indicateurs et conjoncture 2018

La crise a révélé les limites du modèle post-conflit (2000-08) de transition économique en Croatie.  Après 6 ans de récession, le retour à la croissance dépend de l’investissement, de la maîtrise des fondamentaux, de la valorisation des avantages comparatifs, de la rationalisation des entreprises publiques déficitaires et de la modernisation de l’Etat.  L’adhésion à l’Union européenne, le 1er juillet 2013, offre une opportunité pour relever ces défis, notamment grâce aux fonds européens, dont le montant atteint plus de 10 mds EUR sur 2014-2020. 

Peuplée de 4,2 millions d’habitants, dont le revenu moyen atteint 61% de la moyenne de l’Union européenne, forte d’une influente diaspora, la Croatie est, après la Slovénie voisine, l’économie la plus avancée de la région des Balkans.  Sa façade maritime, son réseau d’autoroutes ainsi que la qualité des services associés (banques ; télécommunications ; ressources humaines) en font une destination touristique confirmée et une plate-forme logistique potentielle pour l’hinterland d’Europe centrale, de l’est et les Balkans.

 Au long des années 2000, la Croatie a connu une croissance de 4,2% par an, avec des indicateurs macroéconomiques stables. La crise de 2008-2009 a entraîné une contraction du crédit, de l'investissement, un fort ralentissement de la demande et une augmentation du chômage. Elle a affecté la croissance et creusé les déficits publics avec la contraction des recettes fiscales. Aujourd'hui, le pays retrouve une croissance soutenue et s’inscrit depuis 2015 dans une dynamique de rattrapage, après une période 2009-2014 de récession (recul du PIB de 14 %), suivie de deux années de déflation. Le PIB a enregistré une croissance de + 3,2 % en 2016, puis 2,7 en 2017 (prévisions pour 2018 entre + 2,5 % et + 2,7 % selon les institutions). Ces prévisions s’appuient sur une poursuite des bonnes performances du secteur des services, en particulier le tourisme qui est un véritable poumon économique, et d’un raffermissement progressif de la demande intérieure. La Croatie est sortie de la procédure de déficit excessif (6% du PIB en 2013 et 2014) dans laquelle elle était entrée en 2014.

La politique monétaire, dite de bande étroite, maintient la monnaie nationale, la kuna, dans un rapport d’environ 1 à 7,5 avec l’euro. Approche d’autant plus nécessaire que 80% de l’endettement domestique et des dépôts sont indexés sur l’euro.  Cette politique exigeante de la Banque centrale écarte à court et moyen terme l’utilisation du change pour la compétitivité extérieure : la Croatie est contrainte d’améliorer structurellement sa compétitivité et sa productivité, en privilégiant ses avantages comparatifs. 
 Le secteur bancaire, dont plus de 90% des actifs sont aux mains de 6 groupes étrangers, dispose de solides fonds propres. La Banque centrale exige une politique prudentielle plus stricte que les normes de Bâle. On note toutefois une montée préoccupante des prêts non performants, dont le niveau dépasse 22% dans le secteur corporate. L’Etat croate se refinance à des taux relativement raisonnables sur les marchés financiers internationaux et n’a pas eu recours au Fonds Monétaire International pour équilibrer sa balance des paiements.

 La consolidation des avantages comparatifs (Agro-industries ; tourisme), une relance maîtrisée par l’investissement et une nouvelle vague de réformes structurelles constituent les prochains défis. Pour réussir, cela exigera une plus grande ouverture aux investissements directs étrangers, une rationalisation des entreprises publiques non rentables, et une évolution favorable du ratio entre les salaires réels et la  productivité.
Aspects bilatéraux.
Un accord de partenariat stratégique a été signé en juillet 2010; son second plan d'action vient d'être signé par Mme Nathalie Loiseau et la ministre croate des affaires étrangères et permettra d'encadrer les relations bilatérales jusqu'à 2021. Il existe des accords de protection des investissements et de non-double imposition en vigueur.  En 2017, nos échanges avec la Croatie (aux 2/3 nos exportations) ont atteint 735 M EUR, pour la troisième année consécutive en hausse à deux chiffres (+22%), après la stagnation de 2014 (+0,6%) et une décennie, entre 2003 et 2013, d’érosion de notre part de marché.  On compte  plus de 500 000 touristes français, sur un total de 17 millions. De nombreux touristes croates visitent la France, notamment pour les sports d'hiver (70 000 séjours/an).

Les principaux investisseurs français en Croatie sont aujourd'hui : Bouygues (Bina-Istra/Concession d'autoroutes en Istrie et Aéroport de Zagreb), Lactalis ( Dukat - Agro-industrie), ADP (Aéroport de Zagreb), Axereal (Agro-industrie), Decathlon (Distribution), Lesaffre (Kvasac), Atos, St Jean Industries. Au total, on dénombre environ 70 filiales d'entreprises françaises, qui emploient près de 6000 salariés, dont la plupart sont réunies au sein de la Chambre Franco-croate de commerce et d'industries, qui est le correspondant de Business France pour le pays.
 
Publié le