésie d’octobre 2019 à septembre 2020

(extraits du site des douanes françaises)

Données 1

titre

expor

impor

Données 3

Données 4

Relations bilatérales

La relation économique bilatérale avec l’Indonésie est dense mais la place de la France dans le pays est encore modeste. En 2018, la France n’est le 17ème fournisseur de l’Indonésie. L’aéronautique représente selon les années entre la moitié et les deux tiers des exportations françaises vers l’Archipel. La part de marché des entreprises françaises dans les importations indonésiennes s’élève à 1%, contre 3% au niveau mondial.

Très importants dans les années 90, les investissements français se sont réduits de moitié après la crise asiatique, pour repartir à la hausse à partir du début des années 2010. Aujourd’hui, environ cent quatre-vingt entreprises françaises sont implantées en Indonésie. La présence française est variée. Plusieurs filiales indonésiennes de sociétés françaises occupent des positions de leader sur leur marché respectif.

Enfin, notre coopération financière est dynamique, la France se classant au 3ème rang des bailleurs de fonds bilatéraux en termes d’encours, (4ème rang en termes d’engagements annuels) grâce aux activités de l’AFD qui a fêté en 2017 ses dix ans dans le pays. Ses interventions se font sous forme de prêts de politique publique et de soutien à des projets

1. En 2018, au sein de la région ASEAN, l’Indonésie était notre 4ème client et notre 5ème  fournisseur, ce qui ne reflète ni son rang de première économie de la région ni le stock d’IDE français en ASEAN (le second derrière Singapour). En 2015 et 2016, l’Indonésie était le pays d’ASEAN avec qui nous enregistrions le deuxième plus gros excédent commercial. En 2018, nous enregistrons avec l’Indonésie  notre 4ème déficit bilatéral en ASEAN. Au niveau mondial, en 2018,  l’Indonésie était notre 49ème client (33ème en 2016, 45ème en 2017), et notre 45ème fournisseur (rang égal en 2017), derrière les économies plus ouvertes que sont le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour.

2. Nos échanges commerciaux avec le pays ont poursuivi la baisse amorcée en 2017, passant de 3,6 Mds d’euros à 3,1 Mds d’euros. Ils ont ainsi diminué de 12% entre 2017 et 2018, après une baisse de 19,5% entre 2016 et 2017. Le solde de nos échanges est déficitaire de 588 millions d’euros (1,3 Md € d’exportations contre 1,9 Md € d’importations). Il s’agit du deuxième déficit consécutif après quatre années d’excédents et il est 6,6 fois supérieur au déficit de 2017 (90 M €).

3. En 2017, le total de nos échanges de services avec l’Indonésie s’est élevé à 1,7 milliard d’euros (les chiffres 2018 ne sont pas encore publiés). Nos exportations de services ont chuté, à 1 Md d’euros après 1,4 Md d’euros l’année précédente,

 

soit -30%, tandis que nos importations de services ont cru de 50% (720 après 480 M €). Elles restent toutefois supérieures à nos échanges de biens hors aéronautique. Il convient de noter qu’en 2017 l’excédent de nos échanges de services (+280 M €) contrebalançait le déficit enregistré pour les biens la même année (90 M €). Cela pourrait ne plus être le cas en 2018.

4. L’apparition d’un excédent commercial à partir de 2013, puis d’un déficit en 2017, résulte  des variations de nos exportations aéronautiques. En effet, entre 2011 et 2018, nos exportations de matériel de transport ont fluctué entre 355 millions d’euros (en 2011) et presque 2 Mds d’euros (en 2016). Il s’agit pour l’essentiel des aéronefs d’Airbus et ATR commandés par les compagnies indonésiennes Garuda et Lion Air. Les avions  représentaient à eux seuls plus de 70% de nos exportations à leur maximum en 2016 (1,9 Md €), puis 54% en 2017 et seulement 30% en 2018 (-61%, 364 M €).

5. Si nos exportations totales ont diminué de 26,9% entre 2017 et 2018, hors aéronautique, elles ont en revanche progressé de 14,1%. Nos ventes sont tirées par les équipements mécaniques, le matériel électrique, électronique et informatique qui, ensemble, constituent notre premier secteur d’exportation (33%).

6. En 2018, Nos importations ont augmenté de 1,8%, soit moins vite que l’année précédente (+7,7%), et atteignent 1,85 milliards d’euros. Nous importons principalement des produits manufacturés et notamment des industries du textile et des chaussures (34% de nos importations totales).  Les chaussures comptent à elles seules pour 21% des importations françaises en provenance d’Indonésie, en hausse de 15% (389 M€ après 338 M€). Les vêtements représentent quant à eux 11% de nos importations (20,5 M€). Les équipements électriques (notamment les moteurs, générateurs et transformateurs électriques, les appareils électroménagers, le matériel de distribution et de commande électrique) comptent pour 21% de nos importations (392 M €).

7. Sur les 6 premiers mois de 2019, notre déficit commercial en biens s’est accentué. Il atteint 441 millions d’euros, contre 360 millions d’euros à la même période en 2018. Cette hausse de notre déficit s’explique par la baisse de 15% en g.a. de nos exportations vers l’Indonésie tandis que nos importations sont demeurées stables (-0,7%). Nos exportations ont diminué plus fortement que le total des importations indonésiennes, qui enregistrent une baisse de 6,4% au premier semestre. Par conséquent, notre part de marché a diminué, à 0,8% contre 0,93% sur l’ensemble de l’année 2018 et nous sommes désormais le 20ème pays fournisseur de l’Indonésie (17ème en 2018).

8. Les investissements français en Indonésie sont conséquents. On compte ainsi en Indonésie un total de 180 entités de droit indonésien dont au moins 10% du capital est détenu par une société française. Parmi les sociétés françaises présentes dans le pays, on compte 31 des membres du CAC40. La liste des filiales révèle une répartition sectorielle dominée par les services et l’industrie manufacturière:

  • 50% des filiales françaises identifiées en Indonésie sont des entreprises de services (finances, assurances, distribution, ingénierie...).

     

  • Les banques BNP-P, CA-CIB, CIC et Société Générale sont présentes en Indonésie et sur le marché de l’assurance, AXA occupe une position de leader.

  • Les entreprises françaises sont aussi fortement représentées dans la distribution de gros et de détails. On trouve notamment des distributeurs de cosmétiques (L’Oréal-distribution, Geiger, Sarbec), de médicaments (Servier), d’automobile (pneus Michelin) ou de sport (Décathlon).

  • Des filiales de bureaux d’ingénierie (Vinci, Egis) ainsi que deux entreprises dans le secteur de la construction (Colas Rail).

  • Dans le domaine de la publicité et des enquêtes d’opinion plusieurs sociétés (Vivendi/Havas, Ipsos) sont  implantées en Indonésie.

  • Plusieurs entreprises françaises sont actives dans le secteur des transports (Bolloré, Geodis, LDA, CMA-CGM).

  • Dans le secteur des nouvelles technologies et de l’aéronautique il convient de noter la présence de Sofrecom, CLS Argos, Atos, Idemia, Airbus et Thales.

  • Enfin, les groupes français du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration (Accorhotels, Club Med, Sodexo) sont solidement implantés en Indonésie, illustrant notre expertise dans ce secteur.

     

  • Dans l’industrie (38% des filiales identifiées), les implantations sont diversifiées et principalement le fait de grands groupes. On trouve dans les biens de consommation : Danone (leader de l’eau en bouteille et n°2 des laits infantiles) et L’Oréal ; dans l’équipement et les matériaux de construction : Schneider et Saint Gobain ; dans l’automobile : Michelin et Valeo ; dans la pharmacie Sanofi.

  • Les secteurs de la production d’électricité, de la distribution d’eau, de l’assainissement et de la gestion des déchets comptent aussi de nombreuses grandes entreprises françaises (4,5% des filiales identifiées) comme Suez, Engie, EDF, Total-Eren, Akuo energy.

     

  • Quelques-unes de nos entreprises travaillent dans le secteur des matières premières notamment Eramet.

9. Les transformations à l’œuvre en Indonésie font de ce pays un marché porteur pour nos entreprises. D’ici 2030, la classe moyenne devrait représenter 135 millions de personnes. Les marchés des produits agro-alimentaires, de biens de consommation, de la santé, de la formation vont en bénéficier et continuer de croître. La digitalisation des services et de l’industrie progressent rapidement.

Par ailleurs, dans un contexte d’urbanisation rapide, de volonté politique de réduire des coûts logistiques, de mieux connecter le pays et d’améliorer sa productivité, le gouvernement indonésien a engagé un vaste programme d’investissements dans les infrastructures (plus 450 Mds USD sur la période 2020-2024 dont la moitié à financer par le secteur privé). Celui-ci offre de nombreuses opportunités dans des secteurs comme les transports, l’énergie, les services environnementaux, les télécommunications et le tourisme.

Afin de soutenir ces grands projets, deux groupes de travail institutionnels bilatéraux ont été lancés dans l’énergie et le développement urbain durable. En matière d’énergies renouvelables, un club export, le FREGI (French Renewable Energies Group for Indonesia) a été également créé pour fédérer les acteurs français du secteur implantés en Indonésie. Par ailleurs, un groupe de travail a été créé pour suivre le projet de nouvelle capitale.

10. Acteurs : Les intérêts économiques français en Indonésie sont représentés, au-delà du service économique, par Business France, la Chambre de Commerce Franco-Indonésienne (IFCCI)  et une trentaine de Conseillers du commerce extérieur. Le service économique collabore également étroitement avec la section commerciale de Délégation de l’Union européenne et l’Eurocham.

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