HAÏTI
Indicateurs et conjoncture
Situation macroéconomique en 2025 |
Le contexte politique et sécuritaire très difficile d’Haïti continue de peser très négativement sur sa situation économique : le pays enregistre une baisse de son PIB pour la 7e année consécutive en 2025. Si le programme du FMI permet à Haïti de stabiliser ou d’améliorer un certain nombre d’indicateurs économiques, notamment en matières monétaire et fiscale, l’ouragan Melissa et la politique extérieure des Etats-Unis ont eu et auront des effets négatifs sur sa situation macroéconomique.[1]
- Contexte politique et sécuritaire
Le pays demeure traversé par une grave crise politique, avec un espoir d’évolution d’ici la fin de l’année. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, l’instabilité politique règne, avec des gouvernements « de transition » qui se succèdent. En octobre 2025, le projet pour une nouvelle constitution haïtienne a été abandonné. Le 3 mars 2026, le Premier ministre a procédé à la nomination d’un nouveau cabinet ministériel. Un espoir s’ouvre pour 2026 avec les premières élections depuis 2017 qui pourraient avoir lieu d’ici fin 2026.
La situation sécuritaire demeure très compliquée. La violence des gangs s’est déchaînée à tel point qu’en août 2025 le nouveau chef du Conseil présidentiel de transition a déclaré un état d’urgence pour trois mois dans le centre du pays. On décompte en septembre 2025 plus d’1,4 million de déplacés internes, soit 3 fois plus qu’en décembre 2023. En octobre 2025, l’ouragan Melissa a aggravé le contexte d’insécurité en causant des dommages importants.
- Le PIB d’Haïti décroît pour la 7e année consécutive en 2025
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance devrait rester négative à court terme. Le PIB aurait diminué de 2,7 % en 2025. L’activité économique continue de se rétracter, que ce soit dans le secteur primaire, secondaire ou tertiaire. La tendance devrait se poursuivre en 2026, avec une décroissance pour 2026 projetée à -1,7 % par le FMI. Il avait pourtant projeté une décroissance plus limitée (- 1,0 %) en 2026 et un retour de la croissance dès 2026 (1,0 %) dans ses projets d’avril 2025, mais de nombreux facteurs ont amené le FMI à revoir ces projections à la baisse.
L’ouragan Melissa a infligé de nombreux dommages et de nombreuses pertes. Il continuera d’avoir un impact négatif sur l’économie en 2026, notamment par la destruction d’un certain nombre de champs agricoles, d’infrastructures manufacturières et d’habitations.
L’activité économique est aussi de plus en plus durement touchée par la politique des Etats-Unis. Les principaux éléments qui pourraient affecter l’économie haïtienne sont les suivants :
- La politique migratoire américaine, et notamment la suspension du Temporary Protected Status (TPS) pour les Haïtiens aux Etats-Unis. La baisse des envois de fonds pourrait représenter de 1,5 à 5 % du PIB pour l’économie haïtienne. Selon la BID, ces remittances représentent aujourd’hui 16 % du PIB haïtien.
- La taxe américaine de 1 % sur les envois de fonds mise en place en juillet 2025 et entrée en vigueur le 1er janvier 2026 devrait réduire les fonds arrivant à Haïti de 40 M USD (soit 1,3 % de ses réserves internationales[2]) pour l’AF 2026.
- L’incertitude autour du renouvellement de l’accord commercial HOPE/HELP. Cet accord permettait un accès préférentiel aux produits de l’industrie textile haïtienne et des droits de douanes nuls pour les articles textiles haïtiens éligibles. 85 % des exportations haïtiennes ont pour destination les Etats-Unis, et 90 % de ces exportations sont des exportations de textile. Or l’accord a expiré en septembre 2025 et le Congrès américain n’a adopté une prolongation des lois HOPE/HELP qu’en janvier 2026, prorogeant les avantages douaniers pour le secteur textile haïtien jusqu’au 31 décembre 2026. Le FMI estime les pertes en matière d’exportation à 66 M USD pour l’année fiscale 2026[3]. Face à l’incertitude liée à la pérennisation des préférences commerciales américaines, de nombreuses entreprises internationales ont décidé de quitter les zones franches d’exportation où elles étaient installées.
- Les réductions dans l’aide au développement pourraient ajouter de l’instabilité à la situation haïtienne.
La situation sécuritaire reste l’un des principaux freins à la croissance économique. Le FMI estime qu’avec des améliorations continues des conditions de sécurité, le PIB pourrait croître de 0,5 % en 2027. A moyen terme, horizon 2030, la croissance pourrait converger autour de 1,5 %, un potentiel de croissance assez bas qui s’explique par l’impact durable de la crise sur les secteurs clés de l’économie haïtienne.
- Inflation, politique monétaire et évolution de la gourde
L’inflation en 2025 est estimée à 28,3 % par le FMI, soit une augmentation par rapport aux 25,8 % de 2024. Elle devrait atteindre un pourcentage à un seul chiffre d’ici 2029 si l’offre se stabilise et si les politiques macroéconomiques mises en place sont crédibles et adaptées. Cette inflation est surtout portée par la hausse des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées », ainsi que par les produits de la catégorie « Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles ». Par ailleurs, en 2025, un écart de 5 p.p. environ existe entre l’inflation des produits locaux et l’inflation des produits importés, systématiquement inférieure à la première. Cette caractéristique structurelle de l’inflation haïtienne pourrait évoluer du fait du conflit au Moyen-Orient.
La politique monétaire continue d’avoir pour objectif de contenir l’inflation tout en préservant la stabilité financière. La Banque de la République d’Haïti (BRH) a toujours pour objectif d’augmenter ses réserves internationales nettes, ces dernières étant passées de 649 M USD en juin 2024 à 1483 M USD en juin 2025 (les réserves brutes sont passées de 2447 M USD à 3105 M USD). Trois facteurs explicatifs principaux co-existent : augmentation de 471 M USD à 781 M USD des dépôts à vue à l’étranger et de 1677 M USD à 1972 M USD des investissements à l’étranger, diminution de 213 M USD à 0 M USD des prêts à court terme accordés par des particuliers non-résidents. Le FMI projette que les réserves de devises brutes atteignent 3 400 M USD à fin 2026, pouvant couvrir plus de sept mois d’importations de biens et services prévues. Il souligne que ces réserves pourraient être mobilisées pour amortir la récente hausse des prix du pétrole.
La stabilité du taux de change, parmi les objectifs de la BRH, demeure par contre atteinte jusqu’à présent. Le taux USD-HTG est relativement stable autour de 131 depuis fin 2023. En effet, la BRH a respecté son engagement de ne pas avoir recours au financement monétaire depuis fin 2023.
Enfin, les autorités haïtiennes restent engagées dans leur volonté de sortir de la liste grise du GAFI en mettant en place des actions significatives pour terminer leur plan d’action déjà expiré avec l’assistante technique de la Banque Mondiale. A ce titre, durant le premier trimestre 2026 les autorités ont publié leur premier rapport d’évaluation nationale des risques constituant un élément fondamental pour la stratégie de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Haïti. En parallèle, afin de renforcer la résilience du système financier, des réformes structurelles visant à renforcer la supervision bancaire sont en cours.
- Economie internationale : balance courante, balance commerciale, IDE et dette extérieure
La balance courante affiche un excédent de 1,9 % du PIB en 2025, après un déficit de 0,6 % du PIB en 2024. Cela s’explique par une augmentation de 24 % des envois de fonds nets (sur la période octobre – août) de l’AF 2025 par rapport à l’année passée[4]. Cette hausse des envois de fonds a deux facteurs probables : une détérioration des conditions sécuritaires et économiques en Haïti et une potentielle anticipation de modifications dans la politique migratoire des Etats-Unis.
Cette hausse permet de couvrir un déficit commercial qui augmente en 2025[5], avec une hausse des importations et une baisse des exportations.
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(Millions USD) |
Moyenne AF 2020-24 |
AF 2024 |
AF 2025 |
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Exportations (octobre – juin) |
731 |
574 |
520 |
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Importations (octobre – juillet) |
3618 |
3553 |
3858 |
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Envois de fonds nets (octobre – août) |
2859 |
3065 |
3786 |
Les Etats-Unis sont le premier partenaire de l’île, qui importe notamment des produits énergétiques et alimentaires. En 2024, les exportations principales d’Haïti étaient les t-shirts (339 M USD), les pulls (119 M USD), les costumes (85 M USD) et les huiles essentielles (47 M USD). Les clients principaux étaient les Etats-Unis (637 M USD), le Canada (37,2 M USD), le Mexique (21,2 M USD), la France (20,8 M USD) et la République dominicaine (14,5 M USD).[6] Les importations principales d’Haïti en 2024 étaient le pétrole raffiné (500 M USD), le riz (368 M USD), le sucre brut (133 M USD), l’huile de palme (124 M USD) et les t-shirts (103 M USD). Les principaux fournisseurs étaient les Etats-Unis (1,13 Md USD), la République dominicaine (896 M USD), la Chine (450 M USD), l’Indonésie (109 M USD) et l’Inde (87,2 M USD).[7]
La position internationale d’investissement nette est positive pour l’AF 2024, malgré une baisse des IDE. Les investissements directs à l’étranger (IDE) auraient diminué de 0,1 % du PIB en 2024, passant de 24 M USD à 20 M USD. Cela s’inscrit dans une logique de diminution continue des IDE depuis quelques années. Ils étaient de 51 M USD pour l’AF 2021 et de 39 M USD pour l’AF 2022, avant une chute très importante des IDE à 24 M USD pour l’AF 2024. La position internationale d’investissement nette de Haïti est toutefois positive pour l’AF 2024, du fait de l’effacement en 2024 d’1,69 Md USD de dette haïtienne par le Venezuela en janvier 2024. Pour la suite, le FMI estimait en décembre 2025 que les IDE seraient de 21 M USD pour l’AF 2025 et projetait des IDE à 26 M USD pour l’AF 2026, dans son scénario de base ainsi que dans son scénario le plus pessimiste (avec une baisse de l’aide au développement, des envois de fonds, etc.).
- Finances publiques et politiques budgétaires
- Situation financière
La dette publique est estimée à 11,7 % du PIB en octobre 2025, soit le plus bas ratio dette / PIB de la région Amérique latine – Caraïbes[8]. Les recettes domestiques perçues auraient augmenté de 12,8 % malgré une grève de trois mois au sein de la Direction générale des impôts, mais restent extrêmement faibles. Par ailleurs, les dons reviendraient à leurs niveaux historiques en 2025 (environ 1 % du PIB, après une année exceptionnelle à près de 7 % du PIB en 2024). Les recettes globales du gouvernement devraient ainsi demeurer très limitées, autour de 6,0 % du PIB en 2025 puis 5,1 % en 2026, et 5,8 % en 2030. Les dépenses, elles, devraient diminuer de 6,2 % du PIB en 2025 à 5,8 % en 2026, puis remonter à 7,2 % en 2030 avec l’augmentation des dépenses d’investissement et de protection sociale. Par conséquent, le déficit devrait augmenter de 0,2 % du PIB en 2026 à 1,5 % du PIB en 2030.
Le FMI alerte sur des problèmes d’exécution du budget, en particulier en matière de protection sociale (1,2 % du PIB pour l’AF 2025). L’inexécution était estimée à 9,3 % du total pour l’AF 2025 à cause de contraintes de sécurité et d’obstacles administratifs.
- Budget de l’AF 2026
Adopté en Conseil des ministres le 9 octobre 2025, le budget pour l’AF 2026[9], d’un montant global de 345,5 Md HTG (≈ 2,2 Md EUR), enregistre une hausse de 6,8 % par rapport au budget rectificatif pour l’AF 2025. Il marque la poursuite du programme de stabilisation macroéconomique appuyé par le FMI et recentre l’action publique sur trois axes majeurs : la sécurité, l’organisation des élections et la stabilisation économique du pays.
Trois secteurs ont enregistré des augmentations substantielles : + 25 % pour les affaires sociales, + 20,3 % pour la défense et + 11,8 % pour la sécurité nationale[10]. Les dépenses d’investissement représentent 38,2 % du total, appuyées par des financements internes et externes. Alors que les investissements publics financés sur emprunt reculent de - 74,4 %, traduisant un net retentissement du recours aux financements extérieurs, le service de la dette continue de peser lourdement sur les dépenses courantes. Les intérêts de la dette atteignent 7,5 Mds HTG (+510,4 %). En cohérence avec les engagements pris auprès du FMI, le gouvernement exclut tout financement monétaire et fixe les émissions nettes de bon du Trésor à 29,2 Mds HTG (≈190 M EUR).
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La situation macroéconomique d’Haïti demeure très critique, malgré l’amélioration de certains indicateurs. La politique extérieure des Etats-Unis risque de peser négativement sur le PIB, la balance courante et les besoins de financement extérieur du pays. Si la situation sécuritaire en Haïti s’améliore et que le gouvernement parvient à organiser les élections prévues fin 2026, la confiance dans l’économie pourrait repartir à la hausse, avec une augmentation des IDE et une croissance du PIB positive pour 2027.
[1] Sauf si précisé autrement, l’ensemble des chiffres présentés dans cette note proviennent du document IMF Country Report No. 25/337 publié par le FMI en décembre 2025 ou du World Economic Outlook publié par le FMI en avril 2026.
[2] Selon la BID, 63 % des envois de fonds qui sont arrivés à Haïti en 2025 viendraient des Etats-Unis, 11 % du Canada et 18 % de pays « autres » (dont la République Dominicaine voisine)
[3] Cf. annexe 5 pour l’évolution des recettes et des dépenses de 2019 à 2025
[4] Cf. annexe 2 pour l’évolution des envois de fonds mensuels de décembre 2022 à août 2025
[5] Cf. annexe 1 pour l’évolution des volumes d’importations et d’exportations de juin 2020 à septembre 2025
[6] Source : Observatoire de la complexité économique
[7] Ibid
[8] Cf. annexe 6 pour l’évolution des dettes publiques domestique et extérieure de 2019 à 2025
[9] L’année fiscale (AF) N correspond à la période entre le 1er octobre N-1 et le 30 septembre N.
[10] Cf. annexe 7 pour les montants des enveloppes par ministère dans le budget de l’AF 2026