Situation économique de la Hongrie à fin 2020

La seconde vague de l’épidémie s’avère bien plus sévère et prégnante sur le système de santé hongrois. Le gouvernement hongrois est donc contraint de revoir à la baisse ses prévisions économiques. Pour freiner l’ampleur de cet impact, sa stratégie reste la même : intensifier le déploiement de ses aides aux acteurs économique et aux secteurs en difficulté.  

Une situation sanitaire bien plus dégradée qu’au printemps …

La seconde vague de l’épidémie se révèle bien plus sévère que la première vague comme en témoigne le recensement des décès : 611 morts du covid du 1er mars au 21 août contre 3078 entre le 22 août et le 21 novembre. A la différence de la première vague où la capitale avait été en première ligne, ce sont cette fois-ci toutes les régions qui sont affectées. A ce stade, les autorités sont très prudentes dans leurs projections, annonçant un point haut de l’épidémie à mi-décembre, voire fin d’année. Dans ce contexte, des annonces font état d’un renforcement des mesures sanitaires ou d’un strict maintien (la fermeture des frontières a été prorogée le 26 novembre jusqu’au 1er février), mais l’annonce d’un potentiel assouplissement des mesures n’est pas évoqué.

Le gouvernement hongrois, satisfait des bonnes performances relatives du premier semestre (baisse de – 6% du PIB), a maintenu sa stratégie initiale de préserver prioritairement l’appareil productif avec un cadre allégé de contraintes sanitaires : pas de confinement, pas de recours au télétravail (toutes les administrations sont en régime normal) et ouverture des commerces non essentiels. Si les frontières ont été à nouveau fermées dès le 1er septembre, l’approvisionnement des entreprises est resté fluide, le recours aux voyages d’affaires étant aisé. Cependant, l’intensification progressive de l’épidémie a conduit le gouvernement à décréter le couvre-feu (20h00 à 5h00) à partir du 11 novembre et à arrêter l’activité des cafés et restaurants.

…avec une activité économique à nouveau en retrait..

Les dernières mesures sanitaires, conjuguées à la fermeture des frontières ont eu un effet immédiat sur le secteur du tourisme (8/10% du PIB) dont une partie des salariés (420 000) sont progressivement licenciés du fait de la fermeture des hôtels et lieux de restauration. Cette dégradation observée met donc sous tension le taux de chômage estimé à 4,4 % en septembre en rythme annuel par la Banque centrale qui anticipait jusqu’à présent un taux compris entre 4,4 et 4,7% pour 2020. De fait, le ministère des Finances a donc revu une nouvelle fois ses projections économiques à la baisse. Le PIB pour l’année 2020 se contracterait ainsi de 6,4%, en ligne avec les prévisions inchangées depuis le printemps de la Commission (-7%) et celles du FMI (-6,1%). La chute brutale de l’activité au second trimestre (-13,6%) avait été partiellement compensée par le rebond observé au troisième trimestre (+11,4%), en partie provoqué par la forte reprise des secteurs manufacturier et tertiaire. Pour conforter le rebond, le gouvernement peut compter sur la résilience de l’outil productif puisque la production industrielle était à fin septembre en retrait de 1% par rapport à fin septembre 2019 (mais -9,2% sur les neuf premiers mois 2020). A cet égard, la dépréciation de la monnaie nationale (Forint) - vis-à-vis de l’Euro (-9% depuis le début de l’année) constitue un point positif pour les entreprises exportatrices, la Banque centrale laissant inchangé son taux directeur à 0,6% depuis fin juillet dans un contexte de repli de l’inflation à 3%. Globalement, le commerce extérieur, soutenu par la reprise de production, a ainsi connu un repli limité puisque sur la période janvier-septembre, les exportations ont baissé de 7,9% à 75,5 Mds EUR et les importations de 8,4% à 71,8 Mds EUR.

Cependant, cette résilience reste fragile et l’indice de confiance des entreprises de novembre s’est retourné du fait d’une anticipation d’une baisse prononcée des commandes. L'indice de confiance GKI des entreprises a ainsi baissé de 5 points à 23,7 soit un niveau plus faible que celui publié au début de l'été. L’attentisme gagne également les ménages qui progressivement font preuve de retenue dans leurs achats. Alors que la consommation était jusqu’à présent le principal moteur de la croissance, elle est désormais redevenue négative (-3%) depuis le mois de septembre brisant ainsi l’élan d’un fort rebond de l’activité. Dans ce contexte, la croissance du PIB prévue par le ministère des finances pour 2021 devrait être inférieure à +4%.

….. dans un contexte de fort soutien par la dépense publique.

Les interventions économiques du gouvernement ont un impact sur les finances publiques hongroises. Le déficit du budget de l’Etat pour 2020 est désormais sur une trajectoire très dégradée (-9% contre -1% initialement prévu). Parallèlement, la dette publique se détériore à 73,8% du PIB avec une anticipation de dégradation à près de 80% du PIB en 2021 contre 65% à fin 2019. La poursuite des effets de la seconde vague sur le premier trimestre 2021 est également un facteur défavorable quant à  la maitrise en 2021 de la dépense publique et du budget dont le déficit prévu (-3%) devra être à nouveau dégradé. La Hongrie peut toutefois compter sur les appréciations toujours positives des agences de notation (BBB avec perspective stable). L’agence de gestion de la dette publique, a ainsi émis le 12 novembre derniers des obligations d’Etat à hauteur de 1,25 Md EUR à 10 ans et 1,25 Md EUR à 30 ans. L’ampleur des déclarations d’intérêt a favorisé un placement  aisé à hauteur de 0,65% pour la maturité à 10 ans et 1,55% pour la maturité à 30 ans.

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